‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 11 sur 27 · II. ^i · texte numérisé non relu

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soins de femmes avec lesquelles ils entretenaimtdeft relations non consacrées par TEglise, et que beaucoup d'entre eux n'avaient jamais approché des sacrements, on célébra des mariages, on donna la première communion. Il arriva mémeque Ton eut à administrer le baptême en même temps que Yexr trâme-onction à ces prolétaires restés indifférents juaqueJa aux enseignements de la religion catholique.

Et pour que rien ne manquât au spectacle étoordinant de cette mêlée révolutionnaire , pendant que le clergé officiait solennellement dans la salle du trône, une partie des hommes qui avaient formé les postes de surveillance et qui avaient empêché bien des dégâts , se relâchaient de leur première discipline et se mettaient à faire bombance dans les cures et les cuisines royales. C'étaient pour la plupart des gens eierçant les professions les plus basses , modèles acadéraiquei , escamoteurs, vendeurs de contre-marques, etc. On peut se figurer réblouissement de ces hommes de misère , quand ils se virent dans ce palais splendide , convives d'un festiiLprépacé pour des princes , libres de troquer leurs haillons contre le brocart et la soie, et de reposer l'ivresse délicieuse de vins exquis sur les lits et les divans des princesses royales ! ASm de rendre la fête plus complète^ ils appelèrent dans le palais des filles de joie.

Bientôt le bruit courut qu'ils prétendaient y perpétuer indéfiniment leurs saturnales. Comme on entendait parfois la irait des détonations mystérieuses dans la cour ou dans le jardin , on crut qu'ils commettaient des crimes affreux; on leur fHrêta mille projets sinistres. Le préfet de police pensa qu'il y allait de son honneur de mettre fin à un état de choses aussi irrégulier, et qu'il suffisait pour cela d'envoyer l'un de ses diefs montagnards à la tête d'une compagnie, avec l'ordre d'^qpulser de gré ou de force l'étrange garnison des Tuileries. Mais cet ordre imprudent faillit amener une catastrophe. Quand le capitaine Saint- Amand transmit à ces hommes auxquels il était censé commander, mais qui , en réalité, n'obéis8aîeniq[o'A deux

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OU trois (les leurs, Tinjonction de M . Caussidière, on lui répopiU t par un refus péremptoire. Une rumeur effroyable s*éleva duQf les rangs ; tous s'écrièrent qu'on leur faisait, un ^^apglai^t oi^ trage» qu on les voulait chasser , avec ignominie , eux,'j^ braves combattants, les citoyens dévoués qui avaient sauvé les Tuileries dQ la dévastation ; tous déclarèrent qu'ils feraient plutôt sauter le palais que de subir un affront pareil I Et t^t en proférant ces menaces, ils chargeaient leurs arm^s et s'apprêtaient aa combat. Dans le même temps on.ente^daitaud^. hors la troupe de M. Gaussidière qui battait la charge et croi^t la baïonnette» Que le signal de l'assaut fût donné et c'en était fait peut-être du palais des Tuileries. Dans cette extrémité, le capitaine Saint-Amand, qui avait envoyé prévenir le 6pu* vernement provisoire , essaya de gagner du moins un peu de temps at se mit à haranguer sa redoutable garnison. Il feignit d'entrer dans ses colères , de partager son indignation , et , la calçiant ainsi peu à peu , U obtint qu'elle laisserait entrer la tjcoupe de M. Gaussidière, lui promettant que le Gouvernen>ent provisoire ferait réparation aux braves citoyens qui s'étaient dévoués à la garde des Tuileries, et ne les ferait sortir du palais qu'avec les honneurs de la guerre»

Il les persuada ainsi d'ouvrir la grille aux Montagnards, qui entrèrent tambour en tête et se rangèrent en bataille dans la eour* Sur ces wtreiaites, le général Gourtais, averti, accourait sans escorte. Resté seul au milieu de cesv bandes en armes, auxquelles il essaya vainemenVde faire entendre raison, il se promenait de long en large dans la cour, attendant non sans inquiétude, car il était en réaUté prisonnier, l'issue ^ cette incroyable aventure. Enfin le Gouvernement provisoire parut. MM. Ledru-RoUin , Arago , Marie , Grémieux , Narrast, Pagnerre, prirent successivement la parole et firent de véritables excuses à la garnison des Tuileries. Ils dirent que ce qui venait de se passer était une méprise ; que le gouvernement n'avait pas été informé; qu'il regrettait qu*on eût méconnu le caractère honorable des citoyens auxquels il ren-

