Chapitre XXXJII
RÉACTIONS ET COMBATS DES ABRUZZES JUSQU'A LA FIN DE FÉVRIER. — MOUVEMENTS DE SICILE. — BASES DU STATUT POUR CETTE ILE.
L'ensemble de cette situation avait fait concevoir de grandes appréhensions au gouvernement de Turin, et la conservation des provinces conquises dans le royaume de Naples lui paraissait à peine possible; il prenait donc le parti de faire occuper militairement tout ce royaume et d'y proclamer partout l'état de siège; mais aucun des braves généraux du Piémont, ni La Marmora, ni un autre ne voulait accepter cette odieuse mission; ni Ratazzi, proposé pour le gouvernement de ce pays à la place de Farini, ne voulait assumer pareille responsabilité. On résolut donc d'y envoyer, comme essai, le prince de Carignan, cousin du roi Victor-Emmanuel, avec le chevalier Nigra pour secrétaire et pour gouverneur de fait. Le prince arrivé en toute hâte à Naples, le 12 janvier, et accueilli par les salves d'artillerie de la marine anglaise, adressa de suite au peuple napolitain une proclamation, danslacpielle ilannonçaitqu'il était venu hâter l'œuvre de l'unitication italienne et conserver l'ordre public; qu'il respecterait l'Eglise et ses ministres, à la condition pourtant que le clergé obéirait au roi et aux lois; il promettait ensuite des réformes administratives, il exprimait enfin la confiance que Gaète ne tarde-
rait pas à succomber et que les provinces verraient bientôt renaître la paix et la tranquillité. Il appelait de nouveau Liborio au ministère et s'employait à ce que partout la réaction populaire fût comprimée et détruite. La police devint alors à Naples ce qu'elle n'avait jamais été aux plus mauvaises époques du gouvernement des Bourbons ou d.es princes les plus despotes. La loi contre les suspects fut exécutée dans toute sa terrible rigueur; Tespionnage ne connut plus de bornes; une parole, même modérée, adressée à un ami dans la rue ou dans un café, méritait la prison et pis encore; et durant le seul mois de janvier les seules prisons de Naples comptaient jusqu'à 40,000 détenus politiques, parmi lesquels 43 religieux et ecclésiastiques. Ainsi le gouvernement piémontais renouvelait dans une mesure beaucoup plus exorbitante, et pour la défense d'un pouvoir illégitime, ces dispositions de police qui lui avaient fait traiter le gouvernement des Bourbons de tyrannique et d'exécrable.
On dépéchait simultanément des troupes dans lesAbruzzes et dans les Calabres, en telle quantité qu'il fallut confier les forteresses à la garde nationale. Mais un régiment, qui tenta un débarquement à Reggio, fut assailli par les habitants, mis en déroute et forcé de se retirer en désordre du côté de Catanzaro.
D'autre part , il fut impossible aux Piémontais de traverser les positions du mont Avellino, tous les passacjes en avant été barricadés et fortitiés. Ils durent prendre d'autres chemins plus difficiles et moins directs. Cependant la garnison d'Ancône, qui se composait alors d'un seul régiment , reçut l'ordre de s'embarquer, de prendre terre au petit port de Giulianova sur
l'Adriatique et de marcher de là vers Ascoli et l'Abruzze ultérieure (i). Mais il lui fallut attendre le renfort de deux autres bataillons qu'on lui expédia de Rieti, avant de pénétrer dans la province d'Ascoli dont la révolution était redoutable (2).
Sur ces entrefaites, une nouvelle bande de soldats napolitains, qui était entrée dans les Abruzzes, vers le milieu de janvier, en poussant le cri de guerre: « Dieu et le roi France çois H, «parvenait à Carsolo; elle se renforçait des paysans armés qui accouraient de toutes parts les recevoir, et se réunir à eux au cri de : « vive François H; »de toutes parts de petits corps de Piémontais offraient de se rendre, moyennant la vie sauve; cette colonne de braves alla s'organisant toujours mieux sous la conduite du général Lovera et d'autres braves officiers du roi de Naples; arrivée à Tagliacazzo, elle y attaqua les Piémontais qui refusaient d'évacuer la ville, les dispersa après une heure et demie de combat, et s'empara de cette commune qui leur rappelait un fait illustre dans l'histoire de leur royaume. Le corps du général Pinelli se retira alors sur Avezzano au nord-ouest du lac de Celano et y dépêcha de nouveaux renforts, parce qu'il serait devenu très-difficile aux Piémontais de s'opposer aux progrès de la révolution, si les royaux se rendaient une fois maîtres de cette forte et importante position. Un corps d'armée considérable marcha donc en toute hâte dans la direction d'Avezzano et le général Cialdini ordonna immédiatement au général Sonnaz de se porter sur Sora avec une brigade et une batterie complète de canons rayés (5). Cepen-
(1) V. la Patrie du 14 janv. 1861.
