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fi'ajio. M. Louis Riaiic se prétend, a\ee i-aison, aussi lé«:iliiiieiiient élu (jue les autres nienibres du gouverueiuenl provisoire, puisqu’il vient d’être élu eoirnne eux, dans la salle Saint-Jean, par l’acelaination populaire M. Garnierl'agés, ipii préside en qualité de maire de Paris, essaye d’étoufl'ei- le débat en pioposant de partager les attrilnilions du pouvoir et en glissant avec négligence la dénomination de secvêlaires, qui s’applique évidennnentà MM. Marrast. Flocon et Louis Blanc, dont l’élection n’a pas été faite à la Chambre. Offensé de cette insinuation, ce dcrniei' menaçait déjà de se retirer et d’en appeler au peuple, quand .M. Ledru-Rollin intervient et le conjure, ainsi que MM. Flocon et Marrast, au nom de leur patriotisme à tous trois, de ne pas semer la discorde au sein de la République naissante. M. Flocon cède sans peine; M.’ Marrast n’avait pas soufllémot; M. Louis Blanc, dans l’impossibilité de soutenir une prétention qui devient toute personnelle, se résigne i»u du moins paraît se résigner au titre modeste de secrétaire; niais il annonce en même temps, avec autorité, au gouvernement provisoire, un collègue, sur lequel celui-ci ne comptait certes pas, l’ouvrier Albert, élu, alliriue M. Louis Blanc, comme lui et avec lui, par le peuple. Per- .sonne n’élève (l’objection. C’était l’heure des concessions mutuelles. Ou se dit tout bas, di' part et d’autre, qu’il faut se siqiporter en attendant qu’on soit nss('Z fort pour s’exclure.
Le nom d’Albert, ouvrier mécanicien*, avait, en effet, été proclamé dans la cour de l’hôtel Rullion, sous les fenêtres des bureaux de la Réforme, par une bande d’insurgés (pii
* En répollUanl aux inlerro^ttlions du l^isseiubléu populuii'u ipii se Iciiail à la salle Saint-.lcaii, tous les itKînibres du goiivi'rnemeiil, nommés .à In Cbainbce, avaient iTconnn la nêœssilé de cette nouvelle sanction, el M. (irémieux disait encore, quekjues mois plus tard, devant la commission d’enquête : « Nous avons élé nomm‘‘s à la Chambre. mais non point par la Chambre. »
- Son nom véritable élail Martin.
DE LA nÊVOLlITION DE 1848! 5IS
rcvouaiciil des Tuileries. M. Albeit était un conspirateur obscui’, dont la presse déinoeratiqiie ne s’était jamais occupée; niais, le 24 février, il suffisait d’avoir nionlré du coura;;e aux barricades pour enthousiasmer le peuple. C’est, .sans doute, à quelque marque de Itravoure, on tout .simplement ii quelque mot heureux, que M. Albert dut la subite ovation qui le porta au pouvoir, car personne ne put .s'expliquer autrement, dans la suite, le motif qui l’avait fait pré.férer à tant d'autres plus capables et moins ijfiiorés. foutefois, malgré la fâcheuse médiocrité de la personne élue, la nomination d’un ouvrier au ftouvernement jnovis(»ire est un lait historique dont il ne faut pas méconnaitre le sens et le caractère. Klle est le si;;ne de rémancipation, aveugle encore, mais désormais assurée, de la classe laborieuse; elle marque riieure du passage delà révolnlion politique à la révolution sociale.
M. Louis Blanc, sentant quel appui précieux il allait trouver dans un homme du peuple, qui lui si'rvirait d’intermédiaire auprès des ouvriers et n’aspirerait jamais à jouei' un rôle principal, applaudit de grand cœur à la nomination du pi'olétaire, et, courant au.ssitôt des bureaux de la lUforme à ceux du National^ où l’on impi imail, pour la distribuer dans les rues, la liste du gouvernement provi- .soire, il y fit ajouter le nom d’Albert. Puis il se rendit à l’Hôtel de Ville avec M. Flocon, fit, dans la salle Saint-.Iean, .où le peuple tenait des espèces de comices, une profession de foi socialiste, dans laquelle il prononça le mot (Vorgnnisation du travail, charma la foule, reçut d’elle la contirmation de ses pouvoirs, et parut, comme nous l’avons vu, dans le comseil du gouvernement. Ce fut une mortification insupportable à son orgueil que l’accueil de M. Arago et surtout l’intervention de M. I,edrn-Rollin pour lui faire accepter un titre subalterne'. l>és cette lieure commença
' Bien que je ne veuille m’eiiffagei’ dans aucune •iiolémiqiie, je crois de mon devoir de reproduire, aux docuiiienl.s hisloi'iipie.s. l'explieidimi
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IIISTOIHE
Riitre lui cl, la majorité du conseil une lutte sourde d’abord, mais d(* moins en moins dissimulée, qui fit en grande partie la faiblesse du pouvoir, paralysa son action et n’abontit, après des crises funestes au pays, qn’é une neutralisai iou de foi'ces dont protiléreut seuls les pai tis hoslil(‘s à la llépublique.
