‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 20 sur 55 · ST (U H K · texte numérisé non relu

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iiiandeiiieiit ;,"éiiéi'al de la }>'ardp nationale et des Ironjies. Sous deux heures, cet avis sijiiié du duc d’isly devait être |»lacardê sur les murs de Paris. Le maréchal l'ecommandu d’en donner lecture dans tous les rassemblements, à toutes les barricades.

Le maréchal pouvait-il encore, à cette heure, se faiiv quelque illusion sur ref'licacité d’une proclamation semblable, ou SC conformait-il. eu attendant mieux, aux instructions des chefs politiques? On peut croire que, malgié la netteté habituelle de son jugement, le duc d’isly ne concevait pas bien l’incompatibilité de son nom avec le système (le la conciliation, l'eu de moments après la scène que je viens de l'apportei’, il monta à cheval pour aller faire une reconnaissance. Accompagné des généraux de la Rué ' et d’Arbouvillc, il s’avança par la rue de Rivoli, où stationnait un bataillon de la dixième légion auquel il commanda de le suivre. Le bataillon demeui-a silencieux et n’obéit pas. Le maréchal i»réoccupé continua sa route sans s’apercevoir (|u’il n'était pas suivi, et s’avança, par la place des l’yramides, vei« la rue Saint-Honoré, oii il voulait haranguer le peuple. Alors, un capitaine d'état-major de la garde nationale accourut voi-s le gènéi’al de la lUu"‘, l’avertit (|iu‘ la garde nationale refusait d’obéir au niari'chal et (pril était inst'usé à lui d’aller ainsi, absolument seul, au-devant d(! rémente. Le maréchal, entendant à demi et' colloque, demaiida de tpioi il s’agissait; on hésitait à lui répondre; eiilin, comme il pressait de questions l’oflicier ; « Lhbien, maréchal, lui dit <;elui-ci, j’expliquais à ces messieurs (jue vous ne pouvez rien faire, parce que lu ÿarde nationale ne veut pas de vous . » Le maréchal lit une exclamation soldatesque et voulut continuer sa route. Mais le général de lu ^Ruë l’ayant engagé à retourner vers la place du Carrousel,

' Le général de la Kuë avait été envoyé à rélal-inajor par le général Tré/rl iiiii, se menant à la disposition du marécliul Bugeaud, lui taisait demander s’il pouvait eneure se présenter ou château, quoiqu’il ne se considérât plus comme ministre.

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a/iti (l’y duTflK'nin bataillon de la li^ne, il céda et rentra, pour n’en pins sortir, dans la cour des Toileries.

D’nn antre c(Mo, M. Barrot, encore bercé d’une confiance puérile dans sa popularité, voulut aussi se montrer aux barricades. A la (été d’un cortège où l’on distinguait MM. Horace Vernet, Oninette, Oscar de Lafayette et le général Lamoricière, il essaya de se frayer un chemin, par les boulevards, jus(pi’à l’Hétel de Ville, espérant dissiper sur son passage, par des explications sincères, le malentendu qui, selon lui, prolongeait seul un conflit sans cause réelle, depuis qu’il était en possession du pouvoir.

Triste expérience d’nne vanité présomptueuse! Entouré, (lés son arriv(‘e sur les boulevards, par une foule curieuse, mais peu sympathique, qui semblait lui rendre hommage (‘t qui en réalité entravait sa mai'che', M. . Barrot, monté sur un chevid que l’on tenait par fa bride, ne recueillit, pour prix de ses efforts, (|ue des mo(|ueries et des insultes : « A bns les endormeurs ! Nous ne voulons pas des loches ! plus de Molét plus de Thiersl plus de Barrot l Le peuple est lemaUre! t> Tels (Haient les propos qui -répondaient aux essais de harangue du ministre. Enfin, cruellement déçu, avançant toujours à travers une multitude de plus en plus hostile, M. Barrot, épuisé par ses efforts et par le découragement qui s'emparait de lui, s’arrêta au pied de la barricade du boulevard Bonne-Nouvelle, que le général Bedeau venait de quitter. Là encore, malgré le tumulte, malgré l’exaltation à laquelle le jteuple était en proie, M. Barrot fil une dernière tentalivo. Monté sur une des assises de la barricade : (( Mes amis, dit-il en élevant la voix, nos efforts tîommuns l’ont emporté. Nous avons l econquis la liberté et, ce qui vaut mieux, riionnêteté. » Des clameui's l’interrompent; un homme du peuple s’avance vers lui et lui impose silence d’un geste menac.at1t. D’autres le poussent, le reii-

' l-e géinTiil Dedeau y fut lioinpé. lU'iK^oiilrant ,M. Odiloii Bairol. à la liaiilPiir du luinlevard Itniipii. il cnit à une malion popnlain*

versent. Entraîné par ses amis, M. Barrot retourne sur ses pas, le cœur navré, convaincu enfin, mais trop lard, qu’il a contribué à déchaîner des éléments que ni lui ni personne ne sauraient plus conjurer, et prenant avec lui-même, dans l’amer repentir de son for intérieur, la résolution de tout risquer pour sauver le roi, ou, du moins, si le roi ne peut être sauvé, la dynastie.

