‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 81 sur 243 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

changé beaucoup de choses à ce sujet, et ne me permettrait pas un doute, si on en avait un seul. J’ai toujours cru qu’il fallait une religion positive, un culte, un clergé, et qu’en ce genre ce qu’il y avait de plus ancien était ce qu’il y avait de meilleur, comme c’était ce qu’il y avait de plus respectable. Aujourd’hui que toutes les idées sociales sont perverties, et qu’on va nous donner dans chaque village un instituteur qui sera un phalanstérien, je regarde le curé comme une indispensable rectification des idées du peuple : il lui enseigne au moins, au nom du Christ, que la douleur est nécessaire dans tous les états, qu’elle est la condition de la vie, et que, quand les pauvres ont la fièvre, ce ne sont pas les riches qui la leur envoient.

« Sans salaire, il n'v a pas de clergé. Beaucoup de catholiques se trompent à cet égard et s’imaginent qu’en renonçant au salaire ils seront affranchis de l’Étal; ils ne seront affranchis que de la peine de toucher leur argent ; mais voilà tout. Le joug sera de fer pour eux comme pour nous tous, et ils mourront de besoin dans leur servitude aggravée.

« Qu’on soit bien convaincu que, dans les neuf dixièmes de la France, on laisserait mourir de faim les prêtres; en Vendée peut-être on les nourrirait; de grands propriétaires même pourront former une caisse où il' y aura quelques millions (ce dont je doute), et Dieu sait ce qu’on fera de ces millions!!! Je ne cesse, mon cher Monsieur, de vous le dire depuis deux mois; avec ce système nous ferions rétrograder la France jusqu’à l’Irlande.

(60 COMMISSION EXÉCUTIVE

« Quant à la liberté d’enseignement, je suis changé ! je le suis, non par une révolution dans mes convictions, mais par une révolution dans l’état social. Quand l’Université représentait la bonne et sage bourgeoisie française, enseignait nos enfants suivant les méthodes de Rollin, donnait la préférence aux saines et vieilles études classiques sur les études physiques et toutes matérielles des prôneurs de l’enseignement professionnel, oh! alors, je lui voulais sacrifier les libertés de l’enseignement. Aujourd’hui je n’en suis plus là; et pourquoi? Parce que l’éducation tombant aux mains des phalanstériens, qui prétendent enseigner à nos enfants un peu de mathématiques, de physique, de sciences naturelles et beaucoup de démagogie, je ne vois de salut, s’ il y en a, que danslaliberté d’enseignement. Je ne dispasqu’elle doive être absolue et sans aucune garantie pour l’autorité publique; car enfin, s’il y avait un enseignement Carnot et au delà un enseignement Blanqui, je voudrais bien pouvoir empêcher au moins le dernier ; mais, en tout cas, je répète que l'enseignement du clergé, que je n’aimais point, pour beaucoup déraisons, me semble maintenant meilleur que celui qui nous est préparé.

« Telle est ma façon de penser sur tout cela. Je suis tout ce que j’étais ; mais je ne porte mes haines et ma chaleur de résistance que là où est aujourd’hui l’ennemi; cet ennemi, c’est la démagogie, et je ne lui livrerai pas le dernier débris de l’ordre social, c’est-à-dire l’établissement catholique.

« S’il fallait livrer à l’impression mon sentiment, je le raisonnerais plus fortement et avec plus de convenance

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