LES ÉLECTIONS
Fête de la Fraternité. — Distribution de drapeaux à la garde nationale et à l'armée. — Serment des chefs de corps. — Défilé des troupes devant le Gouvernement provisoire. — Enthousiasme patriotique de l'armée . — Événements de Rouen. — Décret relatif aux élections générales, appliquant le principe du suffrage universel. — Calme aveo lequel les élections s'accomplirent par tente la France. — Manœuvres des réactionuaires. — Circulaires de quelques-uns d'entr*eux. — Les parias da Luxembourg. — Revue d et Ateliers nationaux projetée, en vue des élections, par MM. Marrast et Marie. — Pourquoi ce projet dut être abandonné. — Élimination des noms de Ledru-RoUin, Flocon, Albert et Louis Blanc sur les bulletins distribués par la mairie de Paris. — La conciliation prêchée au Luxembourg. — Choix des candidats ouvriers par les délégués des corporations. — Commission d'examen. — Questions posées aux candidats. — Mes efforts pour empêcher que la liste dressée par les délégués ne soit trop exclusive. — Succès de coalition obtenu par la liste dite modérée. — Triomphe électoral de M. de Lamartine. — L'homme politique et le poète. ^
Le 20 avril, Paris fut témoin d'une fête qu'on nomma fête de la Fraternité, et dont la pompe, moitié militaire moitié civique, montra d'une manière bien frappante quelle force morale la République possédait à Paris.
L'objet de cette fête étant la distribution d'étendards nouveaux tant à l'armée qu'à la garde nationale, quelques détachements de cavalerie et des régiments d'infanterie avaient été rappelés à Paris.
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A sept heures du matin, pins de deux cent mille citoyens, ouvriers et bourgeois, étaient sur pied, en uniforme de garde national, et les troupes de ligne, avecla garde mobile, ne montaient pas à moins de cent mille hommes. Les rues regorgeaient de peuple. A l'extrémité des Champs-Elysées, on avait élevé en forme d'amphithéâtre une immense estrade appuyée à l'arc de triomphe de rÉtoîle. A environ neuf heures, vingt et un coups de câQon, tirés de l'Hippodrome, saluèrent l'arrivée du Gouvernement provisoire. Il prit place sur le premier rang, M. Dupont (de l'Eure) assis au milieu. Derrière, un brillant état-major, la magistrature en grand costume, les hauts fonctionnaires de TÉtat. De chaque côté, deux orchestres jouant des airs j)atriotiques. Au haut de l'estrade, un groupe de femmes élégamment vêtues, tenant des bouquets noués de rubans tricolores. Au pied de l'estrade, les colonels des différents corps, rangés en demi-cercle.
A dix heures, M. Arago se leva, le drapeau de la République à la main, et, s'adressant aux officiers d'une voix émue et aère : «< Colonels, au nom de la République, nous prenons Dieu et les hommes à témoin que vous jurez fidélité à ce drapeau. » Les colonels, l'épée haute, répondirent : «< Nous le jurons. Vive la République! » Alors le canon gronda, l'air retentit de chants révolutionnaires, et les troupes commencèrent de défiler.
Le temps était doux, le ciel couvert. D'intervalle en in« tervalle, un rayon de soleil, déchirant les nuées, faisait étinceler la forêt mouvante des baïonnettes qui se hérissaient tout le long de la grande avenue des Champs-Elysées. Cette prodigieuse masse d'hommes armés s'avançant en bon ordre quoique avec enthousiasiùe, les guirlandes de fleurs qui masquaient la gueule des canons, les branches de lilas et d'aubépine qui s'agitaient au bout des fusOs, les hymnes de joyeux patriotisme où se perdait presque le roulement des tambours, l'absence de toute contrainte, les élus du Peuple se présentant à lui avec confiance, et l'image de la guerre s'inclinant devant le symbole de la fraternité, fomiaient un spectacle d'une grandeur dont aucune description ne peut donner une juste idée.
