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rai. n est admis, avec quelques citoyens qui raccompagnaient : « Eh bien, que voulez-vous? » — « Je viens vous prier d'ordonner la retraite des baïonnettes dont le douzième arrondissement est hérissé. Je suis du quartier ; je le connais. Je réponds de sa tranquillité, si la mesure que je sollicite est prise. » Le général, sans quitter la position horizontale , répondit laconiquement : « Impossible. Je n'ai que onze bataillons sur la rive gauche. On se battra (1). n
Qu'elle fût longue, qu'elle fut lugubre, cette nuit du 23 au 24 juin I
Le lendemain, le soleil ne se montra pas; le ciel semblait aussi triste que le cœur des hommes ; les pavés frémirent sous les roues des canons; et ceux que la faim donnait à la mort, reprirent le cri de la veille : « Du pain ou du plomb ! »
En ce moment, tout était mûr pour la dictature d'un soldat. L'impossibilité où la Commission executive avait été mise dans la journée précédente d'envoyer des secours où ils étaient attendus, avait accrédité parmi la garde nationale ridée d'une trahison, et elle se montrait exaspérée contre les traîtres. Dans l'Assemblée, on n'ignorait pas que ces traîtres avaient bravement payé de leurs personnes au service d'une cause qui, en effet, n'aurait pas dû être la leur; mais beaucoup, dans les rangs de la droite, pensaient tout bas ce que M. Bineau s'était hasardé à pen« ser tout haut : « Qu'est-ce que cela nous fait? » Les habiles, tels que M. de Falloux et M. Thiers, souriaient d'a- Tance au spectacle de ces républicains qu'un républicain allait fouler aux pieds, en se perdant lui-même. Et M. Marrast se tenait derrière le général Cavaignac, lui soufflant de déplorables conseils. Déjà, dès le 22 juin, le général avait reçu de plusieurs membres de la réunion du Palais-National, des ouvertufes qu'il ne s'était pas crû obligé de repousser, bien qu'il eût mis à son acceptation les conditions de bienséance indispensables en pareil cas; agent de la Commission executive, il consentait bien à la
(1) .Je tiens le ûûl de M. Dupont Ini-mâme.
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supplanter, si tel était le désir de PÂ-Ssemblée, mais non pas sans avertissement préalable. Ce fut dans cette dispo* sition d'esprit qu'il tint, le 23 juin, la conduite décrite plus haut; et ses vues n'avaient certes subi aucun changement, lorsque, le 24, à huit heures du matin, les représentants, qui le voulaient dictateur, allèrent requérir la Commission executive de donner sa démission... S^^ démission avant la fin du combat, sa démission sous le coup d'une exigence qui était une flétrissure I Plusieurs de ses menoibres refusèrent de laisser disposer ainsi de leur honneur; et il leur revint amèrement à la mémoire qu'ayant eu l'intention de quitter la scène, lors du vote d'admission en faveur de Louis Bonaparte, ils en avaient été empêchés, par qui? Par le général Cavaignac lui-môme, dont, en cette circonstance, le langage avait été celui-ci : « Se retirer serait un déshonneur, et si, dans Tétat où est la République, la Commission executive se retirait du pouvoir, elle n'y pourrait revenir que ^arun 15 mai honnête (1). * La démission, si ardemment poursuivie, fut donc refusée, sauf à voir ce que l'Assemblée en masse déciderait.
Au dehors, les insurgés tuaient et mouraient, en criant : « Du pain ou du plomb I »
Vers midi, nous vîmes paraître à la tribune M. Pascal- Duprat. li venait proposer : pour Paris, l'état de siège; pour le général Cavaignac, la dictature. Quelque hésitation se manifesta; des protestations s'élevèrent. « Non, pas de dictature I » s'écriait M. Larabit. £t, plein d'émotion, réclamant la parole, bravant les murmures, il se tenait cramponné au marbre de la tribune. M. Bastide se présente et dit : « Je vous conjure de mettre un terme à vos délibérations et de voter le plus tôt possible; dans une heure, peut-être, l'Hôtel-de -Ville sera pris. » La fermeté d'âme de M. Bastide était connue ; la sensation fut pro-
(1) Ceci afiirmé, dans la séance du 25 novembre 1848, par M. Barthélémy Saînt-Hilaire, et non nié par le général Cavaignac dans sa réponse. Voy, le Monitturj novembre 1848, u<» 331 .
