‹ Histoire de la révolution de 1860 en Sicile (volume 2)Chapitre 24 sur 36 · RÉVOLLT. DE SICILE. T. II · texte numérisé non relu

RÉVOLLT. DE SICILE. T. II

ment : « On peut voir en ceci de vains préjugés qui ne « méritent que d'être foulés aux pieds; nous n'en devons « pas moins prendre les peuples comme ils sont, et nous « garder de mépriser leurs préjugés, dont une phrase « n'aura pas raison, s'ils reposent sur quelque fondement, « comme c'est le cas en îtalie. Il y a en effet plus de diffé- « rence entre Piémontais et Napolitains, qu'entre Français « et Anglais. Leurs lois, leurs institutions, leurs usages, « leur caractère diffèrent, etc. »

La correspondance adressée de l'Italie du Nord au même journal (i), exprimait la même manièredevoir, sansparler de bien d'autres témoignages non suspects.

Comment prétendre que tant de peuples, qui ont existé durant des siècles, indépendants et autonomes, subissent volontiers une fusion qui, leur ôtant jusqu'à leur nom, les confond dans l'existence d'un seul royaume? Comment prétendre qu'il leur plaise de sacrifier leur personnalité sociale avec leurs mœurs, leurs lois, leurs institutions et je dirais presque avec leur religion? On voudrait que de nobles capitales, comme Naples, Milan, Palerme, Venise,. Florence, Modène, illustrées par les grands hommes qu'elles ont produits, célébrées dans les récits de Thistoire, ennoblies par l'éclat de leurs cours, devenues des centres de culture et de civilisation, se soumissent à l'humble destinée de n'être plus que des chefs-lieux de province où commanderaient d'obscurs préfets expédiés de Turin! Et tous ces sacrifices pourquoi? Pour se courber sous la main d'un pouvoir (jui ne reconnaît pour loi que sa volonté et pour droit que le tranchant du poignard. Quelle est en effet la théorie libérale telle que nous la prêchent les pon-

(l) Times du 2-4 nov. 1860.

tifes de la révolution moderne? Cette liberté-là est pire que le despotisme. Le despotisme met tout en œuvre et règle toute chose pour la personne du souverain; la révolution prétend imposer ses jugements et rendre les hommes heureux de la manière qui lui plaît davantage; elle vous prescrit en conséquence, avec une sollicitude fraternelle, non-seulement les opinions politiques, mais encore telle résidence, telle occupation, et jusqu'à l'école même où vous devez envoyer vos eniants (i). Ce système, qui détruit la liberté de l'individu et de la famille, anéantit jusqu'à l'ombre d'autonomie dans la société politique; elle fonde la plus dure centralisation et établit l'omnipotence de l'Etat, auquel, pour unique but, elle assigne la gloire militaire des légions conquérantes et la prépondérance dans les grandes questions européennes.

Ce principe est la clef de la conduite du gouvernement sarde dans les provinces italiennes; il a fait abolir la séparation administrative de la Toscane; abolir à Naples la direction générale des postes, des télégraphes, des chemins de fer, des douanes; il en sera de môme des finances suivant le principe d'unification adopté dans le parlement de Turin. Qu'en résulte-t-il pour Naples? Que son port militaire reste désert, ses arsenaux vides, la majesté du trône, avec son prestige et son éclat, absente. Ajoutons à cela le lourd fardeau des impôts à payer, pour acquitter les dettes présentes et futures du gouvernement de Turin; la suppression des ordres religieux, qui donnent tant de relief au catholicisme et lui procurent tant d'avantages de toute espèce. Belle compensation, en vérité, pour ces peuples dé-

(1) Telle est la théorie de Louis Blanc, de [jonlhani, deMazzini et de toute l'écoie lévoluliounaire d'Italie.

nationalisés et qu'on voudrait décatholiser, belle compensation que d'être inondé de fausses bibles et de livres impies ou obscènes, que de voir s'élever des temples protestants sur ce sol que n'avait point encore souillé le venin de l'hérésie.

