‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 9 sur 27 · II · texte numérisé non relu

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13 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION DE lakB.

respondance de M. Guizol et du roi, on ne découvrit pas trace d'un plan sérieux d'attaque ou de défe^ise. U était bien évident que la pensée d'une guerre civile ne s'était pas pcéseotée à l'esprit de c^ deux grands personnages politiques. Une lettre de Louis-Philippe, en date du 22 février, téav>ignait au contraire d'une sécurité parfaite ', D'ailleun, ou put très vite constater que le peuple auquel on prêtait gratuitement des désirs de vengeance , ne donnait aucuntB attention aux ministres dont plusieurs étaient restés dims Paris sêB^ ae cacher beaucoup. Ni les clubs, ni la presse, ne songeaienl à ce procès. On le ralentit de plus en plus sous un prétexte, puis sous un autre, et l'on gagna ainsi l'époque de la réunioii de l'Assemblée constituante. Celle-<;i nomma une conunissioD chargée d'examiner trois portefeuilles trouvés dans les boiseriea du château des Tuileries ^, et qui nécessitaienti assurait-on, un supplément d'instruction. Le rapport, de cette commission se fit attendre, le temps s'écoula ; enfin, vçrs le mois de novembre , une ordonnance de non-lieu- fut readue par la t^hambre d'accusation sans que , à l'exception de quelques feuilles qui faisaient du bruit à propos de tout, personne en prit le moindre souci. La révolution , dans Tintervalie , avait de nouveau donné l'alerte ; la société à peine reconstituée se sentait menacée de trop d'autres périls et vulnérable sur trop d'autres points pour qu'elle eût à s'inquiéter encore de condamnations rétrospectives et de chicanes constitutionnelles.

Cependant, le ministre de la justice , quoiqu'il ne voulût point faire usage de ses pouvoirs révolutionnaires pour toucher aux fondements de la législation, fut entraîné, conmie tous les autres, par l'élan donné à l'opinion, et il rendit plu-

< Dans ses dernières lettres datées de février , le roi déclarait J|^ situation eieellente; il s'en félicitait avec son ministre et ne lui reconamandaii autre dioie que de bien soigner un mal de gorge dont il souffrait, afio de |k>aT(Mr •outenir avec ta supériorité accoutumée le débat parlementaire.

^ Ces portefeuilles contenaient en outre les mémoires de Louis-I^liilippe.

HISTOIRE m lA RÉVOLUTION DE i8U. 131

sieurs décrets inspirés par ce sentiment supérieur delà dignité humaine qui soulevait les masses à leur insu et fondait dans la conscience publique la force et la grandeur du droit républicain *. En matière criminelle, Fabolition de Vexposilion publique ^ l'abrogation des lois de septembre contré la presse; en matière civile, Tabolition du serment politique, la suppressi(Mi de la contrainte par corps, la diminution des frais de justice, les facilités données ila naturalisation des étrangers et quelques mesures analogues obtinrent l'assen* timent gén^l, et furent vantées ostensiblement par les honn mes et par les pai'tis qui déjà pourtant épiaient en dessous tous les moyens de discréditer les actes et les intentions du Gouvernement provisoire.

La tâche de M. BethmOnt , ministre du commerce et de Tagriculture, fut beaucoup plus restreinte encore que celle de 91. Grémieux. Les choses qu'en des temps réguliers on eût jugées de son ressort, se trouvaient par des circonstances exceptionnelles remises en d'autres mains. Tout ce qui, dans le mouvement agricole ou commercial, touchait à la politique se discutait au Luxembourg. Le reste relevait du ministère des travaux publics, du ministère de l'intérieur, du ministère des finances, ou-mème, en ce qui concernait l'institution commerciale des consulats , du ministère des affaires étran»gères. Aucune entreprise vaste, aucune amélioration systématique n'était possible avec une pareille division de l'administration. M. Betimiont,. dont l'esprit n'était pas d'ailleurs doué d'initiative» se borna à provoquer par la forfnation de commissions spéciales un ensemble d'observations et de documents sur la situation de l'agriculture , l'examen de différentes théories sur le crédit agricole^ et l'étude des questions particulières les plus importantes. Il envoya en mission des hommes spéciaux chargés de lui adresser des rapports sur

< Les consiâérants de ees décrets, insérés au ManU^r, des 2 mars, 10 mars et 13 atril 1S48, témoigneront dans Thistoire de celte grandeur. Voir aux Po c iiiiwnlf"Mstor<yiM», à la fia du yolirine, n* 8.

132 HTSTOÎRF DE LA Rfr'VOlJ'TION DE im,

la culture des terres vaines et vagues, sur l'élève du bétail, sur ramélioration de la race chevaline, sur la culture du ver à soie, sur le régime des eaux , et fit composer sous ses yeux un plan général d'instruction primaire et d'enseignement firofessionnel , fondé sur le principe de l'application des sciences à l'industrie. Du 24 février au 4 mai il créa neuf fermes-écoles, indiquant ainsi à ses successeurs les vo΀?s qu*il convenait d'ouvrir pour tirer le pays de Tignorance et de la routine où on l'avait laissé depuis tant d'années au grand détriment de la richesse publique, et pour améliorer Tétât moral et matériel des populations rurales qui avaient peser par le suffrage universel d'un poids si considérable dans les destinées de la France.

Le ministre de l'instruction publique et des cultes, M. ffippôlyte Carnot, parut d'abord, avec M. Ledru-RoHin, le pins enclin de tous les ministres à s'abandonner aucourant révolutionnaire. Son nom et ses antécédents donnaient à croire que les innovations ne lui feraient pas peui". Fils d^ln homme que sa carrière scientifique avait porté au rang des Lagirange et desLaplace,et que sa carrière politique conduisît en 1798 au comité de salut public , en compagnie de Saint-Just et de Robespierre, M. Carnot, saint-simonien ardent de la première période, par son nom seul, était pour le clergé et -pour l'université une véritable menace. Le choix qu'il fit de M. Jean Reynaud pour remplir les fonctions de sous-secrétaire d'état, et la nomination de M. Edouard Charton comme secrétairegénéral du ministère, n'étaient point de nature à rassurer. L'un et l'autre ils avaient appartenu à l'école isaint-simonienne. M. Reynaud avait été longtemps collaborateur de M. Pierre Leroux à Y Encyclopédie nouvelle ; et les motifs de sa rupture récente avec le philosophe socialiste n'étaient pas suffisamment connus pour diminuer les préventions des catholiques et des universitaires. On s'attendait donc aux réformes les plus radicales ; et les deux puissances ennemies qui s'étaient disputé depuis près d'un demi-siècle la domina-

UISIOWE Dit^ U HËVOLUTIUJN DE i8A8. 133

lion des intelligences, Féglise et Tuniversité, se trouvaient tout à coup rapprochées par une même appréhension dans le sentiment d'un danger commun.

Contre toute attente, M. Carnot se donna une tâche deconciliation. Il fit surtout de sensibles efforts pour apaiser le clergé qu'il savait hostile à sa persoqne. Mais cette conciliation de l'autorité religieuse et de la liberté philosophique dans un système d'éducation capable de satisfaire aux besoins d'une société aussi divisée contre elle-même que Tétait la nôtre, était la plus chimérique des espérances. M. Carnot ne tarda pas à s'en apercevoir. L'animosité des deux partis aussi longtemps qu'on le crut fort , le dédain » dès qu*on le connut faible, furent tout le fruit de ses tentatives. Quant au peuple qui sollicitait l'enseignement d'une ardeur plus vive peut-être qu'il ne demandait du pain , il vit encore cette fois son attente trompée. Il vit ceux qui prétendaient diriger sa vie spirituelle dans l'impossibilité de tomber d'accord, ni sur le but à poursuivre, ni sur le moyen d'en approcher ; et de cette lutte perpétuée entre l'institution civile et l'institu-* lion ecclésiastique, il ne recueillit qu'un trouble moral plu9 grand et une désaffection plus complète pour ces gouvernements trompeurs qui, en le proclamant souverain, laissaient sur lui la pire des servitudes : la servitude de Tignorance.

