Chapitre XXXVI
ACTES RELATIFS A LA CAPITULATION DE GAETE. — REDDITION DÉFINITIVE' DE MESSINE ET DE CIVITELLA DEL TRONTO. — SUPPRESSION DE l'aMRASSADE N.rvOLITAlNE EX ANGLETERRE. — SYMPATHIES DE lYuroPE POUR FRANÇOIS II.
Le jour même où François H quitta Gaètejes PiémontaiwS avaient occupé le Monte-Secco; ]a garnison, ayant reçu tous les honneurs militaires, marcha vers cet endroit où elle mit bas les armes et fut répartie, suivant les articles de la capitulation, sur divers points et principalement dans les iles de Naples : plusieurs chefs obtinrent même la permission de retourner chez eux, sous la promesse qu'ils ne participeraient à aucun mouvement réactionnaire. Cialdini prit possession de toute la pres(ju'île de Gaëteoù, indépendamment de 700 canons, il trouva 60,000 fusils et quantité d'autres armes. 11 publia ensuite une proclamation à ses troupes, qui montra que cette fois il s'était inspiré de l'hypocrisie cavourienne et avait voulu cacher la sauvage nature qu'il avait révélée dans toutes les campagnes d'Italie. Il n'ignorait pas combien la proclamation et les massacres de Pinelli (qui n'avait fait que suivre ses instructions), avaient scandalisé l'Europe entière, ni quelle peine avaient dû se donner les journaux italiens, français et anglais pour atténuer la douloureuse impression de l'opinion publique; il
savait que le ministre de Cavour, directeur en chef de ces exécutions, avait été contraint, pour ne pas en partager l'odieux, d'enlever à Pinelli le commandement de sa brigade et de le mettre à la disposition du ministère de la guerre par un décret du 10 février (i). Le très-humain Gialdini voulut donc parler à l'unisson du comte de Cavour, dans l'espoir, sans doute, d'effacer la cruelle image de ses atrocités passées. Voici le texte delà proclamation ({u'il adressa, le n février aux soldats piémontais :
• c< Soldats, '*
« Gaète est tombé! La bannière italienne et la croix vic- « torieuse de Savoie se déploient au sommet de la Tour « d'Orlando. Ce que j'avais prédit le 10 de janvier, vous l'a- « vez accompli le 13 de ce mois. Qui commande à des sotte dats de votre trempe, peut, à coup sûr, prophétiser la « victoire. En 90 jours, vous aVez soumis une place célèbre « par ses nombreux sièges, une place que de nouveaux ou- « vrages de défense avaient rendue plus forte que jamais; « une place qui, au commencement de ce siècle, résista pendant quatre mois aux premiers soldats de l'Europe. L'histoire racontera les efforts que vous avez faits, les fatigues que votre constance, votre abnégation et votre valeur ont supportées. L'histoire parlera des gigantesques travaux que vous avez accomplis en si peu de temps. Le roi et la patrie applaudissent à votre triomphe et vous remercient.
« Soldats, nous avons combattu contre des Italiens. Ce
(1) Plus lard, le ministère piémontais rendra ses bonnes grâces à Pinelli et l'associera de nouveau à Cialdini, pour éteindre la réaction des Napolitains dans leur proprt sang. (Note du traducteur.)
fat un pénible, mais nécessaire devoir. Je ne ()uis donc vous inviter à des démonstrations de fête, ni à l'insultante allégresse du vainqueur. Je crois plus digne, pour vous et pour moi, de vous réunir aujourd'hui sous les murs de Gaëte où sera célébrée une messe funèbre. Nous devrons prier pour les généreux soldats qui sont tombés durant le siège, tant parmi nos rangs que parmi ceux de Tennemi. La mort recouvre d'un sombre voile les ressentiments humains et les morts sont égaux devant les yeux des hommes généreux qui leur survivent. La colère ne doit pas dépasser le champ de bataille; le soldat de Victor-Emmanuel combat et pardonne.