Tels sont les grands avantages qu'ont obtenus les Etats d'Italie pour avoir sacrifié leur indépendance; tels sont les souverains bienfaits que le libéralisme piémontais a donnés aux Italiens régénérés.

Mais, dira-t-on, ce sacrifice était nécessaire à la gloire et à la grandeur de l'Italie? Non, les traditions historiques ne sont pas favorables sur ce point au gouvernement central du Piémont ni à ses théories de liberté. L'histoire nous enseigne que l'Italie, à l'époque de sa grandeur, ne fut jamais unie;. que dans sa division en Etats autonomes elle fut libre, tandis que la concentration de ses diverses parties dans l'empire de Rome la rendit esclave : l'histoire nous enseigne que les imitations des révolutions étrangères et surtout de la révolution française, n'ont jamais été en Italie que des misérables essais qui ont mal fini et d'où n'est résulté que l'abaissement de ce pays. La tendance du mouvement italien actuel est d'abolir la liberté, qu'un ancien usage avait faite homogène au sein des populations de la Péninsule pour y substituer le renouvellement du despotisme impérial de Rome. Vainement les régénérateurs piémontais s'écrient-ils que l'histoire a désigné la Ville éternelle pour capitale et centre des pouvoirs politiques de la Péninsule : l'histoire proteste en faveur d'une tout autre union, et nous représente partout l'idée de l'unité fédérative. Elle nous la représente dans les temps de l'ancienne civilisation étrusque, laquelle fut une société de peuples libres.

depuis les Alpes au midi, où s'étendait la Grande Grèce, embrassant la majeure partie de l'Italie, et la rendant illustre pendant quatre siècles et demi depuis l'expulsion des anciens Pélasges (i). Elle nous la représente à l'époque de la civilisation latine qui continua et reproduisit l'organisation étrusque, dont elle avait été précédée; en sorte que Rome, après ses guerres, surtout contre les Samnites, n'eut en Italie que des \\U es associées dont elle fit dès le principe une confédération (2). L'histoire nous montre la même idée daus les temps de la civilisation chrétienne du moyen-âge, où les ligues furent le moyen le plus puissant de sauver la nation des ennemis du dehors et de garantir la liberté des municipes. De plus, l'histoire, en même temps qu'elle fait briller à nos yeux cette idée de confédération inhérente aux trois plus belles époques de la civilisation et de la grandeur de l'Italie, nous fait voir que le grand principe fédéralif des Etats italiens, protecteur des monarchies nationales, conciliateur des factions rivales et belligérantes, qui ont été le fléau de la Péninsule, résida constamment, depuis l'ère chrétienne, dans le Pontife-Roi. C'était lui qui représentait en Italie le principe vivant et réel, homogène et naturel de l'association des villes et des Etats de l'Italie; lui qui avait triomphé avec la croix de la barbarie septentrionale en se mettant à la tête du système européen, lui qui avait été le symbole de l'ascendant de la justice sur la force, du droit sur l'usurpation. Aussi, tant (jue ])révalurent le droit et la justice, cet ordre de choses ])ersévéra sous l'autorité bienfaisante et unificative du Sou-

(1) I{. (i. Niebuhr. The History of Rome, (transi.) vol. I. The Tuscans or Elruscans, p. 118. London, 1837.

