MINISTÈRE DE LA GUERRE ET DE LA MARINE. — M. ARAGO
— LE GlÊNÉRAL CAVAIGNAC
Le Gouvernement provisoire ne voulait pas la guerre extérieure. Cependant il pfenait très à cœur l'état de l'armée , parce que , prévoyant à l'intérieuf de grands troubles , il sentait la.nêcessité d'opposer aux faéti'ons une force régulière. A cet égard , celui des ministres qui passait pour le plus révolutionnaire se montrait le plus résolu. M. Ledru-KoUin, dè^ sa première entrevue , le 25 février' au soir , avec le général Bedeau, s'était formellement engagé à le soutenir dans toutes les rneçures nécessiSres pour rétablir la discipline et relever l'amour-propre humilié du sofdat. Le général avait obtenu sur l'heure que^ tous leS colonels resteraient àk tète de leurs régiments, et qu'aucune dénonciation des inférieurs contre les supérieurs ne serait écoutée. Il avait pu s'assurer par cet entretien qiie la rentrée des troupes dans Paris était aussi vivement désirée par le ministre de l'intérieur, dans l'intérêt de la République , qu'il la pouvait souhaiter lui-même à son point de vue purement militaire.
La pensée d'un grand désarmetnetit ne se présenta point à l'esprit du (jôuvèrnement provisoire. Cetle pensée, émanée des écoles socialistes , et soutenue avec beaucoup de force avant la fin du règne de Louis-Philippe par le journal la Presse, avait trouvé très peu d'écho dans le parti républicain proprement dit. La rédaction du National, dont l'esprit influa sensiblement sur la conduite des affaires pendant toute la durée du Gouverneniient provisoire, avait toujours affecté, jusque dans la question si impopulaire des fortifications de Paris , les allures les plus belliqueuses. Quant à l'opinion
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publique , bien que favorable a la paix , elle n'aurait pas vu sans déplaisir le licenciement d*une partie des troupes. Toot le monde réclamait des économies, mais personne n*osait se dire, tant la coutume remporte chet nous sur le besoin d'ionover, que la seule modification considérable dans TensemUe de notre économie sociale serait la réduction du chiffre affecté à l'armée. Une initiative aussi hardie ne pouvait s'attendre d'un pouvoir aussi peu d'accord avec lui-même que le Gouvernement provisoire. Aussi pe fut-elle -pas mise eo délibération. M. Ledru-RoBin suivait, en cela comme en toute autre chose, la tradition, révolutionnaire; M. Louis BJanc s'absorbait dans sa tâche spéciale; M. de Lamartine avait hâte d'accentuer par le son belliqueux du clairon et du tambour sur nos frontières le langage un peu vague de soù manifeste. '
Tout le souci du gouvernement fut donc de remettre aux moins d'un homme bien à lui le soin de constituer la force publique. Nous avons vu que l'embarras n'avak -pas étét médiocre de trouver sur le champ un ministre de la guerre républicain et de le faire agréer par les officiers supérieurs àe l'armée. A peine le général Subei-vie était-il entré en fonctions, qu'il s'était vu en butte aux hostilités delà commissiên de défend. Cette commission, composée des officiers les pke distingués de chaque arme , des généraux Oudinot^ Pelet, Pailhoux, Vaillant, Bedeau, Lamoricière; de. l'intendaDt militaire Depiée ; du chef de bataillon Charras, affecta d'abord de délibérer en l'absence du ministre et d'a^dresser directement ses rapports au conseil. Puis elle engagea l'attaque dans le National, On reprocha au général Subervie son inertie et les influences fâcheuses qu'il subissait. Peu versé dans les intrigues de la politique, le général se défendit loyalement, mais faiblement, contre des adversaires impatients de réconduire ; et l)ientôt , dans uine séance du Gouvernement provisoire à laquelle n'assistaient ni M. de Lamartine, ni MM. Lcdni-Rollin et Louis Blanc, il fut brusquement destitué.
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Dans la même séance le général fiiigèoe Cavaign«c fut nommé ministre de la guerre.'