« ClALDINI. »
En vérité, tant do compassion et de tels sentiments de générosité et de modération à l'égard des Italiens, sont incroyables chez l'homme qui bombarda horriblement la ville d'Ancône, pendant 12 heures, après que le drapeau de la paix avait été arboré, qui eut la cruauté de lancer 50,000 bombes dans Gaëte, durant les trois jours des négociations relatives à la capitulation, proposée dès le premier de ces trois jours; qui désigna pour objectif à ses canons rayés le palais d'un roi et d'une reine, les hôpitaux de pauvres malades blessés en combattant, les églises mêmes que respectaient les barbares du Nord, au temps de leurs invasions. Nos lecteurs connaissent assez le reste des mérites de Cialdini pour se former une idée complète du personnage. Est-il donc vrai que la prise de Gaëte soit une victoire et un triomphe de l'armée sarde? Nous ne le croyons pas, et quiconque aura lu le chapitre précédent, ne le croira pas plus que nous. Les batteries dressées par Cialdini, n'avaient
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d'autre but, comme nous le disions, que de détruire une ville et non de renverser des remparts ou de réduire des forts au silence; le feu de l'artillerie piémontaise n'avait pas réussi à démolir un seul mur d'enceinte; les brèches ouvertes, comme l'ont avoué les Anglais mêmes du Mohawk (i), ne furent le résultat que des explosions et encore les Piémontais n'auraient-ils pas osé risquer d'> monter à lassaut. Leur gloire consiste donc à avoir détruit des maisons, des couvents, des hôpitaux et des églises, elle consiste à s'être procuré des traîtres qui, en mettant le feu à la poudrière, ruinèrent complètement la partie de la ville la plus rapprochée de leur camp. Nous ne prétendons pas pour cela contestera l'armée sarde les vertus militaires dont Cialdini fit l'éloge ; que n'ont-elles été employées pour une meilleure cause! Quant aux gigantesques ouvrages mentionnés dans la proclamation, ouvrages par lesquels il faut entendre surtout plusieurs milles de bonne route, l'exécution en était principalement due à des paysans que Cialdini avait amenés jusque de l'Ombrie et des Marches (2). De travaux de siège proprement dits, l'armée piémontaise, nous le répétons, n'en a pas eu le souci ni le mérite.
Le ministre napolitain Casella, qui était resté plusieurs jours à Gaëte, pour régler l'exécution de quelques articles de la capitulation, expédia sans délai aux représentants des Deux-Siciles, près les cours étrangères une circulaire dans laquelle il exposa en peu de mots les raisons de la reddition de la place, raisons qu'il disait être en partie politiques, en
(1) Corresp.de Naples dans le Times^ 25 lév. i86i.
(2) Ces paysans retournèrent chez eux dans 40 chariots, dont quelques journaux parlèrent tant à celte époque (avril), mais d'une manière erronée et avecla crainte que les troupes piémontaises n'eussent en vue d'aller surprendre Rome.
partie militaires : nous avons traité la même question dans le chapitre précédent, et nous nous contenterons de reproduire cette circulaire à l'appendice des documents de ce chapitre. En outre, le 16 février, le gouvernement du roi François communiqua aux puissances une longue note en forme de protestation (i). Cette pièce justifiait devant l'Europe la conduite que le roi avait tenue jusqu'à son départ de Gaëte: a Un souverain, » disait la protestation, « qui à peine « monté sur le trône héréditaire, se trouve au milieu des <c circonstances les plus difficiles, un souverain, à qui la « trahison, l'intrigue et la révolution n'ont pas même donné « le temps d'étudier l'état de son pays, méritait certainece ment quelque secours et des sympathies efficaces. Lors « donc que ce souverain était perfidement attaqué le jour « même où il octroyait à ses sujets une constitution libé- <c raie et les plus larges garanties, il pouvait se croire (f autorisé à en appeler au tribunal des grandes nations « qui, pour le bien commun, se sont constituées arbitres « du droit public et de lequilibre politique du monde dans « les diverses circonstances que l'Europe a traversées de- « puis 1815, à des dates plus ou moins rapprochées de « celle-là. Qu'un souverain ne doive ni demander, ni espèce rer un appui extérieur dans les agitations purement in- « térieures de ses peuples, que l'intervention étrangère ne « puisse s'employer à assurer alternativement le triomphe « de la révolution ou de l'autorité, qu'on laisse, en un mot, « les gouvernements et les peuples libres de modilier le « régime politique de leur propre pays, c'est là, semble-t-il, a une théorie admissible en règle générale pour tout le
(t) Gazette de France^ Monde des il et 12 mars, etc.
« monde, une théorie fondée sur les principes de liberté et c( de justice qui règlent aujourd'hui la politique des grands « Etats de l'Europe (i).