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 mesure que chaque légion, chaque détac^em^t, chaque corps, atteignait l'arc de TÉtoile, l'officier de cornmandement montait sur l'estrade, où Tun des membres du Gouvernement provisoire — chacun à son tour — lui pré« sentait le drapeau, en disant : « Au nom du Peuple, vous^ jurez de défendre ce drapeau que la République vous confie? » L'officier répondait: « Je le jure. Vive la Bépubliquel « Il prenait l'étendard, retournait à son poste, et donnait l'ordre de la marche.
Comment la peindre dignement, cette mai«he passion* née de tout un peuple en armes, devant l'image de la République, enfin triomphante ! J'ai vu éclater, ce jour-là, des transports qui tenaient duiiélire. Â.h ! lord Normanbj a beau jeter la glace de son st jle sur ces souvenirsde feu ; il a beau prétendre que La réeeption faite au Gouvernement provisoire, à son arrivée, le « frappa comme très^froide;» il a beau dire , d'un ton embarrassé : « D'après ce que j'ai eu sous les jeux, il n'y avait pas beaucoup d'enthousiasme ; mais il m'est revenu que d'autres avaient rapporté, de divers points du défilé, une impression i^us favorable (1) : n j'ose, affirmer, moi, que, dans aucun pajs et à aucune époque, il n'y eut un ^an du cœur plus impétueux, plus général, plus spontané, que celui qui alors fit pousser par trois cent mille voix le cri de Vive la' Sépuilique ! Et au témoignage de lord Nmrmanbj, celui que j'oppose, cette fois, c'est celui de tout Paris. En ces mo ments, trop courts, quelle âme ne fut attendrie? qui ne sentit monter à son front la pâleur des émotions héroïques? Les petites rivalités firent trêve ; les passions misérables eurent honte d'elles-mêmes; les haiAes de parti *s'igournèrent au lendemain. Ce fut un jour de oGnoorde, un jour de doux oubli et de rapide'espoir.
Ainsi que chacun de mes collègues, j'eus à recevoir la serment de quelques colonels : eh bien, je déclare que toua prononcèrent cette parole solennelle : « Je le jure ! *• avec un accent de sincérité qui ressembla , chez plus d'un, À celui de l'enthousiasme. ^
(1) A Year of Rê^ohttiim m P^riê^ t. I^ p. 38C^
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Parmi tant d'ofSciersqui, dans r«space de douze heures, défilèrent sous nos jeux, un seul garda le silence. Il était nuit, mais des milliers de torches éclairaient Testrade et ses abords. Des onze membres du Gouvernement, il ne restait que M. François Arago et moi. Le lendemain, le général Bedeau vint me yoir, et m'assura que le militaire qui avait si défavorablement attiré mon attention, était, néanmoins, un soldat sur la fidélité duquel on pouvait compter; qu'il le connaissait; qu'il répondait de lui; et que la République n'aurait pas un serviteur plus dévoué.
Les Anglais qui liront ces lignes demanderont, peut-être, avec étonnement, comment il se fait que, le 2 décembre 1851, Louis Bonaparte ait trouvé un appui dans cette armée qui, le 20 avril 1848, fraternisait si chaleureusement avec les Parisiens et s'engageait d'une manière si absolue au service de la République ? L'explication de ce phénomène, presque inconcevable pour un étranger, et douloureux au plus haut point pour un Français, est dans ce qui constitue l'essence d'une armée permanente, partout oti des troupes régulières sont chargées de la compression des troubles civils. En France, l'armée, au point de vue de l'action, est un vaste engrenage dont les ressorts obéissent, avec la précision inconsciencieuse de la machine à vapeur, à la force motrice qu'on nomme le pouvoir. Admirable en temps de guerre, et animé, sur le champ de bataille, des plus nobles sentiments qui puissent remuer le cœur des hommes, lé soldat, en temps de paix, n'a qu'un but : l'avancement; qu'une religion : la hiérarchie; qu'une science : la discipline; qu'une loi : l'obéissance. Le simple soldat étant un instrument passif entre les mains du caporal, le caporal un instrument passif entre les mains du sergent, et ainsi de suite^ le mouvement de l'armée dans telle on telle direction dépend de la volonté de celui, quel qu'il soit, qui est en position de presser le ressort principal d« l'engrenage. Si, à la veille du coup d'Etat de décembre, ' l'Assemblée n'avait pas commis l'irréparable faute de mettre l'armée aux ordres du Président, je suis profondément convaincu qu'en cas de lutte le général Changarnier aurait fait arrêter Louis Bonaparte par les mêmes soldats
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dont Louis Bonaparte se servît pour faire arrêter le général Changarnier : ce qui veut, dire que là où une armée permanente est à la disposition du pouvoir exécutif, la liberté est impossible.
