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de circonstaifçes qui tontes tendaient à montrer, à trayers les horreurs d'une guerre civile, le bonapartisme? Gomment ne pas frissonner, en songeant que Tunique résultat d'une lutte où les prolétaires jonclieraient Paris de leurs cadavres risquait de n'être que le triomphe de l'ambition d'un homme? Et si, comme il n'était que trop aisé de le prévoir, les insurgés succombaient!... Non, je ne crois pas que jamais agonie de l'esprit et du cœur ait été comparable à celle dont cette odieuse alternative infligea le tourment aux sincères amis du Peuple. Quant à moi, je voyais les choses tellement en noir que, pour conjurer l'orage, j'aurais volontiers donné tout le sang de mes veines; mais, outre que je n'étais plus investi d'aucun pouvoir ofûciel, les défiances haineuses dont me poursuivaient et les autorités du moment et la majorité de l'Assemblée avaient renda mes relations avec l'ensemble de la classe ouvrière trèsdifficiles. Et puis, quoiqu'une inquiétude menaçante agitât depuis plusieurs jours la population des Ateliers nationaux, et que l'insurrection n'eût été que trop aisée à prévoir, l'adoption des mesures insensées qui changèrent définitivement les alarmes en fureur eurent un tel caractère de soudaineté que chacun se trouva comme enveloppé dans l'ouragan avant d'avoir eu le temps de se reconnaître.
Dans la matinée du 23 juin, je montais en voiture avec un de mes compatriotes, M. Savelli, qui était venu me voir et s'était ofi^ert pour m'accompagner à l'Assemblée, lorsque tout à coup quelques ouvriers paraissent à la portière : « Âmi, le Peuple s'ébranle dans Paris; que faut-il faire? » On juge ce que ma situation avait d'affreux! « Y a-t-il, répondis-je, un rendez-vous général où je puisse aller» et dire ce que je sens? » Ils répliquèrent à la hâte, et avec beaucoup d'animation : c Pour Dieu, n'allez pasi Et
hommes les plus droits «t nn des plus nobles caractères que j'aie renoonti'és dans ma vie.
Il est dit, dans la notice que la récente Biographie des Contemporaine consacre à M. Nadaud, quMl est rentré en France, et s'est rallié, dans les derniers tempSj à la doctrine de M. Proudhon . Il y a là deux erreurs. M. Nadaud n'a pas cessé d'ôtre réfugié en Angleterre, et ses idées n*ont absolumeTît rien de commun avec celles qui appartiennent en propre à M. rroudhon. ■ ^ «^
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OÙ irîez-YOUS? Presque tout Paris est debotit, depuis la barrière Rochechouart sur la rive droite de la Seine, jusqu'au Panthéon sur la rive gauche. Seulement, que désirez-vous que nous disions à ceux de nos camarades que nous rencontrerons? » — « Eh bien, dites-leur que, si le glaive est tiré en ce moment, c*en est fait, selon toute apparence, de la République; dites-leur qu'on travaille depuis longtemps à rassembler des forces immenses contre le Peuple; que la contre-Révolution ne soupire qu'après une occasion de Técraser ; que la défaite est presque certaine; que rien n'est prêt pour le succès; et que, pour usurper la victoire du Peuple, à supposer qu'il y eût victoire, les ambitieux ne manquent pas. ** Ils firent un mouvement de tête qui semblait signifier : « Il est trop tard; » me serrèrent vivement la main, et partirent (I).
J'étais consterné. Quel parti prendre? Jç crus que le mieux était de me rendre à l'Assemblée, où je pouvais être au moins de quelque utilité en m'opposant aux mesures violentes, et de nature soit à aggraver soit à compliquer la situation^ Tous ceux de mes collègues qui appartenaient à Topinion socialiste avaient eu la même pensée que moi; tous ils étaient à leur poste de représentants du Peuple; et je les trouvai tous en proie à. la douloureuse incertitude née de la succession rapide des faits et du mélange de tant d'éléments confus. Toutefois, le vrai caractère du mouvement ne tarda point à se dessiner. Les factions bonapartiste et légitimiste, qui avaient d'abord essayé de s'en emparer et qu'on pouvait craindre de voir réussir, furent amenées à cacher leur drapeau ; et le seul étendard arboré sur les barricades fut celui du Peuple, celui qui portait ces mots touchants : Du pain ou du plomb!
Mais l'Assemblée alors était devenue permanente. Une sorte de vigilanSe farouche entourait ceux qu'on savait sympathiques à la cause qui avait réduit le Peuple au désespoir, et le premier d'entre mus qui eût tenté de fran-
(1) On trouvera la confirmation de ceci dans une lettre de M. SaveUi au président de la Commission d'enquête. Voy. le Moniteur^ compte rendu de i& séance du 25 août 1848.
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chip le seuil de TÂssemblée, eût été arrêté à Tiiistant môme.
Dans la matinée, une colonne compacte s'était formée sur la place de la Bastille et avait roulé comme une avalanche jusqu'à la porte Saint-Denis^ où eut lieu le premier engagement. Mais déjà, ^t tandis que, dans les quartiers arig^tocratiques, les légions se réunissaient lentement, dans les quartiers populeux les rues se hérissaient de barricades.
Ce fut cet instant que M. de Falloux choisit pour présenter, du haut de la tribune de TÂssemblée, le rapport qui concluait à la dissolution des Ateliers ]&ationaux, moyennant une indemnité d'environ trente francs par homme (1). M. Proudhon a écrit : «Trente francs pour avoir fondé la République, pour la rançon du monopole, et en échange d'une éternité de misère I Cela rappelait les trente deniers payés par Judas pour le sang de Jésus* Christ. »
Et pendant ce temps, la fusillade continuait, les barricades s'élevaient, tout Paris s'armait. « Je ne crois pas qu'en ce moment la lecture du rapport soit opportune ! » s'était écrié M. Raynal. Mais les contre-révolutionaires : « Lisez,, lisez!... » M. de Falloux s'empressa de lire. Puis, aûn que la guerre au socialisme fût partout, on se mit à tonner dans l'Assemblée contre Texécution des chemins de fer par TÉtat. Au dehors , le Peuple continuait de crier : Du pain ou du plomb !
. Alors, comme si, pour étouffer ces mots d'éternelle douleur, il n'eût pas suffi de charger les canons à mitraille, de mettre en mouvement fantassins et cavaliers, de renforcer la garde nationale par la garde républicaine, et la garde républicaine par la garde mobile, la calomnie fut appelée au secours. Dans une circulaire ^dressée aux municipalités des douze arrondissements, M. Marrast osa présenter cette armée de la faim qui se levait, comme un ramas de brigands à la solde d'agents étrangers. Il osa
(1) La somme proposée était de trois mUlions, à répartir entre cent iept mille hommes. Yoy. le Moniteur, juin 1848, n» 176.