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dait toute justice. Ils déclarèrent que la garnison des Toileries demeurerait vingt-quatre heures encore dans le palais, afin de bien montrer qu'elle se retirait librement , et promirent de nouveau qu'elle sortirait avecles honneurs de la guerre. C'était le 6 mars. Le lendemain, à midi , le général Cour tais vint en grand uniforme, suivi de son état «major, passer la revue des trois cenls. Il fit décharger les armes, et, marchant en tète de la colonne, il prit, au milieu d'une iaok innombrable attirée par la bizarrerie de ce spectacle, lé chemin de l'hôtel de ville. La les harangues et les remen^mënts recommencèrent ; ime somme de 500 francs fut distribuée. Puis, ces hommes qui avaient tenu un moment tout Paris en effroi , qui avaient vécu dans les splendeurs d'une résidence royale, qui avaient en quelque sorte traité d'^égal à égal avec le gouvernement de la République, rentrèrent dans lew obscurité et dans leur indigence. Tout n'était pas dit cependant. A vingt jours de là, l'un d'eux, le nommé %chair, allumeur de réverbères, étant mort à l'hospice des invalides civils, on lui rendit des Jionneurs funèbres dignes d'tin héros. Dans un moment oii des milliers d'honnêtes ouvriers manquaient de pain, on dépensa 11,000 francs pour ses obsèques. Le Jlfoniteur décrivit dans un langage épique la cérémonie c qui fut, dit-il, la plus grandiose et la plus touchante. Jamais maréchal de France, s'écriait la feuille oflBcielle , ne fut bonc^ avec plus de majesté. »

Après l'expulsion des trois cents , le jardin des Tuileries , resté fermé jusque-4à, fut rendu au public. Tout y avait repris l'apect le plus tranquille ; il ne restait aucune trace de désordre. Le printemps y faisait sentir déjà sa douceur précoce et la sève des marronniers rougissait les bourgeons. Les divinités de marbre , noircies sous la brume d'hiver, semblaient se ranimer dans l'atmosphère transparente qu'attiédissaient les premiers rayons du soleil de mars. L'iris parfumait les plates-bandes. Les enfants parisiens accoururent et se répandirent dans ces vastes espaces, sans se douter que le

sable qu'ils foulaient de leurs rondes joyeuses avait enseveli des cadavres. Les oiseaux n'avaient pas interrompu leurs gazouillements pour écouler lés cris de mort de la guerre civile. Le sang humain n'avait pas empêché la violette de fleurir. Les cygnes nageaient paisiblement ep cercle au bord des bassins, attendant Je pain accoutumé. L'enfance etla na« ture sont soumises aux seules lois divines : elles ne sentent pas Tatteintë des révolutions qui bouleversent lés institutions humaines.

Le 16 mai suivant, le général Courtais et son état-màjor ^ apréB avoir éconduit le capitaine Saint-Amand, s'installèrent dans les Tuileries. Les invalides civils furent peu i peu envoyés dans les hospices de Paris et de la batilieue. Le Gou* vernement provisoire décréta la jonction des Tuileries et du Louvre, et décida que ce vaste édifice prendrait désormais le nom de Palais du peuple. Mais ce projet, comme tant d'autres , demeura inexécuté , et le palais des Tuileries attend encore à l'heure où j'écris une destination convenable.

Pendant que les événements que je viens de rapporter se passaient au grand jour et jetaient dans la stupéfaction les habitants des riches quartiers dont les Tuileries forment le centre , il se jouait à la préfecture de police et au Luxembotirg une scèqe qui resta longtemps enveloppée de mystèris, et qui, si elle eût été connue, eût frappé les imaginations d'une terreur bien plus grande encore. Un tribunal secret, réuni sur le simple appel d'un homme que rien n'autorisait à un pareil acte d'autorité, se rassemblait de nuit au Luxembourg, et là, à la façon du Yehmgericht, il faisait comparaître un accusé, l'interrogeait, le déclarait coupable, et, après l'avoir menacé de mort, ne lui faisait grâce que pour le jeter dans un cachot où sa vie était à toute heure à la merci de ses juges.