Et voilà justement pourquoi j'étais opposé au retour des troupes dans Paris, pressentant bien que, tôt ou tard, leur présence y serait fatale. Mais ce qui, pour moi, était une source d'alarmes, était, pour d'autres, un sujet d'espoir. Ceux qui, en secret, brûlaient de «< mettre le Peuple à la raison, » s'étudièrent à retenir le soldat par toutes sortes . de prétextes. Et ici encore, la majorité du Gouvernement tomba dans une erreur fatale. Elle ne vit pas clair au fond d'un désir dont la persistance cachait une manœuvre ; elle joua, sans le savoir, le jeu de nos ennemis, et se laissa inriprudemment aller à appuyer des actes qu'il aurait fallu désavouer bien haut, ou même punir.
C'est ainsi que, le 27 avril, des troubles ayant eu lieu à Rouen, relativement aux élections, et le général qui commandait là, ayant fait charger les ouvriers qui s'étaient rassemblés en tumulte, — groupes désarmés; composés en partie de femmes et d'enfants, et que la présence de la garde nationale eût dispersés sans effusion de sang, — je ne pus obtenir du Conseil qu'une enquête immédiate et sévère fût ouverte sur ce lamentable événement. Et pourtant, nous ne tardâmes pas à recevoir des nouvelles déchirantes : le canon avait été tiré dans les rues; le sang du Peuple avait coulé en abondance, et pas un soldat n'avait péri, tant la lutte était peu nécessaire, tant elle était inégale ! Pour comble, le général victorieux nous adressa un rapport, vrai bulletin de la grande armée, où respirait je ne sais quelle satisfaction sauvage. Indigné, je demandai que cet officier fût sur-le-champ mandé à Paris, pour rendre compte de sa conduite, demande que, sij'ai bonne mémoire, M. Ledru-RoUin appuya. Mais je rencontrai une opposition si emportée et si violente de la part de M. Ârago, que, pour la première et unique fois dans ma vie, j'eus regret à la contrainte que m'imposait le respect dû à ses cheveux blancs.
La période que nous avions fixée pour l'expiration de nos
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pouvoirs approchait, et le décret qui appelait la nation à l'exercice de sa souveraineté venait de paraître. Jamais» en aucune contrée , loi électorale plus sincèrement démocratique ne fut rendue. Celle-ci portait : que tout Français âgé de vingt et un ans était électeur, après six mois de résidence dans le lieu de l'élection; que tout Français était éllgîble; que le scrutin serait secret; que, pour ouvrir au pauvre les avenues de la vie politique, un salaire de vingtcinq francs par jour serait alloué à chaque représentant da Peuple (1). C'était le suffrage universel dans sa plus large acception.
Qu'on en dût attendre immédiatement des résultats favorables, pour mon compte je ne l'espérais pas. Je savais trop dans quel état de dépendance et d'ignorance végétaient les populations rurales . Mais je savais aussi que ce n est pas au point de vue exclusif des intérêts du moment qu'il se faut placer pour estimer Timportance sociale d'un principe ; je savais qu'il est de l'essence du suffrage universel d'acquérir une valeur pratique de plus en plus grande, à mesure que le Peuple s'éclaire, que son intelligence s'élève, et que sa vie politique se développe. Le suffrage universel, d'ailleurs, repose sur la notion du droit, et, dans le seul fait de la reconnaissance solennelle du droit, il y a quelque chose d'une portée immense. Seulement, j'aurais voulu qu'on mît moins de précipitation à conâer aux paysans une arme avec laquelle je prévoyai qu'ils se blesseraient eux-mêmes.
