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néral Pelit, l'enlèvent à l'émeute, et le générai Courtais, haranguant la foule, lui fait honte d'avoir pu accuser el tosiilter le brave guerrier chargé 4*aniiâes (le général Petit comptait dors soixante-seize ans) qui, depuis 92 jusqu'à 181B, n'a cessé de combattre pour son pays, et qui a reçu à Fontainebleau les dernières paroles et la dernière acûôladè de renq>ereur.
Les ouvriers^ ouvrant les yeux sur l'énorroité de leur fiiote, se dissipent aussitôt. Abandonnés par eux , les invalides se voient contraiiits de rentrer dans l'hôteU Le lendemain , le général Courlais, après s'être assuré du concours de la population dans le quartier* des Invalides et avoir fait connaître aux soldats qu'une enquête sévère serait ouverte pour découvrir les vrais coupables , annonça qu'à onze heures précises le général Petit serait solennellement ramené et réintégré dans son commandement. En effet, la réintégration se fit en grande pompe. M. Arago, au nom du, Gouvernement provisoire, l'état-major, une députation considérable des écoles, un peloton de la garde nationale, prirent la tête d'un oort^ qui fut reçu dans la cour des Invalides par le ministre de la guerre (c'était encore le général Subervie) et par une masse de 10,000 ouvriers environ, dont les acclamations arrachèi'eBt des larmes d'attendrissement au vieillard si cruellement outragé la veille. Les instigateurs de l'émeute furent saisis en présence de leurs camarades et jetés en prison; mais» pour détruire dans les imaginations populaires jusqu'à l'ombre d'un doute , le gouvernement décida que les scellés seraient apposés sur toutes les pièces de l'hôtel où pouvaient se trouver des documents propres à éclairer la justice, etx[ue l'enquête suivrait son cours. L'ordre du jour du général Petit ne décèle pas moins que ne le faisait cette condescendance du gouvernement, l'extrême faiblesse d'un pouvoir qui, àjcette heure encore, n'avait pour faire respecter ses décrets d'autres ^ipes (jue la persuasion , d'autre appui que l'adhésion des masses populaires, c Nous avons éprouvé un grand malheur, » dit le
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général Petit en s^adressant le 25 mars aux soldats invalides; puis, il prend à làehe de leur démontrer qu'il ne saurait jamais avixr conçu la pensée du détournement de fonds dont on Ta accusé. % Faisons doQe<^e89w, continue-t-il:, ces bruits mensongers; rentrons dans Tordre accoutumé, et soyez assurés que le Gouvernement provisoire a constamment les yeux ouverts sur vous, ce qui sera prouvé, d'ailleurs, par les deux enquêtes qui vont avoir lieu. » Ces enquêtes , comme on pense ,. n'eurent et ne pouvaient avoir aucun résultat ; et si j'ai insisté sur une affaire peu importante en apparence , c'est qu'elle montre d'une manière frappanle les embarras que le gouvernement voyait chaque jour surgir, et qui , ^en détournant sur des incidents déplorables l'application qu'il devait tenir attachée aux grandes affaires, entravaient misérablement sa -marche qu^il eût fallu si rapide et si sûre.
Selon. le rapport du comité de défense nationale , l'état de l'armée, telle que la laissait le gouvernement de Louis-Philippe, ne permettait pas de songer à la guerre. L'effectif dans tous les corps était si faible que les régiments d'inbnterie, en réunissant tous les hommes disponibles, arrivaient à peine -à fournir deux bataillons de guerre de 600 hommes chacun. Dans la cavalerie chaque régiment ne pouvait former que quatre escadrons de guerre, comptant ensemble 625 chevaux*. Les régiments d'artillerie, à moins de désorganiser les dép6ts et d'arrêter ainsi l'instruction des recrues, ne pouvaient mettre chacun qu'une batterie sur le pied de guerre. Les services administratifs manquaient presque complètement de moyens de transport. Dans la situation la plus précaice où se soit jamais trouvé un gouvernement, sans argent, sans crédit, avec la volonté bien arrêtée de ne point faire appel aux passions révolutionnaires, il fallait parer tout-à-coup aux éventualités d'une guerre de coalition monarchique; il fallait garnir nos côtes et nos frontières sans affaiblir l'Algé-
i.y^rlerapportdeM. AngoàrA9sein^éeQ^|MOft)4,i^nceda8fn»i 1848.
iOO IIISIUIHK m: la Ut:V0LL ÏION Ws 1848.
rie.; nous Icnir pr^ts, au premier signal des Lombards- ou des Polonais, à fitiiicbir le Rhin ou- les Alpes, $ans toutefois abandonner le cœur du pays où Ton i^edoutait les inenées des partis royalistes et les insurrections ultra^révolutionnaires. Le ministre des affaires étrangères ne demandait pas raoïDS de 215,000 hommes pour soutenir la politique pacifique da manifeste. 150 ,.000 hommes sur le Rhin , 30,000 au pied des Alpes, 15^000 à la frontière des Pyrénées étaient^ selon lui, nécessaires. Ces exigences, cond>inées avec la sûceté de TAlgérie, que le eomité de défense et le ministre na voulaient en aucune façon compromettre , et avec les besoins du service intérieur, portaient à 51 A, 000 hommes le chiffre des troupes à mettre sur pied. La dépense "supputée pour atteindre ce résultat montait à IIA millions. Or les caisses de TElat étaient à peu près vides, et, selon le rapportde la commission de défense, on ne pouvait pas compter surplus de 101,000 hommes immédiatement disponibles.
L'activité de M. Arago et son intelligence organisalrifie surmontèrent tous les obstacles. Arraché à des travaux scientifiques qui avaient illustré sa jeunesse, et à Un professorat qui avait porté son nom au niveau des plus grands noms contemporains, mais qui ne semblaient pas devoir le préparer à cette application aux détails administratifs, à cette aptitude spéciale qu'exigeait sa situation nouvelle, M* Arago, entré déjà dans l'âge où le besoin de repos domine chez la plupart des hommes toutes les passions, retrouva dans sonanibitîoD républicaine la verdeur de la jeunesse. Aidé d'un officier de grand mérite, le lieutenant-colonel Charras, ancien élève de l'Ecole polytechnique , qu'il avait attaché à son ministère en qualité de sous-secrétaire d'état, il mit en deux mois l'armée sur le pied de guerre.
L'appel des classes arriérées depuis 1842 jusqu'à 18A6, le
-rappel des militaires en congé, les engagements volontaires
l}Our deux ans , l'achat de près de 30,000 chevaux de selle
et de Irait comblèrent les premiers vides. L'armée des Alpes,
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portée à 84,000 hommes, ctecupales vallées de l'Isère, de la Saône et du Rliône *. Une réserve de 12,000 Iiommes de troupes aguerries rappelées d'Afrique fut concentrée dans la vallée de la Dnrance. On les remplaça par des hommes prélevés sur les contingents arriérés de 1848 et 1S44, do manière que l'armée d* Afrique ne se trouvât point diminuée. Les gardes nationales-furent armées. On leur délivra au ministère de la guerre, pendant le mois de mars, 446,689 fusils, dont 160,000 pour la seule ville de Paris. Une réserve de 200 bataillons de gardes nationaux mobiles fut formée. Huit escadrons de guides furent créés pour les états-majoris et pour le service de la correspondance. Et cependant des économies considérables effectuées per la réduction ^ cadres de rélat-mûjor, par la diminution des divi ions et subdivisions militaires, par le licenciement de la garde municipale, et par d'autres réformes opérées sur différents services, permirent au ministre, lorsqu'il présenta à l'Assemblée constituante le compte rendu de son administration, d'annoncer, sur le budget de 1848, une économie totale de plus de 1<3 millions. •
L'organisation de la garde mobile , confiée au- général Duvivier, marchait aussi avec une rapidité extrême. La première idée de ce corps tiré des combattants de. février avait été jetée en avant, dès le 24, à l'hùtel de ville par un M. Dubourgqui, en 1820, avait organisé les volontaires de la Charte, et qui depuis ce temps s'était adjugé le titre de général. Accouru à l'hôtel de ville dans le preiïiier tumulte, il y resta sans désemparer pendant trente-«ix heures, demandant avec beaucoup d'instance et comme une récompense qui lui était
^ Le gj^éral de division Oudinot fut nommé commandant en chef de celte armée. Les événements qui ont tristement illustré son nom donnent de IMntérét à la proclamation adressée par lui aux soldats, k son arrivée à Grenoble. J'y lis le passage fluivanC : « La. République est amie de tous les peuples ; elle a surtout de profondes sympathies pour les populations de l'Italie, Les soldats de ces belles contrées ont souvent partagé, sur d'immortels champs de bataille, nos dangers ei notre gloire; peut-Atre de nouveaux liens rcssortirontils bientôt d'une fraternité d'armes si chèro h nos souvenirs. »
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due, le ministère de la guerre. On parvint à Vélofgner ; mais M. de Lamartine retint son idée et la formula aussitôt en un décret qui portait création , par engagements volontaires, de 20,000 hommes de garde nationale mobile. Les listes d'enrôlement ouvertes dans les mairies furent remplies en peu ùe jours. Une solde privilégiée de i fr. 50 c. (le soldat de ligne ne reçoit que 25 c), était un grand aj^t pour la jeu* nesse parisienne que son instinct de tous les temps, r^ivrement des jours révolutionnaires, la tradition du petù eapard devenu de rien empereur, l'amour du bruit, du mouveiàent , de l'unifonne, et aussi Tidïsence de todte autre ressoureé, attiraient sous les drapeaux. Le général Duviviei* prit en peu de temps sur cette jeunesse turbulente un ascendant prodigieux. Esprit ambitieux , caractère énergique, imagination vive etd'une richesse orientale, comprenant toutes les ardeurs de la jeunesse parce qu'il les avait connues toutes * , il'eiterça sur ces enfants indisciplinés, moqueurs, déjà dépravés potr la plupart par le vagabondage des grandes villes, une autorité paternelle. Bientôt, par la rivalité du point d'honneur qtfil sut éveiller dans les rangs, on vit ces bandits de la veille» portant fièrement leurs haillons, l'arme au bras, attentife au commandement, parcourir en patrouilles serrées les nies de la ville, dissiper les rassemblements, faire taite les cris, les pétards, les chants nocturnes qui troublaient le repos public ; aussi zélés au rétablissement de l'ordre qu'on les avait vus jusque là prompts au tapage et à la mutinerie.
Les soins donnés à la réorganisation de l'armée de terre ne détournaient pas M. Arago de l'attention particulière que réclamait l'état de notre marine. A la vérité, la réduction immédiate de son budget fixé, de 10 niîltipns à 5, ne lui permettait pas de songer à augmenter nos forces navales ^ et il dut se borner à rallier dans le port de Toulon une belle
« Le général Duvîtîct avait rêré un grand rôte en Orient. On aftauH; qde, dans des vues secrètes d'ambition , il avait même embrassé la religlofl fuasulmane.
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escadre d'évolution * , destinée à montrer lé pavillon de la République sur les côtes de la Méditerranée. Mais l'état moral et matériel de l'arrtiée de mer appelait de notables réformes, et M. Arago en prit avec bonheur l'initiative. Malgré le conseil de l'amirauté qui jugeait toute discipline perdue si l'on se relâchait de l'ancienne rigUeur, M. Arago, dès son entrée au' ministère, fit décréter l'abolition des chàtiniehts corporels à bord des bâtiments de l'État , effaçant ainsi de notre code maritime un système exceptionnel de répression dégradante qui n'était plus depuis longtemps en harmonie avec l'ensemble de notre pénalité. En môme temps il S'occupait d'améliorer l'existence des marins â bord de 4a flotte^ Des plaintes légitimes s'étaient élevées à ce sujet. Les maririft recevaient des vivres de qualité défectueuse , en quantité IrtsuiSsante. Souvent on voyait lëfe matelots descendre à terre pour acheter du pain. Sous un gouvernement qu'on disait paternel, quand un prince du sang était amiral, de telles rigueurs, jointes à une négligence si coupable, n'avaient point d'excuses. Ce fut un honneur pour le Gouvernement provisoire d'avoir sur ce point comme sur tous les autres, au plus fort de la crise révolutionnaire, rétabli les droits de l'humanité, et, quand tout menaçait sa propre existence , d'atdlr relevé ces existences lointaines et obscures qu'une royauté prospère avait laissées dans l'oubli; Le conseil de l'amirauté reçut aussi par l'initiative de M. Arago des modificatioris importantes. Des officiers de tout grade, jusqu'à celui de lieutenant de vaisseau inclusivement, furent appelés à en faire partie. Et ce conseil devenu ainsi plus apte à représenter tous les intérêts de l'armée navale, on le chargea de former un état d'avancement des officiers par ordre de mérite , et un. tableau particulier de ceux que l'on jugeait capables d'èttie appelés éw commandement des bâtimeiits de l'État ^ le gou-
* Six vàisscftix ât hadt bbrd i une (Végito à toiles , pluiimiiv frégilM à vapeur.