Cette divergence profonde entre la majorité et la minorité du conseil se trahit au moment même où l'on allait délibérer sur les termes de la pi'oclamalion par laquelle on annonçait au peuple son propre triomphe et la chute de la dynastie. M. de baniartine en avait d’abord rédigé une <|ui contenait ces mots ; « Le gouvernement provisoire (léclare que la République est utloptée provisoirement par le peuple de Paris et par lui ; » et einrore : « sous le gouvernement populaire et républicain proclamé par le gouvernement provisoire, » etc. Cette rédaction méconliMita également les deux partis. MM. Louis Blanc, Ledrnlîollin. Flocon, voulaient proclamer la République simplement et sans anenno condition de ratification. MM. Garnier- Pagès, Marie, Dupont (de l’Eure), voulaient qn’on se tût sur la forme définitive du gouvernement; ils admettaient tout au plus l’expression d’une préférence pour le gouvernement républicain. M. .\rago refusait d’apposer son nom à un acte qu’il qualifiait d’usurpation. Pour tourner l’écueil,MM. de Lamartine et Crémieux, qui tenaient la plume, s’efforçaient de trouver des expressions neutres, acceptables pour toutes les susceptibilités. La chose n’était pas facile. Bien des rédadions furent successivement proposées et rejetées. Enfin, l’on en adopta une de la main de M. de Lamartine, (|ui fut sur-le-cbanip envoyée au Moviteur. Elle était ainsi conçue :
«liie iloniH' M. Louis blanc, dans inio loltrc diilôc dn Londres, '.Jô janvier de son insistance pour se taire adincttre, .avec AllK'i’t, dans le "■onverneiiieiit provisoire, au inènie titre (|iie MM. de l.amartine, Aras'o. etc. 'Voir aux Jtoaimenlii liinloriqiie*, iC 7.)
DF, I.A nfiVOMlTION DF. ISIS.
« VI! MIVI ni: i'lXH,F: FRANÇAIS.
« Prnrinmntion du (lonrernemrnt provisoire on peuple franeais.
« Un «'ouvpriioinnnt rétrofirade »*f oligarchique vient il’élre renversé par l’héroïsiiie dn peuple de Paris. Ce goiiveriienient s’esl enfui en laissant, dei'ri're lui une trace de sang qui lui défend de revenir jamais sur ses pas.
« Le sang dn peuple a coulé comme en juillet, mais, cette fois, ce généreux sang ne sera pas trompé. Il a conquis nn gonvernem'ent national et populaire en rapport avec les droits, les progrès et la volonté de ce grand et généreux peuple*.
s Un gouvernement provisoire, sorti d'acclamation et d’urgence par la voix du peuple (*l des députés des départements, dans la séance du 54 février, est investi momentanément du soin d’assurer et d’organiser la victoire natii*nale. Il est composé de :
K MM. Dupont (de l’Eure), Lamartine, Crémieux, Arago (de l’Institut), Ledru-Hollin, Garniei’-Pagés, Marie.
« Ce gouvernement a pour secrétaires :
« MM. Armand Marrast, Louis Blanc et Ferdinand Flocon.
« Ces citoyens n’ont pas hésité un in.stant à acce[iter la mission patriotique qui leur était imposée par l’urgence. Ouand la capitale de la France est en feu, le mandat du gouvernement provisoire est dans le salut public. La France entière le (’omprendra et lui prêtera le concours de son patriotisme. Sous le gouvernement populaire que proclame le gouvernement provisoire, tout citoyen est magistrat.
« Français! donnez au monde l’exemple que Paris a donné à la France. Préparez-vous, par l'ordre et la <‘onfiance en vous-mêmes, aux inslilidions fortes que vous allez être appelés à vous donner.
(( Bi(*n que le gouveniemeut provisoire agisse nniqne-
IIISTOIRK
iiiftijlaii nom du peuple français et qu’il préfère* la forme républicaine, ni le peuple de Paris ni le ^oùverneinenl provisoire ne prétendent substituer leur opinion à l’opinion des citoyens, qui seront consultés sur la fonnedéfinitiv<> du "(ouveruement que proclame la souveraineté du peuple.