Il -est certain, il est incontestable que la condition essentielle d'un établissement politique dont le sufirage universel forme la base, c'est l'instruction du peuple. La légitimité de rétat démocratique repose tout entière sur la supposition qu'aucun des membres de la société ne demeure dans l'ignorance do ses droits et de ses devoirs civils. Le principe du libre examen dans l'ordre politique ne se peut soutenir s'il ne se fonde, comme le libre examen religieux dans les sociétés protestantes, sur l'instruction. Une démocratie ignorante est une force livrée au hasard, qui s'agite, se tourmente, se tourne contre elle-même, incapable de se comprendre, inha-

iU mSTOlRE m LA DÉVOLUTION ME ISèS.

bile à se conduire, et qui devient, à la {NremièmooGagîoD, un ionnidable instrument de despotisme. Cette vérité, encore trop peu comprise, n'avait pas échappé à Finstinot de ht Révolution française. L'Assemblée constituante, en posant les -Jissises du droit nouveau, déclarait «n principe que rinstruetion serait donnée à tous les membres de là sociétés Condorcet fit à l'Assemblée législative un rapport dans lequd il élevait la question à la hauteur d'une doctrine philoaophique, et dont les idées servirent plus tard de base aux diseussJons de la Convention sur l'organisation des éeoles primaires. Les Girondins, faisant un pas de plus, montrèrent la iiéceÉsité de la séparation de l'église et de l'état, si l'on voulait arriver i oonstituer une éducation publique véritablement libérale. Puis, vinrent Robespierre, Saint-Fargeau, Lakanal, LepeDetier, qui présentèrent successivement des projets inspirés par l'admiration des républiques antiques. Enfin Babesof, saeri- £ant beaucoup plus complètement que ne l'avaient feit les Montagnards la liberté à l'égalité, traça pour sa Soeiété du égaux un plan d'éducation où l'individu intelleetu^Bt monl était considéré uniquement dans sa relation avec la dmêe publique * .

Arrivé à ce terme extrême, il fallait de toute nécessité reculer. L'empereur Napoléon se sentit asseefort pour i^unsner la société en arrière. Toutefois, en rétablissant le pouvair sacerdotal, ennemi par nature de la liberté d'exanien et eonséquemment de l'instruction publique, il voulut préserver de toute atteinte l'enseignement laïque, et créa l'onivOTsité, i laquelle il remit l'éducation nationale. A partir de ce moment, la société fut livrée à deux grands courants d'opinion qui, en se choquant perpétuellement sans jamais pouvoir se confondre, ruinèrent une à une les bases de l'ordre mcHid. Entre l'éclectisme de l'université , qu'un prêtre illustre appe-

^ On aura la mesure de cette manière de concevoir Fédaçation sans fldre acception de Tindividn , par Tarticle de ce décret où il est dit que le Jeune lionime apprendra k danser pou^r égayer les félêt éê U pMrif .

mSTDIRE DE LA RÉVOLUTION I» IM8. iW

lait le teêtihule de Venfer^ et Torthodoxie de renseignement catholique armé des peines éternelles, il ne pouvait s'étaUir aucune paix solide. Le clergé l'emporta sous la Restauration. Sous Louis-Philippe l'université ressaisit r<mnpire. Les inimitiés refoulées et amassées de part et d'autre n'en devinrent que plus vives.

La République, avertie par une aussi longue expérienoe, ne devait pas tenter une conciliation impossible, S'il était trop tôt encore pour imposer à la société l'unité de l'enseignoQfient, si la sanction publique ne conférait pas aux non- Deautéê de la science et de la philosophie une autorité assex respectable pour qu'elles pussent se substituer pleinement au dogmatisme sacerdotal , il était temps du moins d'ouvrir un champ libre à la raison et de briser les liens qui rattacjiaient encore l'enseignement laïque i l'enseignement ecclésiastique, La séparation de l'église et de l'état, généralement admise en principe ^ devait s'opérer immédiatement par le retrait de la dotation du clergé, et alors la liberté de l'enseignement ne favorisât plut, oomme elle le fait dans les conditions ao^ tuelles, les empiétements et la domination du pouvoir clérical. L'enseignement laïque ne luttait plus avec désavantage contre l'enseignement ecclésiastique, et le respect que tout gouvernement doit à la liberté de conscience, aux clroits du père de famille, à la spontanéité de l'individu, s'accordait avec la sollicitude du législateur pour le progrès des générations à venir. Mais le Gouvernement provisoire ne prit pas la temps d'examiner cette question capitale, et le ministre de l'instruclion publique, resté dans un cercle vicieux où les

' LMndépendance, envisagée comme un moyen de régénération pour l*éf liie, ctait demandée par M. de I^mennais et par ses disciples, MM. Laoordaire, Gerbei, de MonUlembert, etc., etc., depuis 1830 dans, le Jouraal VAveiUr. M. de Lamartine affirme dans son HistoirodelarévoltUiot^de 1848, y. Il» p. 4GI , qu'il M avoua avec franchise au souverain pontife que tel était son vœu, Rome et les bommes éminents du clergé , dit-il , ne paraissaient nullement ««irirayés de cette perspective. ^

i<iô HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION DE IfW.

meilleures intentions devaient tourner à mal, n'apporta que des palliatifs là où il fallait un remède héroïque. Il commença, comme tous ses collègues, par nommer une coomUâsion à la-queUe il remit le smn d'examiner les questions nouvelles ^ que soulevait dans l'instruction publique Tordre répuUieain, et de préparer des projets de loi pour l'Assemblée nati<male. Il annexa, par décret du 8 mars , au coU^e de France, une école administrative gratuite ' établie sur des bases analo* gués à celles de l'Ecole polytechnique, pour servir au recrutement des différentes branches du service civil, dépourvues jusqu'alors d'écoles préparatoires. Il institua une série de chaires nouvelles, ayant «pour objet de répandre l'enseignement administratif et politique, s'occupa de fonder des bibliothèques oonmiunales, demandées de toutes parts dans le but dé mettre des livres utiles à la portée des pc^pulations rurales, et institua des lectures publiques du soir pour les oovrianu H indiqua des tendances favorables à l'éducation des fraimes, en autorisant l'ouverture d'un cours au coll^ de France qui leur serait plus spécialement destiné ' . Il annonça riutentkn

< On estflrappé, quftnd on relH les décrets et les diseonn de eette époque, de voir incessamment revenir ces locutions : examiner les questhm , étudier U$ problèmes^ chercher les solutions. Rien ne montre mieux combien la réT<H hition avait été peu concertée, et combien elle prenait au dëpoarra oem-là mêmes qui rayaient le plus ardemment souhaitée. Ce qui fit i*lnfliienoe det hommes attachés à la rédaction du National , pendant la durée du Gomrernement provisoire, c^est qu*i1s arrivaient au pouvoir avec un programme exclusivement politique, restreint et défini k Tavance.