Je me suis étudié, je le répète, à n'enregistrer ici, de tous les faits articulés dans la séance du 25 novembre, en présence du général Cavai<« fçnac laï-inême, que ceux qu« sa réponse laissa debout.
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fonde ; et Ton Yota par assis et levé, au nom de la Bépn« bllque» le renversement de tous les principes de la République. Une heure après, la Commission executive envoya sa démission. Les royalistes, qui s'étaient servis d'elle contre les membres socialistes du Gouvernement provi^ soire, se servaient maintenant du général Cavaignao contre elle, en attendant Theure de se servir de Louis Bonaparte contre le général Cavaignac.
Dans les rues, c'était toujours le mémo cti : « Dupuin ou du plomb! »
Elle n'était que trop claire, hélas I la pensée que ce cri exprimait. Et cependant, par un de ces malentendus épou-* Tantables qui ajoutent à l'horreur de toutes les guerres civiles, il arriva qu'au sein des ténèbres sanglantes où Paris fut quelque temps plongé, beaucoup de républicains, et très-sincères, — J en ai vus depuis verser des larmes, à ce souvenir de deuil! — combattirent l'insurrection, au nom de la République, qu'ils crurent attaquée. Et, chose affreuse! où la lutte fut sans pitié, ce fut surtout entre les gardes mobiles et les ouvriers des faubourgs. Ici les enfants, là les pères! Nul n*ignore aujourd'hui qu'au début de rinsurrection, la garde mobile était disposée à la sou^ tenir. Mais ils entendirent tant répéter, ces malheureux, que les coups étaient dirigés contre la République! Et» par malheur, les intrigues bonapartistes imprimèrent un moment à cette crainte une impulsion si fatale ! Le cœur se brise quand on songe au vertige dont tant d'hommes furent saisis, en ces noires journées. « Oh ! comme mou père va être heureux! » s'écria le jeune Hyacinthe Mar^ tin, lorsque le général Cavaignac lui attacha à la boutonpière la croix de la Légion d'honneur. Il pensait & son
{>ère, cet enfant du Peuple, qui venait de s'armer contre e Peuple !
Je n'entrerai pas dans le détail des opérations militaires. Elles eurent pour résultat la prise du Panthéon le 24, la conservation de l'Hôtel-de-Ville le 25, et, le 26, à la suite d'un bombardement, la reddition du faubourg Saint-Antoine. Mais sur quel champ de bataille la victoire fut-elle jamais disputée avec une intrépidité semblable et
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achetée aussi cher? Je prouverai dans le chapitre suivant que la balle qui frappa l'archevêque de Paris ne sortit point du fusil d*un insupgô, et que le meurtre du général Bréa fut commis par des bonapartistes. Quant aux généraux Damesme, Duvivier et Négrier, leur mort attesta du reste Timportance et Tacharnement de cette lutte. Il y eut telle barricade où quarante assaillants sur cent trente furent tués (1). Le courage des combattants» égal de part et d'autre, entassait les^funérailles.
Voici, sur Tagonie de Tinsurrection, quelques particularités qui ne sont pas connues et qui en dessinent vivement le caractère.
Dans la soirée du dimanche 25, un régiment d'infanterie, commandé par le colonel Blanchart et soutenu par un nombre considérable de gardes nationaux de la 5® légion, ayant tenté d'enlever la position de la rue Grange-aux- Belles, et s'étant vu repoussé, un lieutenant, le citoyen Raucher, s'avance vers la barricade, suivi de quatre gardes nationaux qui portaient, en signe de paix, la crosse de leurs fusils en l'air. Quand il est à portée de se faire entendre, il demande à parlementer, et, comme on le couchait en joue, le chef de la barricade se jette entre le lieutenant et les insurgés. Après un échange de quelques mots, ce^ même chef de barricade se décide à accompagner le lieutenant jusqu'au canal, où il fut reçu, ainsi que deux hommes qui s'étaient joints à lui, par le colonel Blanchart. Les soldats dont le colonel était entouré frémissaient de colère, et les députés de l'insurrection eussent été, peutêtre, égorgés, sans les officiers de la garde nationale, dont l'intervention, en cette circonstance, fut aussi courageuse que loyale. Le commandant de la barricade exigeait des garanties pour les hommes qui avaient pris part au combat sur toute la rive gauche du canal : le colonel Blanchart refusa de donner ces garanties; il fit déposer ses armes au chef insurgé, et Tenvoya, sous bonne es« corte, au général Lamoricière, lequel se trouvait alors
(}) A la place Maubert, par exemple. Voy, le MoniUur» compte ren4« de la léonoe du 24 juin 1848.