(2) Dép. d'Ancône du 18 janv.
(3) V. le Corrière mercantile de Gênes au 19 janv. 1861 et la corresp. du Monde au 2t janv.
dant la colonne de Lovera, ayant eu connaissance des renforts envoyés au généra! Pinelli et ayant éprouvé la ditTiculté de surprendre Avezzano, fut forcée de se retirer à Carsoli (i). Le général Pinelli ainsi dégagé d'une situation difilcile recommença ses expéditions de meurtre et de sang. Après avoir fait fusiller à Avezzano vingt-huit suspects ou coupables de réaction, Pinelli se jeta le 23 sur Suacula à quelques milles d'Avezzano, et ayant appris la défaite d'une des colonnes piémontaises, il fit fusiller plus de cinquante hommes qu'il retenait comme prisonniers de guerre et parmi lesquels se trouvaient deux prêtres, trois femmes et deux enfants. Des deux prêtres l'un était Taumônier du corps napolitain; son nom était Gennaro d'Orsi. Ce généreux ecclésiastique, conduit au lieu du supplice où quarante-sept de ses compagnons venaient de tomber victimes d'affreux bourreaux, une vile soldatesque le chargea d'infâmes outrages et ne cessa de le tourmenter jusqu'au dernier soufïle de sa vie. Mais le pieux d'Orsi leur disait avec le courage d'un héros chrétien : « Vous ne me faites pas peur; vous ne « m'inspirez que de la pitié. » Atteint de huit coups de mousquet et couvert de blessures sans nombre, il recueillit encore le reste de ses forces, se souleva de terre et répéta d'une voix ferme à ses bourreaux : « Je ne vous crains pas. » Ceux-ci, tout grossiers qu'ils étaient, demeurèrent un instant frappés du courage et de la fermeté du généreux martyr; puis, possédés de je ne sais quelle fureur diabolique, ils se jetèrent sur le corps presque inanimé du héros, lui déchirèrent la poitrine et en retirèrent un crucifix : « Voilà la « cause » s'écrièrent-ils avec rage, « voici la cause » et, disant
(1) Dép. de Marseille du 25 janv. 1861 et les corresp. des journaux k cette date.
cela, ils l'accablèrent de nouveaux coups, après quoi, ayant lié à un arbre les niembres sanglants de ce généreux prêtre, ils les percèrent à coups de baïonnettes. Les forcenés ne s'en tinrent pas là; ivres de vin et de sang, ils s'assemblèrent autour d'une statue de la Vierge et, quand ils l'eurent j)rofanée de mille manières, la condamnèrent à être fusillée comme protectrice manifeste des royalistes et des papistes, S'étant ensuite jetés dans les églises, même à l'instant redoutable de la consécration, ils y firent retentir le cri infernal de : « A bas l'hostie! », et, pour montrer le mépris qu'ils faisaient des images des Saints, ils s'en servaient comme de cibles sur lesquelles ils exerçaient leur adresse au tir du fusil (i). Tels étaient les soldats d'un gouvernement qui se disait catholique.
