‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 39 sur 70 · LB LENDEMAIN DB LA BATAILLE · texte numérisé non relu

LB LENDEMAIN DB LA BATAILLE

ouvriers à quarante sous par jour, pour le compte de la légitimité. Dans lé" quartier delà place Vendôme habitait un noble personnage dont la demeure était le point de ralliement des émissaires du parti royaliste. Pendant les journées qui, précédèrent Tinsurrection, il s'y fit un mouvement inusité de gardes mobiles, d'ouvriers, vrais ou faux, d'individus portant ou emportant de Targent ; à tel point, que le voisinage s'émut ; et, quand l'orage éclata, l'audacieux agent n'eut que le temps de prendre la fuite. L'au« torité, prévenue, ne fit aucune recherche.

Durant l'insurrection, quelques positions furent occu* pées par des légitimistes. Au Marais, on les trouve dans la rue Saint-Louis, la rue d'Angoulême et les rues adjacentes. M. de Fouchécourt y fut pris. Voici la déposition du témoin Isambert, lieutenant d'artillerie : « M. de Fouchécourt a répondu, quand on l'a interrogé, qu'il avait comnyndé aux barricades et qu'il se battait pour la République démocratique et sociale. Pendant ce temps, M. Bérard, représentant du Peuple, interrogeait de son côté M. de Fouchécourt fils, qui disait, lui, qu'il se battait pour la méine cause que son père ; que c'était en apparence pour la République rouge, mais qu'en réalité, c'était pour la légitimité. » M. de Fouchécourt, malgré les efforts des hommes influents de son parti, fut condamné à vingt ans de travaux forcés.

Dans le quartier Saint-Jacques, près de Saint-Séverin, des légitimistes avaient établi tune sorte d'étàt-major d'où partaient leurs opérations. Ils distribuaient des* médailles à reflSgie d'Henri V, et on en a, depuis, retrouvé plusieurs milliers dans une maison de la rue Saint-Jean-de-Beauvais. Cette même église Saint-Séverin figura aux débats du procès de la légion de Saint-Hubert; les pieuses confréries, organisées si soigneusement autour de chaque paroisse dans les quartiers populeux, n'étant, en réalité, que des bureaux dei recrutement où l'on embrigade la mendicité.

Un autre élément que Tinsurrection de juin mit un instant en' relief, ce fut l'élément bonapartiste. Au mois de juin, personne en France ne connaissait Louis Bonaparte autrement que comme le neveu de. son oncle et^^au(teur de

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deux folies fameuses. Il y était à moitié mort : la Commission executive le ût vivre, à force de le craindre. Les discussions soulevées par son élection au sein de TÂssembléo le mirent en vue ; Jes esprits simples s*aigrirent ; quelques vieux soldats s'agitèrent; on prononça le nom de Fempereur; on se souvint de la chanson de Béranger.

Que si Ton pouvait douter des efforts que fit le bonapar« tisme pour faire tourner, à son profit, l'insurrection de juin, voici un fait qui dissipera tous les doutes, fait trèscurieux, très-important et, jusqu'à ce jour, inconnu :

Au moment où Ton se battait dans les rues^ le général Bapatel se présente au siège du Gouvernement: c'était alors la présidence de l'Assemblée. Ce général tenait à la main une lettre qu'il désirait communiquer au général Cavaignac. Celui-ci, fort occupé dans une autre conférence, charge le colonel Charras de l'entendre. Le général Bapatel s'avance, et, prenant pour le général Cavaignac, qu'il n'avait jamais vu, le colonel Charras, qu'il ne connaissait pas non plus et qui se présentait à lui en simple capote ouverte et sans insigne, il lui tend la lettre qu'il tenait à la main. Voici le sens exact, sinon les termes mêmes, de cette lettre :

Au général Rapateh

« Londres, 22 juin 1848.

« Général, je connais vos sentiments pour ma famille. Si les événements qui se préparent tournent dans un sens qui lui soit favorable, vous êtes ministre de la guerre.

« Napoléon-Louis Bônapaetb. »

Le colonel Charras tressaillit. « Il faut que je montre

ceci au général Cavaignac^ dit-il à M. Bapatel. — Eh quoi!

répondit ce dernier, vous n'êtes pas le général Cavaignac?

Non, répliqua le colonel, mais ne vous inquiétez pas de

votre méprise : il m'aurait sans doute communiqué cette lettre. »

. Le général Bapatel foi alors introduit auprès du gêné-

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