Voici le fait. En compulsant les dossiers de la préfecture de police, M. Caussidière y avait trouvé une suite de rapports signés Pierre j qui remontaient à l'année 1838 et contenaient les détails les plus circonstanciés sur les sociétés secrètes ^t

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âurles complots du parti républicain. Les soupçons de BT.Caussîdière se portèrent aussitôt sur un nommé Delahodde, rédacteur de la Réforme, initié depuis 1832 à la Société de» droite de l'homme j avec lequel un grand nombre de républicains et lui-même avaient eu et conservaient encore des ^dations intimes. Il se rappela que les conseils de Delaboddé et ses plans d'attaque pendant l'insurrection du 23 lui avaient para suspects, et, confrontant l'écriture des rapporte avëè la signature de Delabodde, qui s'était installé à la préfecture en qualité de secrétaire général , il demeura convaincu que ses soupçons étaient fondés. Son parti fut pris à l'instant. Il convoqua pour le soir même, au Luxembourg , une réunion d« seize personnes qui toutes étaient désignées dans letapport de Delahodde. Chacun ignorait le motif pouf lequel il était appelé. Albert avait prêté sa chambre, sans savoir de qooiil s'agissait. Gaussidière s'était contenté de dire qu'on aurtdl ft s'occuper d'une affaire sérieuse. Quand la réunion , eofiftposée deGrandmesnil, Tiphaîne, Monier, Bocquet, BiSrgerôn, Pilhes, Léchallier, Albert, Mercier, Caillaud et Sobrîcr/fulau complet, Gaussidière, qui venait d'arriver en compragnie et ïtelâhodde avec lequel il avait dîné , prît la parole :

« Citoyens, dit-il, nous devions être plus nombreux, mais Louis Blanc et Ledru-Rolhn sont rétenus à l'HôteMe-Ville;

Raspail et Barbés sont à leurs clubs ; Flocon est indisposé

Citoyens ! il y a uti traître parmi nous. Nous allons nous êonstituer en tribunal secret pour le juger. »

On s'entre-regarda avec un étonnement profond. Delahodde resta impassible. Après qu'on eut nommé Grandmesnil président du tribunal , Gaussidière, qui s'arrogeait les fonctions li'accusateur public, prononça d'une voix solennelle le nofli du traître : Lucien Delahodde. En s'entendant nommer, <^luici bondit sur sa chaise et s'élança vers la porte. Gaussidière l'avait devancé ; tirant de sa poche un pistolet, il lui barrait lé passage. A cette vue, Delahodde recula et se mit à prolester de son innocence ; mais le dossier qui contenait k» iteppoTts

était sûr la table ; les écritores furent confrontées, et le délateur, confondu, vit qu'il n'avait plus qu'à implorer la miséricorde de ses juges. Ceux-ci, en proie à une colère idoleâté/ ne voulurent rien entendre ; et Gaussiàière, s'avancent veni Delafaodde, lui présenta son pistolet tout anné^ en lui disant avec le plus parfait sang-froid qu'il ne lui restait plus autre diose à faire, pour témoigner son repentir, que de se brûler la cervc^e. Delahodde était terrifié, la sueur ruisselait de son front; il tremblait, sanglotait; il conjurait qu'on le laissât vivre. Alors Albert, touché de ses supplications, intervint en sa faveur. D'autres firent remarquer qu'un coup de pistolet don«nerait l'alerte dans le quartier et trahirait une mort qui de^ vait rester secrète. Quelqu'un proposa le poison. Un verre ftft apporté; Caussidière y jeta avec beaucoup d'ostentation une poudre de couleur blanche semblable à Tarsenic. Le malheureux Delahodde tenait toujours sa tète dans ses mains et tremblait de tous ses membres. Sur une nouvelle et plus vive intercession d'Albert, il fut résolu qu'on le laisserait vivre ^ mais qu'on le garderait au secret à la préfecture de police. Delahodde j resta, en effet, pendant quelque temps; de M il fut truisféré à la Conciergerie , où il demeura jusqu'à la chute de Caussidière. Mis en liberté par le nouveau préfet de police, il publia un libelle digne d'un esprit aussi vil et dans lequel il se vengeait par l'injure et par la diffamation de la torture morale qu'on lui avait fait subir au Luxembourg.

