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leine, et avait promis de laisser passer quelques délégués, ce qui était tout ce qu'on désirait, et tout ce qu'avaient en vue les directeurs sincères du mouvement, entre autre» M. Raspail, chargé de lire la pétition. Mais ce qu'ils ignoraient, c'est qu'il y avait une direction occulte (1), dont le but était de créer le désordre et de les compromettre sans retour. Chose étrange, et qui en dit plus long que tous les commentaires! Contre des malheurs si faciles à prévoir, nulle précaution prise. Au général Courtais, qui, la veille, voulait convoquer mille Gardes nationaux par légion M. Marrast avait objecté que, pour la sûreté de l'Assemblée, cinq cents hommes suffiraient. Quelques Gardes nationaux autour du palais législatif, et un bataillon de Gardes mobiles, échelonnés sur les escaliers du péristyle : voilà tout ce qu'avait voulu autour de la représentation Xiationale, pour la protéger en cas de besoin^ un homme qui, au 16 avril, avait entouré THôtel-de- Ville d'une forêt de baïonnettes ! De fait, la route était libre. Lors donc que la colonne parut sur la place de la Bévolution, les gens apostés qui l'y attendaient, n'eurent pas de peine, en prenant la tête et en poussant de grands cris, à entraîner après eux sur le pont, au delà du pont, et jusqu'à la grille parallèle au quai, une foule que tant de causes concouraient à surexciter. Tragique position que celle du général CourtaisI La foule arrive mugissante, irrésistible, poussée en avant par son propre poids. Donnera-t-il Tordre de faire feu? Mais déjà, prompts à témoigner de leurs intentions pacifiques, les gardes mobiles ont mis la baguette dans le canon de leurs fusils. D'ailleurs, si un combat s'engage, quelle chance de sauvçr l'Assemblée d'un envahissement que la lutte risquerait de transformer en massacre? «Baïonnette au fourreau! » crie le général, qui veut éviter l'horreur de tout ce sang répandu, et qui^ en donnant passage
(1) Déposition de M. Danduran, ingénieur civil, un des principaux membres du club centralisateur, devant la haute cour de Bourges, audience du 10 mars 1849 ; « Je jure que la manifestation devait s'arrêter à Tobélisque. Qui Ta dirigée? Je ne saurais le dire en conscience; mais il y avait une direction occulte; et, si la manifestation est devenue désordonnée, il faut l'attribuer à des hommes apostés à la tête du pont. »
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aux délégués, espère arrêter ceux qui les suivent (1). Maig voilà qu'en un clin d œil, les grilles sont escaladées; et, tandis que des milliers d*hommes ardents entrent par ce côté dans le palais, avec la violence de TOcéan débordé la queue de la colonne, roulant vers la grande entrée qui ouvre sur la place de Bourgogne, force les grilles là aussi inonde les cours, bouscule en passant et renverse dans les bras de M. Etienne Arago, le général Courtais, accouru pour essayer de la contenir (2), et se répand en flots tumultueux dans Tédifice, de toutes parts envahi.
Affreux fut le serrement de cœur que j'éprouvai au moment de Tinvasion de la salle, lorsque j'entendis le cri perçant des femmes, saisies d'effroi, se mêler aux clameurs d'une multitude en délire; lorsque je vis les uns be précipiter par les portes latérales au bur0au ; les autres, après s'être frayé un passage dans les tribunes, glisser le long des murs, en s' accrochant aux corniches ; lorsque, à travers un nuage de poussière, j'aperçus les nobles drapeaux de l'Irlande, de la Pologne, de l'Italie, ballottés au-dessus d'une foule oscillante, comme les mâts d'un vaisseau qui fait naufrage l Ah I quelle audace ne faut-il pas que le démon du mensonge possède, pour qu'un homme se soit trouvé, qui ait eu l'infamie de dire de moi : « En ce moment, il me sembla qu'il souriait (3) I n La vérité, c'est que j'étais cloué à ma place, spectateur consterné, muet, immobile, de cette convulsive agonie de la République,' quand tout à coup l'on vint m'apprendre qu'une portion du Peuple, entassée dans la cour, du côté de la rue de Bourgogne, me demandait avec emportement, et que, si je ne paraissais pas, elle menaçait de grossir le flot des envahisseurs. Pendant près d'une demi-heure, représen-
« JiV ^^i' I?' ^ <!^»^i*îo« n^ise par le général Courtais à ronrerHire des gnlles, la déposition du commissaire de police Bertoglio devant la haute cour de Bourges, audience du 10 mars lb49.
