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2S6 HISTOmt DC LA RCVÛLl TION DE i8A«.
donnait une auloritc singulière, le gouvernement de la République est fondé sur l'opinion; il ne l'oubliera jamais. Notre force, nous le savons, est dans la force du peuple; notre vo? lonté doit toujours être en harmonie avec la sienne ; nous vous remercions des paroles pleines de sympathie et de dévouement que vous nous adressez. Le Gouvernemeiit provisoire les mérite par son courage, par son ferme vouloir de faire le bien du peuple, avec le concours du peuple,, et en s'appuyantsurlui. Les pensées d'ordre que vou9 9Ye% manifestées sont la consécration de la liberté en Franœ. U fout que la force du peuple se montre sout l'apparence du calice ; le calme est la majesté de la force. Vous nous avex exprimé des vœux qui feront l'objet de nos d^ibérations. Vousmêmes, citoyens, vous ne voudriez pas que le gouvernement qui est appelé à vous représenter, cédât à une menace. Nous vous remercions de ce que vous êtes venus à nous pleins de confiance dans notre patriotisme, pleins de confiance dans le désir qui est au fond de nos coeurs, de faire avec- vous, dans votre intérêt, sans vous oublier jamais, le satut de la République. Nous vous remercioi^s comme hommes de nous «voir mis en état de le faire avec indépendance. Maintenant, eitoyens, laissez-nous délibérer sur ces vœux, laissez-nous délibérer, pour qu'il soit bien entendu que le Gouvemonent provisoire de la République ne délibère pas sous l^empire d'une menace. A ceux qui ne représentaient que les privilégés, il était permis d'avoir peur : cela ne nous est pas petmis, V inous, parce que nous sommes vos représentants, et qu'en gardant fiotre dignité, nous gardons la vôtre. »
Ces paroles, applaudies par les délégués des corporations qui s'abandonnaient aveuglément à la direction de M. Louis Blanc, provoquèrent dans le groupe des clubistes un murmure pro* longé. « Le peuple attend autre chose qulia des paroles 1 s'écria l'un d'entre eux, d'une voix pleine de colère; il veut une réponse définitive ; nous ne sortirons pas d'ici sans avoir une réponse à transmettre an peuple. » Mais sans laisser à M. l<ouis
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Hane la iemp^ de répondra; MM. Gabat et Sobrier^jCraignut de voir s'engluer iecoûflit, s'interposèrent; par des paroles pleines de sens ils atténuèrent Fimpression que venait ai produire rorateurclubiste, et donnèrent à M. Ledru^RoUin q(ielque$ minutes pour peser les paroles qu'il allait prononcer à son tour^ < Je n'ai qu'un mot à vous dire» dit enfin le ini« nistre de l-fatérieur, mais je crois que ce mot jiur/t quelque action sur vos esprits. Vous représentez Paris» mais vdus comprenais que la France se compo$a de l'universalité des îct* toyens. Or, je me suis adressé^ il y ,a deux jours» i tous las commissaires des départements pour leur deanander ceci : Est*il possible matériellement que les élections aient lieu la 9 avril ? Est-il possible politiquement et dans l'intérêt de l'éti^ blissemant de la République que les élections aient lieu le 9 ayrilf Vous ne pouvez pas» citoyens» imposer au gouvernement da délibérer^sans être éclairé avant tout sur l'état da la France » sans > être, informé par ses commissaires. Voua représ^entez indubitablement la cita la plus activa et par cela même la plus intelligepte » mais vous ne pouves pas avoir ici la prétention de représenter la France tout an* tière;vous ne pouvez l'avoir qu*à.une condition» c'est qua» élps parle peuple», représentants du peuple» nous ayons, pour les départements, pour la France entière comme pour Pans, la volonté et le dernier mot du peuple. Il faut que vous at» tendiez quelques jours. J'ai fixé au 25,. au plus tard, les r^ pO]ises qui doivent m'être faites. Quand le gouyernemaot» prenant en considération le vœu de Paris»^ qui ordipajremont donne l'impulsion à la France» m^is qui». cep.endant» ne peut vouloir opprimer la France.; quand les vœux des d^^ta* ments auront été exprimés, alors le gouvernement, .repré? sentant du pays tout entier» pouri'fi assigner ua délfi» et pourra dire si» en e8et,^Qet ajournement est nécessaire ppur i'établîç^ment de la République. ,» - . ,
Ce discourS| habile autant que ferma, déconcerta visible ment les fjiuteur^du complot» qui ne 9*étaient pas attendMS é
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trouver dans le Gouvernement provisoire un pareil aceord de résistance. Voyant que les paroles de M. Ledru-Aollîn leur, enlevaient toute chance de diviser le conseil et de se défaire de la majorité àTaidede la minorité^ ils ne voulaient pas cepra? dant battre en retraite sans avoir porté à M. de Lamartine un coup décisif. M. Sobrier, qui venait de prendre la parole pour appuyer M. Ledru-RoUin, leur en fournit l'occasion.