« b’unité de la nation, formée désormais de toutes les classes de citoyens qui la composent; le ‘rouvernement de la nation par elle-même; ' •
«( l.a liberté, l’égalité et la Irntemité pour principes; le peuple pour devise et mot d’ordre ; voilà le gouvernemeul démocratique que la France se doit à ell(*-même,'el que nos efforts sauront lui assurer*. >>
On voit par là que M. de baniartiiie, soit iiTé.sululion, soit désir sincère de maintenir le bon accord, faisait céder ses convicrtions personnelles aux vœux de la majorité. .M. Ledrullollin ne signa point cette proclamation, la trouvant trop ambiguë. M. Flocon, qui l’avait signée sans la lire, biffa ' son notii en voyant que M. Ledni-Rollin n’y avait pas mis le sien. M. Albert, ([ui n’était pas présent, ne put signer la pièce originale. Son nom fut ajouté sur l’épreuve du Moniteur, avec celui de. M Flocon, par M. Louis Blanc.
Cependant le peuple, en proie à une inquiétude et à une irritation toujours croissantes, ne cessait d’envoyer au gouvernement provisoire des délégués armés qui menaçaient i des plus terribles malheurs si l’on ne se hâtait de proclamer la République. Les faubourgs et la banlieue versaient incessamment sur la place de nouvelles masses populaires qui ranimaient l’aixleurde celles que l’attente avait lassées;
‘ L’ii piUé (l'encre recouvre sur l'orifTinal in.'uuiscrit le mol préfère. , Tnc correction de M. Louis Ifliuic eu marge y sulislitue ces mots : xoil lie cœur et de cunvicüon pour le gniivernemeiit républicain.
- M. Carnot, dans des fragments de son Mémorial de 1848, pulliés dans la Polilique nouvelle, donne une version un peu différente de cette i proclamation. Il explicpie les variantes de r,e documeni en disant ipie M. do l.aniartine cori igeait son manuscrit en dictant successivement à plusieurs i>ersonnes.
DF, LA RKVOLUTION DF 1848. 5)!t
«'Iles assaillaient l’ilôlelde Ville, reiniilissaienlles .salles, les eouloirs, et venaient assiéffer lespoites du conseil. A toiUe ininnte, quelques-uns des inenibres du gouveineinont, auxquels si' joi<cnaient des citoyens accoucus poui offrir leur concours, MM. Félix Pyat, Bellunonl, de Couctais, Piarthéleniy Saint-Hilaire, ï{ecuct,Guinard, Bixio,I)uclerc, Thomas, Sarrans, Hetzel, etc. , .sortaient et haranguaient la foule; ils imploraient d’elle quelques minutes de «:almeet de silence. A la vue de M. de Lamartine l’agitation redoublait; il semblait tout i la fois plus suspect et plus cher au peuple «pie tous ses collègues, h C’est un aristocrate ! c’est un royaliste! e’rst un girondin! » criaient les fanaliqiu's. D’antres, an contraire, le voulaient porter en triomphe; et lui, toujours placide au plus fort de l’orage, écartait du geste ou détournait d’un mot, d'un regard, les armes braquées sur sa poitrine'. .Mais tous ces mots heureux, toutes «;es supplications, toutes ces harangut's, n’obtenaient que de courtes tHèv«’s, et le tumulte recommen<;ail aussitôt avec une intensité plus grande. Pendant que M. de Lamartine parlait nu peuple, dans la salle Saint-Jean, M. Louis Blanc était des- «•endn au bas de l’escalier; une table se trouvait là : il y monte. « Le gouvernement, dit-il, veut la Bépuhlique. •> Pu cri d’enthousiasme lui répond. Des ouvriers écrivent au charbon, en lettres énormes, sur une grande pièce de toile ; « La Hépublique une et indivisible est proclamée eu France. » Cela fait, ils montent sur le rebord d’une des fenêtres, et déroulent l’inscription à la lumière des torches. •Juand le inanife.ste du gouvernement fut rapporté de l’im- [irimerie, on sentit que l’atmosphère était changée, et qu’une rt'daction aussi équivoque, si on la lisait au peuple, allait le mettre hors de lui et pouvait tout perdre. M. Louis
' l'ii fit' ces mois d uii â-pi’oiios menei lieux mcrile d'Clre cité. lomiiK" il eiilendait crier à ses oreilles ; Uorl à l.amarline ! ht tête de Unnartine! il se retourne, regarile l.v foule en souriant ; « Ma ttMe , dit-il avec un .singulier accent de dédain mêlé de compassion, plût à Dieu, citoyens, que vous l'ens.sie/. Ions sur les épaules! »
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