Je signai donc le décret qui établissait le suffrage universel, principe dont nul plus vivement que moi ne désirait le triomphe.
Les élections avaient été ûzées au 23 avril, dimanche de Pâques. Il y fut procédé dans toute la France avec un calme remarquable. Non-seulement elles ne donnèrent lieu à aucun trouble nulle part, si ce n'est à Rouen ; piais, en beaucoup d'endroits, elles eurent le caractère d'une fête de village. On vit les paysans électeurs se ranger en bon ordre devant le portail de l'église, au sortir de la
(1) Pour 1m détails, «oy. le Monitiwr.
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messe» et, sons la conduite du maire, bannières au vent» musique en tête, prendre proœssionnellement la route des urnes.
A Paris, quelques manœuvres souterraines, que mon respect pour la vérité va me forcer de dire, furent employées contre Albert et contre moi, par deux de nos collègues; mais, sauf cela, rien n'eut lieu qui fût de nature à accuser une influence illégitime.
Il est vrai que, dans sa circulaire du ISmarSfM.Ledru- Rollin avait publiquement recommandé aux commissaires de bien mettre sous les yeux des électeurs la nécessité de choix républicains ; il est vrai que la circulaire contenait' cette phrase : « L'éducation du pays n*est pas faite : c'est à vous de le guider; >» il est vrai enfin qu'il envoya dans les districts ruraux, non pas en secret, mais en pleine lumière du jour, un certain nombre d'hommes intelligents chargés de répandre les principes de la Révolution. Eh bien, en ceci, il ne fit que son devoir, et il le faut louer de l'avoir rempli. Le suffrage universel, réduit à opérer au sein des ténèbres,' en dehors de Tinfinence qui appartient naturellement et doit appartenir au savoir sur Tignorance, n'est qu'une farce misérable, qu'un moyen hypocrite de faire servir la souveraineté du Peuple à opprimer le Peuple. La censure de Fhistoire I M. Ledru-Bollin l'eût encourue, s'il eût étouffé la discussion des candidatures, interdit les réunions électorales, imposé à la presse un silence de mort, et posé l'urne des votes entre un soldat et un gendarme. Grâce au ciel, le Gouvernement provisoire ne fit rien de tel. Il n'eut pas peur, lui, de la lumière. Loin d'ôterla parole à ses ennemis, il leur laissa liberté pleine et entière de l'attaquer, de Tinsulter, même de le calomnier. Et Dieu sait s'ils en profitèrent ! Non contents d'envenimer l'opposition créée dans les villages par l'impôt des quarante-cinq centimes, ils abusèrent de la crédulité des paysans, jusqu'à les prendre au piège des fables les plus ridioules. Il est certain, quelque peu croyable que cela paraisse, qu'en certains districts éloignés, M. Ledru-Rollin, sous le nom de le duc Rollin passa pour un homme de mœurs excessivement libres, qui avait à la fois deux maîlaresses :
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M la Marie et la Martine ; » «t lis bonnes gens qu'on trompait d'une manière aussi honteuse^ de s'^rier : « Oh ! une maîtresse, c'est déj àbeaucoup ; mais deux, c'est trop fbrt(l) I »
U ya tons dire que ces intrigues ne pouvaient se donner carrière dans les villes de quelque importance. Là^ le sen^ tîment républicain avait fait, depuis Février, de si sensibles progrès, que tout candidat qui ne se serait pas proclamé républicain eût couru la chance presque certaine d'une défaite ignominieuse. Et c'est ce qui explique le ton uniforme des professions de foi électorales de cette époque. Je me bornerai it quelques cita^ns, assez curieuses pour trouver place ici, et n'être pas oubliées dans l'histoire des dignitaires de TEmpire. \
M. Bi^oche écrivait aux électeurs du département de la Charente-Inférieure : « Je suis républicain par raison, par sentiment, par conviction. Ce n'est pas comme un pis-aller, ou comme un arrangement provisoire que j'accepte la Bé« publique, mais comme la seule forme de gouvernement qui jivuîsse assuror la grandeur et la prospérité de la France. »
Suivant M. Rouher, la Révolution était à la tbis politique' et sociale. En conséquQAce, il demandait « la liberté de réunion pleine et entière, la penaane>nce des clubs, l'impôt progressif, le travail organisé, tout pour le Peuple et par le Peuple. »
M. Fialin de Persigny s'adressait en ces termes aux électeurs de la Loire ; « Ceci n'est pas une révolution po«litique qui finit , c'est une révoliftidn sociale qui commence. » Il jurait donc que « tout ce que Dieu lui voudrait acc(»rder de courage, dlntelligence et de résolution, serait désormais consacré à raffranchissement de !a seule servitude qui pesât encore «ur le Peuple : la servitude de la misère (2). i>
(1) M. Miôhelet cite ce fait, bien connn en France, comme nne inditalion emîense de la manière dont les légendes durent se former dans It moyen âge.
