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transportés de Belle-Isle; contre beaucoup d'entre eux, il n'existe pas de preuves matérielles. » Et, comme, selon Taffirmation de cet homme, qui était M. Baroche, il n'eais^ iait pas de preuves matérielles qui donnassent d'avance la certitude que le jugement aboutirait à une condamnation, on condamna 468 proscrits des pontons, sans les juger, à être transportés en Algérie. Parmi eux figurait Lagarde, ex-président des délégués du Luxembourg. Il écrivit, de Brest, aux ouvriers de Paris, l'admirable et poignante lettre que voici :
« Frères,
« Celui qui, par suite des événements de février 1848, fut appelé à l'insigne honneur de marcher à votre tête ; celui qui, depuis dix^neuf mois, souffre en silence, loin de sa nombreuse famille, les tortures de la plus monstrueuse captivité; celui, enfin, qui vient d'être condamné, sansju^ gement, en dix années de travaux forcés sur la terre étrangère, et cela, en vertu d'une loi rétroactive, d'une loi conçue, dictée, votée et promulguée sous l'inspiration de la haine et de la peur; celui-là, dis-je, n'a pas voulu quitter le sol de la mère patrie sans connaître les motifs sur lesquels un ministre audacieux a osé échafauder la plus terrible des proscriptions.
« En conséquence, il s'est adressé au commandant du ponton la Guerrièrey lequel lui a donné communication de ce qui suit, textuellement extrait des notes jointes à son dossier :
« Lagarie, délégué du Zuxemiourg, homme d'une pro* t« Hté incontestable, homme très-paisitUy instruit, géné« M ralement aimé, et, par cela même, très^dangerett^ poui « la propagande. »
« Je ne livre que ce seul fait à l'appréciation de mes concitoyens, convaincu que leur conscience saura bien juger qui, des bourreaux ou de la victime, mérite le plus leur compassion.
« Quant à vous, frères, permettez-moi de vous dire : je