L’ordre sif^né du maréchal Bugeaud venait, en effet, d’anéantir ta dernière chance de salut qui restât au gouvernement de Louis-Philippe. Quand le général Bedeau, décidé à se replie)' sur la place de la Concoi'de par les boulevards, fit opérer à sa (îoloime le mouvenient de retraite', le peuple l'emplit l’air de ses acclamations. Vive la ligne ! criait-on de toutes parts, avec un élan qui allait au cœur du soldat ; et la multitude, pressant les flancs de la colonne, engageant des colloques, e.ssayant de fi'atei niser, embai’iassait une marche i-endue, d’ailleui's, ti’és-pénihle parle gi-and nombre de barricades qui, détruites le matin, avaient été relevées dans l’intei'valle. Les soldats, en passant, échangeaient avec les citoyens qui gardaient ces remparts de la liberté des poignées de mains et des félicitations sur l’heureuse issue de la guerie civile. La cavalerie et l’artillei'ie ne trav ei’saient qu’avec une difficulté extrême ces masses de pavés à peine déi'angés.

Toutes ces démonstrations, toutes ces entraves allongeaient indéfiniment la colonne. Le général Bedeau, qui > marchait en tête, pensif, inquiet, voyait, sans pouvoir l’empêcher, une fi'aternisation si peu confoi’ine à la discipline.

Il touchait à la rue de la Paix, quand l’arriére-garde, commandée par le général de Salles, fut ai i êlée à la hauteui' de la l’ue de Choiscul par un encombrement tumultueux. Le peuple ne voulait plus laisse)' passer les cano))s et so ))iettait en devoi)' de les déleler. Les soldats )'ésistaie))t

' Une compagnie do la garde nationale la pii'a'dail pour mieux indiquer l’intention pacifique de ce inouveinent.

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laibleinent. La foiile impatiente se jetait sur les caissons et en commençait le pillage « Au nom de la paix, dit au général de Salles le coramandant d’un bataillon de la 2' légion qui débouchait par la rue de la Chaussée-d’Antin, reniettez-moi vos canons. Vous voyez qu’ils ne peuvent plus avancer. Le peuple s’exaspère; vos soldats courent les plus gi-ands dangers. Au nom de la paix qui est faite enli-e le gouvei nement et le peuple, en signe de réconciliation, faites mettre la crosse en l’air. »

Cette jiarole, entendue par les gardes nationaux (jui entouraient le commandant, est aussitôt répétée et court de bouche en bouche. La crosse en l’air ! la crosse en l'air! la paix ! ta paix ! Tel est le cri unanime qui retentit au » oreilles des soldats. Déroutés, démoralisés par cette retraite si étrange, ils obéissent machinalement; les canons restent entie les mains de la garde nationale.

Cependant, le général Bedeau, qui voyait le désordre dans ses rangs et la mas.se populaire plus orageuse à mesure qu’on approchait de la place de la Concorde, expédie un de ses aides de camp, M. Espiveut, pour prévenir la I loupe, qu’il arrive escorté de la garde nationale et que le peuple n’a pas d’intention hostile. L’infanterie disséminée» l'arme au pied, sur la place, ne témoignait aucune défiance; mais les gardes municipaux, au nombre de vingt, qui occupaient, sous le commandement du sergent Fou-, quel, le poste de l’ambassade ottomane, à l’entrée de l’avenue Gabriel, voyant fondre sur eux le flot populaire et sachant bien qu’ils en avaient tout à craindre, se rangent en bataille, en dehors delà grille du corps de garde, et ap-

' Le général Bedeau élail à la liaulcur de la rue de la Paix lorsqu il apprit ce lait. Faisant signe à la iiersonne qui lui avait apporté l’ordre du maréchal, et qui suivait à distance, de s’approcher : « .\u nom du ciel, lui dit-il, si vous avez quelque autorité sur les hommes du peuple, faites-leur comprendre qu’ils déshonorent le soldat en j)illant ses munitions. Empêchez cela à tout prix. Le peu|de ne læut pas vouloir humilier l'armée. » El, en pariant ainsi, il avait presque* les larmes aux yeux.