Que l'intention de mettre à mort Delahodde ait été sérieuse, c'est ce qu'il n'est guère possible d'admettre ; mais la convocation de ce tribunal secret , l'incarcéralion de Delahodde sans auôune forme judiciaire, et cela dans Paris, au xix* siècle, n'est-ce pas assez pour montrer la manière excentrique dont certains hommes interprétaient la révolution , et comment, par leur mépris affecté des formes sociales , ils donnaient prise à l'opinion contre les républicains et contre la République ' ?

^ Les révotiitionnairës de cette école firent un tort considérable k la République en se persuadant qu*il y allait de leur honneur de heurter à tout

i»k HlSTOiaK DE LA KËVOLLTION DE 1848.

Dans ces mêmes jours, une cérémonie dont la pensée était vraiment pieuse eut lieu au cimetière 4e Saint-Mandé où reposent les cendres d'Armand GarreL Les républicains avaient décidé de rendre un hommage public à la mémmre d'un des hommes les plus chevaleresques qu'ils eussent 'Comptés dans leur^ rangs. Des députations des «coles , des détachements de toutes les liions de la garde nationale, des délégués de tous les jomnaux et de nombreux citoyens, formèrent un cortège imposant qui partit de l'Hôtel-de-Ville et s'achemina lentement vers Saint-Mandé , ayant à sa tète 'M. Marrast, G^lui-ci avait cru devoir inviter à cette solennité le rédacteur en chef de la Presse ^ l'adversaire malheureux d'Armand Garreli. M. de Girardin, que tentait tout ce qui avait une apparence de singularité et d'audace , avait répondu avec empressement à cet appel. Arrivé au cimetière, on fit cercle autour de la tombe, et M. de Girardin, prenant la parole, proposa comme l'hommage le plus digne d'un homme toml^ victime d'un préjugé barbare, de demabder au Goch vernement provisoire qu'il complétât l'œuvre d'humanité commencée par l'abolition de la peine de mort^ en proscrivant le duel. « Nous acceptons cette expiation, s'écria M. Harrast ! La magnanimité que le peuple a déployée le jour du combat, commandait à tous les organes du Gouvernement provisoire la conduite qu'ils ont tenue. Quand nous sommes venus id, nous n'avons voulu penser qu'à la vie d'Armand Garrel ; nous avons oublié sa mort. Quelque part que se rencontre le talent allié à un noble caractère , le Gouvernement provisoire lui tendra la main , quand il viendra se vouer au service de la

propos ropioion. Us oubliaient que « ropinioa publique, dans un teqtps de révolution, doit être excessivement ménagée; qu'il faut la recueillir avant de la fortifier, et la seconder plutôt que Texciter. » (Mirabeau, Correspondant» avec le comte de Lamarck, v. U, p. 216.)

2 Les amis les plus intimes d'Armand Carrel ont rendu cette Jostioe à M. de Girardin de reconnaître qu'il ne fut aucunement provocatenf dans cette malheureuse affaire, et qu'il se conduisit pendant les pourparlers et sur le terrain en homme de sens, de courage el d'honneur.

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cause que nous défendons tous, au service de la République!» Et ces deux hommes, en présence de spectateurs nombreux et trè^ diversement agités, se serrèrent la main en signe de réconciliation.

Certes, une telle pensée était belle et touchante ; il y avait de la grandeur dans ce rapprodiement de. deux eimemis sur une tombe. Mais Tattitude et la physionomie des assistants montrèrent qu'ils n'interprétaient pas favorablement une dé* . monstration qui, faite par des hommes simples, eût tiré des larmes de tous les yeux. On ne voulut voir dans cette réconciliation de deux hommes habiles qu'un jeu concerté; et, malgré ce qu'il y eut de sincère et de courageux dans la dé* marche de M. de Girardin, elle ne fit sur l'opinion publique d'autre impression que celle d'une scène médiocrement jouée* On. aurait craint aussi de se montrer dupe en prenant trop au sérieux la magnanimité de M. Marrast.

