‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 93 sur 243 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Cunlinuaüon et danger de» menées bonapartiste*. — La Commission exécutive tient un conseil de gouvernement : lettres sur Louis Bonaparte; protestation de M. Vieillard ; le conseil décide que Louis Bonaparte pourra entrer en France, mais qu’à la première manifestation il sera arrêté ; ordre donné au Préfet de police; la fumille Bonaparte décline toute responsabilité dans les actes de Louis Bonaparte; ordre de l'arrêter; son signalement. — Projet de loi pour l'ouverture d'un crédit affecté à l'organisation et A l’établissement de la Commission exécutive; discussion dans les bureaux et dans la commission de l'Assemblée; MM. Garnier-Pagis et Lamartine; adoption par la Commission; présentation du rapport à l'Assemblée ; discussion ; vote approbatif.

La présence constatée des émissaires bonapartistes dans les troubles des portes Saint- Denis et Saint-Martin, et dans tous leslieuxoù il y avaitfoule et tumulte; leur agitation légale et leurs manœuvres coupables; le prestige du nom de Napoléon sur les masses ignorantes ou trompées; l’élection de Louis-Napoléon ourdie en secret, éclatant tout à coup sur plusieurs points de la France; les acclamations dans les rues; les éloges hyperboliques des journaux créés pour la circonstance et répandus à profusion ; les allées et venues fréquentes

COMMISSION EXÉCUTIVE

des meneurs entre Londres et Paris; les appels incessants aux émeutes, tenaient en haleine la sollicitude de la Commission exécutive, qui se faisait régulièrement instruire par le ministre de l’intérieur et par le préfet de police qu’elle avait chargés d’une surveillance infatigable. Elle avait acquis la conviction qu'une conspiration permanente travaillait au rétablissement de l’Empire. Elle la voyait revêtir toutes les formes avouables ou honteusement dissimulées, publiques ou individuelles, permises ou condamnables, s’armer d’un socialisme outré ou se couvrir d’un amour passionné de l’ordre, arborer toutes les couleurs, jouer toutes les passions. Elle l’entrevoyait, enfin, au bout de ses menées, provoquant un dénoùment sanglant.

Il était urgent de prendre des mesures immédiates. La Commission exécutive convoqua tous les membres du Gouvernement en conseil de ministres pour en délibérer.

Le 9, quand le conseil fut réuni, lecture fut donnée de diverses lettres.

Ces lettres portent la date des 14 et 16 juin, mais le procès-verbal indique la lecture de lettres le 9 juin seulement. Si ce ne sont pas les mêmes, elles avaient du moins toutes la même signification. Toutes donnaient des renseignements conformes à ceux-ci :

« ...Aujourd’hui lundi, onze heures du matin, j'ai passé près de deux heures avec le prince Louis chez Board, banquier ; en ma qualité de patriote, le prince m'a accablé d'attentions ; le prince ne comprend rien à sa candidature, mais ce qu’il sait bien, c’est que ses

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