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conseil de& Dix à Venise, voilà en quelques mots Thistoire du passage de M. Trélat aux affaires (1) .
Et, pendant ce temps, la plaie, la plaie, béante s'envenimait, s'élargissait. Afin de faire disparaître M. Emile Thomas, M. Trélat lui avait envoyé un arrêté qui, entre autres dispositions oppressives, contenait celles-ci :
M Les ouvriers célibataires, âgés de dix-huit ans à vingteinq ans, seront invités à s'enrôler sous les drapeaux de la Bépublique pour compléter les différents régiments de l'armée ; ceux qui refuseront de souscrire des engagements volontaires seront immédiatement rajés des listes d'embrigadement des Ateliers nationaux.
« Les patrons pourront requérir tel nombre de ces ouvriers (ceux des Ateliers nationaux) qu'ils déclareront nécessaire à la reprise ou à la continuation de leurs travaux. Ceux qui refusç9:!ont de les suivre seront à l'instant rayés de la liste générale des Ateliers nationaux. >»
Ce monstrueux arrêté était signé :
« Pour le ministre des travaux puilies, par autorisation, le secrétaire général,
« BOULAQE. »
Ainsi, l'on sommait les plus jeunes de devenir chair à canon, et les autres de se vendre au prix qu'on voudrait bien donner de leurs personnes. Il est vrai qu'on évitait de la sorte le malheur de tomber dans le socialisme!
Était-ce donc que les avertissements solennels fissent défaut? Non, certes. Que de voix s'élevèrent, et des plus éloquentes, pour sauver à la France cette horrible épreuve ! Aucun de ceux qui assistèrent à la séance du 15 juin 1848 n'a pu oublier quel frémissement courut sur tous les bancs de l'Assemblée, lorsque, avec l'autorité du philosophe et l'émotion poignante du prophète en deuil, Pierre Leroux
(1) La manière dont il fit arrêter M. Emile Thomas a'a rieo de eoin« rarable dans les annales du despotisme.
INSUBBfiOTION DE LA FAIH 13&
8*écria, tourné vers le côté droit : « Si vous ne voulez pas sortir de rancienne économie politique; si vous voulez absolument anéantir les promesses de la Révolution fran* çaise dans toute sa grandeur ; si vous ne voulez pas que le christianisme lui-même fasse un pas nouveau; si voua ne voulez pas de l'association humaine, je vous dis que vous exposez la civilisation à mourir dans une agonie terrible (1). » ♦
M. Goudchaux essaya dé réfuter 'M. Pierre Leroux, et il prononça ces mots : « Il faut que les Ateliers nationaux disparaissent immédiatement à Paris et en province. » Selon lui, ce qui manquait aux ouvriers, c'était Tinstruction gratuite à tous les degrés, une participation au crédit, des taxes moins onéreuses, la réforme des lois protectrices du travail. Mais ces mesures, alors même que rien au delà n'eût été désirable, ne fournissaient pas la solution du pro* blême qui était immédiatement à résoudre. Et M. Goudchaux était si loin de s'abuser sur la portée de ce problème, qu'il disait en terminant : « Si vous ne le résolvez pas, la République |(érira, et la société passera par un tel état de choses, que je ne veux pas vous le dépeindre. Le sol, sous vous, est maintenant très-miné (2)... »
Trois jours après, on lisait dans une affiche posée sur tous les murs de Paris par les ouvriers des Ateliers nationaux, comme réponse au discours qui précède :
« Ce n*est pas notre volonté qui manque au travail; c'est un travail approprié à nos professions qui manque à nos bras. Nous rappelons de tous nos vœux. Vous demandez la 8uppi*ession immédiate des cent dix mille travailleurs qui attendent chaque jour de leur modeste paye les moyens d'existence pour eux et leurs familles. Les livrera-t*on aux mauvais conseils de la faim, aux entraînements du désespoir? »
Tel était l'état des choses, quand les intrigues du parti
(1) Foy. le Monitiury séance dn 15 juin 1848.
(2) Séance du 15 juin 1848.
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bonapartiste vinrent compliquer la crise. Il est très- vrai que, malgré les efforts inouïs faits pour semer des germes d'antagonisme entre les délégués du Luxembourg et ceux des Ateliers nationaux^ ils avaient uni, le bon seus du Peuple prenant le dessus, par se rapprocher et s'entendre; mais il est vrai aussi que les Ateliers nationaux étaient fortement travaillés par les agents bonapartistes , et que dans cette masse énorme d'ouvriers réunis, enrégimentés, le bonapartisme cherchait avec avidité dearecrues.La proclamation suivante, adressée au Peuple vers le milieu du mois de juin, dira dans quel esprit s'exerçait l'influence du Luxembourg :
« Travailleurs,
« Nous, déléguéà des ouvriers du Luxembourg; nous dé<légués des Ateliers nationaux; nous, voués corps et âme à la République, pour laquelle, comme vous tous, nous avons combattu, nous vous prions, au nom de cette liberté si chèrement achetée, au nom de la patrie régénérée par vous, au nom de la fraternité, de l'égalité, de ne pas joindre vos voix et votre appui à des voix anarchiques ; de ne^pas prêter vos bras et vos cœurs pour encourager les partisans du trône que vous avez brûlé. Ces hommes sans âme, sans caractère, amèneraient inévitablement Tanarchie au milieu du pays, qui n'a besoin que de liberté et de travail.