Celte élévation subite d'an officier assez peu connu sur{)rit beaucoup. Le nom du général Càvaignac'qui devait, à quatre mbis de là, retentir avec qn si grand éckt paf toilte^ l'Europe, avait été, rarement prononcé dans la presse et n'attirait pas l'attention 1. Sa personne, Qiéme 4ans le parti répuUicain, était moins èonnùe cpiesa parenté; et, soit faute d'^asions, soit aWnca de don' nati/rel , 'Eugène Cavaignac , tout en s^étant feit généralement estimer dans Tarméepar là noblesse de son caralctère et la parfaite dignité de sa vie, n'avait su inspirer ni une sympathie très vive aux ofificiers, ni Tenthopsiasme aux soldats ^tii s'étaient trouvés sous ses ordres. Originaire d*une ancienne fannlle du Rouergue anoblie par Henri IV^ le général Eugène Gavaignac , second fils de Jean*- Bapti$tè Gavaignac, député à la GonVerttion, est né à Paris, le 1 5 octobre ISOi. Après de ^Cimes études au collège Sainte- Barbe, il fut admis à l'Ecole i)oIy^échni^ue , d'où il passa d l'école d'appHcation de Metz, comme s0U»-lieutenant Ju génie. En 1828, il fit la càknpagne de Moréè et devfnt capitaine en 1829. A son retour il fut envoyé à Metz. Là, l'esprit républicain quMl avait Ivérité de sou père lui valyt une disgrâce momentanée. Pour avoir signé un^ projet d'association qui fut considéré cohmle un acte d'opposition au gouvernement, on le mit en hon-activité pendant une année. Rappelé au service, il cornmànda en 1856, en Algérie, là garnison de TIemccn. Celte garnison très faible, isolée au milieu des tribus kabyles, dénuée de tout , , dut sa conservation au rare talent d'organi^ition , à l'activité, à la constance, i l'infatigable dévbuemeiit de Gavaignac. Gependant, au lieu d^ùne l'écompence dgnâlép à laquelle it avait droit, il reçut à la fin de la campagne sa nomination au grade de chef de bataillon des Zouaves qui le plaçait sous les ordres^du lieutenant-coloïtv\ Lanioricière. Gette mortification lui parut insupportable
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et, dans un premier mouyeuienl de dépit, il demo^ida sa mise en nori-aclivité temporaire * et rentra ea France,
Eu 1839, comme il se trouvait à Perpignaa au moment où Sf . le duc d*Orléans y passait, le prince «ut çonnùss^ce de cette situation qui pour être régulière n*en était pas moins défavorable à Tavancement. Tenté par Vidée de protéger un nom républicain, le du(ç d^OrléaAS obtint du ministre de la guerre que Cavaignac fût immédiatemient employé Qomnie chef de corps. On lui dpnna, en effet,- le çonimaiidement d'un des trois bataillons de chasseurs à pie^ connus en Afrique sous le sobriquet de Zéphyrs et composés entièrement de soldats qui pour des fautes graves contre la discipline ont passé devant des .conseils dé guerre. Dans ce nouveau poste, Cavaignac, forcé de sé\ir fréquemment contre des hommes difficiles à conduire, contracta des hahît^df»^ de rigueur et un^. certaine dureté dç langage ^ont il qe sut plus se défaire, et qui nuisirent singulièrement à sa popula.dlé. Peu de temps après il fut non^imélieulenant-cplonel des Zouaves. Venu en congé à Pari^ vers le mjlieu de Tunilée 18A0, il se vit de la part du duc d'Orléans, et bien qu'il n'eût f^s voulu se présenter aux Tuileries, l'objet d'une constate bienveillance et reçut pendant son congé même le brevet de colonel. A partir de cette époque, le général Ciavaignac pe ^uitt^plus l'Algérie qu'à de rares et courts intervalles. I^e désir de rendre des soins à sa mère qui vivait fort retirée depuis Ja mort de ses deux autres enfants, l'attirait seul. à; Paris. Madame Cavaignac chérissait son fils et recevait de lui tous les respects de la piété antique. C'était à cause d'elle et par son entremise ^iniquement qu'il entretenait des rapports avec le parti républicain, n'ayant perspmiellement aucqn goût ni pour le journalisme, ni pour la vie parlcm.entaire. À son dernier voyage, en 1847, H indisposa même fortement
* La mise eu non-activité toiuporaire:pour cause d'infirmUés mom§ntaMses constitue dans Tarmée une situation régulière qui peut se prolonger trois ans.