Cependant le général Pinelli s'était porté à Ascoli, où des forces considérables s'étaient réunies pour réprimer la réaction de cette province. Mais auparavant ce barbare fit fusiller 48 personnes à Tagliacozzo, pour venger la défaite de ses troupes; le 3 février, il publia l'ordre du jour suivant, qui devait servir de programme à la nouvelle campagne et de mesure à la destruction et aux massacres de ces nouveaux Druses de l'Europe moderne. « Officiers et sotte dais, » disait-il, « votre marche depuis les rives duTronto « et de Castillana est digne de tout éloge. Son excellence le « ministre de la guerre est contente de vous. Forêts, tor- « rents, montagnes de neige, précipices n'ont pu vous a arrêter... Officiers et soldats, vous avez supporté de « grandes fatigues: mais vous n'avez pas tant fait que vous « n'ayez encore quelque chose à faire. Un reste de cette race
(1) Ces détails nous ont été rapportés par des témoins oculaires et dignes de foi et plusieurs journaux non-suspects les ont publiés.
« de brigands s'abrite dans les montagnes, courez l'en « dénicher et soyez inexorables comme le destin! Contre « de tels ennemis la pitié est un crime. Ces vils adversaires, « ils plient le genou quand ils vous voient en grand nom- « bre, et ils vous attaquent traîtreusement par derrière, « quand ils vous voient faibles : nos blessés, ils les égor- « gent. Indifférents à tout principe politique, avides seule- « ment de butin et de rapines, ils sont actuellement les « brigands sabiiiés du vicaire, non du Christ, mais de S^il an, « tout prêts d'ailleurs à vendre à d'autres leur poignard, <f dès que l'or, fourni par la stupide crédulité des fidèles, ne « les contentera plus. Nous les anéantirons, nous mettrons « en lambeaux le vampire sacerdotal qui, de ses lèvres im- <c pures, suce depuis des siècles le sang de notre patrie; « nous purifierons par le fer et par le feu les régions que sa « bave immonde a infectées, et de leurs cendres la liberté « pour ces nobles familles d'Ascoli sortira plus vigou- <c reuse. » Telles étaient les paroles empreintes du sceau de la moderne révolution, par lesquelles cet affreux bourreau désignait à la dévastation de ses hordes impies cette malheureuse province. Aux paroles répondaient bientôt les faits. «Quand nous arrivâmes près de Mazzano, » écrivait un officier piémontais, « nous commençâmes la canonnade. « Les brigands prirent la fuite et nous occupâmes ce ter- <c ritoire où le feu porta immédiatement la ruine la plus « complète. D'autres colonnes s'emparèrent de Cassara et « de S. Vito qui subirent le même sort que Mazzano. Ces vil- « lages furent comme enveloppés par la tempête : toutes « les maisons, toutes les fermes et les établissements de « tout genre que nous rencontrâmes devinrent la proie des « flammes. C'était un spectacle effrayant : tous les animaux.
« les bœufs, les moutons, etc. fuyaient épouvantés sur les « collines, l'homme cependant allait à la chasse del'homme : « chose horrible à dire mais vraie. Les flammes s'élevaient « de partout dans les airs; c'était ce qui me faisait la plus « pénible impression (i). » Après cette lettre et beaucoup d'autres que nous ne publions pas ici, on ne révoquera pas en doute les horribles massacres et toutes les atrocités dont les Piémontais furent prodigues dans cette malheureuse contrée, ainsi que dans toutes les provinces des Abruzzes et dans la terre de Labour; on admettra, comme réels, les incendies, les massacres et les dévastations dignes des Hurons ou d'un autre peuple encore plus féroce, par lesquelles le gouvernement sarde voulut apparemment démontrer à l'Europe la spontanéité et l'unanimité du vote d'annexion!
Dans ces conjonctures, Sonnaz, fidèle au principe de la révolution, n'était pas resté au-dessous de Pinelli. Le 25 janvier, poursuivant avec mille hommes de sa brigade, avec de la cavalerie et de l'artillerie une bande de réactionnaires, qui avaient cherché asile dans la province de Frosinone de l'Etat Romain, il se présenta à Tabbaye de Casamari dans le district de Veroli , asile des Trappistes blancs et monument historique d'art et de religion. Aux approches de cette horde furibonde, la majeure partie des religieux et des novices avaient abandonné leur maison laissée en garde à dix laïques présidés par un prêtre. Les Piémontais arrivés, les gardiens de l'abbaye furent obligés de se disperser sous peine de se voir fusillés, le couvent fut ensuite saccagé; on vola tout jusqu'à l'argenterie de l'église et jusqu'à la pixide sacrée, qui renfermait les saintes
(1) Independente de Naplcs du 26 janv. 1861.
hosties. Et, comme si cela n'avait pas suffi, le lendemain, en se retirant, les Piémontais mirent le feu aux magasins de foin, au moulin et à la pharmacie, qui fournissait de médicaments les pauvres gens du pays. Heureusement, ceux-ci, accourus en foule, réussirent à éteindre l'incendie qui menaçait l'existence de ce bel établissement (i). Après ces actes de vandah'sme et de sacrilège, le corps de Sonnaz, renforcé de deux autres mille hommes, marcha du côté de Banco, à l'effel de capturer la bande réactionnaire tiui s'y était réfugiée.