^S^IZ^l' .«^^f^ Poi'^*^» déposition de M. Etienne Arago, qui montre le ff^tu. *T^*/°"* ^®* *^°^'! P°"^ empêcher Penvahissement de l'As- TB^^^ket aScrdTL^l^^^^^^^^^^^^^ ''''\'''''^' ^^^-^^^- ^--
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iants da Peuple, huissiers de la Chambre, garçons de salle, se succédèrent auprès de moi, me suppliant d'interyenir, et d'essayer sur le Peuple, en cet instant funeste, Tempiro d'ane parole qu'on croyait capable de le calmer. Longtemps, je restai sourd à ces instances, n'espérant rien, pour le rétablissement de l'ordre, du résultat de mon intervention, et trop sûr qu'elle mettrait aux mains de mes ennemis un glaive acéré. Un de mes collègues, M. Huot, était allé conjurer la foule de se retirer; on lui cria : « Ce n'est pas vous que nous demandons, c'est Louis Blanc, n II vint en h&te me le dire; je lui répondis avec énergie : « Ma place est ici, sur mon banc, je ne veux pas le quitter (1). »» Le bruit ayant couru que j'étais arrêté, il y eut au dehors une explosion de colère ; et un citoyen, nommé Larger, accourut, disant : « Une nouvelle dangereuse circule ; le Peuple vous croit arrêté. Venez, venez vite lui prouver le contraire. » Je répondis : <« Je ne le puis, sans l'autorisation da président de l'Assemblée (2). » Mais les sollicitations redoublaient; plusieurs membres de la droite, parmi lesquels, si je, me souviens bien, figurait M. Lucien Murât, m'entourèrent; et l'un d'eux alla jusqu'à me dire : « Quoi I pouvant, peut-être, calmer l'agitation, vous refusez d'essayer! Et si le sang coule ! » Pour résister jusqu'au bout à des considérations de ce genre, la force me manqua. Sans m'arrête r davantage à la prévision des suites, sur lesquelles je n'eus pas un moment de doute, je monte au bureau de la présidence, et, m>dressant à M. Bûchez : « Croyez-vous utile que je parle aii Peuple, et, dans ce cas, m'autorisez-vous à le faire au nom de l'Assemblée? » Il était fort troublé; il me répondit : « Comme président, je n'ai pas à vous ordonner de parler; comme homme et comme citoyen, je vous y engage. » J'insistai pour obtenir une réponse plus catégorique ; alors, M. Corbon, vice-président, me ditj en présence de M Bûchez, qui garda un silence d'acquiescement: «Eh bien, le bureau vous autorise. »
J) Voy. la déclaration de M. Huot, dans la séance du 31 mai 1848. M&' wtewr, juin 1848, n« 153.
(2) Yoy, la déposition de M. Larger au procès de Bourges, audience aall mars 1849.
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En cet instant, M. Baspail était à la tribune, tenant à la main la pétition, que le tumulte environnant l'empêchait de lire. Or, il importait que cette lecture eût lieu, unique chance qui se présentât de faire évacuer la salle, en ôtant tout motif d*j rester. On me hisse sur le bureau des secré taires; une voix, qui me sembla sortir du milieu d'eux, crie : « Au moins, écoutez votre ami ! » Et' le silence s'étant rétabli momentanément, j'en profite pour prononcer la courte allocution qu'a publiée le Moniteur, allocution dans laquelle, m'étudiant à ramener le Peuple sans l'irriter, je Tadjurais de ne pas mettre lui-même obstacle à la consécration du droit de pétition, et de ne pas « violer si. propre souveraineté (1). »
Il fut enfin possible à M. Baspail de lire la pétition^ qui concluait à ce que la cause de la Pologne fût confondue avec celle de la France. Des acclamations passionnées accueillirent ce vœu.