HISTOIRR

prêtent leurs armes. A cette vue, le peuple pousse un cri (le mort. Le sergent Fouquel commande le feu. La décharge tue OH hlesse plusieurs personnes. Alors le général üedeau, sa casquette à la main, s’élance au galop entre les combattants, faisant signe aux gardes municipaux de ne pas faire feu, en même temps qu’il conjure le peuple de se retirer; mais c’est en vain; le sort en est jeté. Dans cette mêlée houleuse, aucune voix ne pouvait se faire entendre, aucun commandement ne pouvait être obéi. Une nouvelle décharge retentit. « Trahison! trahison! » s’écrie le peuple. La garde nationale bat la charge. Les chasseurs de Vincennes, se croyant attaqués, tirent à leur tour. La confusion devient terrible; les gardes municiptaux sont assaillis avec fureur. .Malgré les efforts du général Bedeau et de .ses aides de camp, le peuple se rue sur le corps de garde, il le démolit, le fait é('rouler en un clin d’œil; il tue, il blesse mortellement, à coups de baïonnette, à coups de sabre, à coups de crosse, ces héroï(iues et malheureux défenseurs d’une cause perdue*. Le sergent Fouquet, atteint de plusieurs coups de hache, pai-vient à fuir jusqu’au pont Tournant. Afin de le dégager de ceux qui le poursuivent, le chef du poste commande le feu. Cette décharge malheureuse blesse .M. de Calviéres, tue M. Jollivet, député, et quelques autres personnes qui cherchaient nn refuge dans le jardin des Tuileries*. Alors uu officier d'état-major, redoutant un massacre général, court en toute liAte au poste du bord de l’eau, exhorte les gardes municipaux qui l’occupent à ne point braver les colères aveugles de la foule. Il les décide ù jeter leurs fusils à la rivière et à se réfugier dans les souterrains de la Chambre des députés.

‘ l-e général Bedeau en sauva deux; un troisième fut massacré entre les jambes de son clieval.

^ Le corps de M. Jollivet, enfoui à la hâte sous le sable, au bas de la terrasse du l»rd de l’eau, puronlre du général Bedeau, (pii craignait ipie la vue d'un cadavre n'exaspéràt le fieuple et n'ainenàt de. nouveaux malheurs, fut retrouvé, dans la nuit du 20 au 27. et rendu à sa famille le lendemain.

Cepeiidaiil, cinq k six ccnis hommes de gardes nationaux, épars sur la place, s’efforcent de calmer le peuple. Mais le moindre incident pouvait l allumer sa colère, et le temps s’écoulait. Le général Bedeau dans cette situation périllen.se, ne recevait pas d’ordres*. Lorsque, lassé d’attendr<et d’envoyer aux Tuileries ses aides de camp, il fit une deinière fois insister avec beaucoup de force auprès du duc de .Nemoxu’s sur la nécessité de prendre nn parti : « Ce n’est plus moi qui commande, » répondit le prince. — a Que le général fasse ce qu’il voudra, » dit le maréchal Bugeaud. 11 n’y avait plus de commandement, plus de volonté, tout était confusion, désordre, découragement, déroute.

Depuis le réveil du roi, le cabinet des Tuileries et l'étatmajor avaient été livrés à nn flux et reflux incessant de nouvelles, d'avis, de résolutions contradictoires.

Vers neuf heures, le groupe d’hommes politiques qui devaient composer ou soutenir le nouveau cabinet, MM. Duvergier de Hauranne, de Tocqueville, Gustave de Beaumont, de Béinusat,Cousin,Baroche, de Lasteyrie, de Malleville, étaient réunis aux Tuileries. Ils insistaient pour obtenir la dissolution de la Chandne, la nomination du général Lainoriciére au commandeinent de la garde nationale, et la suspension des hostilités. Le roi ne cédait ni ne résistait; tout demeurait indécis pendant que le peuple, victorieux sur tons les points, s’avançait, en se resserrant et s’organisant de plus en plus, vers les Tuileries où il voulait célébrer sa victoire.