Banco est une petite ville perchée, comme les autres du district de Veroli, sur la cime d'une montagne. Les royaux, au nombre de 350 hommes au plus, commandés par le vaillant major Théodule de Christen, avaient eu le temps de se retrancher derrière quelques pans de la vieille muraille qui environne encore une partie de la ville.
Le général Sonnaz arrivé là le 28 janvier, vers 6 heures du matin, fit marcher au pas de charge une colonne de ses soldats sur un monticule qui se trouve à une portée de fusil de Banco, et il posta l'autre colonne sur la grande route; mais celle-ci, repoussée par le feu des avant-postes napolitains, se retira en désordre derrière quatre pièces d'artillerie rayées qui, depuis 6 heures à 10, tirèrent sans interruption contre la ville, mais inutilement, bien que les royaux, privés d'artillerie, ne pussent riposter qu'en criant à chaque coup: Vive François II! Enfin, les munitions épuisées, Sonnaz divisant sa brigade en trois corps, ordonna
(J) V. le Journal de Rome du 24janv. 1861. Plusieurs autres corresp. confirraèicnt ces faits que les feuilles révolutionnaires ont vainement tâché de dissimuler. Ola est vrai, surtout du correspondant romain du Times, qui a prétendu que les Piémontais avaient trouvé dans le couvent de Casamari des armes, des uniformes de lioldats et des lettres réactionnaires ! ! !
l'assaut de cette position. Les royaux les attendirent à demiportée de fusil et les chargèrent avec tant de précision que les Sardes furent forcés de reculer, non sans perdre beaucoup de monde; 300 des leurs, qui étaient parvenus à une porte de la ville, se rendirent prisonniers. Ils laissèrent sur le terrain plus de 700 hommes, tant morts que blessés, parmi lesquels un officier supérieur et quatre subalternes, tandis que les royaux n'avaient eu que quatre morts et quelques blessés. Ce fut alors, vers 1 heure de l'après-midi, queSonnaz, épouvanté des pertes lamentables éprouvées par sa colonne, envoya un parlementaire offrir à Christen les conditions suivantes : 1'^ Le général Sonnaz cesserait les hostilités sur le territoire pontifical, et se retirerait à Sora dans le royaume de Naples. 2" La colonne des royaux pourrait se retirer où elle voudrait avec armes et bagages, sans avoir à rendre 400 fusils pris aux Piémontais et sans pouvoir être molestés dans les limites de l'Etat Romain. S*" En compensation de pareils avantages, les prisonniers piémontais seraient rendus, et Christen s'obligerait sur l'honneur à ne plus se battre contre les Piémontais, tant que le roi serait à Gaëte. Ces conditions acceptées et les 300 prisonniers renvoyés à Sonnaz, celui-ci se retira à Sora où il reçut (le 29) un renfort de trois autres bataillons que lui envoyait Cialdini (i). Cependant la révolution des Abruzzes, au lieu de céder et de se calmer, n'avait fait que grandir et se développer avec la rapidité de Tincendie. Les populations d'Ascoli passaient dans ces provinces et s'y
(1) V. une corresp. de Carsoli du l^"^ fév. adressée le 2 fév. par le correspondaut de Rome à la Gazette du Midi et la lettre du major de Christen lui-même, écrite de Rome, le 7 mars 1860, au directeur du journal Les Nationalités et insérée dans la Gazette du Midi du 24 mars et dans le Monde du 26.