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vernement rqmblicain ne devaot plus rien accorder au privilège.
Non content 'de ces réformes partielles, M. Arage voulut encore attacher son nom à un grand acte bi8toric|ue de justice et d'humanité. Il appuya avec force dans le conseil du Gouvernement provisoire les instances de M.Ledru-RoUîn; et, ayuit obtenu le mémorable décret du A mars, quiprononçait Fabolition immédiate de Tesclavage dans nos cdonies, il convoqua une commbsîon chargée de préparer dans le plus bref délai Tacte d'émancipation des noirs et les mesures nécessaires pour en assurer le succès. La présidence de cette Gomntisskm fut donnée à M. Victor Schœlcher, l'un des^ rédacteurs de ia Réforme^ démocrate convaincu, dévoué, qui depuis bien des années déjà poursuivait avec ardeur, en y consacrant son temps, sa fortune, ses étudea et ses travaux, l'extenaioii à la race nègre des principes de liberté et d'égalité proclamés à la face du genre humain par la Révolution française. M; Schœlcher, nommé sous-secrétaire d'état au département de la marine et des colonies, s'adjoignit M. Mestro, directeur des colonies, M. Perrinon, officier de marine, M. Gatine^ avocat aux conseils, M. Gaumont, ouvrier horloger et MM. Henri Wallon et L. Percin, auxquels il présenta le 6 mars , jour de la première séance de la commission , un projet de décret dont le premier article était ainsi conçu :
« L'esclavage sera entièrement aboli dans les colonies et possessions de la France six semaines après la promulgation du présent décret dans chacune d'elles. Tous les a£franchis deviennent citoyens français. »
La commission poussa ses travaux avec zèle. Le 11 avril, elle avait achevé sa tâche et remettait à M. Arago un ensemble de décrets qui abolissaient immédiatement l'esclavage, en renvoyant à l'Assemblée nationale le soin de fixer l'indemnité demandée par les colons ; étendaient aux colonies le droit de représentation à l'Assemblée nationale; supprimaient les conseils coloniaux ; confiaient leurs pouvoirs aux commis-
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sait es de la République ; organisaient rinstruction publique, gratuite et obligatoire ; ijnstituaient la liberté de la presse, le jury, les ateliers nationaux, etc. Ces décrets, malgré les représenlations et les sollicitations des colons, auxquels M. Marras t prêta son appui dans le gtoVernement, furent signés en conseil et insarés au Moniteur du 17 avril. La politique généreuse remporta eette^ fois sur la ^[yolitique circonspecCe, l'esprit novateur fit taire la prudence conservatrice. Il serait diflicîle d'en bien établir la raison. La circonstance déterminait souvent toinnie au hasard l'adoption de l'iine ou de l'autre de ces politiques. Il n-élait pas rare qile te même ministre se trouvât solidaire des mesureà tes plus Contradictoires,* qu*il eût )à faire passer dans tes faits tes inspirations tes plus hardies de la Révolution, «t àv rétablir des systèmes et deê routines incompatibles avec te génie des institutions démocratiques. Plus nous avancerons dat» lé récit des événements, plus noirs deviendra sensibte cette duplicité involontaire, dont aucun des membres du gouvernement n'était en particulier responsable, mais qui résultait nécessairement des concessions mutuelles qu'ilâ croyaient tous devoir se feire dans l'intérêt tie la paix publique.
Une extrême faibtesse au d^ors, un trouble malfaisant dans la conscience du pays, furent les résultats de ces contradictions. Le peuple surlout en soirfTrit; sa simplicité, sa droiture n'y purent rien comprendre ; il se crtit trompé, s'irrita, entra en^ défiance, et ftoit^ conmie nous te verrons bientôt, par porter a la République qu'il chérissait et a luimôme des atteintes funestes.
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