M. Blanqui, appelé* à la tribune par plusieurs membres des clubs, venait de commencer, sur les désastreux événements de Bouen, la question du travail, et celle de la Pologne, un discours écouté avec faveur, lorsque, l'agitation du dehors redoublant, je me vis entouré de nouveau de sollicitations inquiètes. Fort de Tassentiment du président de TAssemblée, j'allai à une des fenêtres de la cour qui conduit à la place de Bourgogne ; je montai sur le rebord de la fenêtre, où Albert et Barbes parurent, et je tins à la multitude entassée dans la cour le langage qui me parut le plus propre àTapaiser. Je lui dis en substance qu'on ne pouvait nier la légitimité des vœux portant sur une plus équitable répartition du travail, sur Textinction graduelle de la misère, mais que TAssemblée mettrait, sans doute» au premier rang de ses devoirs d'approfondir cette question suprême; que l'éternel honneur de la Bépubliqua serait précisément d'avoir travaillé sans relâche à réaliser
. (l) Nulle mention de ce discours dans le réquisitoire prononcé contra lîoi à Bourges, en mon absence, par M . Baroche. Et cependant le Monê' tcur était là ! Je n'ajoute rien.
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le droit de tous au bonheur ; que, s*il j avait folie à élever trop haut, sur ce point, le niveau de son espérance, c'était là, du moins, une de ces folies sublimes auxquelles on était bien pardonnable de dévouer sa vie; que, du reste, c'était un spectacle très-touchant et très-noble que celui d'un peuple sortant de la préoccupation de ses propres dodeurs pour s'occuper des souffrances d'un peuple ami ; que là se reconnaissait le génie essentiellement généreux et cosmopolite de la France ; mais que plus les sentiments du Peuple étaient dignes de respect, plus il convenait d'en présenter l'expression d'une manière légale, régulière. Et je terminai en conjurant la foule de laisser l'Assemblée à toute la liberté de ses délibérations. M. Piétri, un de mes adversaires politiques, qui, depuis, a été préfet de police sous l'Empire, était présent; et il a très-loyalement, du haut de la tribune, témoigné du caractère conciliateur et patriotique des paroles que je prononçai en cette occasion. Un élève de l'École de Saint-Cyr, nommé Lucas, déclara, lorsqu'il fut interrogé, qu'il j avait dans mes exhortations quelque chose de si touchant, qu'il ne put s'empêcher de verser des larmes (1). '
Je me retirais pour prendre place au milieu de mes collègues, lorsque, saisi par un groupe nombreux qui* s'était formé derrière la fenêtre, je fus emporté à travers la salle des Pas-Perdus. On voulut m'entendre encore une fois, on le demandait impérieusement, on fit cercle, une chaise fut apportée sur laquelle on me força de monter, et je dus prendre la parole. Ce fut alors que, parlant de la force inyincible de la Révolution de février, mais de l'absolue nécessité de l'imposer à l'admiration du monde entier par/
(1) Voy, sa déclaration dans la séance du 31 mai 1848. Moniteur, inin 1848, n» 153.
Je citai cette déposition dans mon discours dn 25 août 1848. Voy, dans le M<mit9ur le compte rendu de cette séance.
M. Baroche, dans son réquisitoire de Bourges, n'a eu garde de men« tionner ces témoignages. En revanche, il a grand soin, sur la foi de je ne sais quel habitant de Quimper, de représenter Barbes, Albert et moi groupés dam Us plis du drapeau tricolore. Il est de fait qu'au moment oii j'achevais mon discours, on me mit entre les mains un drapeau tricolore, que je gardai, ne jugeant pas que le fouler aux pieds ou le rejeter fût nn bon moyen de os^mer le Peuple. Voilà toute l'histoire.
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la modération et la sagesse, seul moyen de la rendre bientôt victorieuse de tous les rois, je prononçai ces mots, dénaturés depuis par le mensonge au service de la haine : « Cette Révolution, en effet, n'est pas de celles qui ébranlen les trônes, mais de celles qui les renversent. » Et la conclusion, le résumé de mon discours, fut ce cri, que tous les auditeurs répétèrent avec enthousiasme : « Vive la République universelle! n .