« Mais quand un souverain combat loyalement pour le « maintien de l'cTrdre public, pour la liberté et pour l'indé- « pendance de ses peuples, il peut bien au moins réclamer « le bénélice des lois communes à toutes les nations, qui « ne permettent pas à un autre gouvernement de violer le « droit international, les traités solennels formant le seul « bien, la seule garantie des sociétés politiques de l'Eu- « rope. Le roi des Deux-Siciles pouvait se croire dans la « même position quejes autres monarques, et l'agression « étrangère lui donnait certes le droit que n'invoquèrent « pas en vain la Porte Ottomane, le vice-roi d'Egypte et les « régences mauresques d'Afrique. Et qu'on ne dise pas, « pour échapper à la logique de ces principes, qu'il s'agis- « sait ici d'une question d'Italiens à Italiens. L'Italie, telle « que l'a faite l'histoire et que l'Europe l'a établie, se com- « pose de divers Etats, ayant des gouvernements indépen- « dants. Voilà le droit commun. Qu'on accorde aux peuples -( qui se constituent la faculté de choisir leur gouverne- « ment, qu'ils soient libres, si Ton veut, de pousser jus- « qu'aux dernières limites la théorie de leur souveraineté « et d'abdiquer même leur indépendance ; mais on ne peut « pas, à moins de fouler aux pieds tous les principes, perce mettre que ces peuples soient envahis sans déclaration a de guerre, sous le prétexte de l'unité et de la liberté, en « laissant simultanément à une seule puissance violer, au
(1) Dans sa note dn 22 août 1860 au comte de Persigny, M. Thouvenel s'était exprimé, a ce sujet, en des termes tout semblables.
RtVOLUT. DE SICILE. T. Jl. 12
« bénéfice de son ambition, la loi commune des nations « civilisées.
La note poursuivait, en exposant tout ce qu'avait fait le roi François pour réformer son gouvernement, de manière à satisfaire les légitimes désirs de ses peuples ; elle parlait de l'envahissement de ses Etats par des aventuriers couverts du drapeau piémontais; de sa retraite avec l'armée sur les rives du Volturne, de l'inique intervention du Piémont, contrairement au protocole adopté le 14 avril 1856 par les conférences de Paris; delà retraite des Napolitains derrière le Garigliano, dusiégeet de la capitulation de Gaëte, entin du départ de François II pour l'exil, et elle se terminait ainsi : « Le roi croit devoir encore une fois protester « de son côté et en son nom contre la violence dont il est « victime, en réservant tous ses droits et se proposant d'en « appeler à la justice de l'Europe. Sa Majesté ne veut en « aucune façon provoquer des agitations dans son royaume; « mais, quand ses fidèles sujets trompés, trahis, opprimés, « spoliés, lèveront leurs bras animés d'un même sentiment c( contre l'oppression, le roi n'abandonnera pas leur cause. « Pour éviter cependant l'effusion du sang et l'anarchie qui « menace de ruiner la Péninsule italienne. Sa Majesté se « persuade que l'Europe réunie en congrès, sera appelée à « se prononcer sur les affaires d'Italie. Le seul but de sa « politique extérieure sera donc, à partir d'aujourd'hui, de « manifester ce projet et d'en poursuivre l'exécution.
« Quant au régime intérieur, ses convictions ne sont « point changées. Les promesses du manifeste du 8 octobre (c forment désormais son programme unique et invariant ble. »
Au bruit de la chute de Gaëte, le parti de la fusion ita-
lienne ne se posséda pas de joie, et les vivats à Garibaldi, à Victor-Emmanuel et à l'empereur des Français retentirent jusqu^à Rome sur les lèvres des hommes affiliés aux sociétés secrètes et salariés par Cavour. A Naples et en Sicile, le gouvernement du prince de Carignan et de Monlezemolo ordonna des fêtes et des illuminations; mais quoique ce gouvernement ait fait publier par un grand nombre de télégrammes qu'une joie immense avait accueilli la nouvelle dans tout le royaume, les correspondances les plus véridiques venues des Deux-Siciles et communiquées à la Patrie et à d'autres journaux non suspects en cette matière, nous affirmaient, au contraire, que les troubles étaient trèsvifs dans Naples même, que toutes les provinces demandaient leur autonomie et leur indépendance, et que le nom piémontais était partout en haine et en malédiction. Le nouveau pouvoir n'en crut pas moins le moment venu de frapper uq grand coup contre l'Eglise et ses ministres, et de s'emparer des biens ecclésiastiques pour payer les énormes dettes contractées par le Piémont pour la ruine de la Péninsule. Le 18 février, un décret de la lieutenance de Naples prononça l'abolition de tous les concordats faits avec l'Eglise depuis 181 8 à 1834 et de toutes les conventions postérieures conclues avec Rome jusqu'à 1860 ; le même décret abolit tous les privilèges, sous le spécieux prétexte d'une parfaite égalité entre tous les citoyens; il adjugea au pouvoir civil la juridiction des causes et bénéfices ecclésiastiques, et déclara nuls et de nul effet les appels qui se feraient à Rome. Un autre décret abolissait, à peu d'exceptions près, tous les ordres religieux de l'un et de l'autre sexe; il séquestrait leurs propriétés, réduisait les revenus de l'Eglise et ratifiait solennellement le vol le plus sacrilège
deson patrimoine. L'argenterieappartenant aux maisons religieuses supprimées, passait dans les mains du gouvernement, pour être monnayée et destinée à l'achat de munitions de g,uerre. Le peuple de Naples en montra le |)lus vif ressentiment; mais pas assez pour que le gouvernement reculât devant l'exécution des mesures décrétées.