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au café Arnaud, près la rue du Temple, sur le bouleyard.
Le général n'avait pas donné l'ordre d*entamer des négociations, et, d'un autre côté, les insurgés n'entendaient pas solliciter, surtout après un succès, l'étrange faveur de se rendre à discrétion.
Ce qui était vrai, cependant, c'est qu'une plus longue résistance était devenue impossible; une foule de postes avaient été enlevés, et, dans ceux qui tenaient encore, on n'avait plus de cartouches. Il ne s'agissait donc que de | fluccomber fièrement, et, sous l'influence de cette idée, le chef de barricade consentit à laisser croire qu'il venait demander des conditions de paix.
Le général Lamoricière paraissait fort animé ; il reçut le chef de barricade, le chapeau sur la tête, et celui-ci, qui avait d'abord ôté sa casquette pour saluer, se couvrit aussitôt. «• Qu'étes-vous venu faire près de moi? » demanda le général d'une voix fatiguée. L'insurgé répondit que le lieutenant Raucher était venu l'adjurer de faire cesser un combat que lui-même, du reste, considérait désorm.ais comme inutile, et qu'en conséquence les insurgés désiraient savoir à quelles conditions le gouvernement accepterait la reddition du faubourg du Temple. Le général Lamoricière : « Vous serez traités comme la garde nationale de la 12*, c'est-à-dire désarmés d'abord. On avisera ensuite. — Eh bien, puisqu'il en est ainsi, répliqua le chef insurgé, les citoyens que j'ai l'honneur de commander préfèrent chercher leur salut dans une résolution désespérée. »» Le général Lamoricière serra convulsivement la poignée de son sabre, sur lequel il était appuyé, et, d'une voix que faisait vibrer la colère : « Dans ce cas, dit-il, nous vous enverrons des coups de fusil. » Puis, se tournant vers les officiers de la garde nationale : « La garde nationale a de la poudre et des balles pour faire accepter ce que je pro-j pose. Voici une proclamation dii général en chef. Lisez et réfléchissez : vous avez jusqu'à demain à dix heures. -^ i C'est inutile, repartit froidement l'insurgé. J'ai réfléchi, quant à moi, et je refuse. Nous aussi, nous avons des fusils, de la poudre, des balles. (Il ne voulait pas donner à son interlocuteur l'avantage et la joie d'un aveu d'infério-
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rite matérielle.) Nous aussi» nous avons des balles, et ce qui s'est passé a pu vous apprendre que nous étions gens à nous protéger nous-mêmes. »» Comme il demandait s'il était libre de se retirer, le général le fit reconduire aux avant-postes, où il reprit ses armes pour aller rejoindre ses compagnons.
Au sortir de son entrevue avec le général Lamoricière, interpellé violemment par un représentant du Peuple, il ^Tavait en ces termes réduit au silence : « L'état de siège a annulé l'intervention officielle des membres de TÂssemblée, en plaçant Fautorïté aux mains des soldats. » Arrivé à là barricade de la rue Grange-aux-Belles, il rendit compte à ses camarades, qui l'attendaient avec inquié-. tude, du résultat de sa démarche, leur lut la proclamation du général Cavaignac-; et l'impression qu'ils en reçurent lui prouva que, si les munitions n'eussent fait défaut aux insurgés, le champ de bataille n'eût pas été abandonné par eux. Mais comment la résistance se serait-elle prolongée, quand il ne lui restait plus, contre un formidable appareil de forces, que des amas de pierres et des (usi^ vides?
La nuit, néanmoins, s'écoula sans agression de la part des troupes : ce fut le lendemain 26 seulement que, vers huit' ou neuf heures, le faubourg fut investi de toutes parts. Les insurgés battirent en retraite alors, dans un sombre désespoir, et ne cessèrent le feu qu'après avoir épuisé leurs cartouches jusqu'à la dernière. A cinq heures du soir, la YUlette fut prise. Le Peuple n'avait plus de plomb et n'avait pas de pain 1