' « A plusieurs reprises, dit M. Carnot, dans sa brochure (le ministère de Vinstruction publique et des cultes depuis le 24 février jusqu^ au ^jwXtet 1848), sous la dernière législature de la monarchie, on a proposé de régler le recmtement et Tavancement dans les fonctions publiques. Les propositions, toujours accueillies comme nécessaires , ont néanmoins toujours échoué parce qu*elles manquaient de base. La véritable base devait être une Mie^wt fit Tapprentissage de la science administrative, m

s (c Considérant, dit le décret du 2 mars , quMI est convenable d*éclairer Topinion publique par des études et des discussions sérieuses sur une matière aussi importante et aussi agitée, etc., etc. »

ft n est impossible de ne pas prévoir, a écrit plus tard M. Carnot (iHtfmorial de 1848), que le plus prochain mouvement social aura pour résultat de

m&s^oiHt: m^Uk dévolu i ion m isas. 137

de relever la conditiqn'iDaJtérieUe et morale de rinçtituteur primaire, proclaiw . Ift nécessité de joindre aux. écoles pri« maires Tenseignemieal agricole et celui des devoirs civiques. Il insista dans ses circulaires sur la nécessité d'.édairer les populations des campagnes, et invita les instituteurs commu- . naux à composer des manuels élémentaires de droit politique* Nous verrons plus tard^comment la. rédaction malhabUe de quelques uns de ces mapuels, et celle d'une circulaire que le ministre signa sans Tavoir lue, alarmèrent l'opinion publique et donnèrent, avec l'impôt des A5 centimes et le langage dior tatorial du ministère de l'intérieur, des prises trop facUes dont les partis vaincus profitèrent pour reprendre l'avantage dans les élections générales.

Mais entre tous les ministres, le plus diargé de responsa^ bilité devant l'opinion, ce fut le ministre des travaux publics^ à qui édiut la tâche difficile d'organiser les ateliers nation naux '.

L'idée première des ateliers nationaux n'appartient point à la République de 18A8. Les atelier; nationaux étaient implici-^

modifier la position des femmes et de les relever de l*étatde minorité où elles sont maintenues. »

1 l\ n*e8t plus nécessaire aujourd'hui de réfuter la calomnie qui pendant si longtemps imputa à M. Louis Blanc la création et Torganisation des ateliers nationaux. L'esprit de parti qui accusait alors les chefs des écoles socialiste de tous les désordres, réussit cependant à donner le change pendant très longtemps à Topinion publique. Mais il aétéauthentiquementprouvéqueM. Louis Blanc est resté étranger à toutes les délibérations qui ont eu trait aux ateliers nationaux» et que le système d'après lequel on les a organisés était de tous points contraire à ses théories. Voici comment M. de Lamartine a caractérisé les ateliers nationaux : {Histoire de la révolution de février, t. U, p. 120). <c Commandés, dirigés, soutenus par des chefs qui avaient la pensée secrète de la partie antisocialiste du gouvernement, les ateliers contrebalancèrent jusqu'à l'arrivée de l'Assemblée nationale les ouvriers sectaires du LuxeoH bourg. Bien loin d'être à la solde de Louis Blanc, comme on l'a dit, ils étalent inspirés par l'esprit de ses adversaires. » Dans sif déposition devant la commission d'enquête, M. Emile Thomas, directeur des ateliers nationaux, s'ex* prime en ces termes : « J'ai toujours marché avec la mairie de Paris contre l'influence deAlM. Ledru-Rollin, Flocon et autres* J'étais en hostilité ouverte avec le Luxembourg. Je combattais ouvertement l'influence de M. Louis

tementet explicitement dans les cakien de 1789 où Yùn demandait « que le pauvre appartint à la société eoHnime le riche ; » que « toute aumône particulière fût sévèrement défendue; » qu'on assuréit du travail à tous les pauvres vtdides; y que « Von créât des ateliers de charité , publies , provinciaux , nationaux oA Us personnes valides ou invalides de tout âge et sesêe^ puesent trouver en tout temps une occupation convenante à leur éttst et à leur situation '. » Le 80 mai 1790 T Assemblée natiofiale rendait un décret qui ouvrait, dans Paris et dans les départements , des ateliers pour les hommes , pour les femnaes et pour les enfants , € attendu, disait-elle , que la soeiéié doit à teue ses membres et la subsistance et du travail. » *Bn 1791, les comités de mendicité, de constitution, d'imposition et le comité ecclésiastique, dans un rapport à l'Assemblée, proposaient de constituer un fonds de secours général ^ /bUb, disaient-ils, que la nation qui reconnatt le droit du pauwsy n'emploie plus le mot de charité ou d'aumône, et donne du iraivail auœ valides, du secours aux enfants, aux malades, aux vieillards... » La Convention, en 1798, avait décrété qae « la société devait la subsistance aux citoyens malheureum, sait en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens 4*eadster à ceux qui se trouvaient hors d'état de travoittef. Enfin, sous le règne de Louis-Philippe, la plupart des économistes, aussi bien les catholiques et les philanthropes que les socialistes, concluaient avec plus ou moins d'insûstaoce A la nécessité de donner du travail à la classe laborieuse ' * Il était donc de toute logique et de toute urgence que la

Blane. » (Rapport delà commission d'enquéle, y. H, p. 352). Bnfin M. 6arràn^Vs%is {Un épisode de la révolution de 1848, p. 48) dit : « Je éob à la vérité de déclarer que les ateliers nationaax oat été ouverts avec rapprobttlon de tous les membres doGonvememeiit provisoire sans exception, et que do premier au dernier jowr ^. Louis Blanc est resté complètement étranger à leur direction. »

t Voir les cahiers de la noblesse et du tiers'oétat et en partieulter ceoi ée Paria, de Metz, de Riom, de Dourdan, etc., etc.

> M. de Lamartine lui-même, qui fut toujours Tadversaire déclaré de la

WTOIRE DE Là RËVQLUTiON DE UM. m

RépttbliquB, qui yeniit reprendre et réunir, pour en fliire kt oonatitution de TÉtat, les idées de 90, étouffées sous TEmpire, rtptrueB isolènent dansquelques livres et ditns quelques éeoles souslesdeux monarohieslbourboBniennes, s'imposAt devéaliser «utantqu'ilétait endUe le vœudes eahien elles promesses delà Ckmvention. L'erreur du Gouvernement provisoire n'estpasd'avoir prodamé ce devoir et sa résolution de Taceomplir ; mais d'avoir abusé le prolétariat par un vain appareil dans les ooaférracei du Luxembourg, et par une organisation vicieuse et stérile dans les ateliers nationaux- ■« Trompé lui-même par ces deux concessions très gi'andes, en apparenèe, aux besoins du moment, il crut avoir dégagé sa conscience et négligea les ressowces réelles que lui eussent présentées, sans alarmer personne, la réduction systématique des dépenses et la répartition judicieuse des travaux utiles pai* toute la France. J'ai indiqué ailleurs ce qui aurait pu se faire ; il me reste i montrer ce qui a été fait.