(2) On lit dans la correspondanoe parisienne du Ttm«« du 19 janvier
« La Biographie ^tniveretlU a publié un supplément contenant la bio^^
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Les commentaires seraient superflus.
A Paris, voici ce qui se passa.
M. Marrast, en sa qualité de maire de Paris, se trouvait placé au centre du mouvement électoral. Adversaire ardent du socialisme^ et tremblant que le progrès des idées nouvelles ne se manifestât d*une façon éclatante par le rér Bultat des élections de Paris, il résolut de diriger toute son action contre le Luxembourg : ce que sa position officielle lui permettait de faire avec espoir de succès. M. Bûchez s'offrit à le seconder ; et ce fut M. Bûchez qui, de concert avec MM. Marrast et Marie, prépara le plan d'une revue des Ateliers nationaux à Saint-Maur, la veille du jour flxé pour les élections à Paris. Je laisse la parole à M. Emile Thomas, qui fut Tinstrument choisi par ces messieurs. Après avoir raconté que Tobjet de la revue était de disposer les ouvriers en faveur de THôtèl-de- Ville ; que chacun d'eux devait recevoir une paye supplémentaire ; et que cette idée, soumise par lui à MM. Marrast et Marie, fut accueillie avec une vive satisfaction, M. Emile Thomas s'exprime ainsi :
graphie d'un homme qne ses amis considèrent comme un homme émi« neut, sinon très-consistant, et comme la célébrité la mieux réussie du jour; je veux parler de M. Baroche, président du conseil d*£tat, grand, croix de la Légion d'honneur, etc . . Or, il faut savoir qu'avant d'être
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plaire doit porter le sceau du ministre, faute de quoi l'ouvrage est saisissable . Daus la biographie de l'illustre et fortuné citoyen mentionné plus haut, il était fait allusion, comme point d'histoire, à la part qu'il prit aux aâaires publiques en 1848, et à sa fameuse profession de foi adressée aux électeurs de la Charente-Inférieure... Malheureusement, on ne pouvait plaider ici en faveur de M. Baroche l'inexpérience de la jeunesse ; car il avait alors quarante-huit ans, et avait occupé un rang distingué au barreau. Trouvant quelque inconvénient à ce que chaque villageois, chaque artisan, fût mis au fait des précédentes opinions, très-avancées, d'unhomme dont une heureuse coïncidence a lié l'impérialisme à de grands (honneurs, une position élevée et une place lucrative , quelque prudent 'ami, membre de la commission de colportage, s'est opposé à la publication de la biographie, à moins que le passage malsonnant ne fût écarté. C'est ce qui a été décidé, je crois, et il faudra que, retirant la présenta édition, l'éditeur en prépare une nouvelle, vierge de tout souvenir républicain importun. Rien de tel que <i'avoir un ami, en cas de besoin ; et jet ne doute pas qiie M. Baroche se montre reconnaissant d'un pareil sei> vice. » . ,