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CHAPITRE XII

Le peuple a\ix Tuilei'ies.

Après la fnito de Louis-Philippe, la duchesse de Monlpensier, qui u’avait pu trouver place dans les voitures du roi, se rendit à pied c.liez M. Jules de Lasteyrie, rue de Miroinénil. liediicde Wurtemberg etsonfds s’étaient échappés par la galerie du Louvre. Le général Sébastiani, ayajit revêtu des hahils bourgeois, avait quitté les Tuileries en même temps que Louis-Philippe et s’était réfugié dans l’hôtel de son frère, rue du faubourg Saint-Honoré. Quant au maréchal Bugeaud, dédaignant toutes précautions, il sortit à cheval, en uniforme, lentement, fièrement, écartant à droite et à gauche les carabines des insurgés qui affluaient sur le quai. Comme il se dirigeait vers le faubourg .Saint- Germain, il se croisa, sur le Ponl-Boyal,avecuii groupe d’hommes du peuple qui, l’ayant reconnu, se mit à murmurer : A bas Bugeaud! Mort à Bugeaud! » Le

mai é(;hal était déjà loin, quand le bruit confus de ces menaces frappa son oreille. Aussitôt il tourna bride, marcha droit sur le groupe d’où elles partaient. « Qu’est-ce que j’entends? s’écria-t-il ; vous voulez la mort de Bugeaud? mais le connaissez-vous bien, Bugeaud? savez-vous ce qu’il a fait poui’ son pays? Bugeaud est un des dernieis qui aient envoyé des balles aux Prussiens et aux Busses, quand ils ine-

IllSTOIMi DK LA UKVÜLIJTION DE 1 848. ‘J5I

iiaçaiciil Paris, lîiigeaiul a soumis l’Algérie à la France. Allez, croyez-moi, respectez Bugeaud et tous les braves de l’armée, vous aurez besoin d’eux avant qu’il soit longtemps ! » Kt les insui'gés, gagnés par celte parole francbe et vraiment populaire, entourèrent le maréchal en erianl : (1 Vive Bugeatul I » Puis ils l’escortèrent comme en trionipbe jusqu’au seuil de sa demeure.

I.es troupes (pii, sous les ordres du général Hnlbiéies, avaient occupé tons les abords du jardin etpi olégé ainsi le cortège de la dnclu*sse d’Orléans, s’étaient replit'os et mass(’*essur la place de la Concorde où, sur l’ordre exprès dn duc de Nemours, elles devai(*nt attendre que la régente sortit de la C.bambre, jiour l’escorter jus(ju’à .*<01111-01011(1. Le général Bedeau tenait toujours la tète du Pont-Royal, (les d('iix généraux disposaient encore de forces suffisantes pour couvrir le palais Bourbon et le défendre, de ce C(»té, contre l’invasion du piMqde.

Revenons aux insurgés (pie nous avons laisst^s entrant dans la cour du Oliàleaii. laMir surprise fut extrême de voir que la trou)ie ne faisait aucun préparatif de défeiisi'. Ils ignoraiiMit encore la fuite du roi ; c’est à peine s’ils ajoutaient foi à son alidication. Ils s’attendaient à trouviu' aux 'fiiilerii's une résistance formidable.

La première colonne d’insnrg(’‘s qui pénétra dans la cour, était coniinandée par un officier de cbasseurs de la 1(1*' légion, liomrne de résolution et de dévouement, le capitaine Dnnoyer.

Il est intén>ssant de suivre la marche de cette colonne, depuis U* moment où elle s'était si-parée des déftmseui’s de la dynastie, r, 'était vers neuf heures dn matin; on venait d’apprendre à la mairie du 10® arrondissement, où la Ti® compagnie du i® bataillon, sous les ordres du capitaine Dunoyer, s’était rendue jionr demander d(*s cartouches*,

' Lu jrurtle iialionule maiiijuuit parlinil. île cartoucliiS", ce qui est MiriisaniinenI expliqué par le jieu de confiance qu’avait le goaierne» nient dans ses dispositions.

(jue la prison militaire de l’Abbaye, défendue par un poste d’infanterie, était attaquée par le peuple. A ce moment, plusieurs élèves de l’École polytechnique' arrivaient; ils annoncent à haute voix que tous les élèves se sont divisés, pour aller, dans chaque arrondissement, concourir avec la srarde nationale an rétîiblissenient de l’ordre et au maintien de la liberté. Des cris redoublés de « Vive l'Ecole polytechnique ! vive la réforme! » saluent cette nouvelle, et l’on se met, aussitôt, en marche vers l’Abbaye pour aller, s’il en est temps encore, s’interposer entre le peuple et 1a troupe. En débouchant sur la place, la colonne voit que les insui'gés sont maitres de la prison; ils avaient désarmé les soldats, délivré les prisonniers, et ils commençaient à démolir la maison d’arrêt. Incertains sur les dispositions de la garde nationale, ils se retirent silencieusement deiTière leur barricade, établie en tête de la place, et se tiennent en observation. Le capitaine Dunoyer les aborde et les somino de ne pas continuer une destruction inutile. Ils répondent par les cris de « Vive la garde nationale! vive l’Ecole polytechnique! vive la réforme! » — « Oui, mes amis. Vive la réforme ! dit Dunoyer ; que tous ceux qui la veulent nous suivent avec ordre et discipline. » Puis, voyant que les insurgés, armés de pioches, de marteaux de forge, de pinces à démolir, de haches, de barreaux de fer et de sabres, manquent de fusils, il propose d’en aller prendre à la caserne municipale de la me de Tournon. On se range à sa suite et l’on maache en avant, en chantant la Marseillaise.