On a vu c[ue le 26 février, le Gouvernement provisoire rendait un décret par lequel il garaniiisait VBxUtmeê de l'eumar par U trwoail. Lç décret qui instituait les atelien n$tion9ux fut rendu le 27; le 28, le ministre des travaux publics annonçait à tous les travailleurs sans ouvrage ( ils étaient i ce moment au nombre de 7 i 8,000) que des tMir Taux importants allaieht.étre entrepris sur divers points , et que les maires des dooae arrondissements seraient chargés de recevoir les demandes d'ouvrage et de diriger les ouvriers

Uiëorie de TorganisatioD du travail, disait en 1844, dans le Journalla Pr»SM: (c Nous voulons que la société reconnaisse le droit au tra/oail dans Utecaeah êirêmmHdami껫màUkM9délM$i,u

1 En 1846, les misèfei amenées par It mauvaife récolte et lea ééêtMm eaiféa par linondatlon donnèrent l'idée à un ingénieur, M. Bonlaifé, MliAlir pendant Thirer dee atelien de leeonn sur plusieurs routes du dépaitsment de la Loire. « Une meilleure eiécution des travaui, on bien-être pasMger, eussent été, dit M. J.-J. Baude, (Rmnte des DeuahMondês, IS* année, t. SS) iei meindiM réiuHats de œttemesure : ia véritable utilité de cette eipérience a consisté dans lea idées nouvellei qu'elle a sesiéea ptmi ecni qui Toit faite. »

140 UlSTOUiË m. LA RËVOLUTiON JM& i9M-

vers les chaatiers. Les travaux en cours d'exécutÎQâ et qui pouvaient fournir immédiatement de remploi, n'étaient pas considérables ' ; et le nombre des travailleurs inoccupés augmentant dans une progression rapide,. à mesure que l'ouvrage diminuait dans les ateliers particuliers et que les niaiiu£aotures et les usines se fermaient, les mairies furent assiégées de demandes. Il arriva ce que la plus simj^e réflexion aumit prévu. Les maires et les directeurs d'ateliers, n'ayant plos de travail àdistribuer, se renvoyèrent l'un à l'autre les ouvriers. CeuX'rci,.éconduits d'arrondissement en arrondissemeot, trat* nant leurs outils d'une extrémité de Paris à l'autre, de Chail- Jot à Saint-Mandé, de la barrière du Maine à RomainviUe, rentraient le soir chez eux, exténués de fatigue, se croyant joués, en proie à une irritation que la vue de leur famiUe en détresse, ou. les plaintes de leurs camarades trompés éomme eux, faisaient éclater en menaces. Des rassemblement&sd «tenaient pendant tout le jour aux portes des bureaux ^ l'émeute s'organisait dans la rue. .i'

Le gouvernement, averti de l'embarras où se trotivaient les directeurs d*ateliers et de l'agitation qui conusKençait à fermenter dans le peuple, crut y porter remède en faisant faii^ des distributions d'argent , à titre de secours , aux ouvriers sans travail. Chaque maire fut autorisé à délivrer à l'ouvrier, sur le vu d'un timbre constatant qu'il n'y avait pas de place dans les ateliers ouverts , la somme d'un franc cinquante centimes par jour. Cette mesure exorbitante produisit un effet désastreux. Le nombre des ouvriers oisifs s'accrut hors

^ C'étaient: 1^ les travaux de déblaiement, des terrains commimaiix et-de nivellement de la place de TEurope où Ton occupait 1,500 ouvriera; S^ les travaux de terrassement exécutés au quai de la Gare, qui ettiployaient 5 à'iSûO hommes; 3<^ le remblai des carrières de Chaillot, la construction en rhrière des chemins de halage, le redressement et le nivellement de quelqoM routes, Tempierrement des chemins de ronde où Ton pouvait occuper de 1,000 à 1,200 ouvriers ; 4^ Tatelier du champ de Mars, ouvert par le ministre de 1& guerre concurremment avec la ville de Paris, réglé et organisé par le génie, qui employa dans Torigine 2,000 hommes.

de proportion. Tous ceux à qui des professions sédentaires rendaienlle Irayail du terrassement trop pénible, tes ouvriersartistes, fondeurs, graveurs, ciseteufs, mécaniciens, bijoutiers, etc., etc., dont tes mains délicates répugnaient à remuer la terre, les employés dans la librairie et dans les magasins, inhabiles à ndanier le pic ou la pioche, préférèrent à un labeur très rude et peu rétribué une grève que payait le gouvernement.

' L'appât d'un salaire assuré sans travail attira bientôt à Paris une masse énorme d'ouvriers des départements «t d'ouvriers étrangers ' • Le désordre arriva à un tel point que te 2 mars l'administration se déclara dans l'impuissance de contenir plus longtemps cette multitude oisive. Ce fut alors qu'un jeune ingénieur, M. Emile Thomas, témoin des scènes tumultueuèès qui se renouvelaient chacpie jour devant les mairies, conçut un projet de centralisation et d'organisation qu'il soumit au ministre. Celui-ci l'approuva et convoqua à l'Hôtel-de-Ville une réunion des douze maires " , du conseil municipal et des ingénieurs en chef qui, sous la présidence de M. Garnier-Pagès, discutèrent et adoptèrent le plan de M Emile Thomas. Le lendemain, 6 mars, M. Emile Thomas fut nommé commissaire de la République et directeur des

^ Oo Toît dans «ne instracifon, ea date do 20 mars, adressée par M. Ledm- RoUin aux commissaires de la frontière belge, qu'il se préoccupe vivement de cet accroissement de la population ouvrière, et qu'il recommande leâ mesures les plus^ sévères pour « repousser de France les indigents étrangers dont la présence serait une charge pour les communes ou un si^et d'inquiétude po«ar les populations. »

Le 4 avril il leur annonce que « des ordres formels vont être donnés pour qu'on n*tidmette désormais aux ateliers nationaux que les seuls ouvriers d<H midliés à Paris avant le 24 février, et qu'on va aviser à amener les autrea ouvriers à retourner dans leurs départements respectifs. » (Voir le Rtq^port de la commission d'enquête, v. H, p. 170.)

' Cette réunion était composée de vingt-quatre personnes, dont aucune n^éleva la voix contre le projet de M; Emile Thomas. C'étaient le maire de Paris, M. Garnier-Pagès; le maire adjoint, M. Bûchez ; M. Flottard, secrétaire-général ; M. Barbier, chef du personnel ; M. Trémisot, chef du service des eaux et du pavé de Paris, etc. , eto.

lis HISTOIRE DE LA RËVOLUTION DE 1848.

ateliers nationaux. On lui assigna potnr résidence le pavillon de Monceaux, appartenant à la liste civile, et Ton mit bous ses ordres une administration nombreuse. Quoiqu'il relevât immédiatement du ministre des travaux publics, M. Etnitè Thomas devait se tenir à la disposition du maire de Paris, et entrer en correspondance avec les maires des douze arron^ dissements. Le ministre lui promettait le concours actif du corps des ponts et chaussées qu'il allait mettre en demeuré de fournir immédiatement les projets de travaux le plul rapidement exécutables. Il y avait donc lieu d'espérer que lA fldtuation critique, où l'on s'était si témérairement engagé, ne se prolongerait pas, et qu'une sérieuse reprise des travaux mettrait incessamment fin à des désordres dont le carnets devenait de jour en jour plus alarmant pour la paix publique. L'état dressé dans la réunion de l'Hdtel-de-Ville du nombre approximatif des ouvriers sans travail donnait 17,000 lioitii> mes. Personne alors ne pensait que ce chiffre dût-beauëou^ s'accroître, et généralement on le tenait pour exagéré. Cte* pendant, vers le 15 mars, le chiffre réel s'élevait déjà à j^ys de A9,000 hommes.