«Les délégués du peuple, dit-il, n'ont nullement rinten-* tion dé faire violence au Gouvernement provisoire ;• ils ont ■ une confiance entière en lui. »
c Pas en tous ! pas en tous ! » interrompt brusquement Vun des hommes de Blanqui , en regardant M. de Lamartine; et le nom de Lamartine est murmuré de bouche en boucUe.
€ Qu'il s'explique ! qu'il s'explique ! » s'écrient plusieufs*
Alors, M. de Lamartine s'avance à son tour t&t réfute avec beaucoup d'éloquence l'accusation portée contre le Gouveime-' ment provisoire et contre lui, en particulier, d'avoir voulu faire rentrer les troupes dans Paris, afin d'opprimer le peiqdé. c II faudrait, dit M. de Lamartine, que le gouvernedaent fût insensé, après ce qui s'est passé, après que la royauté déchue
a vu se fondre 80,000 hommes de troupes contré le peuple dé^rmé de Paris, pour songer à lui imposer, avec quelques corps d'armée épars et animés 3u même républicanisme, des volontés contraires à vos volontés et à votre indépelndance ! Nous rfy avons pas songé, nous n'y songeons pas, nous n'y songerons jamais! Voilà la vérité , rapportez-la au peuple: sa liberté lui appartient parce qu'il l'a conquise ; elle lui appartient parce qu'il saura la garder de tout désordre! LaRÎépublique, à l'intérieur, ne veut d'autre défenseur que le peuplé armé.
» Mais quoique ceci soit la vérité aujourd'hui, et que nous vous déclarions que nous ne voulons que le peuple amie pour protéger ses institutions, n'en concluez pas que nous consen* tions jamais à la déchéance des soldats français ! N'en concluez pas que nous mettions notre brave armée en suspicion,
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et que nous nous interdisions de rappeler, même dans Tiiiteneur, même à Paris, si des circonstances de guerre eommandiaient telle ou telle disposition de nos forces poiu: h sù« reté extérieure de la pOitrie !»
Applaudi par un grand nombre de déléggiés, se saohant appuyé par les chefs des clubs, Ml d^e I^sunartine trouve en terminaat ^a harangue un de ces tours heureux, une de ces
images frappantes qui si souvent déjà Font iiiît triompher de toutes les défiances populaires. « Soyez sûr, s'était écrié avec émotion un ouvrier , que le peuple n*est la que pour appuyer le gouverneineiit. » — « Je le. crois, j*en suis certain, réplique H. de Lamartine; mais prenez garde , tatoyens , à des réunions Qomme celles d'aujourd'hui, quelque béUçs qu'elles soient : les dix-huit b/umaire du peu{ile pourraient aniener, contre son gré^ les. dix-huit brumaire du despotisme ; et ni . vous ni nous n'en voulons. ».
Un applaudissement général couvre, à ce root , la voix de M. de Lamartine. Ladéputation déconcertée s'ébranle. MM. Cabet et Sc^rier saisissent ce moment favorable pour déterminer le mouvement deretraite..Blanqui et les siens sont entraînés. Au même instant, on entend sur la place des milliers de voix qui demandent à grands cris le Gouvernement provisoire. Il devient manifeste que la force morale çst à lui. La colère et l'indignation éclatent sur les physionomies . des factieux. Comme M. Louis Blanc descendait les degrés du grand escalier, l'un deux, lui saisissant le bras et le secouant brutalement : « Tu es donc un traître, toi aussi, s'écriet-il !» M. Louis Blanc le regarde stupéfait; il ne le connaissait pas; c'était' un séide de Blanqui, un jacobin faaat^ue, e cuisinier Flotte • .
Quand le Gouvernement provisoire parut sur l'estrade, il fut reçapar une longue et enthousiaste acclamation du peuple qui
I 1 Voir Pagei d'hUtoire, p. 94.
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né s*inforinail seulement pas si ses demandes avaient été ac* cueillies ou rejetées. Seulement, il exprimait parles cris infiniment plus répétés de : vive Louis Blanc ! viveLedru-Rollin ! sit sympathie plus grande pour les membres les plus révolutionnaires du conseil. M. Louis Blanc, sur l'invitation âiême de ses collègues, prit la parole pour remercier le peuple de la force qu'il donnait. par son adhésion si chaleureuse et si complète au gouvernement chargé d'exécuter ses volontés.