En Sicile les démonstrations et les menaces des populations furent telles que le pouvoir n'eut pas le courage d'accomplir l'indigne spoliaton, et affirma, par une circulaire, à toutes les communautés religieuses que son intention n'était pas d'étendre à la Sicile les résolutions prises à cet égard pour Naples. Ces assurances menteuses n'empêcheront certainement pas les ordres religieux de la Sicile d'être spoliés par le fisc piémontais qui, en les réduisant à la plus rigoureuse pauvreté évangélique, emploiera leur avoir à l'acquittement des énormes dettes de l'Etat.
Sur ces entrefaites, le général Fergola à Messine, et le colonel Giovane dans le fort de Civitella del Tronto, avaient refusé de rendre ces places : c'est pourquoi, le 20 février, le général Mezzacapo fut dépêché avec une brigade contre Civitella, et Cialdini partit pour Messine avec Persano, conduisant un gros corps de troupes et toute l'artillerie à longue portée qu'il avait employée contre Gaëte. Mais la fermeté connue et éprouvée du vieux général Fergola et la forteresse de la place, at^mée de 300 bouches à feu, et rendue inaccessible à un assaut quelconque, soit de terre, soit de mer, faisaient raisonnablement craindre que ce siège n'eût toute la durée de celui de Gaëte.
D'un autre côté, le fort de Civitella del Tronto, défendu par 300 braves soldats, résolus à ne pas se rendre tant qu'il leur resterait un canon, menaçait, grâce à l'avantage de sa
position, qui lui avait permis d'arrêter la marche d'une division tout entière, menaçait, dis-je, de soutenir un long siège et de causer à l'ennemi des pertes considérables. Cialdini en frémissait de rage; il accumulait les batteries et les munitions sur les collines qui entouraient la ville de Messine; il disposait ses moyens de destruction, et, dans l'impossibilité de faire de ces places ce qu'il avait fait d'Ancône, de Mola et de Gaëte, il se préparait à détruire les quelques maisons (|ui se trouvaient dans l'enceinte fortifiée et les logements militaires; ce fut en effet la direction des coups de son artillerie, lorsque, dans les premiers jours de mars, le feu commença. Il écrivait cependant au général Pergola, avec son aménité de barbare, qu'il le tenait pour un rebelle, qu1l n'accorderait ni à lui ni à sa garnison aucune forme de capitulation; mais qu'il le forcerait à se rendre à discrédon; que, si lui, Fergola, tirait contre la ville, lui, Cialdini, ferait fusiller pour chaque citoyen tué ou blessé un officier de la garnison, confisquerait en outre, tous ses biens et tous ceux de ses officiers pour indemniser la ville des dommages qu'elle aurait soufferts, et livrerait leurs personnes en proie au peuple de Messine, qui en ferait ce que bon lui semblerait; il terminait par l'assurance bien inutile iju'il était homme à exécuter ces promesses (i). Un chef de brigands aurait-il écrit en d'autres termes à un général et à des officiers pleins de cœur et d'honneur militaire? — D'autre part, le fort de Civitella del Tronto avait énergiquement résisté aux premières opérations du général Mezzacapo et c'était en vain que celui-ci avait essayé de l'emporter d'assaut.
(1) Celte lettre est authentique; la Gazette officielle de Turin la publia ellemême.