L'organisation adoptée par M. Emile Thomas était toute militaire. L'administration, divisée en quatorze arrondissements correspondant aux quatorze municipalités de Paris et de la banlieue, se composait de quatre sous-directeurs. Buit conunissaires spéciaux étaient chargés de maintenir l'ordre ; quarante-huit agents de recensement révisaient les listes; douze inspecteurs, sous les ordres d'un inspecteur général, surveillaient chacun un arrondissement. On inventa pour les artistes nécessiteux, peintres, sculpteurs, comédiens, dessinateurs, qui étaient venus demander le béné&cë du décret par lequel le Gouvernement provisoire garantissait le travail à tous les citoyens, l'emploi d'agents payeurs rétrfbtiés è raison de h fr. par jour K M. Emile Thomas eut Hûâ^ U

1 U y eat Jusqu'à SOO de ces agents.

pensée de former à Monceaux une garde spéciale composée des andiens gardes-municipaux, au nombre de mille environ^ qui n'avaient point cessé de toucher leur solde. Mais le projet ayant transpiré, les ouvriers murmurèrent ; pour prévenir des rixes fâcheuses,. on décida d'envoyer les gardes-municipaux à Beaumont-sur-Oise où ils formèrent, sous le corn* mandement de leurs, anciens officiers et sous-offîciers, quatre compagnies que Ton occupa à l'extraction du minerai, et qui après lès journées de juin où on les employa, furent organisées par les ordres du général Gavaignac en corps de gendarmerie mobile.

Quant aux ouvriers, yoici quelle fut leur organisation : Onze hommes a{)partenant au môme arrondissement formai^t une escouade dont le chef était élu par Içs ouvriers et touchait une SQlde de 2 fr. 60 cent, par jour ; cinq escouades composaient une brigade de 56 hommes dpnt le chef était également élu par le suffrage direct et touchait une solde de 3 fr.

Quatre brigades formaient une lieutenance.

Quatre lieutenances composaient une compagnie qui, avec le chef de compagnie, comprenait neuf cents, hommes. Les chefs de compagnie et les lieutenants étaient nommés par l'administration.

En signe de ralliement, chaque service avait son étendard, chaque compagnie sou drapeau, chaque brigade son guidon.

Un chef de service avait trois chefs de compagnie sous ses ordres et conmiandait ainsi à 2,708 hommes. Pour être embrigade, le travailleur devait faire constater à la mairie de son arrondissement qu'il était âgé de plus de 16 ans, et se présenter avec un bulletin indiquant son nom, sa profession et sa demeure. La dépense, comme on le voit, même sur une base que l'on s'assura bientôt avoir été très mal établie, s'élevait à un chiffre considérable, car indépendamtnetit des ouvriers employés aux travaux de terrassement qui touchaient 2 fr., il y avait les ouvriers en non-activité auxquels on continuait de coàipter 1 fr. 60 c, et ceux qui travaillaient

ikli HISTOIRE DE LA RÉVOLUTIOiV DE 1848.

à la tâche, chacun dans sa profession, et recevaient un salaire plus élevé. Les bureaux de secours continuaient, d'ailleurs, à distribuer des bons de pain, de viande et de bouillon aux familles des ouvriers inscrits S et pour surcroît d'embarras, les travaux en cours d'exécution étaient instifiSsants. Les ingénieurs n'envoyaient aucun projet ; à défaut de travaux sérieux, dans le seul but de ne pas laisser lés brigades inoccupées, H. Emile Thomas décida de les employer aux travaux de plantation et de désouchement des boulevards; mais ces travaux n'occupaient pas plus de &(K) hommes à la fois. Plutôt que de laisser les autres dans l'oisiveté, M. Emile Thomas les envoya chercher -des arbres dans les p^inières et des outils dans les forts. Ce système de transport n'était pas économique. Les ouvriers, comprenant tout ce que ce travail avait de dérisoire, n'y apportaient ni zèle, ni conscience. On les voyait passer par longues bandes, aux Champs-Elysées, sur les boulevards , chantant des chansons à boire, se moquant de leurs chefs et d'eux-mêmes, amusant les passants de leurs lazzis. Les plus honnêtes avaient la rage dans le cœur; les autres se riaient d'un gouvernement qui les payait pour se promener tout le jour ; le plus mauvais esprit se répandait dans ces masses que Toa aurait pu si aiséinent conduire à d'utiles travaux et passionner pour de grandes entreprises.

Cependant, les demandes d'embrigadement continuaient toujours*. Les ateliers nationaux, considérés par les membres du gouvernement comme une espèce d'exutoire, leur servaient à se débarrasser des solliciteurs incommodes. Cha-

* £d dehors de TadmiDistration de Monceaai, il y eut aossi des ateliers de femmes, compris dans les ordonnancements du trésor pour 1,720»000 fir.

2 D'après le recensement opéré le 7 juin 1848, la progression det embrigadements fut : du 9 au 15 mars, 5,100 hommes ; dul6 au 31 mars^ 23,250 hommes ; du 1*' au 15 avril, 36,520 hommes; du 16au 30 aTril, 34,530 hommes. La dépense du 5 mars au 23 mai, sous la gestion de M. Emile Thomas, s'est élevée à 7,240,000 francs. {Happort de la commsmn d'^nQuéfe, v. H, p. 156.)

HISTOIRE DE tA RËVOLLTION DE 1848. 1^

cun d'eux, dans la prévision des élections prochaines, était bien aîse'd'y pratiquer des intelligences. Ces ateliers devinrent, au 'bout de peu de temps, un assemblage hétérogène d'artistes et d*aiftisans honnêtes, mais démoralisés^, d'hommes que leur position mettait au-dessus du besoin^, d'aventuriers, de vagabonds, qui sous des professions et avec des domiciles d'emprant, venaient demander le subside de l'oisiveté, et se faisaient les agents des divers- parlis {K)litiques, dont ils litiraient «m supplément de salaire^ Et lé .travail, qui aurait discipliné et moralisé cette masse incohérente^ n'arrivait pas. Chaque jour, M. Emile Thomas se rendait au ministère pour demander qu'on fit hètfr; chaque jour il recevait cette învariaide réponse que les ingénieurs n'avaient rien apporté encore. Enfin^ le 15 mars', M. Marie, indigné dé cett& lenteur, convoqua une réunion des ingénieurs ; après leur avoir exposé le péril pressant , il les somma de fournir sur-le-champ des travaux sérieux : les ingénieurs ne répondirent que par un profond silence. Alors,. M. Trémisot, chef du ser>icc des eaux et du pavé de Paris, leur reprocha avec force leur inertie volontaire bu involontaire, dans un moment oiT il y allait du salut de tous, et proposa une série de travaux immédiatement réalisables. M. Emile Thomas appuya les {dans de M. Trémisot et les compléta^ par d'autres propositions * . En

1 «raidéceiH^eri dam HifSigeànte staUstique que j*Ai' mainiènant sous les yeux, dit M. Marie, dans son rapport à l'Assemblée natioDale, sur les ateUers u^iionBva. {Moniteur y 8 mai 184S), le secret de bien des misères, dont jo ne soupçonnais pas, dont tous ne soupçonnez pas rexistence. »

3 On y yoU, dit un rapport de police, en date du 7 avril 1848, des iparcbands de vin, des logeurs çt même des propriétaires. {Rapport de leLCommission d'enguéie, V. U, p. 17 &,)

f«n arrive, dit M. de FaHoux, dans son rapportai' Assemblée nationale (2^ mai l'SiS), que des individus exerçant uii état lucratif dans le sein de Paris, vont néanmoins au jour et à Theure de la solde toucber un salaire aUx ate- Uers nationaux; n

3 1^. Emile Thomas, dans une note adressée le 4 aoiJit ISiS au ministre des travaux publics, avoue que ces travaux, parfaitement inutiles, dont le résultat est un capital mori, n'ont occupé que 14,000 ouvriers par jour. (7?apport de la commission d*enquHe, v. Il, p. 1 ^7).

146 IMSTOIRE DE lA RÉVOLUTION DE iSftS/

congédiant les ingénieyrs, M. Marié leur recommanda de faire a Tavenir preuve de plus de zèle, car 1« nombre des ouvriers croissant i chaque heure ^ et leur mécontentement, leur irritation croissant avec lecff nombre; il fallak les oo> ouper sur4e^hamp, ou bien s'attendre aux plus grands désastre».