C'est la punition des esprits sceptiques de comprendre^ parfois la grandeur, d'en approcha même, d'assez près, mais de la faire évanouir dès qu'ils y touchent.

Dans la multitude d'idées et de sentiments que la fermentation révolutionnaire faisait surgir tout à coup du silence où ils étaient demeurés longtemps comme étouffés , les opinions nouvelles relatives à la condition des femmes, àleunr droits et à leurs devoirs dans la famille et dans l'Etat , ne devaient pas rester inexprimées. La révolution de 18A8 essaya sur. ce point , comme sur tous les autres, de reprendre les traditions de la première Révolution. Qu'il me soit permis de m'arrôter un moment sur cette partie de mon sujet. Bien qu'elle ne se rattache pas directement à la révolution politique, je la trouve digne d'attention, parce qu'elle est intimement liée à la révolution sociale dont je me suis proposé de suivre pas à pas les développements.

C'est à Condorcet, et non pas à Jean-Jacques, comme on le croit généralement, qu'appartient l'initiative des réformes proposées dans l'éducation et la condition des-femniesi Le

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avoic apporté de changements essentiels dtos leur condition sociale. Cependant l*Assemblée constituante , non contente de leur rendre un éclatant hommage en remettant le dépôt de la ConstiÈutian à la vigilance des épouses et des mères ^ avait amélioré sensiblement leur sort dans la famille, en établissant le partage égal des biens et en abolissant la perpétuité des vœux monastiques. L'Assemblée législative crut iaire plusea décrétant le divorce. Mais en ceci encore le législateur s'occupa exclusivement des femmes de la classe riche. Ces. questions de partage égal , de vœu perpétuel et de liens indissolubles ne touchaient point la fille du peuple, car elle a*a(toid pas d'héritage, sa famille n'a nul intérêt à la pousser au dottre , et l'uniformité des habitudes de sa vie laborieuse la retient naturellement, sans qu'elle en souffre, dans un mariage unique. Les idées qui intéressent la généralité des femmes et leurs droits dans toutes les situations sociales ne furent traitées de nouveau , après le long silence de l'Empire ^ et de la Res* tauration, que par les écoles de SaintrSimon et de Fourier. En 1830 , les prédications des saintHsimoniens surtout réveillèrent chez un certain nombre de fenunes des idées d'émancipation. Malheureusement les vérités contenues dans la doctrine. saintTsimonienne furent rapidement perverties par l'influence personnelle de quelques sectaires qui confondaient toutes les lois naturelles et sociales dans un mysticisme de voluptés inacceptable pour la conscience moderne. Les femmes qui s'étaient jetées dans le saint-simonisme^^sans bien comprendre le sens mystérieux de certaines fohnules, se troublèrent; leur imagination , exaltée au dernier degré par des rites et des cérémonies où le magnétisme jouait un rôle principal , entra en lutte avec leur raison et la délicatesse de leurs instincts. Beaucoup d'entre elles, après des combats

1 II serait injuste de ne pas tenir compte, dans ces années où le préjfiigé afrit repris tout son einpire , du beau travail de madame Necker de Santsiire et da livre de madame de Rémusat, où je trouve cette pensée d*aiie simpUeîlé si fière et si hardie. « Les femmes ont droit au devoir. »

intérieurs douloureux, reatrèrent dan^ le sein de TÉglise catholique; d'alitres, plus fEÛbles oa plus intrépides, se donnèrent la mort. Le discrédit dont furent frappés les mystères du saint- simonisn\e rejaillit pendant longtemps sur toutes les idées favorables à l'amélioration du sort des femmes.

