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S70 UISTOIRE DE LA RÉVOLUTION DK IMi.
Les tendances socialistes y obtinrent une fissez large place. Le communisme, proprement dit, y parut en minorité impe^ ceptible. Le nom de M. de Li^artine, élu dans ^x départements, caractérisa ce moment de la . révolution ; il marqui l'acception libérale , pacifique et conciliatrice que la graode majorité des électeurs en tendait donner au mot de république.
Le clergé enyoyaà TAssemblée plusieurs évèques et un assez grand nombre d'ecclésiastiques. Le parti légitimiste f ut. bril* lamment représenté par environ 130 députés, parmi lesquels on comptait MM. Berryer, de Falloux, LarochejacqueleiB. A l'exception de M. Thiers, Tancienne opposition dynastique revenait en mas$e à TAssemblée nationale.
Une assemblée ainsi composée n'était assurément pas l'expression du prolétariat communiste , elle n'était pas même l'expression du mouvement révolutionnaire; mais, siégeante Paris, au foyer même de la révolution, sous l'action la plus rive des idées démocratiques, elle ne pouvait pas être rétrograde, et il y avait tout lieu d'espérer qu'elle donnerait ta pays une constitution largement et sincèrement républicaine. Je ne veux pas anticiper ici sur les événements et montrer ce qui arriva. Assistons a la cérémonie solennelle de son installation.
Un soleil splendide éclaira cette journée. Vers onze heures du matin, les membres du Gouvernement provisoire etleofi ministres, réunis au ministère de la justice, se mirent ei marche et se dirigèrent, par la rue de la Paix, par les bonlevards et par la place de la Concorde, vers l'ancien Palais- Bourbon. Précédés du commandant en chef de la garde nationale et de son état-major, ils marchaient tête nue entre deux officiers, l'épée à la main, et suivis de tous les maireset adjoints de Paris et de la banlieue. Une acclamation "ininlerrompuç, partant à la fois de la foule pressée sur le passage du cortège, de toutes les fenêtres et de tous les toits des maisons, salua ces hommes au cœur intrépide, à l'àme douce, qui sans faire un seul acte de despotisme , sans verger u«
HISTOIBE DE LA REVOLUTION DE 1948. dH
goutte de sang, sans attenter à aucune liberté, avaient inaa*guré en France, dans* les circonstances les plu$ critiques, te règne delà démocratie. Ce ne furent pas des applaudissement commandés, mais un mouvement spontané, unanime de reconnaissance qui éclata â la vue de ces hommes illustres, de condition obscure ou de rang élevé, à l'aspect imposant de ces premiers citoyens de la nouvelle République, qui ve^ naient rendre à la représentation l^le du peuple le pouvoir qu'ils tenaient de son acclamation.
Le canon des Invalides annonça l'entrée du gouvernement dans la salle des séances. L'Assemblée tout entière se^levBi pour le recevoir, au cri puissant et prolongé de Vive ta Répu^ bliquet
L'aspect de la salle, construite à la hàte.et provisoiremelfit dan§ la salle du Palais-Bourbon, décorée sans style, sans goût et sans magnificence , eût mieux convenu au parlement des Etats-Unis d'Amérique qu'A, l'Assemblée nationale de la Répii<* blique française.
Aucun des représentants, à l'excefition de M. Caussidièrè) ne s'était conformé au décret qui leur imposait un costume imité dé la révolution ; la plupart ne portaient d'jmtre sign^ distinctif qu'une rosette rouge et or à la boutonnière ; mais S0U3 cette uniformité extérieure de costume, les contrastes politiques et sociaux les plus piquants abondaient et excitaient la curiosité des spectateu)*$. Ainsi , M. Barbes venait s'asseoir auprès de ses anciens juges , et dans l'acclamation de la République, sa voix semtfaitaux vmxdeeeux-^lànièmes qui avaient naguère prononcé sur lui là sentence de mort ; ainsi, le père Lacordaire^ dans son blanc vêtement de dominicain, apparaissait comme le fentôme de l'inquisition entre l'Israélite Crémieux et le pasteur protestant Cbquerel ; le paysandu Morbihan et l'ouvrier de Vaucluse apportaient dans l'urne législative une boule de même poids que le savant de l'Institut et que le lettré de l'Académie française; deuxBona* parte envoyés par la Corse siégeaient en fece d'un Laroche*
Mt HISTOIRK 1>K LA KKVOLUTION DE f8A8.
jacqueleîn ; des fils de régicides y coudoyaient des fils de diouans, et, par Teffet menreilleia de cette pénétration de l'esprit moderne qui s'assimile tout, ni les uns m les autres ne s'étonnaient de se trouver ensemble.
Le contraste que présentaient les tribunes n'était pas moins frappant. Entre la tribune diplomatique, représentation officielle des royautés légitimes, et la tribune de k garde nationale, qui rappelait particulièrement la royauté quasi-légitime de Louis-Philippe , la tribune accordée aux délégués des clubs figurait le tumulte et le désordre révolutionnaires. Enfin, le seul aspect de l'Assemblée, la réflexion que la diversité inouïe de ses éléments ne pouvait manquer de faire naître, était un argun^ent irréfutable en faveur du gouvernement républicain.
Une forme de gouvernement, qui retirait à tous les partis la prédominance exclusive pour donner à la conscience publique le temps de se former et la faculté de s'exprimer librement, était sans contredit la meilleure, la seule acceptaUe, dans l'état de nos mœurs et de nos croyances. Une assemUée issue du suffrage universel, et souvent renouvelée, était k gouvernement le plus apte à favoriser, sans le comprimer ni le précipiter, le mouvement des esprits.
La séance du à mai, solennelle et paisible, s'ouvrit sousb présidence du doyen d*âge, M. Âudry de Puiraveau. Lessii plus jeunes représentants occupaient le bureaju. M. Dupont (de l'Eure) monta à la tribune et lut, au nom du GouverDe* ment provisoire, le discours suivant :
< Citoyens représentants du peuple, le Gouvernement provisoire de la République vient s'incliner devant la nation, et rendre un hommage éclatant au pouvoir suprême dont iros êtes investis.
» Elus du peuple ! soyez les bienvenus dans la grande tt pitale, où votre présence fait naître un sentiment de boidiei et d'espérance qui ne sera pas trompé.
» Dépositaires de la souveraineté nationale, vous allezJoi-
der nos institutions nouvelles sur les larges bases de la démocratie, et donner à la France la seule Constitution qui puisse lui convenir : une Constitution républicaine.
» Mais, après avoir proclamé la grande loi politique qui va constituer définitivement le pays, comme nous, citoyens re« présentants, vous vous occuperez de régler Taction possible et efficace du gouvernement dans les rapports que la nécessité du travail établit entre tous les citoyens, et qui doivent avoir pour bases les lois de la justice et de la fraternité.
» Enfin, le moment est arrivé, pour le Gouvernement provisoire, de déposer entre vos mains le pouvoir illinfiité dont la révolution Tavait investi. Vous savez si, pour nous, cette dictature a été autre chose qu'une puissance morale au milieu des circonstances difficiles que nous avons traversées.
» Fidèles à notre origine et à nos convictions personnelles, nous n'avons pas hésité à proclamer la Répi:d)lique naissante, de février.
» Aujourd'hui nous inaugurons les travaux de l'Assemblée nationale à ce cri qm doit toujours la rallier : Vive la Ré" publique! »
Ce cri, sorti de la bouche émue du vieillard, fut répété par un long et retentissant écho. Après quoi l'Assemblée passa dans les bureaux pour procéder à là vérification des pouvoirs. Lorsqu'elle rentra dans la salle, M. Démosthène Ollivier, représentant des Bouches-du-Ilhône, demanda que chacun des membres jurât individuellement fidélité à la République ; mais cette proposition, combattue par M. Crémieux, qui flétrit avec beaucoup de verve le scandale si souvent renouvelé dans notre histoire des serments prêtés et trahis, fut
\ en quelque sorte étouffée sous une acclamation unanime : l'Assemblée se leva spontanément en criant Vive la Répu^
f bliquel c Vos applaudissements, reprit M. Crémieux, qui n'avait pas quitté la tribune^ disent assez ce qui est dans nos cœurs, qu'avons-nous doge besoin de IfùéUn.Bur un livre ? » Un nouveau cri àeVive la B/^pmk^fÊf^h, k' 4 plusieun
87A WSTOIRE DE Là RÉVOLUTION 1» tUB.
nfriam dans la salle, exprima rassentimeoi de rAnemUée a ees paroles et termina ce premier incident.
n était environ quatre ^ures. A ce moment» le général Courtais parut i la tribune et demanda à 1* Assemblée de se rendre sous le péristyle du palais qui fait face à la place de la Gonoorde, afin d'y proclamer la République- en préseiM» du peuple. Malgré une légère opposition de la part de qudqœs représentants, qui prétendaient qu'on ne devait pas interrooH pre la vérification des pouvoirs, l'Assemblée quitta ses buKS et se rendit en masse sur le péristyle. Rien ne saurait rendre l'émotion profonde et religieuse avec laquelle le peuple iomense, qui depuis plusieurs heures attendait ce moment solennel, accueillit ses représentants.
De^ drapeaux de l'armée et de la garde nationale avtie&l été apportés. H. Audry de Puiraveau* proclama, au nom du Peuple et de l'Assemblée nationale, la République démocntique. Un long transport d'enthousiasme couvrit sa voii; de» larmes mouillaient tous les yeux ; les mains se cherchaieDt et s'étreignaient sans se connaître,, dans une indicible émo* tioD de confiance et de joie.
. L'Assemblée rentrée dans la salle, M. Trélat constata en termes précis le consentement unanime, forniel et irrévoeaUe qu'elle venait de donner au gouvernement républicain : .
ç Le témoignage le plus éclatant en fateur ide ta Répa- Uique, dit-il, c'est que de ceux4à mêmes qui proteHaietU tt cortj il y a deux mois^ contre la République, il n'y en a ps un qui proteste aujourd'hui ; c'est que leurs voBuœ êoni Mwt nimes et que, s'il est ici quelques citoyens qui, dans lanncérité de leurs consciences, aient proposé à la nation une autre forme de gouvernement il y a deux mois, aujourd'hui il n'y a plus qu'un seul cri, qu'une seule parole, qu'un seul h» mage, qu'un seul sentiment au fond de tous les cœurs pov cette République éclairée , préparée ; grandie , et tielleMil iinîviersalisée qu'elle est partout reconnue , que.
HISTOIRE DE LÀ RÉVOLUTION DE i8&8. 375
Ta dit depuis longtemps dans de nobles paroles : la Républi* que est comme le soleil , aveugle qui ne la verrait pas ! » Un dei^nier cri àevive la République! éclata encore à ces paroles, puis l'Assemblée se sépara. Cette belle journée, qu'on avait vainement tenté de troubler par des craintes et des menaces chimériques \ s*écoula dans^ la joie et dans l'espérance d'un grand avenir.
Les trois jours suivants furent consacrés à la vérification des pouvoirs. L'élection contestée de M. l'abbé Fay et, évéqué d'Orléans, montra les abus def l'influence cléricale dans toute leur immoralité. Refus d'absolution dans le confessionnal, re* commandation d'un candidat dans la chaire évangélique, bulletins falsifiés distribués aux paysans qui ne savaient pas lire, aumtoes politiques,* tels étaient les moyens employés par les curés et les desservants des campagnes pour obtenir des voix à leurs supérieurs ecclésiastiques. L'Assemblée, cependant, ne cassa pas l'élection et se borna à ordonner l'enquête. Elle se montra plus sévère relativement à l'élection , dans le département de la Seine, d'un nommé Schmit, ancien maître des requêtes, ancien chef de division au ministère des cultes, auteur d'un Catéchisme des ouvriers , qui avait profité de l'erreur de beaucoup de prolétaires dont le suffrage s'adressait à un ouvrier cordonnier portant également le nom de Schmit. Interrogé dans le bureau chargé de la vérîfica-» tion de ses pouvoirs, Schmit dit qu'il n'avait pas été ouvrier et fut obligé d'avouer qu'il avait à dessein laissé subsister ré(iuivoque. Son élection fut annulée.
La vérification des pouvoirs terminée, l'Assemblée nomma son président et son bureau. La nomination de M. Bûchez a
' l.e procureur de la République, M. Landrin , avait averti le gouverne- Rien i que les clubs tramaient quelque cèmplot, et il avait demandé qiutrt mandats d^ameuer contre If. Blanqui et lésaient; mais 1« govveriiMioBia*! rrrusa. M. de Lamoricière, le matin même de l*ouvertare de rAaaeiiibléef avait été demander au ministre de la guerre deprendre éti)ÊÊiiât^ iit^At sa propre défense. ''**'[ ■*^ *
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376 IllSTUlKE DE LA KËVULUTION DE 1849.
la présidence ; celles de MM. Recurl, Gavaignac, Gorbon, Guinard , Gormenîn et Sénard en qualité de vice-présidents, marquèrent la victoire de la mairie de Paris sur le minisAëre de l'intérieur; l'ascendant du National et de Tul^eZter l'emportait déGnitivement sur l'influence de la Réforme^
Les jours suivants , les membres dû gouvernement montèrent, l'un après l'autre, à la tribune pour y lire un compte rendu circonstancié de leur administration. M. de Lamartine, au nom de M. Dupont (de l'Eure), avait commencé par un tableau général des actes accomplis et de la poli tique suivie par le Gouvernement provisoire. Ecouté avec une faveur extrême, il fut couvert d'applaudissements , lorsqu'en terminant son tableau , il fit, d'une voix solennelle, cette belle invocation: < Puisse seulement l'histoire de notre chère Patrie inscrire avec indulgence, au-dessous, et bien loin des grandes choses faites par la France, le récit de ces trois, mois passés sur k vide, entre une monarchie écroulée et une République à asseoir ; puisse* t-elle, au lieu des noms obscurs et oubliés des hommes qui se sont dévoués au salul commun , inscrire i dans ses pages deux noms seulement : le nom du Peuple qui a tout sauvé, et le nom de Dieu qui a tout béni sur les fondements de la République. »
Après M. de Lamartine, M. Ledru-Rollin fut le plus applaudi de tous les membres du gouvernement ; mais ce n'était 1 là qu'une démonstration très trompeuse et qui ne cacha pi$ longtemps les véritables dispositions de l'Assemblée à sai| égard.
Une partie des hommes qui avaient formé la majorité dnl conseil, tous ceux qui appartenaient à ce qu'on appelait ata la politique du National, voulaient à tout prix exduR M. Ledru-Rollin de la formation d'un nouveau pouvoir eit| cutif. A mesure que les représentants, déjà très médit favorables à l'auteur des circulaires, arrivaient à Paris, on travaillait dans ce sens et on les gagnait à l'idée que le mier acte de l'Assemblée devait être une désapprtbal
HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION DE i8A». 377
manifeste de la politique de M. Ledru-AoUin. Des eflbrts inouis furent tentés auprès de M. de Lamartine afin de le d^ cider à entrer dans les vues du National; tnaisil demeura inébranlable ; rien ne put le décider à abandonner M. Ledru^ Rollin. Non seulement, depuis le 16 avril, il se considérait comme engagé d'honneur à le soutenir,.comme<il en avait été soutenu, mais encore il croyait^ beaucoup plus que personne, à la puissance de l'idée révolutionnaire, et it estimait souverainement impolitique de repousser du gouvernement l'homme en qui se personnifiait alors Ja révolution.
La combinaison du National fut proposée , le 9 mai , & l'assentiment de l'Assemblée, par MM. Jean Reynaud^ Trélat et Bornés. Voici le texte de cette proposition : « L'Assemblée nationale constituante reçoit le dépôt ^s pouvoirs extra«rdinsÂres ccMiférés au Gouvernement provisoire, constitué le 24 février dernier; elle déclare que ce gouvernement, par fa grandeur des services qu'il a rendus , a bien mérité de la Patrie. •
y> L'Assemblée nationale constituante étant investie de la souveraineté populaire dans sa plénitude, le Gouvernement provisoire, né de la révolution de Février, cesse d^exister.
D La souveraineté de l'Assemblée devant s'exercer par dé* légation jusqu'à la mise en vigueur de la Constitution qui va être décrétée par elle, elle confie le pouvoir exécutif à une commission executive composée de cinq membres. »
Après quelques débats^ la proposition fut adoptée, et l'on procéda à la nomination des cinq membres de la Commission executive, chargée d'exercer le pouvoir jusqu'à l'établisse^ ment définitif- de la Constitution .
MM. Arago, Marie et Garnier-Pagès furent nommés sans contestation. Le nom de M. Ledru-RoUin, repoussé à une grande majorité dans les bureaux, pa3sa à une faible majorité au scrutin public et à une majorité un peu plus forte au scrutin secret, uniquement sur la déclaration formelle de M. de Lamartine que, si l'Assemblée persistait dans cette exclusion,
87$ HISTOiEE DIL LA RÉVOLLTIOM D£ 184».
il ne consentirait pas à faire partie de la Commissîon eiéentive. Cette déciaratioa excita un très vif méconteatemeat, et L* Assemblée, qui n'osa passer outre, en témoigna du moins son déplaisir en donnant i M. de Lamartine moins de voii qa*À ses trois collègues.
Le résultat du scrutin secret donna : 725 voix i M. Arago; iM. Gamier-Pagès, 705; à M. Marie, 702; à M. de Lamartine, 6A5 ; et à M. Ledru-RoUin, &58, Ms Pagnerre fut nommé secrétaire de la Commission executive.
A rissue de ce vote, MM. Louis Blanc et Albert sedanirent de leurs fonctions de président et de vice>président de la commission des travailleurs.
La seconde partie de la proposition Dômes, qui dédarait que le Gouvernement provisoire avait bien mérité de la Ptttrie^ fut l'objet d'une courte discussion soulevée par M. Bvbès, qui protesta au nom du peuple contre une foule d'acfa faite par le gouvernement , et qui demanda compte des maisacres commis à Rouerie deTabandon des Polonais, des Beiges, des Italiens et des Allemands.
Pour toute réponse aces accusations, M. Grémieux annonça qu'une enquête était ouverte sur les événements de Roueo, etTAs/emblée vota à l'unanimité^ moins trois ou quatre vdi, que le Gouvernement provisoire avait bien mérité de la Patrie.
Ainsi fut close la période purement révolutionnaire du goovernerneni républicain. La royauté abolie, le principe deh souveraineté du peuple, non plus seulement reconnu dam le droit abstrait, mais pratiqué sans opposition ; une démocratie de trente-six millions d'hommes fondée ; la paix maintenue;li liberté respectée; c'étaient là les œuvres signalées, accomplies depuis le 24 février par un gouvernement né d'une insurrection, soutenu presque uniquement par l'amour elle dévoue' ment^ des classes populaires.
L'Assemblée, issue du suffrage universel, allait avoir àJw^ tifier, à développer, à constituer enfin cette c&uvre immense* La France et l'Europe avaient les yeux sur elle'; MS défi*
raSTOIRE DE LÀ RÉVOLUTION DE tM8. 379
fiions souveraines seraient, pour toute une génération ë^hommes peut-^tre , le sceau de la paix ou le signal de U guerre; Taccomplissement ou le déchaînement de la plus grande l^volulion des temps modernes.
Le Gouvernement provisoire avait-il, en effet, bien mérite de la Patrie?
Au moment où 1* Assemblée nationale prononçait cette parole solennelle sur les hommes qui venaient abdiquer dans son sein le pouvoir révolutionnaire, et leur décernait ainsi la couronne civique, une seule voix s'éleva pour protester : c'était la voix de Barbés.
Depuis lors, les choses ont bien changé. Les pai*tis vaincus, déconcertés et réduits au silence par la grandeur des événements, ont retrouvé dans un retour inespéré de fortune, avec la parole hautaine , Tesprit d'infatuation et d'injustice. Ce qui pour eux fut un objet d'étonnement et d'admiration est devenu un sujet de scandale. La calomnie succède à l'hyperbole«. De ces lèvres pâlies qui balbutiaient naguère l'enthousiasme, on n'entend plus sortir que les accents raffermis de la haii^e et de la vengeance. A les croire , le gouvernement révolutionnaire a excédé tous ses droits ; il a failli à tous ses devoirs; la patrie et l'histoire ne doivent à ses forfaits % à défaut d'un oubli impossible, que la flétrissure et l'anathëme.
Si le lecteur a daigné accorder quelque confiance au récit gu'il vient de lire ; s'il a cherché avec moi à pénétrer les seniimenjls des hommes sur lesquels on voudrait faire peser à cette heure une condamnation aussi rigoureuse , je doute qu'il la ratifie. La simple narration des événements^ aussi fidèle qu'il m'a été possible de la faire d'après des témoignages QiNmbreuX', scrupuleusement confrontés , en sacrifiant à ma
> Eipressioo des journaui royalistes.
380 fUSTOlRE DE LA RÉVOLUTION BE iMS.
conscience d'historien mes prédilections , mes antipathies et jusqu'à Tesjpoir du succès ; cette seule exposition des faits que je n'ai porint fardée , suffirait, à mon sens , pour établir une opinion très différente de celle qui prévaut' aujourd'hui. Je crois utile cependant d'ajouter ici quelques réflexions générales, afin de résumer l'opinion qui me paraît devoir s'élevar un jour au-dessus des clameurs de l'esprit de parti ; mon but principal, en entreprenant la tâche ingrate de i^etracer des événements accomplis à peine, dont l'issue reste douteuse et dont les conséquences nous échappent, ayant été, non pas d'accommoder ces événements au gré de mes convictions et de faire connaître au public mes espérances, ibais de tnûismettre à ceux qui viendront après nous le sentiment vrai des contemporains, de ceux-là du moins dont la raison a dominé les passions et dont la voix équitable et sincère a m&ité d'étï-e récueillie.
En vertu de quel droit le Gouvernement provisoire t-t-fl gouverné la France pendant l'espace de temps qui s'est écoulé du 24 février* au 4 mai 1848?
La négation de ce droit est le point de départ des accusations qui se sont élevées, après que les onze hommes investis du pouvoir par Tinsurrection eu eurent été dépossédés par l'Assemblée.' Ce droit, il en faut convenir, n'est écrit nulle ptfrt; il n'a jamais été formulé dans un article de loi; on ne le rencontre dans aucune charte.
Le nier néanmoins, c'est, selon moi, nier quelque chose de plus évident et de plus légitime que toutes les lois écrites; c'est nier le droit, le besoin suprême, inhérent à tout ce qui respire, de résister à la dissolution par tous les moyens que suscite rinslinct conservateur de la vie.
L'instinct social de la population parisienne, en prononçant le nom des onze hommes qu'elle chargea de la guider pendant le déchaînement d'une tempête formidable, leur transmettait ce droit naturel et leur imposait le devoir de l'exercer en vue du salut commun.
HISTOIRE DE LA RËVOIAîTION DE 18i^8. S8i
Si Ton remonle dans Thistoire à l'origine des souverainetés les mieux établies, à partir de la souveraineté élémentaire des chefs de hordes nomades jusqu'à celle des dynasties royales et aux souverainetés compliquées des gouvernements constitutionnels , il est douteux qu'on en découvre une seule qui ait été conférée ou subie à un autre titre. Le consentement universel n'a jamais pu être que supposé et déduit de l'acclamation d'un grand nombre.
Mais cette légitimité d'origine, admise pour le Gouverne^ ment provisoire, quelle était la nature et jusqu'où s'étendait la limite de sesr pouvoirs? C'était là une question d'une nature plus grave encore, et qui devait donner lieu à des accusations nouvelles. Le gouvernement lui-même se partagea sur ce point; il se forma dans le conseil iine majorité et une minorité ; il s'y produisit spontanément comme deux consciences poUtiqdes. Selon la minorité, les pouvoirs du gouvernement, par cela seul qu'ils étaient révolutionnaires, étaient absolus, illimités, constituants; on ne devait Jes abdiquer qu'après avoir complètement organisé les forces et institué les principes révolutionnaires dans l'État. Selon la majorité, le gouverpement d'urgence sorti de l'insurrection avait pour tâche uniquenient d'aider la nation à se donner un pouvoir légal, et, en attendant qu'il fût formé, d'administrer la chose publique, sans s'immiscer dans la législation, sans rien préjuger, sans anticiper en aucune manière sur les décisions de l'Assemblée nationale, pas même par la proclamation de la République.