. (2) Ibid. vol. III. Londoii, 1842, p. o23.

verain-Pontife. Mais lorsque (pour ne parler ici que de l'Italie) les petits despotes, grâce à la politique développée par Machiavel dans son livre du Prince, détruisirent la liberté municipale et courbèrent les populations sous le joug de la tyrannie, les ligues devinrent impossibles et l'autorité du Pontife qui réclamait en faveur de la liberté des peuples, disparut devant les tyranneaux qui avilirent ce pays. Même alors, l'Alighieri, l'Alighieri gibelin, l'Alighierî impérial, tout en attendant, de l'empereur Henri VII de Luxembourg, la liberté italienne, et tout en écrivant à ce sujet aux princes et aux cardinaux de l'Italie les pages que lui dictaient les transports de son âme (i), plaçait dans le Pontife les espérances du salut de Tïtalie et le disait formellement dans une lettre adressée par lui aux cardinaux; il les exhortait à choisir un pape italien qui rétablît son siège à Rome et pansât les blessures de leur malheureuse patrie (2). Ces traditions sont celles des peuples de la Péninsule et il ne s'y pourra pas constituer un gouvernement stable qui les heurte et les foule aux pieds. Les gouvernements, |)our offrir des conditions de stabilité, doivent être appropriés aux mœurs des peuples, et, par une conséquence nécessaire, être traditionnels. Les princes ont oublié cette grande vérité, et toute la série des mouvements funestes et des révolutions qui ont flagellé l'Italie et l'Europe ne reconnaît pas une autre cause. Les gouvernements peuvent et doivent se développer et progresser en déployant de plus en plus leur force et leur vertu native ; mais ils ne doivent pas abandonner les bases de leurs anciennes traditions, sous peine d'entraîner la société dans un abîme de maux

(1) OEuvres de Dante Alighieri, epist. Il, vol. VI I, Flor. 1841, p. 725.

(2) Ibid., p. 750.

incomparables. Voilà le sort dont le mouvement actuel menace Tltalie en bâtissant l'édifice national sur des plans chimériques et en dehors des fondements du passé.

Au contraire, la fédération des Etats légitimes de la Péninsule serait pour eux une source de biens infinis.* L'Italie moderne ne ferait alors que continuer l'Italie du moyen-âge, en développer le génie et en poursuivre le mouvement avec tous les avantages d'une civilisation qui a progressé. La révolution voudrait relier l'ftnlio à l'époque de sa grandeur despotique et { nienne, nous voudrions, nous, la relier à l'époque de sa grandeur libre et chrétienne. Nous voudrions l'unité de l'Italie, sans détruire la variété de ses parties; nous voudrions pour elle un genre d'unité qui réunît les forces de terre et de mer, et la mît en état, non-seulement de protéger la liberté de ses royaumes contre toute prédominance étrangère et toute injure agressive ; mais encore de concourir, avec les puissances catholiques et surtout avec la France, à la propagation de la vérité chrétienne dans les régions les plus barbares de l'Asie et de l'Océanie, en y fondant des colonies civilisatrices, et en y jetant la semence des ordres religieux et civils de l'Europe chrétienne (i). Nous voudrions l'unité qui, sans dénaturer les divers génies des Etats italiens, sans altérer les lois et les coutumes nationales, sans violer leur indépendance, sans amoindrir l'éclat de leurs cours et de leurs capitales, renversât les barrières contraires au progrès général du commerce et des arts dans toute la Péninsule, détruisît les jalousies municipales et les vues mesquines de l'esprit de clocher, égalisât et unifiât de plus en plus, la langue et les rapports des di-

(1) Gioberti. Primat^ t. F, p. 129 et seqq.