lilSTUiRE DE LA KÉVOLiiTlON ^E 19iii«. 91
quelques uns des. principaux, rédacteurs du JV^Uioiro/ en repoussant l'offre qu'ils lui faisaient,.au nom du parti républicain; de le rendre éligible. Sa fierté de soldat ne. comprenait pa^ .ces sortes de compromis. politiques. et s'en offensait- Il fondait» d'ailleurs, un médiocre espoir dans cett^ campagne des banquets qu'il yoyait s'ouvrir par \ine .alliance ambiguë aniipathique à s^ droiture, et les difticultés exticèmes qui diaque jour menaçaient l'existence de Isi'Réfùrme. le eonfirmaient dans la pensée que la république comptait 4rop peu de partisans pour ne pas être absolupient impû3sible en France.
Quand la révolution de Février édata, Eugène Çavaignac était macéchal de camp et commandait en Algérie ia subdivision (l.çTlemçen *. Le Gouvernement provisoire Veut garde d'oublier un officier, de ce nop et de ce^ipérite. I^'un de. ses premiers décrets éleva Gavaignacau grade de général de divisioji * çt le nopqima gouverneur-général de l'Aljgérie. C'était dans les circQngtances critiques où l'on se trouvait une marqua de confiance signalée. L'on n'était pas à P^ris sans quelque doute sur la soumission de la colonie.
Un homme d'un talent militaire que d^ brillants succès avaient mis en évidence, le général Changarnier, esprit ambitieux, capable de résolution, commaiids^it jà Algçr, sous 1^ ordres du duc d'Aumale, ^ixante-seize çiille hommes d'ex^cellentes troupes françaises et 8,000 indigènes répartis sur les points importants du territoire. Ces forces, secondées par une escadre que la présence et l'action du prince de Joiuville pouvaient entraîner peut-être à ne pas reconnaître le gouvernement révolutionnaire de Paris, seraient devenues, en faisant appel à tous les. mécontents de la mère-patrie » le
* On raconte qu'en apprenant à Oran la nouvelle de la proclamation de U République, apportée par un ^itâtiineat cçpagçipl, le général CavaignicyéeWa : n La République! c'est h six mois d'ici rentrée à Paris d'Henri V I »
2 Les titres de général de division et de* général de brigade avaient été rétablis par le Gouvernement provisoire, vci « les glorieux, sùïvvtnirs que t'appe^ latent au peuple françe^is et à V armée Iqs- dcfiommcUions données ^ous la Uépublique et V Empire aux officiels généraux. »
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(fucs ageiiis, sans caractère oQiciel, qu*il. chargea d'obsener les (lisposiiioiis des souveraius et T-esprit /}es peuples. Les premiers choix de M. de Laniarline tombèrent sur une personne (le son intimité dont les opinions étaient plus royalistes que républicaines, et sur des républicains de la rédaction du National qui lui furent en quelque sorte «^iinposés {>ar son nouvel entourage. Ceux-ci, abandonnant subitement la politique qu*ils soutenaient depuis quinze années dans li presse, flattèrent le penchant de îi. de Lanuurtine pour l*ailiance anglaise qui fut ouvertement recherchée ; ils ne ccmh battirent point cette antipathie personnelle pour r.âaaigratHii polonaise qui lui tit très impoKtiquement négliger leSt intérêts (le la Pologne ; ils n*éclairèrent point TillusioD qui Uindiniit à faire des avances au roi Frédéric^uiUaume. Enfin-, It nouvelle diplomatie, au heu de donner au m^nifeête l'accent et l'interprétation qui convenaient a la dignité de la Franœ, montra bient(H |e même désir d(* paix et le même empressement dans la recherche des alliances royales que Topiiositipn républicaine avait constanjment reprochés au roi liCmis-Ftûlippe avec une sévérité implacable.
