CHAPITRE CINQUIEME
cousins ont fait les plus grands efforts pour qu’elle ne réussît pas. Il est évident que l’ambition dévore cet homme, qui n’est au reste que d’une médiocre valeur. Il aspire à devenir empereur sous le nom de Napoléon II, et je le vois tout disposé à renouveler les échauffourées de Strasbourg et de Boulogne. »
« ... Je sors de chez Louis- Napoléon, qui a reçu les détails sur la lutte d’hier sur la place de la Concorde ; il serait fort content si l’Assemblée l’excluait du territoire. Il recommencerait une troisième expéditon. Il ne rêve que cela ! Il accepterait, dit-il, au surplus, la présidence de la République, bien résolu d’avaler la République le lendemain, comme l’a fait son grandoncle. Il n’a pas le sol. Il a bien vendu sa terre d’Ancône, mais il n'a pu encore en toucher le prix, et il nous supplie de lui procurer 2 ou 3,000 livres sterling sur le dépôt de titres... C’est un original que je pousserais volontiers si j’en avais le pouvoir, afin d’user tout cela, car on verrait bientôt que ce n'est qu’un bâton flottant. »
La délibération continua le 10. Le bruit courait que Louis-Napoléon Bonaparte était à Auteuil. La Commission exécutive invita M. Vieillard, représentant, ancien député de l’extrême gauche, qui n’avait cessé d'entretenir avec lui des relations intimes, à se rendre au Petit Luxembourg le lendemain.
Le 1 1, à 9 heures du malin, « le citoyen Vieillard est
COMMISSION EXECUTIVE
introduit. Il communique à la Commission du pouvoir exécutif des lettres écrites très-récemment de Londres par le citoyen Charles-Louis-Napoléon Bonaparte. Le citoyen Vieillard proteste que Louis Bonaparte est et veut rester étranger absolument à toutes les menées politiques quipeuvent avoir lieu en son nom. »M. Vieillard se retire.
La Commission exécutive, en conseil des ministres, « discute sur la communication qui vient de lui être faite et sur les questions qu’elle soulève. Le citoyen Bonaparte sera reçu, s’il arrive sans aucune démonstration politique et comme simple représentant. Mais si quelque manifestation coupable faisait craindre qu’un attentat ne fût médité contre la République, le citoyen Louis Bonaparte devrait être arrêté sur-le-champ.
« La séance est reprise en commission : la Commission du pouvoir exécutif, délibérant sur l’avis émis par le conseil des ministres, partage cet avis. »
Cette décision prise, la Commission exécutive reçoit du ministre de l’intérieur ces communications :
a On m’informe que rue Hauleville, n° 14, il se fait des enrôlements pour Louis Bonaparte et qu’il existe encore deux bureaux semblables.
a. Tout Paris est en émoi au sujet de Louis Bonaparte. On craint que des événements graves n’aient lieu aujourd’hui même. On m’informe que le 48° de ligne est gagné à la cause de Napoléon. On prétend qu’il s’agit de le proclamer consul à vie. Un journal qui a fait son apparition aujourd’hui même, Le Napoléonien, contient cette phrase significative : a Disons-le bien