verses populations. Nous voudrions pour l'Italie l'unité qui serait bénie et sanctifiée par le Souverain Pontife, le chef et modérateur de la Péninsule réunie, comme la nature des choses et la tradition historique de quatorze siècles le démontrent; par le Pontife exerçant de nouveau au profit (le l'Italie son pouvoir de conciliation et de rédemption^ unissant par des liens indissolubles les princes et les peuples, et les appliquant de concert à un seul but, celui de faire progresser, dans le chemin d'une vraie grandeur, cette race privilégiée. De cette manière, la Sicile pourrait jouir de sa constitution réformée de 1812, avec toutes les concessions libérales que François II a garanties : le royaume de Naples développerait sur les bases de l'ordre et de la justice, ce statutquela révolution a mis en lambeaux pourréduire les Napolitains sous le joug du Piémont, et ces deux Etats jouiraient à la fois de la splendeur deleurscours, et ils ne renouvelleraient pas aujourd'hui les temps de malheur et de sang, de servitude et de honte qu'ils eurent à traverser dans leur dure condition de provinces espagnoles. Les duchés de ritalie centrale seraient remis en possession des brillantes prérogatives que leur ont assurées leurs généreux princes, et les Etats de l'Eglise verraient se réaliser les promesses d'améliorations civiles que le magnanime pontife ajouterait aux anciennes, pour rendre ses sujets heureux, et ceux-ci éprouveraient quelle différence il y a entre le gouvernement de la révolution qui bouleverse et détruit tout, et le gouvernement du Vicaire de Jésus-Christ qui conduit ses peuples par les voies de la douceur et de l'affection. Alors tous les peuples libres d'Italie dans une confédération loyale et effective, parce qu'elle aurait Tordre et la justice pour bases, se reconnaîtraient Italiens, enfants d'une terre commune;

tous en poursuivraient chaleureusement les véritables grandeurs et les gloires véritables sans se détruire, comme ils le font maintenant, avec la rage qu'inspirent les fureurs des révolutions.

Les princes d'Italie et le Souverain Pontife lui-même avaient certainement embrassé l'idée de la confédération italienne qui leur était proposée dans le traité de Villa- Iranca; pourquoi donc, rejetant ce plan de loyale politique deux fois juré, à Yillafranca et à Zurich, préféra-t-on renouveler le principe si contraire à l'histoire, aux mœurs et aux promesses réciproques, le principe de l'unité centrale de la Péninsule dans lesensdela fusion politique? M. Pétruccelli délia Gattina, parmi les incongruités qu'en vrai disciple de Robespierre, il prononça doctoralement du haut de la tribune de Turin, laissa échapper une grande vérité dans la séance du 16 avril 1860. Les dieux, dit-il, qui ont réalisé l'unité italienne, sous le roi Victor-Emmanuel, ont été la bravoure des soldats deSan-Martino,de Garibaldi etdeMazzini (i),' En vérité, ce sont bien là les dieux infernaux qui ont renversé le système fédératif destiné à pacifier et à régénérer l'Italie, et qui ont préconisé une idée destructive du bonheur et de la gloire des Italiens; oui, l'ambition et la puissance du Piémont représentée par ses troupes, la piraterie, instrument du Piémont, représentée par Garibaldi, les sociétés secrètes, appui du Piémont, représentées par Mazzini, ont fait tout le mal que nous déplorons. Les autres partisans de l'unification furent achetés par l'or et les

(1) Entre autres inepties, Pétruccelli osa dire que les soutiens du fatalisme appeilentles princes rois par la grâce de Dieu. A Pétrucelli, qui raisonnait ainsi, il n'y a pas d'autre réponse à faire, que de l'envoyer étudier, dans les premiers éléments de philosophie, la différence qui existe entre le fatalisme et la Providence divine au seiR des évéuements sociaux.

is.

promesses ; et que ne peut ce moyen sur les hommes? « Si « la peste, » disait le député Courtois, aux membres de la Convention, fc avait des pensions à donner, elle trouverait ce ses adorateurs! » (i). Tels ont été, et non pas la majorité des suffrages, les auteurs et les complices de l'unité centrale et de la fusion essayée dans notre Péninsule. Dirons-nous, après cela, que Vépoque des révolutions soit close? L'histoire a commencé bien vite à démentir cette vanterie mensongère dont le raisonnement seul ferait prompte justice. Qui pourra croire, en effet, que l'erreur et l'irrésolution doivent durer longtemps en Italie et que les populations entraînées, comme de vils troupeaux dans la servitude, ne doivent pas bientôt relever la tête pour se mesurer avec leurs nouveaux oppresseurs et reconquérir leur indépendance? