‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 33 sur 70 · LE LBNDBMAIN DB LA BATAILLE · texte numérisé non relu

LE LBNDBMAIN DB LA BATAILLE

son bras» il s'écria : « Respect à l'Assemblée nationale! » Un de mes collègues, M. Dutier, très-opposé, d'ailleurs, à mes opinions, passait en ce moment, dans un cabriolet découvert. Il me fit courageusement place à côté de lui. Au ) risque de le tuer, on me tira par derrière deux coups de fusil. ■ Y eut-il enquête? Des poursuites, furent-elles ordonnées? L'Assemblée fut-elle appelée à décider s'il allait devenir licite d'assassiner ceux de ses membres qui siégeaient au côté gauche, de les assassiner en plein jour et en plein boulevard? Non; et cependant, on savait que la tentative qui venait d'échouer devait se renouveler; que, dans Tesprit de certains hommes» ma mort était résolue; que, stationnés devant ma m,âison, ils épiaient l'occasion de me tuer. Il j avait à cet égard si peu de doute, que M. Sénart, alors président de l'Assemblée, me conjura de ne pas quitter de quelques jours le palais Bourbon, m'offrant de m'y faire préparer une chambre, pour que je pusse attendre dans cet asile inviolable que les esprits se fussent un peu calmés. L'offre était bienveillante, mais ello blessait en moi des sentiments qui me sont plus chers que la vie : je. refusai. Tout ce qu'il me fut possible d'accorder aux supplications de mon frère et aux instances de mes amis, ce fut de m'abstenir de rentrer chez moi pendant une ou deux semaines. M. Brives, un de mes collègues, homme qui à ujae imperturbable jovialité et à un esprit d'un tour très-original alliait les qualités le^ plus sérieuses du patriote sûr et de l'ami dévoué, M. Brives m^ proposait de partager son appartement rue Tronchet : j'acceptai. C'est de là que nous partions l'un et l'autre, chaque jour, pour nous rendre à notre poste de représentants du Peuple; et je ne dois pas oublier de dire, nul fait n'étant plus propre à peindre la situation, que, chaque fois que je «sortais de l'Assemblée, plusieurs de mes collègues avaient soin de m'entourer de manière à me dérober aux regards^ tant ils jugeaient ma vie menacée! J'ai donc droit, moi aussi, d'apporter mon témoignage dans ce triste procès, dont il importe que tous les éléments soient mis à la disposition de l'histoire.

Un trait achèvera le tableau.

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Le 3 juillet, nn assez grand nombre de prisonniers furent retirés des caves de TÉcole militaire, pour être conduits à la préfecture de police, et, de là, dans les forts. On les lia quatre à quatre par les mains et avec des cordes très-serrées. Puis, comme ces malheureux avaient de la peine à marcher, épuisés qu'ils étaient par la faim, on apporta devant eux des écuelles remplies de soupe. Ayant les maios garrottées, ils furent obligés de se coucher sur le ventre et de se traîner jusqu'aux écuelles comme des animaux, aux éclats de rire des officiers de Tescorte, qui appelaient cela le socialisme en pratique! Je tiens le fait d*un de ceux à qui fut infligé ce supplice.

Pour rhonneur de notre pays, pour Thonneur de Tespèce humaine, hàtons-nous de restituer à ces horreurs le caractère purement individuel qui leur appartient. Pas de responsabilité collective, pas d'accusations généralisées! Grâce au ciel, il n'est pas de classe en France, quels que soient ses préjugés, à qui l'on puisse légitimement imputer de tels excès, même dans l'aveuglement de la fureur. Us furent l'œuvre de forcenés, dignes d'être reniés par tous les partis, mais auxquels l'état de siège, la stupeur publique, la colère et la peur des uns, la douleur désarmée des autres, livrèrent une odieuse puissance.

Il est juste aussi de bien se rappeler que certains journaux étaient devenus des arsenaux de mensonges homicides. Tous les matins, dans leurs colonnes, se montraient, dessinées en quelque sorte avec un pinceau de sang, des têtes de gardes mobiles tranchées, des poings de dragons coupés, des cadavres d'hommes qu'avait empoisonnés le vin des vivandières! On devine quel dut être, quand le frémissement d'une bataille sans exemple durait encore, * effet de ces calomnies, dont, plus tard seulement, les conseils de guerre eux mêmes dévoilèrent la noirceur !

Il faudrait des volumes pour passer en revue toutes les impostures qui eurent cours à Tépoque où la presse démocratique était arbitrairement suspendue. Que n'a-t-on pas dit de ces drapeaux apportés à l'Assemblée nationale et sur lesquels on prétendait avoir lu : Mort aux proprié' taires! Eh bien, c'étaient des drapeaux qui, depuis le moi

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