Vers x^ettc^. même épocpie, parut aussi un talent féminin dont Téclat et la nouveauté excitèrent une curiosité * uni^ verselle.' Aurore Dupin, baronne Dudevant, petite-flUe du fermier^général' Dupin , et qui comptait parmi ses ancétreis le maréchal de fiaxe, publia, sous le pseudonyme de Gecnrge Sand , une suite de ronïan» d'un style admirable , et dont l'esprit général était l'exaltation du caractère féminin et la peinture des sovffrances de la femme dans le monde et dans le mariage. Une union ouvertement brisée , urie existence pleine de fimtaisie, une beauté singylière, un art accompli tians ses créations les plus spontanées, donnèrent à la personne et aux œuYtes de George Sand un attrait extraordi* naire. lies saint-simoniens , encore dans toute la ferveur de leur iqpostolat, voulurent s'emparer de la direction de cetar lent si. merveilleusement apte à la propagande. Mais l'intellih gence de madame Sand n'acceptait pas volontiers le principe hiérarchique de la société saint-^simonienne. Invinciblement attirée vers les idées égalitaires les plus simples et les plus radicales, elle comprenait la démocratie comme l'avaient comprise les babouvistes. Le vieux Buonarotti la trouva docile i ses enseignements. Le communisme de Pierre Leroux, cdui de Louis Blanc , éveillèrent dans son esprit des échos qui retentirent au loin ; quittant le roman de passion individuelle et de caractère , elle voua sa plume à la propagation du communisme et à la cause du prolétariat considérée du point de vue de l'égalité absolue. L'influence de madame Sand, que nous retrouverons tout à l'heure dans les conseils dû ministre de l'intérieur, fut , malgré la force et la beauté de son talent, une influence purement agitatrice. Elle para de toutes

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les grâces d^uiie imagination inépuisable d^ objets 4|ui jms* qu'alors avaient semblé peu propi-es à inspirer les poâtfls. Elle prit pour sujet de ses nouveaux romaos le proiéUiis des villes et des campagnes , ses travaux ; ses misères ; eUs opposa ses vertus à Tégolsme des grands et des riches; elk appela sur lui la pitié en môme temps qu'elle le montrait digne d'admiration ; mais elle n^aborda pas directeodont les doctrines philosophiques ou historiques sur lesquelles M fonde le droit de la démocratie, et elle se mit soigneusement i l'écart de toutes les tentatives laites par d'autres femmes pour réclamer l'extension au sexe féminin des progrès acoomplûs ou annoncés par la nouvelle République.

Ces tentatives, il faut le dire, ne furent ni bien mûramaDt réfléchies , ni bien sagement conduites par dfis feaunes doit le zèle était d'ailleurs trop imparfaitement secoodé p«r le talent. {Sans tenir compte de l'état des mœurs « elles heurtèrent de front les usages et les coutumes plutôt que de dm^ cher à gagner les esprits. Au lieu de reprendre daos Ism écrits la pensée de Condorcet , de traiter avec simpliciié at modestie les questions relatives à l'éducation dm fomnMH dans toutes les classes , aux carrières qu'il serait possible ie leur ouvrir, au salaire de la femme du peuple, i rauCorilé 4^ la mère de famille, à la dignité de l'épouse, mieux protégé par la loi * ; au lieu d'avancer pas à pas, avec prudeyses* i mesure que l'opinion se montrerait favorable^ elles firentdes manifestations très impolitiques, elles ouvrirent avec fracis des clubs qui devinrent aussitôt un sujet de risée. Elles po^ tèrent dans les banquets des toasts dont le ton mystiqfue at le sens vague ne pouvaient ni convaincre, ni éclairer personm;

* Un historien d*une gravité philosophique qui ne sera réemëe' |iar perfoODe, M. Heuri Martin, dans son beau livre De la France , s^expiiaMaM iur cette matière délicate : « La portion tout à fait inférieure el subordonné^ faite à la femme dans le mariage , ne répond ni aux idées, ni aux moran de là France. La femme est insuffisamment protégée par la société dam tiwltf»' •M ûè in loi» 4tti f'ftbstient, de? rail intervenir. »

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elles publièrent des journaux qui ne se firent point lire. L*une d'entre elles réclama oificiellement, à la mairie d'une petite ville de province, son droit d'électrice, et, peu après, une autre plus hardie encore afllcha sur les murs de Paris sa caodiijiature à l'Assemblée- nationale.. A ces démonstrations , qui n'étaient que hors de propos , il se mêla des excentricités de bas étage. Une légion de femmes de. mœurs équivoqiv^ fut organisée par une espèce de fou , nommé Borme, qui leur donna le nom' de V4suviennes^ et les conduisit à plusieurs reprises i l'hôtel de ville pour y haranguer et y être haranguées. Toutes ces choses bizarres, ce tapage extérieur, n'eurent d'autre effet que d'effaroucher beaucoup de bons esprits et de rendre au préjugé qui allait s'affaiblissant une force nouvelle.

Cependant le peuple jugea différemment cette levée de boucliers féminine. Le peuple , et cela se conçoit, n'est guère accessible à la notion du ridicule. Il ne raille pas la banne «o- Unté; il l'honore jusque dans ses écarts et ses échecs. Il a surtout , par droiture naturelle et par simplicité d'âme , un ^and respect pour le caractère de la femme. Il ne. partage & cet égard aucun des préjugés moqueurs qu'une éducation exclusivement Uttéraire entretient dans la bourgeoisie. Le feuple ignore l'infériorité de la femme, établie dans nos mœurs par la tradition latine. Il ne connaît guère davantage Farrêt porté contre elle par la théologie chrétienne. Toute •on érudition ,. à lui , c'est Jeanne d'Arc sauvant la France, n n'a pas lu, il repousserait avec indignation les satires de Rabelais, les contes de La Fontaine, le poème ignominieux de Voltaire. Le prolétaire, qui- voit partout la femme active, intelligente et sérieuse à ses côtés , réclame pour elle, en dépit des sarcasmes de la bourgeoisie, qu'il ne saurait comprendre, ce qu'il demande pour lui-uïême : l'instruction , le travail bien tempéré, le loisir nécessaire à la vie morale, cette part dans les fonctions sociales qui relie dans une vie commune les eidstences isolées et fait des haUtants d'un même pays les ci-

*f« HISTOIRE DE Î.A RRVOLLTION DF 1848.

toyens d'une même patrie ^ Des tentatives avortées ne le rebutent pas ; il ne se laisse pas déconcerter par le persiflage : ce qu'il croit juste ne peut jamais lui sembler risible. Aussi , peut-on affirmer que tous les progrès de la démocratie en France amèneront des progrès correspondants dans la condition des femmes. Le jour où il sera donné au peuple de fidre passer dans les lois les sentiments dont il est animé , l'égalité et la fraternité ne s'enseigneront plus à l'exclusion de tout on sexe ; le droit ne sera plus contesté ; une existence supérieure commencera pour la femme dans la famille et dans la patrie.

1 Une adresse remue le 3 mirs aa GoiiTemciiient ptBfiicktf . iViptaK

ainsi :

n Citoyens,

» Beaucoup de femmes sont dans une situation dés^pérée ; voua ne voudm IMS qu^elles contiouent à être exposées à la misère ou au désordre. Les bonnes moeurs font la force des républiques, et ce sont les femmes qui font les mœurs. Que la nation bonore par votre voix le travail des 'feanaei ! Qa*elies prennent rang, par yotre volonté, dans la réorganisation qui s*opère» et f9B le prindpe de Tassociation soit encouragé par vous pour les travanx qui soat de leur ressort.

»Les femmes méritent d'avoir part k Tbonneur et au bien*étre que noa institutions vont amener pour le peuple : c'est par elles que Tbomme trouve le bonheur dans la famille ; ce sont elles qui lui donnent le principe de ses sentiments moraux. Elles sont depuis longtemps associées à toutes les igloires dans la littérature, dans les beaux-arts, dans Tindustrie, comme ellea sont associées à toutes les douleurs en la personne des admirables sœurs dç charité.

» Faites, citoyens, que la gloire des femmes illustres et méritantes qui nous ont précédées rejaillisse en ce moment sur les femmes é^ trardil et da dévouement obscur, sur les mères, les filles, les sceurs de ce peiqile peor lequel TOUS faites de si grandes choses.

» Recevez, citoyens, etc. »

HISTOIJUS DE LA RÉVOLUTION DE 1848. id3

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