Presque au même instant, on m'entoure de toutes parts, on m'enlôve, on veut me porter dans l'Assemblée. J'eus beau me débattre violemment; j'eUs beau répondre, à diverses reprises, aux acclamations passionnées qui retentissaient autour de moi, que le seul cri vraiment digne du Peuple était : « Vive la République 1 » je m'épuisai en efforts inutiles. Dix fois je tombai dans la foule qui m'entraînait, dix fois des bras robustes me soulevèrent. Un ouvrier aux formes athlétiques me dit, en me montrant le poing avec un sourire et un air affectueux : « Ah! petit gredin, si tu voulais... (1)1 » Il y en avait qui se précipitaient sur moi pour m'embrasser; d'autres criaient : « Prenez garde de Tétouffer ! »» Si c'est un tort que d'exciter de telles sympathies, quand on en repousse de toutes ses forces l'éclat désordonné, et qu'on a toujours servi la cause de ce qu'on croit la vérité, sans condescendance, sans ûatterie, sans vaine captation de popularité, ce tort est le mien : qu'on en trouve un autre dans ma conduite I
C*est ainsi que, malgré mes protestations, et à travers une masse compacte, je fus porté jusqu'au milieu de l'Assemblée, devenue le théâtre des scènes les plus tumultueuses. Les sténographes du Moniteur, qui, au milieu d'une confusion sans exexnple, n'ont pu décrire que trèsincomplètement ce qui se passait autour d'eux, ont présenté, de ma réapparition dans la salle, le tableau suivant, dont on s'arma plus tard contre moi si cruellement et aveo tant de succès * « M. Ledru-Rollin essaye de calmer le
(1) Un de mes collègues, M. Morhéri, fut témoin de cette circonitanœ. •t en déposa devant la cour de Bourges.
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Peuple... On Tinterrompt... Cris pour la création d'un Ministère du Travail. Un drapeau paraît avec un crêpe noir. On demande l'organisation du travail. Voix nombreuses de la foule : « Nous voulons Louis Blanc!- Nous voulons un *r « Ministère du Travail! Louis Blanc l Louis Blanc! » Loj citoyen Louis Blanc est enlevé sur les bras des personnes ' réunies dans Tenceinte. On le porte en triomphe devant les bancs des représentants, en criant : « Louis Blanc! Louis «Blanc! (1)»
Je ne nie pas l'exactitude de ces détails; mais ce qu'il aurait fallu ajouter, ce que le Moniteur ne dit pas, e^ ce qui eut des milliers de témoins, c'est que je me débattis contre cette ovation funeste avec une énergie qui tenait du désespoir; c'est que j'épuisai dans cette lutte impossible ce qui me restait de forces ; et, pour l'attester, que fallait-il donc de plus que ma voix complètement éteinte, cette extrême pâleur de mon visage qui frappa tous ceux qui me virent, et la sueur qui coulait à grosses gouttes le long de mes joues (2)!
(IJ Voy. le Moniteur, mai 1848, n» 138.
(2) Parmi les témoignages sans nombre qne je pourrais produire ici, je choisis la lettre suivante, — adressée à moi-même, avec autorisation de la publier, — parce qu'elle vient d'un homme très^distingué sous tous les rapports, membre de la Chambre des Communes d'Angleterre, h. cette époque, aujourd'hui membre de la Chambre des Lords, sous le nom de |orcL Houghton, et qui assista à la séance do. 15 mai, en témoin parlait^ment désintéressé dans nos luttes départi :
« My dear air,
c I hâve been told that you are désirons that I sliould reoord my opinion of youT conduct and demeanour iii the National Assembly of the 15th May 1848, when the scène of i\& délibérations was invaded and occnpiedby the populace of Paris. I chanced to be there présent in the diplomatie box, during the whole of that day so fatal to the constitutional liberties of France, and I watched with a natural interest the proceedings of aU the important personages whom I knew by sight .
« At t£i8 distance of time, it ii difficult to recall détails; bntit wat then my distinct impression, wl}lchl imparted to many persons immediately afterwards, that your attitude towards Ûie intruders was expressive of reproof and resret and had nothing about it to encourage the suspi eion that you had invited or welcomed the outrage upon the représentatives of tbe Nation.
« I saw you taken up and raistid upon the shonlders of the people ; but you sppeared to me to deprecate the triumph that was ofifered to you, and to express by your gestares your disapproval aXike of the ho-
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Séparé de M.Barjaès par le flot populaire, je ne l'entendis pas demander que, pourarracher un peuple ami à l'oppression et à la mort, on levât, s'il le fallait, un impôt d'un milliard sur les riches; mais ceux qui lui ont tant reproché ce mot, à lui qui, après tout, appartenait à la classe qu'il désignait, ceux-là se souvenaient-ils que, pour gorger les émigrés, la Restauration avait levé un impôt d'un milliard, même sur les pauvres (1)?
Cependant, l'exaltation populaire croissait de minute en minute. Soudain le roulement du tambour retentit dans le lointain. M. Raspail, M. Barbes, conjurent le Peuple de se retirer. M. Huber, lui, réclame en faveur des assistants l'honneur de défiler devant l'Assemblée. Un cri s'élève: « Les tribunes enfoncent I » Marques d'effroi. Et le bruit du tambour qui approche 1 C'est le rappel : le rappel, c'est la guerre civile. Que la garde nationale entre dans la salle, la baïonnette au bout du fusil, malheur à tous I Pour les représentants eux-mêmes, le danger, en pareil cas, eût
mage and of the passions that prompted it. You appeared to me to leave the haU at the time it was deserted by the other members, and I was ne ver more surprised, than when I heard that you were accused of complicity in the attack nponthe Assembly. I had no personal acqaaintance with you at the time and I only observed your actions from tbe same motive that I did those of other public men. I am afraid this testimony can be of no ^eat value or importance; but such as it is, I am very ready to give it to you.
« I remain, my dear sir, yonrs sinoerely,
C RiOHABD MONOKTOH MlLMBB.
« 16 Upper Brook street, Febmary 14ih 1859. »
(1) Au procès de Bourges, Barbes produisit beaucoup de sensation, en faisant, avec cette héroïque fermeté d'âme qui le caractérise, la déclaration suivante : c Je suis responsable, en effet, de cette revendication da milliard octroyé aux émigrés pour prix de leurs faits et gestes contre Is France. ».
Un fait important à signaler, c'est qu'un seul représentant se leva pour appuyer la proposition de Barbes. Et quel était ce représentant ? Dupin atné !
Foi/, dans le journal U Peuple ^ n« 115, le compte rendu du procès de Bourges, audience du 12 mars 1849, et dans le Rappel, numéro du 3 oc* tobre 1869, le témoignage de Corbon, vice-président de l'Assemblée constituante, consigné par François-Victor Hugo dans une lettre s Auguste Yacauerie.
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été siformidable, quele fanatisme aveugle de Tesprit de parti a seul put faire un crime à M. Barbes d'avoir cherché à prévenir un égorgement possible en demandant que quiconque ordonnerait de battre le rappel fût déclaré traître à la patrie. On entendit le bruit du tambour s'éloigner, on l'entendit se rapprocher encore. Il fallait éviter Teffusion du sang : le président, derrière qui un capitaine d'artillerie se tenait, le visage sombre et une épée nue à la main, dut écrire sur quelques feuilles volantes : « Ne faites pas battre le rap-pel. *» On m'avait déposé enfin, brisé de fatigue, sur un banc de l'extrême gauche. Un ouvrier s'approche et me dit . «c Vous n'avez plus de voix ; mais si vous voulez écrire sur un morceau de papier qu'une dernière fois vous conjurez la foule de se retirer, peut-être parviendrai-je à lire ce papier de manière à être entendu. » Je prends une plume, et je traçais à la hâte ces lignes : Au nom de la patrie, de la patrie républicaine y au nom de la souveraineté du Peuple, dans V intérêt de tous, je vous adjure de,.*, lorsque tombèrent de la tribune ces paroles trop fameuses prononcées par M. Huber, à la suite d'un long évanouissement : « L'Assemblée est dissoute. »