« Nul ne doit prétendre désormais qu'au plus beau de tous les titres : celui de citoyen. Nul ne doit essayer de lutter contre le véritable souverain : le Peuple.
M Le tenter serait un exécrable crime, et quiconque l'oserait serait traître à l'honneur et à la patrie.
«La réaction travaille, elle s'agite; ses nombreux émissaires feront luire à vos yeux, frères, un rêve irréalisable, un bonheur insensé; elle sème Tor; défiez- vous, amis, défiez-vous I Attendez, attendez encore quelques jours, avec ce calme dont vous avez fait preuve, et qui est la véritable force.
« Espérez, car les temps' sont venus, l'avenir nous ap-
INSURRECTION 'de LA FAIM 137
partient ; n'encouragez pas, par votre présence, de» manifestations qui n'ont de populaire que le titre; ne vous mêlez pas à ces folies d'un autre âge.
«Croyez-nous; écoutez-nous! rien maintenant n'est possible en France que la Bépublique démocratique et sociale.
« L'histoire du dernier règne est terrible ; ne la continuons pas. Pas plus d'empereur que de roi ! Bien autre chose que la Liberté, rÉgalité et la Fraternité.
« Vive la République I
« Pierre Vinçard, président des délégués du Luxembourg ;
«Auguste Blum, vice-président; « Jullien, trésorier ; « Lefaure, secrétaire ;
«Baoon, président des délégués des Atelier»
nationaux ;
« Eugène Garlin, secrétaire ; « Petit-Bonnaud, lieutenant; « Ardillon, lieutenant. »
Consignons ici un fait peu connu et qui mérite de l'être . La veille même du jour où Ton redoutait une manifestation bonapartiste, le président des délégués du Luxembourg fut mandé au château de Bagatelle par undes membres de la Commission executive, celui qui, depuis, s*est si vivement emporté contre les manifestations populaires, celui qui s'est vanté d'avoir sauvé, au 16 avril, la société que personne ne menaçait, M. de Lamartine enfin, s'il faut l'appeler par son nom. Ce fut une étrange conférence. Il s'agissait, pour M. de Lamartine, de préparer, au moyen des délégués du Luxembourg, contre Louis Bonaparte et au profit de la Commission executive, un second 16 avril. Seulement, cette fois, M. de Lamartine aurait conduit la manifestation, au lieu de la combattre' Mais les délégués du Luxembourg n'étaient pas gens à
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figurer dans des luttes d'ambition : ils voulaient rester et ils restèrent les serviteurs de la cause du Peuple.
Les heures s'écoulaient. « Nous donnons trois mois de misère à la République, » avaient dit noblement les ouvriers, et voilà que déjà le jour de Téchéance était passé I Le 22 juin, la note qui concernait les enrôlements d'ouvriers, enrôlements /orcrf^, puisqu'on les faisait au nom de la faim, cette note éclata dans le Moniteur comme un coup de foudre. Sur plusieurs points, et notamment sur la place Saint-Sulpice, les ouvriers se rassemblent en tumulte ; les brigades envoyées à Corbeil abandonnent précipitamment leurs chantiers et reviennent à Paris ; les premiers grondements de la guerre civile se font entenàre. « N'importe, n'importe! il faut dissoudre les Ateliers na* tionaux, il le faut, et cela sans tomber dans U socialisme. — Mais la guerre civile I — Non, non : pas de socialisme, et... que les destinées s'accomplissent I »
M. Lalanne, le nouveau directeur des Ateliers nationaux, Thomme de confiance de M. Trélat, s'exprimait comme il suit:
« Les chefs d'arrondissement sont invités à envoyer chacun la cinquantième partie de leur effectif, ce soir, à trois heures, au manège. Il s'agit de départs qui doivent avoir lieu aujourd'hui, demain et après-demain. Je parlerai moi-même aux hommes de bonne volonté qui se présenteront. Le gouvernement veut que ces départs aient lieu. Il faut que sa volonté soit exécutée aujourd'hui mime. »
V Quant à faire savoir aux malheureux qu'on proscrivait ainsi, quel genre de travail on leur réservait, à quelles conditions ils seraient tenus de travailler, là où il plaisait aux sauveurs de la société de les envoyer, c'était bien de cela qu'il s'agissait, vraiment ! « Le gouvernement veut que ces départs aient lieu. Wfaut que sa volonté soit exécutée aujourd'hui même, »
Le 22 juin, à neuf heures du matin, le citoyen Pujol, délégué par les ouvrier^ près de la Commission executive ,