En conséquence, M. de Cavoiir implorait les bons offices de la France, pour se délivrer du double obstacle qui tenait occupée une grande partie de Tarniée et toute la flotte. Le roi François qui voulait se conserver pur de toute tache qu'aurait fait rejaillir sur son nom les cruautés mêmes dont les Piémontais menaçaient Messine et Civiteîla, se rendit aux conseils de l'empereur des Français et dépêcha aussitôt au général Fergola le général Clary, accompagné d'un officier du général Goyon, pour lui dire de rendre la place. Il dépêcha avec la même mission et aussi en compagnie d'un officier français, le général délia Rocca au colonel Giovane, commandant de Civiteîla; les conditions pour les garnisons des deux places, ne devaient pas différer de la capitulation de Gaëte(i).
John Russell n'avait pas voulu attendre la chute de Messine et de Civiteîla, pour donner congé au représentant des Deux-Siciles et interrompre avec lui les relations diplomatiques. Le jour même (21 février) où l'ambassadeur de Sardaigne lui communiqua officiellement la nouvelle de la reddition de Gaëte (2), il envoya au chevalier Fortunato, secrétaire de la légation Sicilienne (3), une dépêche par laquelle il lui déclaraitque ses fonctions comme représentant du roi de Naples avaient cessé (4). Le chevalier Fortunato ne fit pas attendre sa réponse, qui était pleine de franchise
(1) Celte nouvelle fut donnée officiellement par le Moniteur du 12 mars 1861. — Une dép. du gouvernement de Naples du li, la confirma. V. corresp. de Rome du 16 mars dans le Monde.
(2) Dépêche du marquis d'Azeglio à Lord J. Russell. Park-lane, Londres, 19 février.
(5) Le chev. Fortunato était en ce moment le chargé d'affaires du roi de Naples à Londres, le comte Ludolf étant absent par suited'un congé qu'il avait demandé au roi.
(4) Dép. de Lord J. Russell au chev. Fortunato. V. cette dépêche à l'appendice de ce chapitre.
et de vérité; il y défendait auprès du noble lord la conduite de son souverain, et accusait le gouvernement anglais d'avoir employé son influence pour faire de Tltalie une puissance qui deviendrait indubitablement l'alliée de la France (i).
Mais, tandis que le cabinet britannique accomplissait l'œuvre de sa perfidie envers le roi des Deux-Siciles, toute l'Europe sentait grandir sa vive sympathie pour François II et pour la reine Sophie, qui avaient trouvé dans le palais du Quirinal, rhos[)italité de l'exil. De France, d'Espagne, de Bavière, d'Irlande, d'Angleterre même, des adresses étaient journellement envoyées aux deux héroïques personnages, et maints présents leur apportaient les témoignages de l'estime et de l'aff^ection que ces divers pays nourrissaient pour ces malheureux princes et pour la justice de leur cause. Nous nous contenterons de reproduire ici un document qui nous est remis à l'heure même où nous écrivons ce chapitre; il nous vient du royaume de Prusse. C'est une circulaire que plusieurs des plus illustres personnages de ce royaume adressent à l'aristocratie dont ils font partie, pour réclamer leur concours dans l'offrande qu'ils avaient l'intention de présenter au roi François II. La circulaire est conçue en ces termes; « C'est avec un sentiment de douleur mêlé d'une ce légitime fierté dont la chute de Gaète doit pénétrer les « âmes généreuses, que nous nous adressons à nos égaux « en dignité, et à tous ceux qui partagent nos sentiments, « dans la formelle persuasion que ce que nous proposons « sera approuvé par tout homme au cœur droit et loyal. La « citadelle que le roi François II défendit si glorieusement, « était moins le rempart du monarque des Deux-Siciles,
(1) Dép. du chev. Fortunato à Lord J. Russell. V. à l'appendice.
« que le boulevard de la légitimité. Puisque les souverains « légitimes de l'Europe n'ont pu préserver l'édifice qui « protégeait l'inviolabilité de leurs couronnes, ni tendre « une main secourable à l'héroïque champion de leurs « principes, nous croyons de notre devoir de reconnaître « solennellement cette bannière délaissée; et plus est pro- « fond dans nos cœurs le sentiment de fidélité envers r( notre propre souverain, plus aussi nous devons franchece ment arborer le drapeau de la légitimité, en face du « parjure et contre la violence des maximes qui triomphent « aujourd'hui en Italie, et que nous pourrions voir demain « se propager en Allemagne. Nous adressons donc un « confiant appel à tous nos amis, pour qu'ils appuient a notre proposition, de déclarer publiquement par un « hommage chevaleresque au grand roi et à la noble « reine des Deux-Siciles, ce que nous pensons et désirons « à leur sujet. Nous prions les personnes disposées à pren- « dre part à l'hommage que nous comptons offrir à Leurs « Majestés, de transmettre au plus tôt leurs cotisations à « ceux qui leur communiqueront cette circulaire. Nous « aurons l'honneur de publier en temps opportun le résul- <c tat de la souscription (i). »
« Prince E. de Sayn-Wittgenstein.
a Prince E. Egon de Fùrstinberg.