,\vec ce renfort, qui la porte environ à six cents ‘hommes, la coloime se dirige vei-s la caserne de la rue de Tournon. Elle la trouve occupée par un détachement de la H® légion. Les gardes municipaux l’ont évacuée de grand matin pour aller prendre position sur la rive droite de la Seine

Alore, Dunoyer conduit ses hommes à la caserne des sapeui’s-potnpiers, rue du Vieux-Colombier, où il espère trouver des armes. La caserne est fermée; la sentinelle se

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relire dans le poste. Le commandant parait à une fenêtre * du lez-diM-liaussée, et, le capitaine Duiioyer lui ayant deinaïulê des armes pour ses volontaires, il consent, ajirès ipielques difficultés, à livrer environ quatre-vingts fusils, que l’on pas.se à travers la grille d’une croisée. Ces fusils sont cliargés ; un coup de feu part accidentcllenient. l’Iusieui-s insurgés, se cioyanl attacjués, crient : Vengeante I cl veulent mettre le l'eu aux portes ; mais les gardes nationaux parviennent à les rassurer. La colonne s’ébranle et se divise en deux détacliomeats ; cent volontaires du peuple se dirigent, par la rue du Clierche-ilidi, vers la maison du conseil tit! guej i e, bien l'ésolus à l’enlever de vive force. Ap rés avoir recruté sur leur cbemin des hommes et des armes, ils doivent prendre par dei i iére la caserne de la rue de Babylone, pendant que la colonne piincipale, .sous les ordres de Dunoyer, ratla»|uera par-devapt.

■Mais, an ivés à l’entrée de la rue de Babylone, quelques gardes nationaux de celle colonne, ayant été reconnaitre les dispositions de la caserne, apprennent que la ti'oupe eu est partie la veille et qu’il n’y a plus au poste (lu’un [»etil nombre de jeunes soldats récennnenl entrés au corps. I,e sergeid (jui parlemeute avec eux propose de i ecevoii' dans le poste quelques gardes nationaux pour le garder en coin niim ; il ajoute en même temps, du ton le plus ferme, (|ue, si l’on prétend le désarmer, lui et les siens, il se défendra à outrance. Celte léponse énergi(|ue inqiose le le.sjiect. Le capitaine Dunoyei- fait laire volte-face à sa troupe et va rejoindre avec elle le détachement qui revient du poste du conseil de guerre.

Ce poste, après une courte résistance, a été enlevé et désarmé. On a, comme partout, brûlé les portes et délivi é les soldats détenus. On apprend au même moment que d’autres bandes d’insurgés ont pris les caseines de la rue Mouffetard, de la rue des Grés, de la rue du Foin, de la rue des Cannes, et désarmé tous les postes iutermédiaii es.

Le succès du peuple est complet de ce côté de la Seine.

lllSTUlKt;

• Ly coloimo de Diiiioyej , grossie tians sa luairhe e( l'orle (1 environ tjiiin/.e cents hoinines, après a\oir rraiiclii de Jionibrciises harrieades sur la place de la Croix-llougc, dans les mes du Four, de Bussy, Saint-Aiidrê-des-.Vits et Daupliine, arrive en tète du l’ont-Neul', à l’entrée du (piai (ioiiti. La garde inunicipale stationne sur le quai de l’Horloge, l ii détachement de cuirassiers est à clieval, en face du lenvplein Henri IV. Les insurgés s’arrêtent un nionnmt et l'oiil tlolter leurs drapeaux en criaid ; Vive la tu'forine! mais, voyant (pie la troupe t'ait bonne eontenanee et qu’elle est [u ète à l eeevoir le combat, ils passent outn',

A l’entrée de la rue des l’etits-Augustins, ils voient accourir du cpiai Voltaire une di/aine de gardes iiationau.v à cheval (pii agitent en l’air des mouchoirs blancs. Le pins avancé, ipiand il est à portée de la voix, s’écrie : « Tout est fini, mes amis ! le roi abdi(pie en faveur de son [letittils; la duchesse d’Oi'léans est nommée régente ! » .V ce> paroles, des munnures éclatent dans les rangs des insurgés. « Cela se peut, r(>pond Hnnoyei', mais nous a’avpn.s plus de foi aux pai oles ; nous ne quitterons pas nos armes (pie l’armée ne soit .sortie de l’aris. *

Sans insister davantage, les cavaliei“s contiiiiient leur marche par la rue des Saints-Héres; ils vont porter dans tout le faubourg Saint-Germain la nouvelle de l’abdicatiuiu (pii est à peu jirés jmrtoiit liien ai'ciieillie.