Dans l'un comme dans l'autre de ces jugements, je trouve quelque chose de trop absolu.
Après trente années de règne constitutionnel, dans un temps et dans un pays où les mo&urs ne permettaient pas les violences systématiques, la dictature exercée par .onze hommes aussi divisés entre eux que Tétaient les diOérentes classes de la nation. entre elles, c'était une coDception diioiérifw. L'administration pure et simple des affidrd
3i2 HISTOIRE DE LA REVOLUTION DE 1848.
d'arbitrage, de justice de paix sans initiative, en ékdlone autre non moins absiuxle, dans un jnoment où le besoin d*agir, de se répandre, de s'organiser ,* poussait chaque jour des masses immenses de prolétaires armés sur la place puUiqoe, et où la soif des nouveautés s*<était emparée des imaginatioQS, de telle sorte qu'il fallait se hâter de la satisfaire, sous peine
de la voir dégénérer en fureur. La raison d*£tat commandiit, en des circonstances si compliquées et si graves, d'abréger la durée d'un pouvoir né fortuitement d'uae nécessité temporaire; mais elle commandait également d'ouvrir au plus vite de larges issues à l'esprit révolutionnaire qui, d^iuis 1789, n'a jamais reculé en France que pour revenir à h charge avec une intensité redoublée, et de lui donner toutes les satisfactions que ne repoussait pas la .conscience, publh que.
C'était là une question d'appréciation infiniment délicite. n aurait fallu aux hommes du ^uvemement provisoire m don. singulier d'intuition pour reconnaître, <lQ;n8 la multitode des exigences, des vœux, des avis dont ils se voyaient assaillis à toute heure,, les idées susceptibles d'être formulées a lois, autrement dit, les idées qui trouvaient dans les moeurs cette préparation suffisante, laquelle est 'aux créations de la science sociale ce qu'un certain état de l'atmosphère est iox créations de la nature physique. Il aurait fallu que, dans ce conflit tumultueux des passions déchaînées, ils entendissent distinctement, pour lui obéir, la voix du peuple^ qui, sekii l'antique et mystérieux axiome, est Toracle souveraiiT, la voix même de Dieu.
Nous touchons ici au point essentiel de notre examen.
Que doit-on entendre par celle voix du peuple ou delHeu^ que la révolution venait de donner pour fondement an dit* politique, en instituant le suffrage universel ? •
Pas autre chose que l'instinct commun à tous les êtres ot' ganisés, depuis le plus infime animal jusqu'aux sociétés te plus parfaites, de retenir ou d'accroître en eux la vie eh r^
HISTOIRE m Lk RÉVOLUTION DE 1846. 383
poussant ce qui nuit, en s'assimilant ce qui convient à leur nature. ^
C'est par ce travail organique que les êtres s'individualisent , que les kidividus forment des races , que les races se conservent et se perfectionnent. Quand ce travail s'alanguit et s'arrête, l'individu ou la race décroît et meurt.
Mais ce qui reste chez les races inférieures à l'état de pur instinct, se combiné chez l'homme avec la réflexion et prend un caractère supérieur : Yinstinct devient le génie^
Tous les gouvernements que les peuples se sont donnés , ont eu pour mission de représenter cette action commune de la raison combinée avec l'instinct, et d'exprimer ainsi le gé* nie national aux différentes phases de son développement historique.
Ils ont été légitimes et forts tant qu'ils ont écouté l'instinct confus et général des masses ; tant qu'ils l'ont défini, particularisé suivant les temps^ et prpnoncé dans les lois. Ib ont été brisés, expulsés par les révolutions, quand, devenant sourds à la voix du peuple , ils ont opposé une volonté personnelle , isolée et conséquemment usurpatrice au génie national.
Les exemples en sont frappants dans notre propre histoire^ L'instinct social a trouvé chez nous sa première expression dans la possession du territoire. L'idée de patrie s'est attachée au sol conquis et possédé exclusivement par la noblesse guerrière : la royauté féodale a été le gouvernement naturel et légitime de ce premier état.
La propriété héréditaire du sol, exempte de travail, défendue par les armes, c'est l'institution primitive et génératrice de la société française. La voix de Dieu parlait alors exclusivement par la bouche du seigneur, de son chef, le roi, et par celle de leur consécrateur à tous deux : le prêtre.
Mais peu à peu , le travail et l'industrie , concentrés aiûc mains des bourgeois et des manants, créa des richesses considérables. A côté de la propriété foncière, s'élevm Ia pro-
38& HISTOIRE DR LA RÉVOIITION DE IMS.
priété (les capitaux mobiliers. Les commanes se rachetèrent de la domination des seigneurs. Une longue lutte s'ejigagea pendant laquelle Tinstinct social de la bourgeoisie, de plus en plus énergique, arriva à se connaître lui-même et devint capable de gouvernement. En 1789, il se sentit assez fort pour briser, pour expulser les derniers restes de la féoda- Uté.
La voix de Dieu parla par la bouche du tiers-état. Le droit du travail fut glorieusement institué dans les lois sur les ruines du droit de conquête. >
Le gouvernement constitutionnel correspondait exactement i ce droit nouveau de la richesse acquise par le travail; mais ce droit se montra jaloux , exclusif , comme l'avait été le droit de possession par la conquête; la bourgeoisie n'eut en vue qu'elle seule. Elle fit conspirer toutes les lois à un but égoïste : « La défense du riche contre le pauvre ^ de celui f«t possède quelque chose contre celui qui n'a rien*^* Elle marqua nettement son règne par l'établissement du cens qui traçait avec un cynisme insolent les limites du pays légal et créait pour les enrichis l'aristocratie de la patrie.
Dès ce moment , une scission nouvelle s'opéra au sein de l'unité bourgeoise. Le travail industriel tombé rapidement, par un concours de circonstances imprévues, dtfns un état de misère qui l'excluait non seulement de toute partieipationih vie politique , mais encore de tout espoir d'y arriver, forma une classe, un ordre nouveau. Vhéridité de la misère jçonstitua le prolétariat .
Enfermé dans un cercle fatal, refoulé, comprimé, Tinstinct social du prolétariat fit un elTort prodigieux; il éclata en plaintes, en reproches; il réclama son droit par les armes. La bourgeoisie demeura sourde ou insensible. La royauté constitutionnelle refusa d'écouter le vœu du prolétariat ; db refusa même d^indiquer par l'abaissement du cens que peutêtre elle l'écouterait un jour.
. * Adam Smith, liv. Vetl.
iiisToiHi: i)i: L\ UKvuLi iia\ dk m^. asô
lie liil le signal de la révolution. L'instinct social encore confus et vague, au sein du prolétariat, la voix du peuple^ la voix de DieUy se choisit un gouvernement qui devait être son expression rationnelle : la République fut proclamée.
Le Gouvernement provisoire a bien mérité de la Patrie parce qu'il a été animé tout entier du désir sincère de se conformer à la volonté nationale ; parce qu'il s'est dévoué à cette tâche, sans arrière-pensée ; parce que, enfin, si quelques uns de ses actes politiques ont été contre son but, tous portent l'empreinte d'un respect profond pour la dignité humaine que la révolution venait relever de son dernier abaissement.
Les diflicultés immenses devant lesquelles le Gouvernement provisoire a vu échouer sa bonne volonté, et qui appellent toute l'indulgence de l'histoire, tenaient à une complication qui n'a pas été assez remarquée.
Le mouvement qui se produisait dans le prolétariat et ([u'il fallait seconder, se manifestait par un phénomène complexe et jusqu'à un certain point contradictoire. Au plus profond des masses , un essor général , une tendance organisatrice , aspirait à procurer à tous ce que la bourgeoisie avait conquis pour elle seule : la liberté et V égalité. Sous le nom de socialisme qu'on lui donna après la révolution de février, cette tendance voulait se frayer les mêmes voies légitimes par lesquelles la bourgeoisie est arrivée à l'émancipation : l'éducation qui donne la propriété intellectuelle; le travail qui donne la propriété matérielle. Le socialisme demandait que l'Etat instituât Téducation nationale égale pour tous ; il voulait rendre la condition du travail directement productif, qui est le travail du prolétaire, égale à celle du travail indirect de la spéculation capitaliste, qui est le travail de la bourgeoisie. Il voulait, en un mot, rendre la relation du capital et du travail concourant ensemble à la richesse publique, plus équitable, et telle qu'il n'en dût pas fatalement résulter cette hérédité de la miWre, dont j'u jW!||^i.JimVfMlAMf^'^
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réiul de classe, le prolétariat, eu l'excluant, sinon eu droit, du moins eu fait, de tous les bienfaits de la vie sociale.
Le mouvenieut du prolétariat socialiste n^était donc, au fond, que Taflirniation, la consécration nouvelle, par l'extension à tous , des princii)es et des droits de liber ié et de proprie' té y sur les(|uels repose la société européenne •
Mais cette tendance générale organisatrice était comhattue par un mouvement accidentel, particulier, purement négatif qui, sous le nom de communisme-inatérialiête^ niait complètement ce que le socialisme voulait étendre et transformer: le principe do la liberté individuelle, ou la personnalité, et la notion de propriété qui en est, dans les sociétés modernes, le signe et le gage.
Cette opération élémentaire de l'esprit humain qui con»ste ù opposer la négation à l'exagération d'un principe , se bit généralement dans les cerveaux étroits où naissent les passions aveugles. 11 en arriva ainsi au communisme matérialiste. Plus aisément formulé que le socialisme , il adopta connue mode de réalisation de son principe très simple, le procédé également très simple et très logique du terrorisme, et passionna un petit nombre d'hommes dont le fanatisme fut d'autant plus grand que leurs vues étaient plus bornées. Sans adopter ni rejeter les doctrines des communistes, le prolétaire, voyant eu eux les défenseurs les plus intrépides de sa cause, les laissa dire et faire. La bourgeoisie peu disposée, au plus fort de l'orage, a examiner de sang-froid des théories, à distinguer le juste de l'injuste, le vrai du faux, dans un mou* vement révolutionnaire qui détruisait sa sécurité et menaçait sou règne, confondit, dans une même réprobation, le socialisme et le communisme ; elle engagea la lutte ; une lutte sao? issue, à outrance, où ses victoires mêmes ne servent qu'à lui montrer plus manifestement les foi-ces indestructibles qu'elle voudrait anéantir.
Le Gouvernement provisoire, où le socialisme avait pénétré, essaya bien de le séparer du communisme et de lui faire si
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place par les conférences du Luxenilx)urg , par quelques mesures financières, par quelques projets de loi sur Tinstruetion publique, et marqua à cet égard des intentions sérieuses. Mais les exigences extrêmes d'un côté, les frayeurs outrées de l'autre, les heures et les jours emportés dans un tourbillon d'une rapidité inouïe, l'impréMi de tous les instants, la perplexité deà meilleurs esprits, Thésitation des consciences les plus fermes, paralysèrent sa bonne volonté. Après deux mois d'angoisses sans égales, il résignale pouvoir comme il Tavait pris, avec la simplicité d'un patriotisme sincère. Mais, comme nous l'avons vu , il laissa toutes choses indécises et la nation en proie au plus grand trouble moral où on l'ait peut-être jamais vue. Qui ne l'absoudrait cependant; qui oserait se montrer plus sévère envers lui que ne le fut l'Assemblée nationale, en constatant qu'après trois années de luttes et de péripéties les plus extraordinaires, la situation reste au fond {Mireille, si ce n'est empîrée?
Communisme ou terrorisme^ c'est encore à cette heure le mot d'une lutte dont on ne sait pas conjurer la menace. Socialisme ou démocratiey c'est le mot incompris de l'organisation et de la paix indéfiniment ajournées. Aussi longtemps que la bourgeoisie confondra le communisme et le socialisme, et combattra l'un avec l'autre, au lieu de combattre l'un par l'autre, la société sera livrée à l'action et à la réaction perpétuelles de l'état révolutionnaire.
Le jour où la bourgeoisie comprendra que l'aspiration du prolétariat est légitime et qu'il lui faut donner satisfaction par la réforme des institutions sociales, le communisme et le terrorisme auront cessé d'exister. On ne saurait trop le répéter, le communisme n*a qu*une valeur accidentelle et toute négative dans Tétat social au xix* siècle, particulièrement clans l'état de la société française. Non seulement la conception sur laquelle il repose est anti-scientifique et radicalement opposée au mouvement delà civilisation moderne , maisencore il est plus spécialement anti-françaisi
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L'hypothèse d'uii état commuuisle, admissible à la rigueur pour quelques peuples de TEurope orientale, n'est pas souteiiable quand on l'applique aux nations de race latine où le sentiment de la personnalité, et conséquemment de la propriété, est arrivé à son plus haut degré de puissance. Dans la conception française de l'idée de propriété, on sent encore la consécration religieuse de son origine romaine *. Le prolétariat communiste lui-même, qui nie la propriété et la personnalité, par cela seul qu'il désespère d'y atteindre, le jour où il saisirait le pouvoir, se sentirait frappé d'impuissance et vaincu par le génie de la nation '.
Aux yeux, du philosophe, le problème reste aujourd'hai, après une douloui'euse expérience de trois années, posé exactement dans les mêmes termes où le posa la voix du peuple en proclamant le 2i février 18118 la République démocratique et sociale.
Quels que soient désormais les accidents prochains ou lointains de la crise dans laquelle la France est engagée; quelsque soient le nom et la forme des gouvernements qui se succéderont, ils n'auront pas d'autre sens, pas d'autre caractère, pas d'autre mission que celle qui fut donnée au Gouvernement provisoire. Ils seront brisés, expulsés, s'ils n'expriment pas le génie national, la voix de Dieu au xix* siècle ; Le prolétariat imliiuanl la démocratie.
> On sait que sous le règne de Noma les arpciUcurs étaient prêtres. Nama fut rinvcnteiir d'une liturgie pour les opérations cadastrales, et institua des formules de consécration pour la plantation des bornes.
2 La répulsion profonde du peuple pour les deux fonnes de Pidde communisl^ qu'il voit réalisées, Thospicc et la fosse commune, serait, à défaut d'autres raisons plus scientitiques, un signe manifeste de son sentiment énergique de personnalité et de propriété. Un gouvernement qui assurerait au cadavre du pauvre la propriété de six pieds de terrain dans un cimetière serait le gouvernement le plus populaire qu'on ait jamais vu.