Après que les ingénieurs se furent retirés, le ministpiir«rta «a coitférence avec H. Emile Thomas, M. Budhet et M. Bôulage» secrétaire général du ministère. H. Bûchez eexposa aa ministre que les frais des ateliers nationaux devenaient trop énormes pour que les revenus de la ville y péssent isidire n Il serait urgent^ disaiit*il, de faire supporter p^r le tréaor une partie de cette dépense extraordinaire. En tout éas, il Càdait commencer à réduire la paie de non^activité afin d'arriyer insensiblement à une suppression totale* Le mimstre redou** tait TefiTet de cette mesure et n'osait en prendre la respoust^ Mlité. On commençait à s'alarmer très sérieusement de cette armée fainéante, dont on avait cru tirer un A bon part!'. On sentait qu'elle échappait à ses chefs , et qu'il serait Ineiitdt aussi difScile de la maintenir que de la dissoudre.

M. Emile Thomas rassura le ministre, se fit fort d'opérer la réduction du salaire, et dès lé lendemain , 16 mars, tl annonça dans une proclamation ^ que la paie ne serait plus dorénavant que d'un franc par jour pour les ouvriers sans ouvrage. Sa confiance ne fut point trompée. Le' sentiment de la justice et la honte de retenir un saîaîfe immëfité par-

^ Dans ces premiériï temps la comptabiti té des ateliers oatic^anx fat à |K^ pr^ nulle. On mentionnait la recette et la dépense sur an siinpte c^fUm. Ia» fondU destin^ à la paie se distribuaient sans garantie, saoy oontlèle, sans responsabilité sérieuse, sur un reçu des agents chargés de la iéparti; tlon; un grand' nombre de doubles paiements et même de fauise^ sigâatarès résultèrent/de cette absence de contrôle et d'admintstratîoâ'régottèire. La d^Qsedu premier mois fut de 1,400,000 francs envirop. Le^5 mtrs» on liispecteur des finances, M. R6y, fut envoyé pour organiser la comptabHHé. Malgré un complet désordre, il ne constata cependant qu'un déficit de 600 fr.

* Voir aux Docwrmts hikoriques , à la fin da volume, n* 9. •

HISTOIRE DE J.A RÉVOLUTION DE ISftS. 1A7

lèreDt plua hfiut que le hesoin dans ces tnasses troublées, maid ood carrompUed. Les prolétaires, montcèreot linef^b encore- combien V ma vie dana les circon$taacei les plusi cii? tiques, ils étaient aecesaibLBs Âla voix de la raison* Atieun murmure ne s'éleva contse. une, mesure rigoureuse qui diminuaii un salaire déjà insuffisant ^ Les ouvriers se soumirent. C'était le« jour, m^e où Télite de la garde nationale donnait l'exemple de la rébellion par une démonstration d'hostilité envers le gouvernement et de répugnance .pour l'égalité dé* mocratique ; démonstration à laquelle le bon sens railleur du peuple a infligé 1er sobriquet caractéristique de manifeitation

fin dehors des mimstèMs, trop peu subordonnés au conseil 4a Gotivernâment provisoire pour lui créer une forte unité d'action, deu^ pouvoirs indépendants s'étaient élevés*: la mairie de Paris et la préfecture de :police. Dans les tenqps ordinaires^ ces deux admimstrations considérables relevaient du ministère de l'intérieur qui tenait ainsi dans ses mains le gouvernement de Paris ; mais l'établissement révolution^ naire du 26 février scinda en trcHs «t divisa profondément cette action commune. ^ '

0]^dé par les souvenirs dé la première révolution, le conseil dans sa première séance de l'hôtel de ville avait ratifié l'élection d'un mràre^de Paris, faite, commeje Tai raconté plus haut, dans l'assemblée tumultueuse du consdl municipal, et il avait conféré à M. Oarnier-Pagès de» pouvoirs «xtritoi»^ dinaires. On a vu de quelle manière, pendant ce tempif , l'uii des agentside la Réforme, M. Marc Gaussidière, ancien prési* dent de la société des dioits de l'homme à Saint4$tienne « condamné à la priscm perpétuelle après la dernière insurreo* tion de Lyon y s'était installé à îa préfecture de police. Les deux grandes rivalités du parti démocratique s& trouvèrent ainsi en présence, retranchées chacune dams un poste impe!f*

> Les Mvriers ae tvmiUaieat d^à pluf qH*ii«i Jour iiir qwHrê,

148 HISTOIRE hh: LA RfïVOIXTHKN DE iÈtfi.

tant, en mesure de se combattre à armes «gales* La lutte ne tarda pas à s'engager. Dès le 26 février dans* la soirée, IL Gamiei^Pagës, affectant de traiter M. Caussidi^e comme un subordonné , lui envoyait par M. Bethmont l'ordre dé faire enlever les barricades qui gônaient Tarrivée» des sobsi* stantes. Celui-ci reçut à la préfecture de police un accueil qui hii fit comprendre à quels esprits insubordonnés le gou* vem^oftent allait avoir affaire, et combien il serait malaiÉ^ de ksplier à une autorité <{Ufilconque. Entouré déjà d'uabataii^ Ion intrépide d'hommes rassemblés au hasard par un instinet commun 'd'aventure, M. Marc Caussidière jouait avec un sérieux imperturbable un personnage à demi boufifon, i demi tragique. Tout était évidemment calculé à la préfecture de police pour grandir son importance. Frapper l'imaginatioa d^ bourgeois par un contraste fortement tranché entre un appareil toujours menaçant pour les classes riches et ides actes de protection individuelle , entre d^s discours insensés et une administration prudente, c'était là le but deJf.danssH 4ière ou plutôt c'était le moyen par lequel il obérait se rendre indispensable, prolonger indéfiniment son autorité et la sous* traire au contrôle* du Gouvernement provisoire. Gomme il était favorisé dans ses desseins par la perturbation des esprits et par les cabales des partis rivaux, Gaussidi^e réussit pen* dant la cris^ révolutionnaire à se maintenir en équffîbre en s'appuyantf non sans habileté, tout à la fois sur les bas-fonds du prolétariat, dont il savait flatter les instinots, et tSur la bourgeoisie qui se divertit bientôt de sa vervo/excentriqnét et lui sut uo gré infini de Tordre si vite rétabli dans la ville. A. une première insinuatioa d& M. Garnier-Pagès pouf lui faire accepter le commandement du château de Gompiègne, M,Gaussidière avait répondu en homme résolu à ne paS-se laisser éconduire. Quand M. Bethmont s'aventura le lendemain à la préfecture de police, elle était déjà occupée railitaîremént; il n'y avait plus moyen de songer à en expulser personne. A travers les fumées de la. poudre, du tabac et du

lilSVOlHE DE LA HKVULUTION DE 18Zi8. i/i9

vin qui faisaient dm salons récemment quittés par M""* De« tessert une tabagie armée, M. Bethmont apostrophé^ injurié, traité de monarchiste et de traître à la République, parvint à grand'peine jusqu'à M. Causgidière'yetmalgrélapolitessedu* préfet de police ' qui s'empressa d'accorder à Fintercession du ministre la grâce d'un malheureux ' chef de patrouille , qu'on se di^sait a fusiller pour avoir oublié le mot d'ordfer, il ne se dissimula paâ la difficulté de ranger, à l'obéissance une administration pareille. L'impression qu'il rapporta de sa visite et qu'il communiqua à plusieurs de ses collègues, leur donna l'éveil. Déjà l'on était convenu de la nécessité de reconstituer le Gouvernement provisoire sur de . meilleures bases.