joignaient aux bandes napolitaines pour venger la destruction et les massacres dont avaient souffert leurs villes et leurs villages. D'autres officiers et soldats leur arrivaient aussi du côté de l'Etat Romain, de nouveaux corjis s'organisaient et le feu de l'insurrection s'attisait de nouveaux éléments. Les Piémontais partagés en nombreuses et fortes colonnes investissaient de toutes parts la réaction et signalaient leur passage par le meurtre, par l'incendie et par les cruautés les plus inouïes. « Nos femmes et nos enfants sont « égorgés, » écrivaient les malheureux habitants de ces provinces, « nos biens sont pillés, nos maisons incendiées, (c uniquement parce que nous ne voulons pas reconnaître (c l'autorité d'un gouvernement qui est capable de telles « infamies. Us veulent une guerre sans pitié ni merci et ils « l'auront. Nous aussi, nous tuerons, nous égorgerons tous a les Piémontais qui tomberont dans nos mains. Nous ne « serons pas les premiers à donner l'exemple de semblables « horreurs; mais nous nous porterons à ces excès, pour « faire honte à l'Europe qui encourage ou tolère la politise que infâme qui y conduit (i). C'était ici l'accent du désespoir sans bornes, que produisait la vue des atrocités les plus brutales et des crimes les plus déshonorants, dont les officiers piémontais donnaient l'ordre à leurs soldats.
Effectivement, les soldats royaux et les paysans réactionnaires, que la révolution, rougissant de ses forfaits, appelait du nom de brigands, montrèrent, dans la pratique, à qui appartenait cette flétrissante dénomination. Les Piémontais prisonniers furent traités partout dans les Abruzzes et dans
(1) Ces faits et ceux que nous y ajoutons ici, ont acquis un tel degré de certitude qu'il n'est plus possible de les nier; c'est en vain que, pour l'honneur de l'humatiité, quelque feuille révolutionnaire a voulu les démentir.
les Calabres avec des sentiments d'humanité à faire rougir, s'ils en étaient susceptibles, les généraux qui se faisaient une gloire et un plaisir de se baigner dans le sang de leurs malheureux prisonniers, et de les fusiller par douzaines et quelquefois par centaines. Du reste, les scènes que nous ont rapportées d'innombrables correspondances des Abruzzes, de la Terre de Labour et de la province d'Ascoîi,font frémir d'horreur. Les horribles massacres et les sauvages dévastations de Pizzoli, de St-Vittorino, de rAriccia,d'ïsernia et de cent autres localités de cet infortuné pays où Sonnaz lit mettre à mort tous ceux qui ne réussirent pas à s'enfuir, appartiennent à l'histoire de ces Druses italiens qui prétendent, par le fer et le feu, donner consistance à un nouveau système de liberté dont le plus féroce despotisme ne diffère en aucune façon (i).
Mais ni ces massacres, ni ces horreurs de destruction et d'incendie, ni la chute même de Gaëte n'avaient éteint ou ralenti le terrible feu de la réaction. Le général comte de Coataudon, avec d'autres braves officiers de l'ancienne armée de Naples, s'étaient mis à la tète du mouvement, ils avaient mieux réorganisé leurs forces et reprenaient l'offensive(2). Le major de Christen revenait de Rome à Oricola, et y parvenait au moment où 200 hommes du corps de Coataudon marchaient sur Garsoli pour chasser les 300 Piémontais qui en avaient pris possession. Ces 200 braves délogèrent de Carsoli ce ramassis de misérables, conduits par Masi et par le major Piacentini, bien que l'action se passât en vue de deux bataillons piémontais qui n'osèrent |pas
(1) V. les journaux de toutes couleurs.
(2) V. la lettre d'Oricoia adressée, le 22fév. i8(jl, par les officiers de Naples au général de Sonnaz. Nous la reproduisons à l'appendice de ce cliap.
descendre de la iriontagne pour les attaquer; ils délivrèrent de la prison 33 malheureux, qui devaient être fusillés le jour même, firent 40 prisonniers de leurs ennemis, s'emparèrent d'un drapeau et de 50 fusils; puis, sans avoir perdu un seul homme (quand l'ennemi en avait perdu 40) et après un repos de trois heures, ils rejoignirent leur corps à Otricolo (i). Après cette expédition, le roi de Naples, arrivé à Rome, avait rappelé des Ahruzzes la colonne qui se battait en son nom. Le général comte de Coataudon, dans sa lettre au général de Sonnaz, que nous avons citée, put lui dire en face que ses soldats avaient combattu pendant deux mois toujours victorieusement, au milieu de privations et de sacrifices que présente rarement l'histoire militaire; qu'ils auraientcontinué à défendre les domaines qui appartenaient à un prince, devenu l'objet des sympathies de l'Europe civilisée; mais qu'ils obéissaient seulement à l'ordre de leur souverain; qu'ils espéraient toutefois reprendre bientôt leurs armes pour descendre au champ d'honneur, à l'heure du triomphe de la vérité et de la justice.
