‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 14 sur 70 · INVASION DE L*ASSEMBLÉE NATIONALE · texte numérisé non relu

INVASION DE L*ASSEMBLÉE NATIONALE

Le Moniteur porte que rautorisation de poursuivre Albert fut votée, ce soir-là, à runanimité. Au nom de plusieurs de mes amis, et pour mon propre compte, je protestai publiquement et énergiquement contre cette assertion

Telle est, racontée avec la plus parfaite, la plus minutieuse exactitude, la conduite que je tins dans la journée du 15 mai.

Pour ce qui est du peuple de Paris, lord Normanby le calomnie avec une audace à peine concevable, lorsqu'il parle de « vengeance sanguinaire ; » de « furieux, n'attendant que roccasion d'un triomphe éphémère pour choisir leurs victimes, etc., etc.. (1). » La confusion fut grande sans doute, et il se passa des scènes de désordre, lamentables ; mais qui ne sent que, dans des événements de ce genre, il suffit, pour créer le chaos, d'une vingtaine d'énergumènes excités par quelques agents provocateurs? C'est Tattitude de la masse qu'il importe de considérer ici. Eh bien^ cette attitude, au 15 mai, n'eut absolument rien qui justifie les dénonciations de lord Normanby. Les uns agirent comme des hommes à qui l'exaltation d'un sentiment généreux a donné la fièvre ; les autres, comme des écoliers en révolte qui sont étonnés de ce qu'ils ont fait, non sans quelque inquiétude du résultat. Je tiens de M. Monkton Milnes qu'au plus fort du tuiÉhlte, il remarqua un vieillard, un Français, qui pleurait à chaudes larmes et s'écriait d'une voix passionnée : «Pauvre Pologne! pauvre Pologne! Elle sera donc sauvée ! » Et ce sentiment était général. Au moment de l'invasion, ceux qui forcèrent les portes de la tribune diplomatique — ce fait me vient delà même source — s'arrêtèrent tout court, à la vue des dames qui s'y trouvaient, , et, étant leurs casquettes, demandèrent respectueusement' la permission de passer. Certes, s'il est une chose dont il y aitJieu de s'émerveiller, c'est qu'au sein d'une foule excitée à ce point et armée, aucun acte de violence farouche n'ait été commis. Or, y eut-il une seule goutte de sang versé? et lord Normanby pourrait-il léguer à l'hiaoire une seule circonstance qui explique pourquoi ces desperados, impa-

(1) À ftar of Révolution in Pari», . 1. 1, pp. 393-396.

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tîents de tuer, De saisirent pas une occasion aussi favorable de donner cours à leur « vengeance sanguinaire ? • Mais quoi ! lui-même, séduit sans doute, cette fois, par le désir d être piquant, s'oublie jusqu'à témoigner des attentions courtoises dont lui et les dames qu'il accompagnait furent l'objet, de la part des envahisseurs. Voici ce que, perronneliement. Sa Seigneurie eut à souffrir de leur conduite. Je lui laisse la parole :

« Àlors^ un ouvrier, assis à califourchon sur une des cloisons de notre tribune, appela un de ses camarades, assis sur la cloison opposée, et dit qu'il avait assisté à la construction du nouvel édifice ; que la salle n'avait certain nement pas été construite pour contenir tant de monde, et qu'on ferait bien de descendre, en laissant agir ceux qui avaient l'affaire à arranger? Ceci alarma natureUement les dames qui occupaient les sièges de devant, et elles demandèrent avec quelque inquiétude si la retraite ne leur était pas possible. Le jeune chef (the young leader) dont l'intervention nous avait déjà été si utile, s'offrit à nous précéder, si nous le désirions, et à nous frajer un passage à travers la foule. Nous partîmes donc, nôtre protecteur nous montrant le chemin Je dois reconnaître

que, quoique les corridors fussent extrêmement étroits, toute facilité fut offerte à notre retraite, et que l'épaisse multitude qu'il fallait percer 8*ouvrit poliment devant nous (1). »

Je ne douté pas qu'en homme bien élevé, lord Nor* manbj n'ait adressé aux desperados dont il parle les remercîments qu'en sa qualité d'historien il se croit autorisé à supprimer!

Pour ce qui est des membres dé l'Assemblée, je ôonstatetai, en terminant, — car je rougirais d'Une omission qui serait une injustice, ^<- que, dans la séance du 15 mai 1848, leur contenance fut grave et digne. Malheureusement, le

(i) A Yçar of Révolution in Parié, 1. 1, pp. 897-398*

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calme qu'ils avaient conservé pendant Torage, après Torage ils le perdirent (1).

(1) Il faut savoir qu'il existe dans le MoniUuràeux comptes rendus de la séance du 15 mai, dont le second, rédigé après coup, est une version arrar gée Et c'est ce qui résulté de la dépo-iition que fut amené à faire devant la haute courue Bourges (audience du 12 mars 1849) le réviseur de la stén'OLfraphie de l'Ass3ml)lée Or, c'est dans l'édition arrangét que plusiturs membies des clubs sont représentés, criant : t 11 nous faut deux heures de pillage 1 1 C'était une grossière calomnie. Uhomrae qui avait porté ce renseignement au Moniteur fut sommé de comparaître, au procès de Bourges, et se rétracta formellement. Voy à cet égard le compta rendu du procès, audience du 21 mars 1819, dans le journal le Peuplé^ A* 124.

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CnAPITEE VINGTIÈME

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Vk réaction jette le masque. — Tactique de ses organes pour préparer le coup, qui allait m'être porté. — Demande en autorisation de pour* suites, présentée contre moi à 1* Assemblée. — Considérants du réquisitoire de M.. Portalis, procureur général. — Lettre de Barbes au président de l'Assemblée, pour revendiquer la responsabilité de paroles que m'attribuait le réquisitoire. — Rapport de M. Jules Favre concluant à l'autorisation de poursuites. — Discussion de ce rapport. — Les conclusions en sont combattues par MM. Mathieu (de la Drôme), Laurent (de l'Ardèche), Théodore Bac et Dupont (^de Bussac.) — Si* lence de la droite. — Témoignage spontané d'un citoyen en ma faveur. — Bruit sourdement répandu de ma présence à l'Hôtel-de- Ville, 1© 15 inai.— Déclaration de M. Marrast à ce sujet. — L'autorisation d« poursuites est refusée à 32 voix seulement de majorité. -^ Explication de la journée. — Chronique parlementaire dû journal ia Ltôerlrf, — . M. Crémieux se prononce en ma faveur. — Démissions de MM. Jules Favre, Portalis et Landrin.

A partir du 15 mai, la réaction jeta le masque. La possibilité de renverser la République venait d'apparaître aux royalistes : le cœur leur revint. La mine fut ouverte sous la Commission executive. Contre M. Ledru-RoUin, orléannistes et légitimistes redoublèrent leurs attaques. M, Caussidièrefut remplacé à la préfecture de police, en dépit, ou, plutôt, à cause de la protection de M. de Lamartine. Et M. de Lamartine lui-même, que ses avances au parti monarchiste avaient ruiné dans l'esprit du Peuple, se vit aban-

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