lUSÏomK mi U Hi^VU4A'ilOiN m i968< Wà
Tun el raulFc que des pensées d'obéissaoce et de résignation. Ils qufllèienl sans effort apparent le rôle de prinoes pour parier et agir en citoyens. On vit 4 plusieurs reprises le duc d* Aumale descendre dans Iti cour ^e son palais et coaranuniquer lui-même, sans en rien dissimulei*^ aux soldais et au peuple les revers de sa famille. Il conteo^aitson émotion, re«* primait ayec douceur Tenlbousiasme qu'inspirait sa conduite, et, faisant tair« les "vivats qui s'adressaient a lui, il demandait qu'à son exemple qu ne criai plus que : Vive la Franct ' J Le 3 mars, Içs deu^ frères s'epibarquèrent avec leurs jeunes femmes et leurs enfants à^bord du bateau à vapeur le SoUm et firent voile^^sur. Gibraltar, où ils se proposaient ^'attendre des nouvelles de Paris. Qn dit qu'en, prenant congé de la foule qui raccompagnait en pleurant jusqu'au rivs^, le prince de Joinvrlle, vivement ioucbé de ces témoignages d'affection, s'écria : a Bientôt, mes amis, ^ous aurez k guerre. L'Océan et la M^iterranée se couvriront de yaisseaux ennemis^ Vous verrez alors arrivej* à l'inaprovisie un schooner américain commandé par un j^une homme. Vous entendrez dire que ce jeune homme est le capitaine Joinville, et vous reconnaîtrez s'il est bon Français aux boulets que lancera son petit navire sur les vaisseaux des ennemis de la France, d
Après le départ des princes, le général Changarnier resta seul chargé du commandement jusqu'à l'arrivée du général Cavaignac. La République ne convenait guère à son humeur. Elle venait, d'ailleurs, r:arréier brusquement au moment où il touchait au bat de ses ambitions. Aussi son dépit extrême se trahis$ait-il dans tous ses propos. Une partie de la population s'élant portée à sa demeure pour lui demander de reconnaître la République et d'organiser une garde nationale, il s'y refusa; et, de peur qu'on neâ'armàt malgré lui, il fit secrètement enlever par la troupe les annes dtf dépôt de la
^ Voirai» Documents historiques, k la fin du volume, n** S.
94 IliSTOlliK Df: LA RI^'YOLlTiaN DE 1848.
milice. Quand le général Cavaignar arriva à Alger, le général Changarnier affecta de ne pas se rendre à sa rencontre. Le nouveau gduvemeur-général, en prenant possession desod commandement, adressa aux soldats «t à\à population deux proclamations dans lesquelles), comme, pour expliquer la faveur dont il se voyait Toljjet, il rappelait la ménnoire de son frère : v Soldats, dijmit-il dans la première, le Oouverneinent » provisoire m'a appelé à votre tête. Je ne m'y trompe pas: » si la nation n'avait eu besoin que d'un bomme dévoué, son » gouvernement pouvait presque jeter au hasard piârrhi vous » le bftton de commandement. Le gouvernement a vîDulii » autre chose : il a voulu répondre à la pensée du pays tout » entier. En me désignant, il a voulu honorer, au nom delà » nation, la mémoh*ed'un citoyen vertueux, d'un martyr dé » la liberté. » Dans la seconde, il s'exprimait ainsii : c La » mémoire de mon noble, frère est vivante ptarmi' les grands » citoyens qui m'ont choisi. En me désignant, lis onf voulu »' faire comprendre que la nation entend que le gouveme- » ment de cette colonie soit établi sur des bases âfghes de la » République. » -
On voit-, par ces premières paroles du général Ciavaignac a son entrée dans les fonctions de la vie publiqae, combien il est pénétré de ses souvenirs de famille^ Nous retrouverons perpétuellement dans la suite cette préoccupation honnête, mais un peu étroite peut-ôtre,de l'honneur de son nom attaclié au mot de république ; elle absorbe sa pensée ^t lui imprime une sorte de fixité qui contraste avec l'indécision géntéi?ale de son esprit, que ne gouverne pas toujours une conviction personnellement acquise. Fixité du soldat et du citoyen dans fa- volonté de servir la République ; indécision de l'homme'politique dans l'idée même qu'il doit se former de l'institution républicaine, telle'Cst l'origine principale des contradictions dont là carrière du général Cavaignac nous offrira plus d'un exemple, et
des accusations opposées auxquelles nous le verrons si souvent en butte. Ce point d'honneur de famille qui t'engage à
suivre opiniâtrenient la tradition réVolûtioiftiàire, efsl, d'ailleurs, en lutte constante avec son GaractèreTormé pobrla grandeur, mais où dominent la superstition de Tau torité absolue et le respect aveugre du comrtiandemen t » . Pànis l'hTstoire de nos révolutions, on compterait peu d'hommfes au§si visiblement combattus (jù*il le fui à tous les inbments graves die sa vie politique par ce qu'ion pourrait appeler sa' conâfeieïice (raditionnélle et sa conscience individuelle ; et peut-être n*y êrt eut-il jamais aucun a qui lé sort imposa un rôle aussi peu conforme à sa nature.
Le général Gavaignac était' à peirie arrivé à Alger, que les hésitations de ^son esprit parurent en deux circonstances assez importantes et compromirent singulièrement son autorité. Par «ne inspiration regrettable où se trahit déjà cette étroitesse de Fidée répilÛicaine dont je viens de parler, le rtouvéau gouverneur, ihalgré la réserve particulière que lui commandait le souvenir de ses rapports personnels avec le duc d'Orléans, donna Tordre dé faire enlever de là^place publique la statue dé ce prince. A cette nouvelle, la population s'émeut. On se rassemble en foule autour du piédestal^ on en défend Papproche, et le tumulte prend un caractère assez grave pour que le gén'éral Càvaignàc ôroie devoir céder et
^ Ob raconte de fa première enfonce cfEttgène GaVM|;nac on tcait oà parait datas 4oute sa ntlvetdcette croyance innée cbez lui à la toute-puissance du commandement militaire, dont nous le Verrons plus tard faire Tapplicatiou au gouvernement politique de (a France, tlette'tfbecdofe, bien que puérile, me semble assex caractéristique pour que Je k rapporte ici. Le lecteur en Jii géra : tlo des oncles d'Eugène Gavaignac lui avait donné pour le jour dé sa fête (il comptait alors cinq ou six ans) un petit sabre de dragon. L'enfant tout fier et tout ravi se mit à courir par le lardîo en brandissant contre ibot 'eequMirencontrait^ar son chemin ucte arme qu'il supposait fçrt redoutable. Oiseaux, papillons, insectes, arbustes,, il menaçait tojat, il poursuivait tout ; enfin,arriyé.à rextrémité/lu jardin, au bord d'un bassin d'oi s^'échappait une e^u courante, il prit gravement à tÀche d'arfètér le cours de l*eaa en ie tranchant du fil de son sabre. On le trouva au bout d'un quart d'heure encore très appliqué à sod entreprise ^t s'écriant avec une énergie de cotnmandement que l'insuccès n'avait pas découragée : « Eau ! je te défends de couler ! .. Eau je te défends de couler ! ... »
% lIlSTDIIiK l>K I.A UKVULLTIO.N U>: 1848.