En entendant le récit de M. Bethmont, on réâohit de se presser. Mieux valait, pensait-on, commencer immédiate* ment une lutte inévitable que de la remettre à une époque indéterminée ; laisser aux forces ennemies le loisir de se mieux reconnaître, serait une faute capitale; il fallait réduire les factieux de l'hôtel de ville et ceux de la préfecture de police, avant qu'ils se fussent mis complètement d'accord. Sdon le plan dç ces conjurés de la République conservatrice, on de* vait faire une proclamation nouvelle de la République et for* mer un nouveau Gouvernement provisoire dont M. deLamar* tine, qu'on ne prit pas la peine de consulter, serait président.

La hâte était grande; le rendez^vous fut' pris pour le 27, dans la nuit, chez M. Marie, afin de combiner les moyens d'exécution. M. Bethmont, chargé de rédiger la proclama* tion, fut exact au rendez-vous ; mais il se trouva queM. Marie, l'âme du complot, l'avait oublié. Harassé des fatiguer du

1 Uoe politesse recherchée fut dans ces premiers Jour^ rostentatiào i» M. Caussidière. Des lettres de M*"* Delessert attestent sa courtoisie. M. (Jaussidière m conduisit à son égard comme M.. de Lamartine ravait fait à Tégard de M. Ouizot. l\ refusa d'entrer dans les appartements particuliers que madame Delessert avait quittés précipitamment, et ordonna que tous les objets qu*iU contenaient lui fussent remis. (Voir au% Documents -historiqueif à la fin du vohime,VlO.

150 Hll?rOiRE DE LA HËVOLUTIQN DE i8M.

joQr, il s'était jeté sur son lit et dormait profondément. Néanmoins, comme la chose en valait la peine, on se décida à le tirer du sommeil et à lui faire connaître que MM. Harrast, Gamot, Pagnerre et Bethmont l'attendaient dans bi pièce voisine pour affaires majeures. La délibération , aiofti enbh mée, ne prit ni une tournure bien sérieuse, ni on aecMt bien vif. On se voyait d'ailleurs en trop petit nombre pour procéder avec une apparence de légalité. M. Gurnier-Pagéa m* voyait 3es excuses ; MM. Arago et de Lamartine im piiwsaient pas. Sur l'observation de M. Marrast, on décida iosii qn'3 était indispensable de s'assurer le concoure da général Oourtais. Au bout d'une heure, les différents émissÉires dé* péchés de côté et d'autre n'ayant trouvé personne, on remit ab lendemain la conférence. Le lendemain, d'antres loucM la firent encore oublier ou ajourner. Sur ces entrefaites. M; Ceii»' ridiére, qui ne conférait ni ne délibérait, s'était fortifié de telle manière avec ses montagnards que c'eût été folie de Fattaquer de vive force. On essaya bien encore , i diverses reprises, de subordonner la préfecture de police è h: mame de Paris; on évita de reconnaître oOSciellement Gaôssidière ; on tenta de lasser sa patience par mille tracasseries ; mais le ré» sistance, a^^uyée par M. Ledru-RoUin , se mon traplus opiniâtre que l'attaque, et le 17 mars, à la sollicitation expresse du mi^ nÎBtre de l'intérieur, la nomination deM. Caussidière fut enfin régularisée. Pendant ce temps, M . Caussidière mettait la prëfsctûre de police sur le pied de la commune de Paris , ea 98.. fl réunit autour de lui un véritable corps d'armée qui^ sûus le nom de gardes du peuple et de montagntMrdê^ lui formait itfle garde personnelle redoutable. Il la divisa en quatre compagnies formant ensemble environ 2,700 hommes à pied et a idbieval qui touchèrent une solde exceptionnelle de déàxftmcs vingt-cinq' centimes par jour, et portèrent, en guise d*iiiiî* forme, la blouse Heue, la ceinture et la cravate en laine rouge. Pour se faire admettre dans cette garde du peuple il fallait avoir combattu aux barricades, être affilié aux sociétés se-

HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION DE 18/ik8. 151

cpètes, ou tout au mmqs avoir été détenu politique. Un fanar tisnae extraordinaire pour leur chef , qu'ils appelaient le «oleîl de la République^ régna longtemps parmi ces hommea de coups de main ; mais peu à peu , malgré une surveillance soupçonneuse, dqs agents secrets d'un autre chef de bande, desesjl^ons aux gages des partis seglissèrent dans leurs rangs, si bien qua Caussidiére n'en fut plus absolument maître et rencontra ploa d'un délateur dans ce bataillon de renommée incorruptible. ^ '

M. Caussidiére était activement secondé dans ses menées par un jeune homme nommé Sobrier, qui exerçait un ascendant trè^ étrange sur les plus violents .d'entre les terroristes. A le voir^ cela n'eût pas paru possible^ Son visage pile et délicat, la parfaite douceur de sa physionomie , la politesse de ses manières ne semblaient pas le désigner pour ce rôle de chef de sectionn^aires. Les plus singuliers contrastes se montraient en lui. Originaire de Lyon, fils d'un épicier chargé de famille, M. Sobrier avait été adopté par un de ses oncles, percepteur d'un viUttge du.dl^>ar tement.de l'Isère. Mais auboutdepeude temps^ il s'ennuya de la vie^ bureau et partit un matin pour Pariff sans savoir le moins du monde ce qu'il allait y faire. U étmt alors âgé de vingt ans , frêle de corps , timide d'esprit , royaliste et bon catholique ^ d'une bravoure naturelle extraordinaire.

Pendant le trajat de Lyon à Paris, la diligence où il avait pris place s'arrêta de nuit au bas d'une 6Ôte, dans le voisi* naged'un puits profond et découvert ; M. Sobrieren descendant de voiture y tomba. On fut longtemps avant de l'en retirer. U était év^BOui, saignait, la tète meurtrie. On le tint pour mort. Quand il revint de la longue maladie qui fut la suite de cette chute, son cerveau, déjà faible, s'était affaibli encore; il s'exalta. Bientôt, sous l'influence de ses compatriotes lyonnais, tous affiliés aux sociétés secrètes, Sobrier tourna à une sorte d'iUumiuisme républicain dont ses nouveaux anus surent tirer avantage, quand par suite de deux héritages

1512 liliyïOlKlv DK LÀ HKVOLUTIUN DK 1^4».

opulents il fut devenu Tuiixlea champions les plus riches de la cause démocratique. Ëutré en 18âA dans lasùeiétédes^ai' êons^ M. Sobrier se trouva compromis dans le^complottl'aml. Le 21 février, il combattait bravement aux barctcadeâ jet- il 6rt désigné dans les bureaux de la Réforme pour aller , de concert avec M. Caussidière ^ prendre possession de la^prafeetare depolice. Deux jours après, M. Caussidière» soitpoiir éloigner un concurrent. incommode, soit plutôt pour créer un »itre centre révolutionnaire qui resterait, à Tinsu de tout te monde^ sous sa direction, envoyait M. Sobrier s'établir rue deBiyoli, h"" 16, dans un appartement dépendant de l'ancieDiie liste civile^ et lui remettait le soin d'y organiser au plus vite un club et unjournalf Protégé par M. de Lamartine qui espérait se servir de lui, et secondé par MM. Cahaigne et Huber, gkïbrier, tout en fondant ostensiblement un prétendu comice agricole, réunit secrètement désarmes et des munitions/ s'investit de sa propre autorité d'un commandement militaire et ibrmci sur le pied des montagnards de Caussidière, un c<u*pfrdfi trois i quatre cents hommes qui, ainsi campé au milieu dai|uârtîerl6 plus paisible et le plus riche de Paris, y causa un étoiineme&t et une frayeur immodérés. Le ton donné rue de Rivc^ était celui de la préfecture de police. On y parlait à tous propos de brûler Paris, d'en finir avec les bourgeois. La vue ne s'y reposait que sur des pistolets, des sabres ou des carabines* On se tutoyait en se qualifiant de brigands ou de traîtres. .On n'arrivait jusqu'au chef qu'à travers une haie d'estafiers armés jusqu'au?^ dents et demandant d'un air sinistre le mot de passe. Et pour compléter le tableau, une table de trente couverts 'recevait à toute heure quiconque se tM*guait de patriotisme, tandis qu'un carrosse de la liste civile, atteté de deux beaux chevaux des écuries royales, stationnait en permanence dans la cour pour porter, sur tous les points de Paris les ordres de Sobrier et de ses acolytes. Ce fut un véritable carnaval révolutionnaire mené par le fou de la République. On en sourit aujourd'hui ; alors il faisait peur^ On te croyait