Cepemlant la colonne a gagné le pont des Sainls-Péresi occupé par la troupe. AvanI de [lasser outre, Bunoyer tient conseil avec ceux (pii l’entourent, et propase de traverser la Seine pour marcher sur b*s ’fiiileries. Quelques-uns font observer que, si le roi a véritablement abdiqué, il importe de courir iminédiatement à la ('.liambre, afin de mettre en déroute les parlisans de la régence. D’autres se rangent à l’avis du capitaine. Mais, pendant ces jiouiparlers, une grande hésitation s’est manifestéi' dans la colonne. Ln nouvelle de l’abdication du roi el de la régence delà duchesse d’Orléans, ipii circule, l’aspect des ipuiis occupés

‘i-Nri

par dos Iroiipos on bon ordre, les fortes détonations que l’on entend incessamment dans la direction du Palais- Royal, ont ralenti l’ardenr des combattants. Oa juge qu’il y aurait folie à s’aventurer sur la rive droite et à braver, en si petit nombre, les forces considérables qui défendent les Tuileries. Six ou huit élèves de l’Kcole polytechnique viennent annoncer à Runoyer qu’ils ont promis à leurs chefs de ne pas sortir de la limite de l’arrondissement et de n’agir ijiie par voie de conciliation ; sans écouler aucune objection, ils se retirent. Aussitôt, la plupart des gardes nationaux et des volontaires les imitent, f.a colonne, tout à l’heure de quinze cents bommes, i‘st ivduite à cent cinqnanh", |tarmi lesquels on ne compte plus (jue soixante gardes nationaux et quati e élèves de l’é»*ole polytechuiqne, les jeunes Prals, Vial, Lebelin et Calions, qui, tout en s’exposant an danger de l’andacieuse tentative que l’on projette, ih'clarent qu’ils resteront fidèles an serment fait à leurs chefs de ne pas tirer l'épée hors du fourreau.

Runoyer est un instant ébranlé par celle défection ; sa responsabilité devient immense. Il s’agit de tenter un coup ilécisif, et il ne peut se dissimuler que les choses ne prennent pas une tournure favoi able. Mais l’enthousiasme de sa petite troupe le ranime : n En avant! en avant! » s’écrie-t-on autour (b; lui. Les tambours battent la charge, on s’avance intrépidement sur le pont, au risque d’èlK* mitraillé.

Les quais du Louvre et des Tuileries sont occupés mililairenii'ut. Le 7* régiment de cnira.ssiers arrivant du pont Neuf est à la gauche du pont ; le Ô7" de ligne, sous les armes, est à la droite. On ignori* les dispositions de la troupe; mais, sans qu’il y ail rien de provocant dans son attitude, elle semble prête à accept«>r le combat.

La colonne insui’gée fait balte, à peu de distance des pi-emiei-s pelotons. Runoyer, s’approcbanl des officiers, leur annonce que les trois légions de la rive gauche, .suivies du peiqtle en armes, marchent sur le Palais-Royal pour arrèli'i

l’effusion du sang. Sa compagnie, dit-il, est l’avant-garde de l’année populaire et vient demander le libre passage?.

L’un des officiers va consulter le colonel, qui, à la vue des gardes nationaux mêlés au peuple, élève en l’air la poignée de son épée ; aussitôt les soldats dressent la crosse de leurs fu.sils. Un passage s’ouvre devant la colonne révoliilionnaire; elle travei’se le Louvre aux cris de : Vive la France! vivent les cuirassiers! vive la ligne! La musique du régiment répond à ces cris,, en jouant \a Marseillaise .

Pendant ce temps, quelques insurgés s’étaient glissés ua à un le long du quai des Tuileries, en fraternisant avec le.s soldats. Us ne tardent pas à pénétrer dans la cour du Carrousel par le guichet de l’Orangerie.

La cour des Tuileries est occupée jiar de nombreuses troupes, mais la place du Carrousel est complètement évacuée. Une foule en armes, venant de la nu* Saint-Thomas, commema' à l’envahir, au moment même où la colonne de la rive gauche achève de pas.ser le guichei du Louvre; trois coups de canon se font entendre ; une fusillade retentit sur la ligne du château : elle tue et blesse plusieurs insurgés. La colonne de Dnnoyer riposte, ainsi que le groupe qui avait pénétré par le guichet de l’Oi angerie. Plusieurs balles mortelles atteignent à la fois un malheureux piqueur eu grande livrée rouge, (pii conduisait au château deux chevaux d(*s écuiies royales, destinés aux voitures de madame la du(;hesse d’Orléans. Aussitôt, sur les instances de ((uelques-nns des siens, Dunoycr ('ommandeiin mouvement de riîtraile pour aller s'assurer de nouveau des dispositions de la troupe ipii gardait la tète du pont du Carrousel. Ou fraternise; les cnirassii'i's annouceiit (pi’ils veulent retouj ner à Versailles, leur ville de garnison. Pendant co temps, le chasseur Tordeux, qui avait vu plusieurs pièces d'artillerie sortir de la cour d(\s Tuileries par le guichet du pont hoyal, va observer si elles ne pri'unent point une diredioii offensive; il constate qu’elles se dirigent vei’s la place de la (uncorde. Alors les tambours des insurgés battent la

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charge, la colonne reprend sa marche à travei's la place presque déserte, et parvient jusqu’au poste de rétal-inajor, où stationne, l’arme au pied, la garde nationale de service, composée de plusieure détachements de la quatrième, (le la (ûnquiéme et de la sixième légion.

Dnnoyer invite le commandant à se joindre à lui pour pènélrpr ensemble dans les Tuileries; celui-ci s’y refuse eu alléguant qu’il a un servicîc commandé et qu’il n’y saurait inan(|uer sans un ordre supérieur. Malgré ce refus, les insurgés passent outre. IVesque aussitôt les divers détachenienls quittent la plaça*, tournent par la me de Ilohan et vont se répartir dans plu.sieurs postes voisins. La colonne de Dnnoyer se rapproche alors de la grille du château et bientôt elle y entre par le guichet de rKchelle, que l’ou vient d’ouvrir pour la garde nationale de service; elle marche avec ordre, tambours en tète et la ci-osse en l’air, lille se déploie dans la cour des Tuileries aux cris de ; Vive la réforme! La garde nationale, alignée prés du poste de rKchelle et le long du pavillon de l’Horloge, reste morne et silencieuse.

Une artillerie formidable est encore en bataille dans la cour. Le vingt-cinquième régiment de ligne, .sous les armes, stationne devant le poste où est déposé son drapeau. Ou voit, plus loin, un bataillon du génie et de foils détacdiements de cavalerie. .\u milieu de tout cet appareil guerrier règne un profond silence. La consternation parait sur tous les visages. Dnnoyer s’avance alors vers le commandant du c.inquante-deuxièine. « Tout Paris est en révolution, lui dit-il; la garde nationale, le peuple et l’armée fraternisent; nous vi'uons ici fraterniser avec le brave c,inquante-deuxième. » lies officiers r(ipondent à Dnnoyer qu’ils se préparent à partir; un sergcmt, qu’il interroge sur le nombre de cartouches dont il dispose, lui montre sa giberne vide.

.Sur ces entrefaites, un valet de chambre du comte de Paris aborde Dunoyer; il lui annome que la duchesse d’Orléans est à la Chambre, le conjure de protéger le retour de

la princesso et riiivile à moiilei' dans l’imn des deux voilures qui sont là, prêtes à partir pour aller «•lierclier la régente et le jeune roi, ajoutant qu’il a plein pouvoir pour lui offrir tout ce qu’il pourrait désirer. « Ne comptez ni sur moi, ni sur meseornpagnons d’armes, lui répond Dimoyer ; nous ne sommes pas ici pour servir les princes. » Presque au même moment, .M. Lemercier, en grand uniforme de colonel de la garde nationale, s’approche et renouvelle à üunoyer les memes instances et les mêmes promesses; mais, voyant qu’il ne peut le ptnsnader, il monte sur le siège de l’une des voitures et part pour la (lliamhre. ün gardien du château, interi'Ogê par les insurges, leiu’ dit que le roi est encore dans ses appaïdemenls. Aussitôt ils s’avancent veisi le pavillon de l’Horloge. Là, ils rencontrent le colonel Rilfeld, gouverneur du château, pâle, hors de lui. Il se jette dans les bras de Dunoyer et le supplie de l’épargner. Celui-ci le rassni*e, mais l’engage à quitter son uniforme et à sortir au plus vite des Tuileries. Trois insurgés se détachent pour accompagner le colonel jusque dans ses appartements. He plus en plus sui pris du succès de leur auda<a', les insurgés pénètrent dans le vestibule du pavillon de l’Horloge, d’où ils aperçoivent au loin, dans le jardin, dont les grilles d’enceinte sont encore fermées, le cortège fugitif de madame la duchesse d’Orléans qui touche à la place de la Concorde». Ils montent Iç grand escalier, croyant à chaque pas être assaillis. Ils parcourent ainsi avec précaution j)lusieiu's salles et galeries. Le général Carhonel, enveloppé d’un caban, passe rapidement près d’eux et se retourne pour i-ecominander au volontaire Lacomhe de ne l ien gàtei» dans les appartements. Dans une pièce de service, un garçon lampiste est tranquillement occupé à nettoyer un verre de lampe.

Enfin l’on arrive à la salle du trône. Deux faisceaux de drapeaux tricolores en soie frangée d’or ornent les deux côtés du fauteuil royal. Chaque insurgé veut s’y asseoir à MOI tour. Dunoyer fait à ses conqingnons d’armes une allô.

( iilioii rhaleui'Piiso, puis il Irai^p sur les inouinros du liDiic •••>s simples paroles :

I K PKI PLK. ntJ p.\nis A l/tüKOPE K.MIKHF, !

Liherli^, Kgttlilé, Fraternité.

*24 IV'ïriiT 184S.

1,'n ni nilliousiasie lit* Vive la lléjiiibliqiw ! \r premifiipi’oii ail poussé tlopiiis le malin, laiit on a élé lidélt* à la nnisi^iK* donnée par les chers poliliipies, saine celte proclanialion solennelle el l'ami lière. loni ensemhie de la \icloire du peuple. Les insnrj;ês conreni nu\ l'enêlres el lonl relenlir au dehors leurs acclamalions. A cel. appel, les gardes nalionaiix de service arrivent ; riiii d’eux, lienlenant de la cinquiénit* léffion, moule les degrés du trône cl commence, à la surprise générale, une harangue en l'avem dn prince Louis Bôuaparle; iiderroni[)u par des marques lie réprohatiou unanimes, l'orateur désappointé se perd lians la rouit*.

