Chapitre XXXV
DERNIERS COMBATS A GAETE ET CAPITULATION DE LA PLACE DÉPART DU ROI DES DEUX-SICILES.
L'armistice de Gaèto étant publié , les ambassadeurs d'Autriche, de Russie, de Prusse, du Portugal, de Saxe, de Toscane et le nonce du Pape se rendirent, le 15 janvier, auprès du roi François II, pour lui présenter leurs félicitations à l'occasion de sa naissance : les Napolitains qui étaient à Rome, célébraient ce jour par une messe solennelle à l'église du Gesù et par des prières publiques. L'Europe entière contemplait , du reste, avec admiration le jeune roi, la jeune reine et le comte de Caserte qui, dès les premiers jours du bombardement, avait fait preuve aussi d'un rare courage et d'une intrépidité merveilleuse, passant le jour et la nuit sur les batteries de poste de terre, pointant lui-même les canons et faisant passer ses propres sentiments dans l'âme de ses soldats. Partout en Europe les noms de ces princes étaient des noms de héros et grand était surtout l'enthousiasme de la généreuse France pour le monarque trahi, qu'elle proclamait digne de plusieurs couronnes. Les mêmes impressions s'étaient communiqués à toute l'Allemagne et aux autres pays, où elles remplaçaient et détruisaient les préjugés ([ue l'esprit révolutionnaire avait pris à tache d'accréditer. Les ennemis du
roi de Naples perdaient tous les jours davantage devant J'eslimeet le respect qu'on lui accordait, et les efforts de la presse, soi-disant libérale, ne parvenaient [îas à les relever du mépris qui leur était dû. L'opinion publique prononçait enfin sonarrêt sur l'invasion de Na})les etdes Etats du Pape.
De son côté, Cialdini employa les loisirs de l'armistice à la construction de nouvelles batteries dans le Borgo, à'Albano, à Abzano et à San-Martino, tandis que de Gênes et de tous les arsenaux d'Italie on lui expédiait en hâte toutes les pièces de siège disponibles; il parvenait ainsi à mettre en position devant Gaëte 150 caijons dont 80 étaient ryés, ce qui donnait à l'artillerie des assiégeants la supériorité sur celle des assiégés. — En même temps les Napolitains observaient de la tour d'Orlandoqu oa travaillait sans relâche, dans le camp ennemi, pour élever de nouvelles batteries et poster les pièces nouvellement arrivées; ils en donnèrent donc avis à l'amiral Barbier de Tinan, cpii, ayant constaté le fait, fut étrangemenf surpris qu'un général en chef d'une armée violât aussi effrontément l'armistice conclu, et envoya à Cialdini un officier réclamer fortement contre pareil acte. Mais à quoi bon? L'homme cpii, à Teano, avait fait emprisonner les guides du général Salzano, qui avait fait arrêter à Tagliiicozzo les parlementaires napolitains, était-il capable de tenir à ses promesses et de garder intact l'honneur militaire? Ces assiégés, cependant, ne se crurent pas autorisés à s'écarter des conditionsde l'armistice et ils les res{)ectèrent loyalement jus(ju'au soir du 19 janvier (i). Durant ces jours, le roi François eut soin de faire transj)orter les malades à Terracine, renvoya les quelques soldats qui lui demandèrent un congé, et se disposa à la plus héroïque
(J) Circulaire de Casella du ISjanv, adressée aux Cours étrangères.
résistance. Des ambassadeurs présents à Gaète, ceux de Russie et de Prusse, furent les seuls qui ne restèrent pas auprès du roi pour le soutenir de leur présence et consoler les infortunes de sa famille (i). Au matin du 19 janvier, le général Menabrea, chef d'état-major piémontais, se rendit à Gaëte pour dénoncer le terme de l'armistice et pour apporter les conditions que mettait le Piémont à la reddition de la place. Le roi les rejeta nettement, et Tadhésion du corps diplomatique à cette résolution fut unanime (2).
La reprise des hostilités étant décidée, la flotte française et tous les vaisseaux étrangers qui se trouvaient à l'ancre à Gaëte, abandonnèrent ce port, dont l'amiral Persano déclara immédiatement le blocus (3). Le ministre Casella avait, depuis le i8 janvier, dans sa note aux cours étrangères, signalé à leur réprobation le blocus que le Piémont venait d'imposer à la place de Gaëte, et il leur avait représenté que a S. ^\. avait la confiance qu'une sommation collective se fe- « fait de leur part eu roi de Sardaigne, alin de garantir la « liberté de S. M., si les hasards d'un siège désespéré resc( pectaient sa vie, et afin d'assurer contre tous les outrages « la personne de la jeune reine qui, avec une magnanimité « dignede son cœur, avait résisté aux pluspuissautessollici- « talions pour seconsacrer,dansles hôpitaux, au pansement c< desblessés,insensibleelle-mèmeà tout danger personnel.»
Aucun desgouvernementsn'osa fairede réponse contraire aux justes désirs, exprimés par le ministre de François II.
(1) Casella leur présenta à cette uccasion une note portant aussi la date du! 8 jaiiv. iiole dans laquelle il leur exposait les raisons qui rendaient la prolongation de leur séjour à côté du roi éminemment utile à sa cause.
{'2) Correspondance du Times Au 22janv. Gazette Piémontaise du2l. Moniteur dn23.
<3) Dép. de Turin du 21 janv. Gazette officielle de Naples du 23 janv.