Après qu'il eut terminé sa harangue, le Gouvernement provl- Mnre rentra dans l'hôtel de ville et le défilé des corporations commença. 11 fut long et garda jusqu'à la fin saparfaite'disdpline. On a évalué à 100,000 hommes environ le diifPre de l'armée populaire. Â cinq heures seulement les dèrûières corporations quittaient la place de Grève. Un groupe nombreux d'ouvriers y resta pour escorter M. Louis Blanc ; unatitte accompagna M. Ledru-Rollin au ministère dé l'intérieur, 6&le ministre essaya encore une fois, dans une chaleureuse aÛoculion, de leur faire sentir combien ils avaient tort dd vouloir éloigner de Paris une armée dévouée au pays et composée d'enfants du peuple.
M. de Lamartine, resté seul, pensif, atteint d'un premier doute, s'achemina lentement à pied par les rues qui s*illumitiaient en l'honneur de ses adversaires politiques, vers Thôlél de la rue des Capucines où l'attendaient dans une vive inquiétude sa femme et ses amis. Ceux-ci, effrayés des bruits qui couraient, veillèrent en armes, au ministère des âflaires étrangères. Ils avaient été avertis par des agents de leur police secrète que Blanqui et ses hommes devaient, pendant k nuit, enlever M. de Lamartine.
Paris fut jusqu^au matin en proie à un grand trouble. L'impression produite par ce que Ton savait et par ce que l'on soupçonnait des événements de la journée pesait sar.tous les esprits. Ce long cortège de prolétaires qui , de 1*arc de triomphe à Hiôtel de ville et de Thôtel de ville à la Bastille, avait partout, sur son passage, notifié, imposé en quelque sorte
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À la bourgeoisie, avec une effrayante solennité, sa volonté nAuette et mystérieuse, jetait les imaginatiof^s dans ntiè péirplexité extraordinaire. Personne ne confïprénait clairement le sens indéterminé de cette manifestation; chacun Tlnterprltait à sa manière. La majeure partie des ouvriers re^taietat persuadés qu'ils avaient protégé le gouvernement contre Un complot des carlistes. Plusieurs d'entre les chefs populaires, MM. Gabet, Raspail, Barbés, qui accusaient ce qu ih appelaient le parti du National de conspirer au sein du gouvernémehl, d'accord avec M. Thîers, le retour dé la duchesse d'Orléans et de son fils, avaient eu principalement en vue de raBtermîr la minoHté du conseil etd^enleverM. de Lamartine, dnluimôâtrànt le peuple si fort et si sage, aux influences d'un entourage sUBpeet. Les cinq ou six cents partisans de M. Blanqui, dotit l'espoir était déjoué, n'osaient pas le laisser voir et feignàlèût de partager la joie populaire. M. Louis Blanc, qui avait éï l'initiative et la conduite principale de la manifestation, avait senti cependant qu'il n'en tenait pas tous les fils ; il se demandait, à part lui, ce que signifiait cette intervention occulte de quelques meneurs; il s'étonnait aussi que M. Ledru-Rollin eût une part égale, sinon supérieure à la sienne dans l'acclar mation populaire.
On le voit, autant il y avait eu d'ordre, de régularité, de discipline extérieure dans cette grande procession du peuple, autant il y avait de confusion dans l'esprit de ceux qui l'avaient préparée. Par une coïncidence singulière qu'un artiste n'aurait pas laissée inaperçue, l'aspect de là ville et le mouvement orageux du ciel, pendant la nuit du 17 mars, offraient l'image de cette indéfinissable agitation des esprits. kDes nuages rapides, sombres à leur centre, majs blanchissants a leur extrémité, tantôt se groupaient, tantôt se dispersaient dans l'espace en formant des figures étranges. La lune s'en dégageait et s'y replongeait tour à tour avec une mélancolie inexprimable. Les masses noires de Notre-Dame et des Tuileries apparaissaient et s'évanouissaient comme des fantômes
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daus ces ombres et ces clartés mobiles. La splendide^ illumination des quais , la lumière ailificielle qu'elle projetait sm*les saules et les peupliers des bords du fleuve, dont on distinguait dans le silence des bruits du jour le comrs lent et plaintîf| tout conspirait à jeter dans Tàme je ne sais quel sentiment vague, mélangé d'appréhension et d'espoir.
L'appréhension, il faut le dire, domina, à partir de cette journée, toutes les pensées et tous les conseils de la bourgeoisie. Elle vit, dès le soir du 17 mars, M. dp Lamartine, en. qui elle avait mis son espoir, devenir soucieux. Elle reconnut dans les décrets, dans les proclamations qui suivirent coup sur coup, la prépondérance de M. Ledru-RoUin et rinfluence de M. Louis Blanc. Elle comprit que Paris était décidément acquis à la révolution, et elle tourna son principal effort vers les départements, où les royalistes et les conserva- .teurs, un moment dispersés, étourdis par un choc inattendu, commençaient à reprendre haleine, à se raj^rocher et à se concerter pour la grande lutte électorale.
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