Après une courle halle, la colonne île r)nnoyi*r se remet en marche et traverse les appartements qui conduisent au musée. Tout annonce qu’ils vienneni à peine il’élre quilles par la l'amille royale. Di* grands leux hn'ilent dans les cheminées. Des billes et des i[iienes île billard sont encore jet ées péle-méle .sur le tapis, comme pour une partie monienlanément .suspendue, l'n piano est resté ouvert. Des alJnims soûl épars çà et là. Dans la salle à manger, la table n’est qu’à moitié desservie; quelques insurgés s’y rarraîchissent à la hâte. .Arrivés à l’escalier du pavillon de Flore, pi'és de l’aile aliénante au Louvre, un bruit confus se fait entendre ; une porte à double battant s’ouvre comme d’elle-même, el les insurgés se voient, à l’entrée de la grande galerie du musée, à dix pas d’un détachement de gardes municipaux sous les armes ' ; à l’antre extrémité

• i> iIctiiclieiiK’iil SC cnmposail de IxàO lioinmi-s venus l’cs dilTémil'^ [MisIf'S lie Siiinl-Eiislnelie. de ta Halle aux lili'*s. des l*elils-l‘èivs, de la

m ’ HISTOIRE

*)<> lit galerie un (létecheiiieiU du génie est occupé à former une banieade avec des banquettes. <

l.es insurgés s’arrêtent brusquement; ils se croient pris dans une embûche. « Nous .sommes trahis! » s’écrient-ils, et aussitût leurs armew 's’abaissenl; mais le capitaine Ihinoyer s’avance entre eux et les gardes municipaux, et, s’adressant fin (a»mmandant : « Vous êtes tous des brav<*s, lui'dil-il ; vous pouvez vous défendre, mais à quoi bon? le roi est en fnile. Le peuple vainqueur amve de toutes parts; aucun de vous n'échappera é sa colère. Laissez là vos armes, fiez-vous à nous, et nous jurons de vous sauver. »

Le maréchal des logis tend la main à Dimoyer, et donne ainsi le signal de la paix; aussitûl les soldats élèvent la crosse île leurs fusils en criant : A bas Guizot! vivent les enfanta de Paria! vive la garde nationale! vive la-réforme ! Puis ils déposent leurs armes, jettent à terre leui's équipements et leurs cartouches, et viennent serrer la main des gardes nationaux et des insurgés. Ceux-ci, craignant d’étre surpris par l’invasion du peuple, se hâtent de quitter une partie de leurs vêtements pour en couvrir les gardes municipaux ; on protège leur retraite à traveis la foule en armes, qui déborde déjà dans les salons. On les escorte par petits groupes; on les conduit au poste du pavillon Maisian, que vient de quitter le 52* de ligne. Là, ils achèvent de se travestir, puis ils sortent isolément, comme ils peuvent ‘.

|tlarr «les Vicloires, qu’ils avaient remis à la ll•oll|Kî de ligne après avoir leçii l’ordre de se replier sur les Tuileries, et d’environ (55 tiommes venus du Cliàteau-tl’Ean. Ils étaient eoininandé's par le niaréidial des logis Itouliieu et par le lieutenant Périn. Un chef de liataillon du génie les avait placés dans la galerie du musée qui nxninuniqiie avec k>s Tuileries; il avait fait établir avec des banquettes une esptve de barricade; puis, réfiondnnt au lieutenant Périn, qui lui demandait la consigne: « Vous vous battrez, s'il le l'aut, » avait-il dit; apn’-s quoi il avait ilisparu

' Le zèle des insurgés à sanvei- les gardes municipaux est attesté p.ar ceux-ci aw. les expressions de la plus vive reconnaissance, dans imo déclaration collective. Le volontaire LacomlH' père, qui n'avait pus quitté la colonne de Ilunuyer d^mis le matin, prend le inai'éclial dos

DE LA RÉVOLUTION DE i848.

Le' détachement du génie suit leur exemple et va se réunir à un autre détachement de la même arme qui se dispose à partir, ainsi que le 52“ de ligne, et tout ce qui reste encore «le troupes dans la cour du château.

Pendant celle retraite, une démonstration politique d’un caractère «"îtrauge avait lieu dans la salle des maréchaux, l-'n homme d’une haute taille, les cheveux eu désordre, les joues cri’uses, le regard flamhoyanl, les vêtements déchirés, fend la foule ; ses longues mains crispées agitent une feuille de papier. Il fait signe qu’il veut parler; il monte sur une banquette, et commence d’une voix épuisée par la fatigue et pai- l’émotion une lecture qui se perd dans le luinidte. Mais tout d’un coup le silence se fait; on vient de reconnaître l’ami dévoué du peuple, le héros de l’insurrecli«m lyonnaise, le républicain ardent, passionné Jusqu’au délire ; Charles Lagrange. On .se pr«*sse autour de lui; on l’éconte avidement. Il lit d’mi atïceut ironique l’acte «l’abdication du roi ; <i Citoyens, s’écrie-t-il en promenant sur son .'imlitoire un regard interrogateur, esl-«’e là «'e qu’il vous faut? La Fran«-e se courbera-t-elle sous le s«;eptre d’un enfant, «l’une femme? Voulez-vous «l’iine r«‘gence en quenouille?— Non! non ! s’écrie la foule; pas «le royauté! pas de j égenc«' !