fusse uiHioncer au pcuitle que la statue jJu duc d*Urlcaiiis i*esteraen place. A quelque temps de U, H donne de son indéçisiou une preuve nouvelle et plus fâcheuse encore. Une partie de la population vient le chercher pour assister i la plantation d*un arbre de la liberté qu'on avait couronné d*un bonnet phrygien. Le général Cavaignac ne fait aucune difficulté de présider officiellement à la cérémonie, en présencei de toute la troupe et des autorités constituée^. Mais, le lendenEiain, une autre partie de la population, ayant pris ombrage de Teipblême révolutionnaire, exige à son tour qu'il soit enlevé, et le gouverneur préside encore, sans faire plus de difficulté que la veille, à ceUe seconde cérémonie. A coup sûr, et il fut sincère en le déclarant plus lard, le général Cavaignac- ne pouvait pas attacher de l'importance ù ce que le bonnet phrj'gien fût ou non suspendu à l'arbre dé la liberté. Pour les esprits sérieux, les emblèmes ne sont plus aujourd'hui que despuérintés ou des anachronismes ; mais il n'ignorait pas, sans doute, l'elFet moral de ces contradictions de l'autorité, et sa conscience de soldat n'était pas sans en souffrir.
Cependant le ministre de la marine, qui avait pris par t^ térim, en attendant l'arrivée à Paris du général Cayaignaç, le portefeuille de la guerre, s'occupait activemetit d'arrêter dans l'armée le mouvement de désorganisation dont la victoire populaire avait été le signal. Cela ne fut ni long ni difficile. Dès le 26,. par ordre du Gouvernement, l'Ecole miUr taire, Vinçennes et tous les autres forts avaient été remis à la garde nationale. Quelques séditions fomentées dans If s régiments de cavalerie et d'artillerie par les sous-officiers, furent promptement apaisées et punies avec rigueur. Les soldats revenaient d'eux-mêmes sous le drapeau ; la discipline s'y rétablissait d'un accord spontané. 11 ne se passa qu'un fait grave ; ce fut la rébellion des iqvalides contre leur commiandani*, le général Petit. Voici quelle en fut l'occasion. Les invalides avaient reçu très récemment un legs de six mille fratics environ, ot le conseil d'administration avait jugé convenable de
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leur en faire individuellement la distribution à raison d*un franc par mois. Une^ cupidité naturelle, excilée encore par l'oisiveté, par un usage plus fréquent de boisson en ces jours de désordre, les pousse à réclamer avec insolence la distribution intégrale et immédiate de ce petit capital. Gomme on différait d'obtempérer à leur requête, ils s'emportent en plaintes, en accusations de toute nature. A les entendre, le général Petit, l'un des plus honorables militaires de la vieille armée, détourne à son profit la somme en question. Pour intéresser dans leur ignoble rébellion les ouvriers des ateliers nationaux occupés dans le voisinage aux terrassements du champ de Mars, ils prétendent que le général conspire contre la République, et vont jusqu'à soutenir qu'ils l'ont vu traîner dans la boue le drapeau national. Un certain nombre d'ouvriers crédules à ces calomnies grossit l'émeute. Armés de pelles, de pioches, drapeau et tambour en tète, deux à trois mille hommes se portent sur l'Hôtel des invalides en poussant des vociférations épouvantables. Lô général Petit vient à leur rencontre. Mais ni son âge, ni son attitude courageuse n'imposent à la brutalité de ces furieux. Le vieillard, saisi au collet , garrotté, jeté dans une voiture de place découverte qu'entoure en se répandant en injures la troupe mutinée, est traîné dans la direction de l'hôtel de ville, où l'on prétend aller demander justice au gouvernement provisoife. Quelques hommes bien intentionnés qui s'étaient joints à la foule, redoutant ce long trajet au bord de la î4vière, s'écrient qu'il faut conduire le général à l'état-major de la place du Carrousel. En même temps ils font avertir le général Courtais des dangers que court le gouverneur des Invalides. Quand on traverse le pont Royal, des cris : A l'eau! se font entendre. Mais les bons citoyens, qui ont pris à cœur de sauver le général, pressent le pas, et bientôt on arrive devant l'étatmajor, où le général Courtais et son chef d'état-major, M. Guinard, attendaient avec anxiété cet ignominieux cortège. Dès qu'ils l'aperçoivent , ils courent au devant du gc-