M. de Girardin, qui venait de parcoim'r une grande partie de la ville et qui s’était rendu compte de la démoralisation de la troupe de ligne, de l’opiniâtre aveuglement de la garde nationale et de la force de l’insurrection, se présenta et demanda â parler au roi pour essayer de lui ouvrir les

* Le général Regnaulil de Sainl-Jean-d’Angely qui oominajidail les cuirassiers, s’en prenant au général Bedeau de l’inaction c’es troupes, l'aposlropha avec une vivacité extrême en lui repi-ochant .sa conduite. t’.ette scène, dont plusieurs officiers furent témoins, répandit et aeen-dila raccusatiun de traliison dont je viens de parler.

yeux. Le duc de Nemoui-s, pressé par scs instances et par celles de M. Thiers, tenta un nouvel effoil auprès de Louis- Philippe qui consentit enfin à la dissolution de la Chambre. M. de riéinusat rédigea à la hâte une proclamation conçue en ces termes :

« Citoyens de Ptiris!

« L’ordre est donné de suspendre le feu. Nous venons d’être chargés, par le roi, de composer un ministère. La Chambre va être dissoute. Un appel est fait au pays. Le général Lamoricière est nommé commandant on chef de la garde nationale. MM. Odilon Barrot, Thiers, Lamoricière, Duvergier de Hauranne sont ministres.

« Liberté, Ordre, Réforme.

« Signé : Odilo.x Bariiot, Thiers. »

Des copies de cette proclamation furent immédiatement portées aux imprimeries de la Presse, du Constitutionnel et du National, par MM. de Girardin, Merruau et de Reims. Une heure après, on essayait de la placarder sur les murs; mais rien ne pouvait plus arrêter le peuple. Les républicains épiaient, d’ailleurs, etdéjouaient toutes les concessions du gouvernement. La proclamation du ministère Barrot fut partout déchirée et l’on mit à la place, au même instant, ce placard laconique rédigé par M. Flocon et composé à l’imprimerie de la Réforpie pai’ M. Proudhon, ancien ouvrier typographe :

« Louis-Philippe vous fait assassiner comme Charles qu’il aille rejoindre Charles X ! »

11 n’y avait plus à s’y tromper : le paiTi républicain levait la tête et s’emparait du mouvement. De son centre d’action, le bureau de la Héforme, une impulsion unique, transmise par des hommes audacieux, se comimmiquait de proche en proche, de barricade en barricade, à toute l’armée insmTectionnellc. MM. Flocon, Baune, Marc Caussidière, Lagrange, Etienne Arago, Sobrier, Ribeyrolles, Fargiii-Fayolle, Tisseraiidot, etc., excitaient les combat-

Ûgiti.'i T: i- ,

lants, envoyaient les mots d’ordre, distribuaient les munitions, fanatisaient la multitude en faisant courir, dans ses rangs, des bruits sinistres, des imprécations, des anathèmes contre le roi; en hasardant, quoique avec précanlion encore, le mot de République.

A vrai dire, le peuple n’avait rencontré nulle part de résistance bien sérieuse. Presque paitout la garde nationale, s’inteiposant entre les combattants, avait jeté l’hésitation dans la troupe. Quelques décharges isolées sur le boulevard du Temple, et principalement dans le faubourg Saint-Antoine, sur la place do la Bastille, avaient tué ou blessé de part et d’autre un petit nombre d’hommes. Mais ces engagements paitiels avaient tous fini pai- le désarmement des soldats et par une fraternisation au cri de Vive la ligne.

Cette armée si brave, et qui n’en était pas à faire ses preuves, subissait, depuis vingt-quatre heures, tous les contre-coups d’une politique vacillante. En dernier lieu, l’ordre de suspendre le feu, expédié à tous les chefs de corps, avec, la singulière injonction de garder leurs positions, acheva de déconcerter officiers et soldats. Au point de vue militaire, ces deux ordres simultanés et contradictoires trahissaient une telle impéritie, qu’ils furent le signal d’une entière défection morale. Abandonnée du pouvoir, l’armée s’abandonna elle-même et livra le chanq) de bataille au peuple. Bientôt, il n’y eut plus, dans tout Paris, qu’un seul point qui défendit encore les abords des Tuileries : (fêtait le poste du Château-d’Eau, sur la place du Palais- Boval. Le peuple s’y précipita.

‘ Le cliiffre des soldais et des citoyens tués pendant les joiiniées de févri(*p a été exagéré. D'après un relevé de la situation au 1" mars 18W. il y aurait eu 22 frardes innnieipaiix, iC soldats et sous-oflieiers, 4 officiers tués.

Total pour l'arniée 72 morts.

Les refiistres de l’étal civil conslaleut la mort de 275 liomines et de I i femmes.

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