< Vous avez rai.son, mes amis, répomi Lagrange; il nous faut une bonne République !» Et il «lesceud de sa bauquetti* an« «-ris redoublt’‘s «le Vive la Héjmbliqve! On l’entoure, on

lo<ris PtoiiliiiMi sous le I «ras et le eoiiiluit dans sa propre maison, où il loi donne l'Iiospitalilf- pendant plnsiein-s jours. Le volordaii’e Bondanl einiiK^ne chez lui le sons-ol'fie.ier Koyel et le gar«le Dcnizet. Pn-ati, ipii revient de la plaee ilu l‘alais-Royal, rondnit deux frardfs mnilic.ipanx riiez son patron, le lihraiix* Blos.se, où ils restent r.aeln^ [icnilant «me ,s<‘niaine. jrf! sergent Duvillard en eseorle deux jusqu’à la rue de l'Écolede-Mfidecine; le liontenani l’érin et un sous-officier, qui marchait avec lui, furent seuls maltraités, ayant «hé séparés violeiuinenl de leur fraternelle escorte par le contre-courant de la foule. On leur arracha leurs épaulettes et on «léchira leur uniforme. Us ne pai-vinrent qu'à grand'peiiie chez le concierge du pavillon Marsan, qui les fit évader.

r<^to»fïe presque dnns un transport H’('iithoiisiasine. Suivi de la foule, il se dirige vers la salle du Trône, où le eapitaine Dunoyer rallie ses homnit‘s et se prépare à marcher sur la Chambre. Il vient d’arracher un drapeau du faisceau qui décore le trône. Le lieulenant Girard, de la 11* légion, en a pris un autre qu’il remet au jeune Lchelin, de l’École polytechni(|ue. « A la Chambre ! à la Chambre ! pas de régence! » s’écrie-t-on.

La colonne s’ébranle ; se pi-essant sur les pas de leur chef, les insurgés abandonnent les Tuileries à la multitude; ils sortent par le guichet du pavillon de Flore, traversent le pont Royal, se dirigent par le quai d’Orsay vers le palais Bourbon ' ; il est environ deux lieures.

Pendant que la colonne de Dunoyer sortait d’un côté, une masse considérable de peuple entrait de l'autre dans la cour du château. La place du Cari’ousel et la courétaient, depuis dix minutes environ, complètement vides. Les troupes avaient opéré leur retraite. Les gardes nationaux étaient entrés «lans le chAteau, oti s’étaient retirés dans l’intérieur des postes. La colonne populaire qui vint prendre, posse.ssion des Tuileries 'marchait en bon ordre et >ans aucun tumulte. Le maire du deuxième arrondissement, M. Berger, la canne à la main, ceint de l’écharpe tricolore, était en tête de cette espèce de procession armée, mais pacilitpie. Ou y voyait des ouvriers en blouse, des gardes nationaux, dt's .soldats de la ligne, des femmes, des enfants qui >e donnaient gaiement le bras et semblaient, tout ravis de leur facile victoire, ti’avoir d’auln* pensée (pie colle d’une

' Dans la colonne ralliée ainsi aiilmir iln capitaine Donuyer. se iconvaienl le licntcuanl Giranl et neul'aulres {;ar(ies nationaux do la 1 1" téfrion; le clinsseur llacillct, de la .V; des combattants arrivé.s du château-d’Eau, parmi lesquels on reniarquail un ftarçon boucher en lablier de service, armé d'un conlelas; un vieillard à tiarbe blanctie. armé d’un salu’O aniique A la >;ai'de dm|nel on viiyail un demi-pain de immitinn traversé par la lame: les éléves I.etietin et Yial de l’École i>oblectmique. etc.

1»K l,A KÈVüLUTION DE I8i«.

Iralcriiitt' Celtt! loiilo iiiotttiiisivii .s<; ,répaiidil

bientôt dans les apparlcuieiils royaux. A ce nioiiienl, M. de (nrardin, (|ni leveiiail de la plai;.' du l'alais-lloyal et qui ignorait les derniers événements, entrait aux Tuileries. Poussé dans château par h* Ilot populairt', reeonnu et i)iterrogé par des insurgés qui ne savaient pas plus cpie lui ce qu «'lait devenue la raniille royale, il leur annonce I abdication de Louis-Philippe et la régence de la duchesse d’Ui léans. Celle nouvelle est tavorablement accueillie; elle parait inèine surpasser l’allente de ceux à qui il la coiuniunique. « Ksl-ce bien viai? disent-ils, est-ce signé? » M. de (lirardin, pour donnei' plus de crédit à ses paroles, s’assied à une table, et, pendant une heure tmviron, il écrit et signe prés de cinq cents bulletins ainsi conçus ;

'( Abdication du roi;

« Hégeiicede la duchesse d’Orléans;

« Dissolution de la Chambre;

If Anmislie générale.

