X PRÉFACE
des événements, par des préjugés d’aucune sorte; je n’avais à me disculper ni à me venger d’aucun tort. C’était là un état d’esprit très-favorable à la recherche pure et simple de la vérité ; c’est pourquoi j’ai cru devoir l’entreprendre ; c’est pourquoi, après tant d’années, je me sens autorisée à remettre sous les yeux du public, un livre, à d’autres égards, extrêmement défectueux.
J’aurais pu, j’aurais dû, sans doute, désirant le faire agréer, le refondre entièrement dans un ordre meilleur, dans une composition plus savante. Je ne l’ai pas voulu. 11 m’a paru que, à ce remaniement, s’il gagnait quelque mérite, il perdrait sa valeur principale, son caractère de sincérité spontanée et de vivant témoignage. Je me suis donc bornée à rectifier les inexactitudes de détail; j’ai supprimé des anecdotes contestées, qui ne valaient pas une nouvelle enquête; j’ai effacé des épithètes échappées à l’improvisation; j’ai tâché de faire disparaître quelque disproportion 'dans l’importance relative de certains personnages, vus, ceux-ci, dans le feu de leur propre narration, ceux-là, dans le miroir trop complaisant de l’amitié, d’autres enfin avec ma prédilection propre pour le courage de l’esprit et du caractère.
Telle qu’elle est, avec tous ses défauts, je soumets au lecteur, en 1862, cette Histoire de la Révolution de 1848. Mais, dans mon intention, ce lecteur
DE LA SECONDE ÉDITION xi
n’est plus aujourd’hui le même qu'il y a dix années. Ce n’est plus aux personnes qui ont fait ou qui ont subi la République que mon livre s’adresse. Je considère qu’il leur serait inutile ou fâcheux. A de rares exceptions près, celte génération est fatiguée; elle a visiblement besoin de repos. Quelques-uns, les plus stoïques, le demandent à la solitude; d’autres l’ont su trouver au sein delà famille ; la science, les arts, l’industrie en ont distrait ou consolé plusieurs. Inviter des âmes tristement résignées , bienfaisantes à leur manière et dont j’honore le renoncement, à étudier avec moi les causes de nos désastres passés, ou les moyens de préparer un avenir meilleur, ce serait, sans raison, y ramener le trouble : tel n’est pas mon dessein. C’est à une autre classe de lecteurs que je voudrais offrir mon livre, dans l’espoir qu’il lui pourrait être de quelque utilité.
Depuis la chute de la République, une génération nouvelle est venue. Entrée à peine dans la vie publique, appelée à son tour à prendre part aux affaires, à voter dans les comices, à siéger dans les assemblées, à exercer les professions libérales et les droits civiques, cette génération, un peu déconcertée par la fréquence et la contradiction de nos changements politiques, se demande, à cette heure, ce que l’on doit entendre chez nous par le droit et la liberté. Dans le brusque passage de la royauté à la république, de la république à l’em-
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