Alors, il se fit dans la salle un grand mouvement dont l'impétuosité me poussa jusque dans la salle des conférences. On m'appelait de toutes parts. Une multitude serrée, violente^ m'entoura, me criant d'aller à l'Hôtel-de- Ville. J'aurais voulu voir Albert, dont personne ne put me donner des nouvelles, et Barbes, qui, de son côté, me cherchait. Il nous fut impossible de nous rejoindre. Quelqu'un me dit qu'on avait cherché à conduire ce dernier àl'Hôtelde- Ville ; qu'il s'en était défendu avec beaucoup d'animation. Le rapport était inexact. Quoique Barbés eût déploré l'invasion de l'Assemblée, et fait tous ses efforts, d'abord pour la prévenir, puis pour y mettre un terme ; quand il vit que les représentants du Peuple étaient dispersés ; que la foule courait éperdue çà et là ; que le cri « Aux armes » répondait aux appels funèbres du tambour, et que Paris était livré à une horrible confusion, ne consultant que son désir d'empêcher, s'il était possible, tout acte préjudiciable à la cause du Peuple» il prit son parti résolument, et alla
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droit à l'Hôtel-de-Yille. Quant à moi, n'ayant pn, par une bien triste fatalité, ni connaître ses impressions, ni lui communiquer les miennes, ni savoir ce que lui et Albert étaient devenus, je me trouvai agir d'après une appréciation différente des lois de la situation, et je résistai vivement aux obsessions dont j^étais assailli. Mais, tout le monde se précipitant vers les portes, le torrent m'entraîna dehors, et je sortis tellement perdu au sein delà multitude «environnante, que j'ignore encore par quelle issue et par 'quel chemin j'arrivai à l'esplanade des Invalides.
Là, je rencontrai Charles Blanc, mon frère, dont le dévouement intrépide et la sollicitude constamment en éveil n'ont manqué à aucune des épreuves, à aucun des dangers de ma vie. Suivi'd'un peintre, M. Célestin Nanteuil, et de quelques amis, il me cherchait avec inquiétude, et fit des efforts inouïs pou r'me dégager; car j'étais pressé à ce point, que mes plus proches voisins étaient obligés de me faire, en se donnant le bras, un rempart contre le mouvement qui m'enveloppait. Un moment, toutefois, il se fit une halte que je mis à profit pour engager de nouveau ceux qui m'accompagnaient à se. disperser. « Vous allez vous faire tuer, et inutilement, » leur disais-je. Mais quelquesuns me répondaient, dans une sorte de délire, et en montrant leur poitrine nue : « On n'osera pas frapper des hommes désarmés. » Mon frère reprit vivement : « Eh bien, c'est donc lui que vous voulez faire tuer? >» Chose admirable et touchante I Ces hommes, tout à l'heure si obstinés, furent aussitôt vaincus. « C'est vrai I c'est vrai I s'écrièrent-ils, il ne faut pas l'exposer i » Un cabriolet venant à passer, ils l'arrêtèrent, en firent descendre le maître; c'était un marchand de vins qui s'en retournait à Bercy. Il déclara qu'il avait des valeurs dans son cabriolet et témoigna le désir de ne point le quitter De sorte que nous nous trouvâmes quatre dans le cabriolet : le propriétaire, le cocher, mon frère et moi. J'étais dans un tel état de prostration physique, que l'honnête citoyen qui m'avait ainsi donné place dans sa voiture me proposa généreusement de me mener chez un de ses amis où je pourrais prendre un peu de repos. Il me conduisit, en effet, dans
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le quartier de TÉcole de médecine, chez un jeune homme qui m^offrit la plus gracieuse hospitalité. Je regagnai ensuite ma demeure, après m'étre arrêté quelques instants, pour y changer de linge« dans une librairie voisine, celle du citoyen Masson, qui était absent, et dont les neveux me reçurent. Prétendre qu'on m'a vu à THôtel-de-Ville... est un mensonge dont Timpudence dépasse tout ce qui peut être imaginé.
Ayant appris, chez moi, que TAssemblée était rentrée en séance, je me hâtai d'y aller reprendre mon poste.