« KmII.K 1)K CiHAIIIM.V. )l

CependanI, au milieu de la loule qui se heurte et se pousse tiunultueuseiuent en avant, M. de Girardin aperçoit .M. Dumoulin, poi tant un drai>eau Iricoloie, haranguant à djoite et à gauche du geste et de la voix. Il a rallié autouide lui une bande de deux cents hommes environ qu'il xa conduire A latihanibre. .M. de Girardin se joint A lui, peu saut que la présence de celte bande populaire peut l’avoriser la proclamation de la régence. On se met en inaicbe, on sort par le guichet du pavillon Marsan, on suit la rue di* IWvoli. La li oupe, qui stationne sur la place de la Concorde, ne fait aucune dilïicidté pour laisser passer cette petite colonne qui n’est point année. Arrivé A la grille du palais

' « Ils vüiil aux Tiiilccusi, ilisait im mivciiT à uit yarde iiulioiial qui. a|iei'i'cvant de loin celle taiidi' armé,!, s'inquiétait de lui voie preudee la direction du cliàleaii; tuais ce ii'est pas pour l'aire du niai t c'eut hiitoire de se firomeiier. a

lôgislalif, M. Dumoulin fait rangor ses hommes près des voitures de la cour, qui attendent madame la diir.hosse d’Orléans; il échange quelques paroles avec le général Goiirgand et pénétre seul dans renccinle. M. de Girardin y es! déjà, et, bien qu’il ne soit plus député, il est allé irprendrc son uncienne place auprès de M. de L:iinartinc.

A partir de ce inoinent jusqu'à une heui-e avancée de la Imil, le château de Tuileries est abandonné à la multitude. Elle se répand àllols depuis les caves jusque dans les combles. Éblouieà l’aspect de ces splendeui's, curieuse, étonnée, étourdie de son pro|U'e bruit, excitée par sa propre licence, ivie de joie d’aboi-d, de vin ensuite, elle s’y livre à Ions les excès, à tous les caprices d’une imagination en délire. Ce château, d’où l’éti(|uette rigide d’une reine dévoie et un veuvage sévére avaient, en ces dernières années, banni toute joie, devient le théâtre d’une immense orgie, d’une saturnale indescriptible.

Pendant (|ue les uns, pour assouvir de sauvages colères, se ruent sur les objets inanimés, brisent les glaces, les lustres, Jt's vases de Sèvres, mettent en pièces les tentures, déebirent, foulent aux pieds, brûlent, au risque d’allumer un effroyable incendie, livres, papieisj, lettres et dessins'.

* Uiicceclitiiie uiéllKHle invsidc, |ieiiiliiiil les |»remièics lioores, à ccUc 'lèviislalioM. Dans la salle des marrclianx, le pui'lrait du maréchal llugoaud csl |iercé de coiii>s ilo haïoimctlc et mis en laml>caiix; celui du maréchal Snull isil fusillé'. Les noms eflacés soid remplacés par ces ' mois : Trattrex h la pairie. Dans les appaiienienis de madame Adélaïde, une toile repriventant Louis-l’hilippe saijfiianl le courrier Variier csl lacérée. Le buste en bron/e du roi, dans le salon dil de famille. i*sl jeté par les fenêtres, mulilé, et enliii fondu dans un énonne brasier. Les jxirlraits du prince rie Joinville, au tonlraire, sont pailoul resiiectés. Dans le cabinet où le roi avail signé son aljdir.atiun, le |M)i1rait du duc de Nenanirs est três-inallrailé; ni le porlrail de la reine, ni celui lie madame Ailtdaïde ne stml loucbé's. Les la|iisseries rie la reine, ses laines et ses soies à brraler, lui ont été resliUiées intactes, ainsi rjuc le prie-Dieu où elle avait enfermé les linceuls de la princesse Marie et du duc d'Orléans. On s(! dt'couvril en entrant dans l'oratoire de Marie- Amélie. Dn élève de l’Kcole polytechnique, saisissant le crucilix : « Voici notre maitie à tous! » s'écria-t-il; et,-uivi d'un gnind iiomlM'e d'instir-

les autres, eu beaucoup plus grand nombre, prennent avec une ver\e iiiofl'eiisive le plaisir plus raffiné de la satire en action'. Cuinédiens improvisés, ils imitent, avec une gravité du plus haut coniicpie, les solennités des réceptions officielles. Dans la salle de spectacle, on l’on s’est emparé (le tous les instruments de roiadiestre, une infernaie cacopbonie semble preiidi-e à tâche de rendre sensible à l’oreille déchirée le chaos moral de cette heure l■évolutioimaire.