HlS'rOIHE DE lA HKVOLIJTION DK i&W. 153

)le ; il n'était qu'extravagant,. Le Sobrier républicain [U^avait été le Sobrier royaliste : le IIleiUeu^ coôur le plus faible esprit^ qui, au fond, n'en voulait |F il à personne.

i^^- d majorité du conseil, voyant l'impossibilité d'évincer

^Mi; Caussidière et craignant que M.Ledru^Rollin, servi par la

r préfecture de police, n'usurpât, comme il paraissait y viser, la

dictature, voulut du moins s'assurer au cœur de Paris un

point d'appui solide.

La mairie de Paris, vacante par la nomination de M. Garw nier-Pagès au ministère des finances, fat donnée à M. Marrast, c'est-à-dire au iVaftemaJ, personnifié dans l'homme le plus ca-» pable par son esprit et par sa tactique de lutter avec avan* tàge contre la ruse etlà popularité de M. Gaussidière, l'homme de la Réferme. Cette lutte n'était pas nouvelle. Depuis sa rentrée de l'exil en 1837, M. Marrast avait pris, d«ns le iVatitmfd^ la direction de l'exposition républicaine; et, du jour où la Réforme était venue lui disputer ce gouvernement de l'opinion en quittant la polémique politique, qui ne passionnait guère les masfees, pour celle des questions sociales^ il avait tourné contre elle sft verve railleuse et le trait acéré de ses épigrammes. Né à Sain t-Gaudens,* dans le département de la Haute-Garonne, d'abord élève,, puis maître de classe au Collège de Pont-le-Voy, M. Marrast s'ennuya de cetter profession obscufe, viiit à Paris et éherchâ dans la politique du journalisme une activité plus conforme à la nature de ses talents. A]|^r&s 1880, il devint rédacteur en chef de la Tribune^ fut il»pliqué en ISSÂ dans le procès d'avril , s'évada de la prison de Sainte-Pélagie avec Godefroy Cavaignac et se réfugia & Londres, d'où il adressa au National une correspondance siar la politique de l'Angleterre. A son retour à Paris, il prit la direction de ce journal dont il fit la fortune et qui le porta au pouvoir.

M. Marrast n'était point un aihbitieux. Ses vues ne portaient ni haut, ni loin. C'était un homme désireux de parve-

iM USTOIOE DE LA RÉVOLUTION J)£ i8&8.

nir. )1 soidiaitart te pouvoir et la richesse , non pour élever son nom ou agrandir sa vie, mais pour se procurer des jouis» Émces plus nombreuses. Esprit vif, habile à ^rrer les fiens d*une coterie , à deviner, à capter, à tourner à ses finsdes'carao lères supérieurs ^ U maUqnait cependant des qfuftlitét^ essèntiélhs pour cimenter un parti. Inconséquent, railleur et dTunft morgue oflensante; léger, désordonné en affaires, il perdait en un jour , par un^ mot , par une inadvertance , l'avantage conquis par de longues menées. Toute son acticm pendant la durée du Gouvernement provisoire ne fut ^'une action de pirfiee ou de diplomatie. Ses préoccupations peraonneites et le scepticisme invétéré de son esprit réduisirent à unelnfluei»^ négative la part d'autorité que lui faisaietit ses antécédents, k^ perséeution soufferte pour la cause répubUc£^n& et sa rare ciapacité.

Ifous avons vu qu'à son entrée dans le conseil M. Marrast s'était contenté du titre modeste de secrétaire. Il n'appuya point les réclamationsde M. Louis Blanc et demeura étrange à la substitution qui se fit dés le 26 au Moniteur '^ ; il n'atMiçhait pas d'importance- aux marques extérieures du pouvoir §t voyait d'autant mieus^ s'en assurer la réalité qu'il entrerfait moins directement en lutte ^vec ses collègue^ l^s uiiie fus installé à l'hôtel de ville , .le 10 n(iars » il sut prendre ses mesures. Son premier soin fut de congédier le conseil municipal dont le contrôle lui j»emblait importun , et de se pro^ purer ainsi W l^bn^ dîspoi»tion d'un budget de 3& ïmll^ws ; i^rès quoi il fortifia la garde de l'hôtel de ville poftée sous ie commandemetit du colonel Rey à 2,700 hommes; puis^ anfin^ il mit sur pied une police active et nombreuse '^char- Héo principalement de surveiller la police de M. Gaussidière,

,1 G«lte substitatkm te fii dan» VOfffce de pv^liçUé éUUi le 24 an loir, dans un bureau de Thôlel de ville, sous la direction de M. Charles Blanc^ frère de M. Louis Blanc.

3 D'après réyaluation de M. Adam, adjoint à la mairie de -Paris^ eetts police» pendant radministration de Marrât, n*apas du coûter moins 4e 50^000 fr.

HIStôlRË DB LA RfiVOLUTIOK ÈÈ im^ ttt

celle de M. Ledru-Bollin et celle de M. de Lamartine. D eut bientôt des agents au ministère de l'intérieur , dans tous les clubs, dan3 tous les ateliers *, et fut de tous les membres du gouvernement le plus exactement renseigné sur les intrigues des chefs de parti. En iQÔme temps, il nQmn^it fiu secrétariat de la mairie un homme d'une grande énergie dans l'opinion modérée, M. Edmond Adam, et plaçait auprès de lui à titre de secrétaires, un révolutionnaire ardent, nommé Daviaud, et l'un de ses anciens compagnons de captivité, ami intime de M. Barbes, le cordonnier Schilmann. De la sorte, il se ménageait des intelligences de différents côtés, se tenait prêt i fout événement, et pendant qu'il rassemblait avec activité des éléments de résistance, il ne négligeait pas dé prévoir lé succès possible de ses adversaires. Exempt de passions , il croyait pouvoir conduire les passions d'autrui parce qu'il les savait pénétrer, et se flattait de dominer ainsi la révolution. L*erreur éiait profonde. Si la finesse de l'esprit suffit à déjouer les individus, pout maîtriser les événements il faut la puissance du génie ou la grandeur du caractère.

Nous venons de passer en revye les forces diverses qui aà sein du gouvernement s'efforçaient de saisir la direction des affaires, n nous reste à prendre connaissance des différentes actions exercées en dehors de lui sur le peuple par la presse,

par les clubs et par ^influence personnelle dès imitateurs.

1 U»1Mi éùomeê &ê Mte pAiêê èlla aétf igonoi 4e II. KanM m IM^ OèM ita eon^tet «nt «réé an tadget do to BMirie u« déficit dont il » éU imijoMible de jreadre compte.

156 HISTOIRE DE LÀ RËVOLUTIGN BË UM8.

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