IN8UBRBCTI0N DE LA FAIM
milieu du tamnlte : « Vous appelez ainsi des assassins (1)!» Et Ton vote la question préalable. A son tour, M. Caussidière propose une proclamation aux flambeaux; et lui, moi, plusieurs autres membres de la gauche, nous offrons d'aller aux barricades, pour tâcher d'arrêter, s*il est possible, Teffusion du sang : ces propositions et ces offres ne rencontrent que défiances; on les traite de factieuses. Nommerai-je celui qui osa demander qu'on arrêtât penr dant la nuit certains journalistes, et que m la déportation eût lieu sur la reconnaissance de Tidentité des individus?» L'auteur de cette motion imonstrueuse n'était pourtant pas un membre de la droite; c'était un homme à qui la peur du socialisme avait donné le vertige, et qui figurait parmi... les républicains. Comme il doit être étonné au« jourd'hui de son égarement d'alors! « Le Gouvernement^ répondit le ministre des finances, M. Duclerc, vous a montré de Ténergie. Exigez-vous de lui un coup d'État? Il ne le fera pas (2). »
M. Barthélémy Saint-Hilaire a raconté en ces termes/ du haut de la tribune, une scène qui, dans la soirée du 23 juin, eut lieu entre le général Cavaignac et les mem« bres de la Commission executive. « Une dernière tentative fut faite auprès du général. MM. Arago, Marie, Lamartine, Ledru-EoUin, avec M. Barthélémy Saint-Hilaire, le pressèrent de commencer l'attaque. Le général fut inflexible, et les instances dont il était l'objet irritant sa colère : «Croyez-vous, » dit-il, «que je sois ici pour défendre m VOS Parisiens, votre garde nationale? Qu'elle défende « elle-même sa ville et ses boutiques. Je ne veux pas dis- « séminer mes troupes. Je me rappelle 1830; je me rap- « pelle Février. Si une seule de mes compagnies estdésar- « mée, je me brûle la cervelle ; je ne survivrai pas à ce « déshonneur. » On eut beau représenter au général que son ,. suicide ne remédieraitàrien, que la question était d'enlever ^ les barricades qu'il avait laissé former; aucun argument ne put le décider à donner Tordre de l'attaque; le moment
(1) Voy, le 3for^leuu juin 1848, n» 176.
(8) Compte rendu de la séance du 23 juin 1848.
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décisif ne lui paraissait pas encolle venu. On ajouta que les insurgés gagnaient à chaque instant du terrain. « Que « m'importe ! » répondit le général ; « s'ils sont maîtres de « Paris, je me retirerai avec mon armée dans les plaines « de Saint-Denis, et je leur livrerai bataille. »» — « Oui, » dit M. Arago, « mais ils ne vous y suivront pas (1). »
Du reste, quand le général Cavaignac s'étudiait à dififérer de la sorte une attaque générale, ce n*était point dans Fattente de circonstances de nature à la rendre inutile. 11 avait si bien en vue une bataille, et une bataille sur. une formidable échelle, que, ce soir-là même, le colonel Martimprey fut envoyé à Vincennes, avec un régiment d'infanterie et un régiment de cuirassiers, pour en rapporter les canons, les boulets, les bombes et les obus que réclame le siège en règle d'une place forte!
Nous avons dit que le général Cavaignac était revenu du faubourg du Temple à huit heures du soir. Il s'absenta de nouveau, désirant visiter le général Bedeau, qui avait été blessé en défendant THôtel-de-Ville, et le général Damesme, qui occupait le faubourg Saint-Jacques. Il ne rentra qu'à deux heures du matin, et parlait d'aller prendre du repos au ministère de la guerre, lorsque, M. Ledru- Rollin s'y opposant avec beaucoup de vivacité, il se décida enfin à rester, et courut se jeter tout habillé sur un des canapés d un cabinet voisin où il s'endormit. Plus tard, quand cette circonstance fut rappelée, à la tribune, il répondit d'un ton ironique : « On a dit que j'avais dormi; j'en conviens. Cela m'arrive quelquefois (2). » Le mot fut trouvé admirable par ceux de la droite!... Quant aux membres de la Commission executive, ils ne dormirent pas.
A cinq heures du matin, M. Dupont, chef de bataillon de la 12^ légion, demande à être introduit auprès du géné-
(1) Discours de M. Barthélémy Saînt-Hilaire, séance du 25 novembre 1848. Dans sa réponse, le général Cavaignac ne nie pas au fond Texao* titude de ce récit. Seulement, il se défend d'avoir employé des termes offensants pour la garde nationale. Voy. le Moniteur, novembre 1848, n* 331.
(2; Voy, le discours du général Cavaignac dans la «éanc^ d^ 26 Bq« *"^mbre 1848*