D’autres s’installent au.v tables de jeu et parient les millions de la liste civile; on remarque deux individus ([ui, assis à une table d’échecs, la tête apjtuyéc sur leurs mains, les yeux fixés sur l'échiquier dans l’attitude d’une méditation profonde, donnent, au milieu du plus étourdissant fracas, une muette comédie. Les bons mots, les lazzi, v(dent à travcj's les coups de feu (|ui s(? croisent au hasard

Les enlants se reftlenl d(! robes de chambre en velours, se font des «^inlures avec d('s franges d’or et des toi'sades de rideaux, des bonnets fdirygiens avec des morceaux de tentures. Les femmes font niisseler dans leurs cheveux les essences pai fumées qu’elles trouvent sur les tables des piln-

ÿ(}s, it le jiortii iirocfssioiinclleineril jiiscjii'à Saiiit-llodi, où il le reiiiii eiilre les iiioiiis du eurc*. Les a])par(eiiieii(.s de iiiadanie la duchesse d’Oi'léau.s oui été cüiiipléteiiiciit préservés; de Ikmis ciloyeiis y avaieiii iijiprovisé une garde. L'a|ipaj'leaiciil du duc d'Orléans, l'eruié depuis sa inorl, a élé laissé religieuseiiienl dans l'étal où il se Irouvait. Les dévastaliuiis vérilables n'oiil été comniises que plusieurs heures ajirisli> preniière invasion. Nous les conslalerons en leinps el lieu.

’ Dans celle dernière journée, un assez grand nonilire de légitiniisles avaient encouragé le ninuveinent insuri'(!ctionnel en distrihuanl aux comhallanls Ix'aucoup d’arnies de luxe, l’iusieurs parurent aux hurrieades. Ils avaient revêtu la blouse et la casquette du prolétaire. On en vit aussi se mêler, plus (ju’il n’cùt été bienséant à des partisans de la royauté, aux ébats du peu|)le dans les Tuileries.

^ « C'est toi qui es aveugle, » sYt-rie un ouviier en l'aisatit de son mouchoir un bandeau au buste de Louis-l’hilippe. « Que l'ais-lu là. mar(|uis? dit un facétieux à un enranl qui tenait à 1a main un plan de N'euilly. — Eh ! vicomte, j examine le (dan de mes propriétés, »■ léiKtiid celui-ci avec gravité.

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• ,1 Ulïj'l’UlHJi- , I I I

i obht>. Kilos l'arduut louis juuos, o«ii\mil Itjuis «paulos de deiilollos et de l'ouriui es, unieiil leurs tètes d’aigrelUjs. de bijoux, de fleurs; elles se .coin posent i avec un certain ;;onl burlesque des. parures extravagantes. L’une d’elles, une pique à la iiiaiu, le bonnet rouge sur la tête, se place dans le grand vestibule et y demeure, pendant plusieurs bern es, iuunobile, les lèvres closes, l’œil fixe, dans l’attitude iruue statue de la Liberté : c’est une tille de joie. Ou délile devant elle avec toutes les marques d’un profond respect. Triste image des justi(;es capricieuses du soi’t : la prosti* tuée est le signe vivant de la dégradation du pauvre et de la con'uptiou du riche. Insultée par lui dans les temps prétendus réguliei's, elle a droit à son heui’e de triomphe dans toutes nos saturnales révolutionnaires. La Maillard travestie {'Il déesse Huison, c’est l’ironique symhole de l’honneur populaire outragé, abruti, qui se réveille eu sursaut dan> l'ivi-esse et se venge. •

Kiitin, vers trois heui’es, le trône, iucessainmeul foulé ans pieds par les insurgés, qui avaient tous voulu y inoutei' à leur tour, est enlevé à bras et descendu par le gi'and esc,ilier dans le vestibule du pavillon de l'Horloge. On prépare une marche triomphale. Des tambours battent de fantasijues roulements. Deux jeunes gens, montés sur de beaux chevaux des écuries royales, prenueut la tète tlu cortège; le l'auteuil est porté sur les épaules de (juatre ouviiei's, qu<’ suit une foule uombieuse. On traverse ainsi le jardin, la t>lace de la Concorde et toute la ligne des boulevards. I ne multitude armée depicpiesau bout desquelles pendent des lambeaux de pourpie, de damas, de brocart, des habits de • OUI', des livrées, brandissant des baïonnettes et des sabi'es auxquels sont enfourchés des quartiers de viande, do pain, de lard, des bouteilles vides enlevées aux cuisines et aux caves royales, s’avance eu chantant la Marseillaise. \ cha(jue barricade, elle fait halte, et le trône, posé sui‘ des assises de pavés, sert de tribum; à quelque harangueur populaire. Enfin, parvenu à la Bastille, on le place au pied de

DR LA RÉVOUITION F>R IStg.

la rolonno do Jiiillpt; im loiifj rouloniontdo tambour se fail onfendro ; on apporte qiielf|ups l)ranrhes de bois sec que l’on dispose en bdrher; on*y nietle feu : une flamme s’élève claire et pétillante, qu’entoure aussitôt une ronde joyeuse. La ronde s’agrandit de proebe en proebe; elle presse son rbythme, elle s’accélère, se précipite, s’étend, se prolonge jusqu’à <*e que les derniers vestiges du trône aient disparu dans nn jnonceau de cendres. Alors de grands cris d’allégresse retentissent, au-dessus desquels on entend bientôt des voiv énergiques qui rappellent aux l•ombattants le but de la révohitioti et s’écrient ; A l’Hôh‘1 ilf Ville! à l'HiVel lie Ville!

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