‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 2 sur 55 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

vère avec les années. Pourquoi donc en vouloir ou en permeltre la réimpression? Par un motif qui semblera bizarre à plusieurs : le devoir; le devoir, tel qu’il m’apparaît pour chacun de nous, plus impérieux il mesure qu’il devient plus difficile, de solliciter, par tous les moyens et sans trop consulter ses forces, l’attention publique à l’examen des vérités contestées; de protester, aussi haut qu’on le peut, contre l’indifférence en matière de politique et de dire résolûment ce que l’on croit juste, à ceux-là même qui font profession de n’estimer que ce qu’ils croient utiles. C’est aussi parce que j’ai l’assurance, qu’aucun des récits publiés par les acteurs ou par les spectateurs de la révolution de 1848 n’a pu être écrit dans un ensemble de circonstances aussi propices à l’indépendance complète des vues et des jugements. Mais ceci demande explication.

Lorsque éclata la révolution de Février, mon attention, mes vœux étaient depuis longtemps tournés vers le progrès des idées démocratiques. L’intérêt que je prenais à la chose publique était vif, mais il n’avait rien de personnel. Quelle que dût être l’issue d’une révolution prochaine, je n’avais pas beaucoup à en craindre, je n’avais absolument rien à en attendre pour moi-même. Mon sexe, sous tous les régimes, m’interdisait les ambitions politiques; la convoitise féminine du pouvoir pour mes amis ne m’était pas

DE LA SECONDE ÉDITION. ix

pormise flavantage; car, si j’clais élrangèrc au parti que la Révolution allait confondre, je n’appartenais pas non plus à celui dont elle préparait le triomphe. Bercée dans mon enfance aux légendes des guerres vendéennes, attachée par des liens de famille à la branche aînée des Bourbons, mais ne gardant des princes de la maison d’Orléans que le souvenir d’un accueil aimable, l’étude, la calme étude des idées, non la haine des personnes, m’avait conduite à des opinions différentes de celles des miens. L’influence d’une éducation très-chrétienne m’inclinait vers les humbles, vers ceux qui souffrent, mais on ne m’avait point enseigné les formules du socialisme. J’admirais, dans l’iiisloire, le génie des républiques italiennes et l’héroïque liberté de la république batave, mais je connaissais peu la démocratie contemporaine et j’ignorais ses grands hommes. A l’exception de M. de Lamennais et de M. de Lamartine, je n’avais fréquenté ni les républicains qui formèrent le gouvernement provisoire, ni les républicains qui tentèrent de le renverser. Les rivalités du National et de la Réforme me touchaient aussi peu que les rivalités du Constitutionnel et du Siècle. Ce fut seulement après l’élection du.prince Louis-Napoléon Bonaparte que mes travaux historiques me mirent en relations suivies avec le parti vaincu.

Je n’étais donc influencée, en retraçant la suite

Page 1