Ces mouvements si énergiques dans tout le royaume de Na[)les, s'étaient communiqués aux provinces de Sicile, qui attendaient le moment où le torrent de la réaction des Calabres et des Ahruzzes se précipitât sur Naples, pour courir aux armes et briser le joug tyrannique qui les tenait courbés dans la fange. La Sicile, en décembre et en janvier, n'avait plus dans ses partis des soutiens de Gavour et du gouvernement sarde; les troupes piémontaises y étaient regardées, non comme autrefois les troupes de Naples, mais comme les Autrichiens en Lombardie, aux plus mauvais
(1) V. la lettre précitée du major Christci),en réfutation du récit mensonger publié sur ce fait dans les journaux.
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jours de la compression militaire, ou couime à d^autrcs éjiOijues, les Maures en Espagne ou en Sicile même. Les Garibaldiens ne constituaient j)as le parti de la majorité; mais unis à la société mazziiiienne, ils étaient assez forts et ils imposaient au plus grand nombre, qui désiraient certainement leur ancienne monarchie et la restauration de leur ancieuîie indépendance. Le parti de Mazzini, sous la direction de Crispi, avait, dans les mois de décembre et de janvier, acquis un tel ascendant à Palerme, qu'il était devenu un obstacle insurmontable au gouvernement piémontais ; d'autant plus que, pour gagner l'appui de la population, il s'était posé comme le défenseur de ses droits et le gardien de ses libertés. Mais il contenait par la terreur le parli des Bourbons; souvent le poignard entre les mains des Mazziniens, frappait quelque membre des plus hardis de la réaction et forçait les autres à la prudence et à la modération. Cependant, voyant les républicains devenir chaque jour plus puissants, La Farina, à Timitalion du gouvernement de Naples, voulut frapper un coup décisif et ordonna la mise en arrestation de Crispi, de Raffaele et de Ferri, qui gouvernaient et dirigeaient les mouvements de celle faction anti-sociale. Mais le peuple, (|ui abhorrait le gouvernement de La Farina, se souleva en fureur et demanda impérieusement la délivrance de Raffaele et de Crispi, qui avaient déjà été arrêtés, ainsi que la démission de tout le ministère. Alors Montezemolo annonça aux Palermitains que tout le conseil des ministres venait de quitter la ville. Cette nouvelle et l'élargissement des prisonniers apaisèrent l'irritation des factieux et un nouveau conseil fut établi, où entrèrent le marquis Torrearsa, le comte Amari, le baron Turrisi, le prince de Santelia elM.Orlando. Les troubles ire r.Évoiur. IF sicir.B. t. m. io
cessèrent cependant pas tout à fait. Durant tout le mois de janvier, on vécutdans l'attente d'une terrible réaction bourbonnienne qui devait éclater au sein même de Palerme et mettre le parti royaliste en lutte acharnée avec celui de Mazzini. Mais la garde nationale, s'interposant au nom de la sécurité publique, tint les deux partis en équilibre dans la capitale, et Palerme, en état de paix, contribua puissamment à y retenir toutes les provinces de Tile.
Cependant, au mois de janvier, une députation de Siciliens, représentants du parti réactionnaire, s'était transportée à Gaëte pour offrir la Sicile au roi François, moyennant des garanties propres à concilier les espritsdupeuple. C'est pourquoi le noble souverain adressa aux Siciliens une proclamation datée du 15 janvier. A cette proclamation où il décrivait, dans un langage respirant une profonde compassion,le malheureux état où le Piémont avait réduit cette ile, il annexa les bases du statut de Sicile, (ju'il assurait pour toujours à son peuple. — En voici le texte.