CHAPITRE CINQUIEME
HH
Le préfet de police et le sous-préfet de Boulogne avaient posé nettement la question à la Commission exécutive, mais les événements la posaient plus impérieusement encore. Oui, aux yeux de la Commission exécutive, il y avait complot pour livrer la République à un Bonaparte. Lequel? L’homme n’était pas connu. Oui, il y avait péril pour les institutions républicaines dans le retour en France de celui qui avait osé les entreprises de Strasbourg et de Boulogne, entreprises qu’on lui jetait comme une offense, et qu’il relevait dans sa lettre du 25 mai comme un titre à la confiance révolutionnaire. Oui , le salut public exigeait le maintien de la loi de bannissement contre un prince qui dissimulait à peine ses projets ambitieux. Les Bourbons des deux branches restaient bannis par la loi politique, et cependant ils étaient bien moins dangereux que celui qui se présentait comme l’héritier de Napoléon. Pourquoi donc une distinction en sa faveur? Le Gouvernement provisoire et la Commission exécutive avaient prouvé jusqu’à l’évidence qu’ils ne voulaient ni persécution ni proscription ; mais la sécurité du pays, mais la sainte cause de la liberté ordonnaient l’éloignement de tous les prétendants, et parmi eux Bonaparte était le plus ardent. Contre un tel mal, toute demi-mesure était insuffisante, dangereuse.
Ces considérations furent longuement examinées par la Commission. Chaque membre émit son opinion La
COMMISSION EXÉCUTIVE
résolution fut unanime et rédigée en ces termes :
« La Commission déclare que le Gouvernement fera exécuter, en ce qui concerne Louis Bonaparte, la loi de 1832, jusqu’au jour où l’Assemblée en aura autrement décidé. »
« Ordres pour Louis Bonaparte :
o Au ministre de l'intérieur.
« La Commission du pouvoir exécutif vous invite :
1° A donner immédiatement et par télégraphe l’ordre à tous les préfets de faire arrêter Charles-Louis-Napoléon Bonaparte ', s’il met le pied sur le territoire français;
2° A envoyer immédiatement des agents spéciaux à Boulogne, Calais, le Havre, Dieppe, pour surveiller son débarquement et faire opérer à l’instant même son arrestation.
« Vous prendrez toutes les mesures en vertu des lois de sûreté générale rendues contre la famille Bonaparte... »
« Au ministre de la justice.
« La Commission du pouvoir exécutif, en vertu des lois de sûreté générale rendues contre la famille Bona-
* Le Ministre de l’intérieur y ajouta le signalement de Charles-Louis Napoléon Bonaparte :
Né à Paris, —âgé de 40 ans, — taille de 1 m. Gti c., — cheveux, sourcils châtains, — front moyen, — yeux gris et petits, — nez grand, — bouche ordinaire, — barbe brune, — menton pointu, — visage ovale, — teiul pâle.
Marques particulières :
Tête enfoncée dans les épaules, — épaules larges, — dos voûté, — lèvres épaisses, — quelques cheveux gris.