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210 LA BÉYOLirriON DV FÉTBIBB 1848
à Londres et dont le hasard seul l'informa longtemps après, ftit la sonrott de notre amitié. Celle qu'il me voua fut égale à son affection pour .Guinardf Guinard, qui avait tant et si vaillamment combattu pour la Repu* blique quand son règne était encore û éloigné, et de qui Ton peut dirai comme de Barbes, qu'il a été, de nos jours, le Bayard de la démocratie. La vie politique de Godefrojr Cavaignac est assez connue; mais les vertus de sa vie privée, son cuite pour sa mère, son dévouement d*ami, je ne sais quelle gaieté d'enfant spirituel et espiègle par où ressortaient d'autant mieux les traits d'une intelligence sérieuse, d'un caractère fier et d'une âme fortement trempée, le fonds tendre de spiritualisme qui perçait quelquefois à travers ses saillies de nourrisson du dix-huitièmes siècle, et ses aspirations vers un monde idéal, tout cela, qui le pourrait dire, sinon ceux qui ont vécu près de son cœur ?
Un jour que nous courions ensemble les chemins, en quête d'actionnaires pour le journal la Réforme^ qui fut son œuvre et celle de Flocon, il mit la conversation sur un chapitre de VBistotre de dix ans^ celui où ILest rendu justice aux grandes qualités militaires que son frère avait ^^-"^éployées en Afrique. Tout à coup son œil devient humide, sa voix s'altère, et il me dit : c Sais-tu ce qui, dans ce chapitre, m'a particulièrement touché? C'est la note qui apprend au lecteur que le Cavaignao d'Afrique est mon frère; mais pourquoi n'as^tu pas ajouté qu'il est le fils dt cet autre Cavaignac... » U regarda le ciei, et ne put continuer, tant il était ému.
Un autre jour — hélas! ce n^était plus cette fois dans une de nos pé* régrinations : la maladie cruelle qui nous l'enleva était au plus fort de ses ravages; la mort approchait; et moi, assis tristement au pied de son lit.
pas de feu! »
Peu de temps avant sa fin, il lui prit un désir extraordinaire d'entendre une fois encore de la musique. Je connaissais Chopin : je m'offiria à l'aller trouver et à l'amener si le médecin ne s'y opposait pas. Ses instances prirent alors le caractère d'une supplication. Avec le consentement, ou plutôt sur la prière instante de madame Cavaignac, je me, rendis chez Chopin. Madame George Sand y était. Elle exprima d'une manière touchante le vif intérêt que lui inspirait le malade ; et Chopin se mit à mon service avec beaucoup d'empressement et de grâce. Je le. conduisis donc dans la chambre mortuaire, où se trouvait un mauvais piano. Le grand artiste commence... Soudain, il est interrompu par des sanglots. Godefroy, dans un transport de sensibilité qui lui donna un moment de force physique tout à fait inattendu, s'était soulevé sur son lit de douleur, et avait le visage baigné de larmes. Chopin s'arrêta, fort troublé. Madame Cavaignao, penchée vers son fils, l'interrogeait du regard avec angoisse. Lui, fit effort pour se remettre ; il essaya un sourire, et d'une voix faible : « Ne t'inquiète pas, maman, ce n'est rien, un vérit-ible enfantillage... Ah! que c'est beau la musique, comprise ainsi! »' Sa pensée était — nous le devinâmes bien — qu'il n'entendrait plus rien de tel en ce monde ; mais il s'abstint de le dire.
Ce fut par suite de ces circonstances, et par mon intermédiaire, que madame Cavaignac fit personnellement connaissance avec madame George Sand, dont elle avait toujours admiré le génie, mais dont elle se lormait une idée fausse que je n'avais pu réussir jusqu'alors à rectifier. nï^ *^w^* *^ cff^et, dans madame Cavaignac, femme d'ailleurs très-re- Qiarquable, un méJange singulier d'opinions et ds tendances contradio-
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foires ; répnblieaine ardente, elle ne parlait cependant jamais da premier Napoléon qa'avec enthousiasme ; douée d'un esprit hardi et indépendant, ^elle était néanmoins d^unè dévotion qui n'était pas sans laisser accès auprès d'elle à des influences de sacristie. Quoi qu'il en soit, l'effet de sa première entrevue avec paadame George Saud fut sur elle décisif; et elle m*en rendit compte elle-même en ces termes : « Eh bien, je l'ai vue enfin, cette terrible femme de génie. £t me voilà séduite, mais ce qui s'appelle séduite. »
Godefroy Cavaignac, en mourant, m'avait laissé des papiers auxquels il attachait beaucoup de prix, parmi lesquels des manuscrits destinés à la publication. Quelque temps après mon arrivée à Londres, le général, son frère, désira les avoir; et, n'osant pas s'adresser à moi directement, pour cela, il me les fit demander par M. Schœlcher. Ma réponse, qui n'était que l'expression pure et simple d'un fait vrai, se trouva contenir un enseignement, et quel enseignement! Je fis savoir au général que j'éprouvais un vif regret de ne pouvoir satisfaire son désir, mais que les papiers de son frère n'étaient plus en ma possession; qu'ils avaient été saisis, avec beaucoup d'autres qui m'étaient chers, par les agents de police qui, sons son gouvernement, à lui, général Cavaignac, avaient violé mon domicile le matin du 26 août 184B, et que c'était à eux, conséqnemment, que je me voyais forcé, k mon très-grand oliagriD| de le renvoyer !••«