Arrivé au vestibule, je suis reconnu par quelques gardes nationaux. Ils se précipitèrent sur moi, en proie à un incroyable accès de rage. « En accusation I criaient ceux-oi. — Il faut le tuer ! ce sera plus tét fait ! *» criaient ceux-là. Heureusement, d'autres gardes nationaux, j'aime à le constater ici, mirent à me défendre la même ardeur que leurs camarades mettaient à m'attaquer. Le général Duvivier parut en uniforme et fut un des premiers à protéger ma vie. Parmi ceux qui m'entourèrent et parvinrent à me sauver de la fureur la plus aveugle qui fut jamais, je citerai, avec reconnaissance, mes collègues la Rochejaquelein, Boulay (de la Meurthe), Wolowski, Adelsward, mon compatriote Conti, représentant de la Corse; le citoyen Moussette, le peintre Gigoux, un lieutenant de la garde nationale nommé Fërey, délégué du Luxembourg. On m'a dit depuis que, ûdèle au souvenir de notre longue amitié, M. François Arago était sorti précipitamment de la Chambre, pour venjr à mon secours. 11 m'est doux de trouver cette occasion d'exprimer publiquement à ceux qui lâe sauvèrent de cette incroyable tentative d'assassinat, ma profonde gratitude.
Il est certain, il est probable du moins, que, sans leur intervention, c'en était fait de moi. On m'arracha des poi^ gnées de cheveux; on mit en pièces mon habit; des misérables essayèrent de me frapper par derrière à coups de baïonnette ; il y en eut un qui, ne pouvant m'atteihdre autrement, me tordit les doigts. Mon indignation était si vio<lente, que, pendant tout ce temps, je ne cessais de crier: Là' ehesUâeheêf Vousiies des lâches f J^enivBAàAUB l'Assemblée,
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yéritablement couvert de lambeaux, et le visage ensan-^ glanté. Dans cet état, peut-être aurais-je dû m'attendre, de la part de tous mes collègues, à quelques-uns de ces égards que commande le seul sentiment de Thumanité. Mais tel est le cruel effet des discordes civiles, que je ne trouvai, dans une partie de TAssèmblée, que dispositions hostiles. Ma présence à la tribune, où m'appelait le plus impérieux des devoirs, celui de témoigner en faveur de mes malheureux amis Albert et Barbes, provoqua les plu9 violents murmures.
Est-il vrai, comme plusieurs journaux Tout rapporté, qu'il se soit mêlé à ces murmures des insultes qu'un homme le cœur ne souffre point? Je suis en droit de le nier, nonseulement parce que je n'ai pas entendu ces insultes, mais parce que j'ai écrit depuis une lettre qui invitait les prétendus insulteurs à se faire connaître. Or, cette lettre est demeurée sans réponse, et je tiens en assez grande estime l'Assemblée dont j'ai eu l'honneur de faire partie, pour croire qu'elle ne renfermait pas un seul homme capable de descendre à une injure anonyme, à une injure irresponsable (1).
(1) Voici la lettre que j'adressai au rédacteur de la Pr$9*e :
c Citoy®
c Vous dites, dans votre numéro de ce jour, que j'ai tenu au Peupla nn discours qui se résume en ceci : c La^ démonstration d'ai:your« c d'hui n'est pas de celles qui ébranlent, mais de celles qui renversent. »
« Je n'ai pas dit cela; j'ai dit, en parlant de l'influence que notre grande et impérissable Révolution de février â exercée sur l'Europe mo^ narchique : « Cette Révolution, en effet, n'est pas de-celles qui ébranlent! « les trônes, mais de celles qui les renversent. » ï
c Je n'insisterai pas sur la différence de ces deux versions, surtout dans les circonstances présentes I Je ne parlerai pas non plus des injures anonymes que vous mentionnez, injures qui se sont perdues pour moi dans le tumulte, injures qui m'auraient pu être épargnées, chez un
Seuple généreux, après les honteuses et indignes violences dont je venais 'être l'objet, au seuil même de l'Assemblée.
« Je ne provoque jamais personne; mais ceux qui me connaissent savent bien que je ne recule pas Rêvant toute provocation portant un nom propre, c Je recommande à votre loyauté, citoyen, Tinsertion de cetto lettre dans votre plus prochain numéro.
' « Salut et fraternité.
c Louis Blajtc.
« Puis, U 16 uai 1848. •