« Comte A. d'Erbach-Fùrstenau.
« Comte P. de Leiningen-Billingheim.
« Comte E. de Stolbekg-Wernigerode. »
En même temps que François II et sa digne épouse se conciliaient ainsi de plus en plus, dans leur retraite, les
(1 ) Extrait du Times du 13 avril 1861 .
sympathies de TEurope, qui semblait d'une voix de tonnerre protester contre les principes de tyrannique oppression proclamés en Italie sur les débris des trônes, ses ennemis, couverts de honte et de blâme, devenaient l'objet de la répulsion générale. Russell s'était réjoui d'avance de ce que par la chute de Gaëte tout le royaume des Deux-Siciles allait rentrer dans les voies de l'ordre et de la tranquillité; tous les journaux révolutionnaires avaient prévu le même résultat; mais qu'est-il arrivé en réalité?
L'anarchie s'est accrue et continue de s'accroître dans d'immenses proportions; les assassinats sont devenus des massacres, les vols se sont développés en communisme pratique; l'immoralité et l'irréligion, soutenues par le nouveau gouvernement, dépassent toute mesure et nous représentent le paganisme dans ses formes les plus brutales renouvelé au sein des provinces italiennes par leurs prétendus libérateurs (i). Aussi, malgré le rappel de la colonne des Abruzzes, ordonné par le roi des Deux-Siciles, le nom de cet héroïque souverain s'invoque à Naples et à Palerme, comme celui d'un sauveur; ni les menaces, ni les visites domiciliaires, ni l'espionnage mis en honneur, ni les arrestations arbitraires d'une police éhontée, ni les désarmements, les spoliations, les emprisonnements, l'exil, les fusillades, la mise à feu et à sac de villages et de villes entières, ne sont parvenus à déraciner ce nom du cœur de ses sujets, ni même à les empêcher de le prononcer, La noblesse napolitaine accepta avec joie les insignes des ordres de chevalerie que le prince exilé leur envoyait de Rome, et laissa seul dans son palais le prince de Carignan, qui ne put réussir à donner un bal dans la résidence usurpée des souverains de ce royaume. Le peuple gémit mainte-
(1) V. à l'appendice de ce chapitre une lettre sur l'état des provinces de Sicile,
nant dans la misère et le désespoir, et il menace les soutiens armés de la domination sarde; quoique repoussé plusd'une fois, il ne renonce point à ses plans de soulèvement et d'affranchissement; les correspondances de ces contrées ne nous parlent que de réactions, de démonstrations et de conspirations organisées sur une large échelle en faveur du roi François; tout nous montre quelle est la vraie monarchie napolitaine, la véritable pensée et le sentiment réel de la nation. Cependant les intrigues et la corruption se mettent en campagne pour fortifier le parti d'un prétendant étranger; on enrôle des soldats en son nom sous le titre de légion de r Adriatique (i); on recueille des souscriptions; on dépêche des ambassadeurs jusqu'à Paris, pour y apporter des adresses et des votes, on en reçoit des réponses adressées à un duc innommé de Naples (2). Vains efforts, si les baïonnettes d'un potentat ne vont pas relever un trône que les baïonnettes avaient élevé une première fois.
Cavour, qui avait fait dépendre de la chute de Gaëte la pacification des provinces méridionales de Tltalie, proclama dans le parlement sarde que cette pacification dépendait désormais de l'occupation de Rome; et il promit d'agiravec vigueur contre la réaction (3). Les massacres renouvelés sur le sol italien étoufferont les vœux réels de la vraie majorité. Mais c'est ici une nouvelle preuve de la tyrannie d'un gouvernement révolutionnaire, qui a osé qualifierdetyrannique le gouvernement des Bourbons; ce sera aussi un lourd fardeau de ressentiments et un pressant aiguillon de vengeance pour des peuples si indignement opprimés.
(1) V, La Voce popolare de Naples et le Monde du 8 mars.
(2) L'auteur lait ici allusion au voyage d'Ulloa à l'aris et à la lettre de Murât publiée dans les journaux. — (5) V. la séance du Parlement italien du 9 mars 1861.