CHAPITRE CINQUIEME
qu’il était complètement étranger aux bruits qui avaient circulé à l’occasion de l’arrivée à Paris de son cousin Louis Bonaparte, et qu’il protestait de toutes ses forces contre les intrigues qu’on pourrait ourdir à ce sujet. Il m’a déclaré en outre, sur l’honneur, que son cousin n’avait pas quitté Londres. »
Le lendemain, à la tribune, M. Jérôme-Napoléon Bonaparte renouvelait sa déclaration et repoussait avec indignation les insinuations et les mensonges qui pesaient sur Louis Bonaparte :
«... D'où viennent-ils? je l’ignore; mais est-il bien difficile de le deviner? Vous savez bien qu’il existe des partis en France qui repoussent la République; ils ne se recrutent qu’au sein d’impuissantes minorités; ils se composent de ce que la nation a de moins bon et de moins généreux , mais ils existent. Il est incontestable, d’autre part, que le nom de Bonaparte est un levier, une puissance, si l’on veut. Quoi de plus naturel que des gens qui veulent attaquer la République s’arment contre elle de ce nom sous lequel ils cachent leurs coupables intrigues? Estce une raison pour vous, citoyens, de rendre Louis Bonaparte responsable des agitations que son nom soulève ? »
Le lendemain 12, dans la matinée, la Commission exécutive fut avisée que de tous côtés se préparaient des manifestations bonapartistes, et qu’au besoin quelques meneurs se proposaient de soutenir l’admission dans l’Assemblée nationale du citoyen Louis-Napoléon Bonaparte par une prise d’armes.
HIO COMMISSION EXÉCUTIVE
En même temps elle reçut cette dépêche télégraphique :
a 12 juin, sept heures et demie du matin.
« Le sous- préfet de Boulogne au ministre de l’intérieur.
« Les citoyens Fialin de Persigny et Laity, agents napoléoniens, sont débarqués ici, ce soir à huit heures, venant de Londres ; ils sont partis pour Paris par le chemin de fer, à neuf heures et demie. Le premier s’était embarqué à Boulogne, le 9, pour Londres.
«Si Louis -Napoléon débarque ici, que dois- je faire? »
Au même moment, la Commission exécutive recevait du commisaire de police Yon, chargé du service spécial du palais de l’Assemblée nationale , ce rapport :
« 12 juin, onze heures un quart.
« L’affluence des curieux augmente à chaque instant sur le pont de la Concorde; cette foule est on ne peut plus disposée en faveur de Louis Bonaparte ; quelquesuns disent que si l’Assemblée ne le reçoit pas, ils vont le porter en triomphe, et que demain il sera empereur. Je pense qu’il y a des mesures à prendre, non pas pour préserver l’Assemblée d’une insulte, mais pour empêcher une ovation dans la ville. »