‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 80 sur 243 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Mais celle de M. Thiers , dont les sympathies pour la restauration de la famille d’Orléans étaient connues, quoique niées par le Constitutionnel et les autres journaux de même opinion, suscitait une vive polémique. Posée et soutenue dans plusieurs déparments et à Paris, elle était repoussée avec véhémence par les démocrates, comme une attaque directe contre la République.

M. Thiers, fort de sa renommée et de son talent oratoire, pouvait ambitionner, sous la nouvelle forme de gouvernement, une position plus haute que sous la monarchie constitutionnelle, et cependant il préféra le rôle partagé de chef de la réaction, et il se rapprocha des légitimistes et du clergé. Dès son entrée dans l’Assemblée, il allait se faire l’un des meneurs les plus passionnés de la rue de Poitiers.

M. Thiers avait horreur de l’anarchie. Les théories socialistes l’effrayaient, et pour le pays et pour luimême. Il se précipitait contre les idées nouvelles avec impétuosité, avec une conviction absolue. Sans distinguer le vrai du faux, le bien du mal, le possible de l’impossible, il proscrivait principes et choses, sans hésitation. Menacé par certains exaltés jusque dans sa demeure, et les confondant sans scrupule avec le peuple, il les unissait dans une appellation commune et injurieuse : la vile multitude. L’un des premiers, il allait évoquer le spectre rouge, se prendre corps à corps avec Proudhon, son concurrent à l’élection, s’emparer de ses aphorismes et de ses excentricités comme de brandons d’épouvante devant la bourgeoi-

sie, et s’élever sur ce piédestal de terreur socialiste.

Je ne puis résister au sentiment qui m’entraîne à donner ici place à un document curieux du temps :

a M. Thiers et le clergé,

« On s'est beaucoup entretenu, depuis quelquesjours, d'une lettre de M. Thiers exprimant, à l'égard du clergé, une opinion bien différente de celle qu’on lui connaissait jusqu’ici. Mais vainement nous avions cherché à nous procurer cette précieuse lettre. Aujourd’hui elle est publiée par un journal étranger, et nous nous empressons de la reproduire sans le moindre commentaire :

« Mon cher Monsieur,

« Voici mon avis sur vos questions fort importantes du moment présent.

.t Vous connaissez l’entêtement ordinaire de mes opinions politiques, sociales, économiques, vous savez mon peu de goût pour la députation, vous êtes donc bien convaincu que je ne ferais pas le sacrifice d’une seule de mes façons de penser à la multitude électorale. Mais je suis quelquefois dépité en voyant les sottes opinions que me prêtent plusieurs de vos amis à l’égard du clergé : il me semble qu’aprés avoir lu ce que j’ai écritsur leGoncordat, ils devraient être un peu plus éclairés sur mes sentiments vrais.

« Eu tout cas, la révolution du 24 février aurait

Page 1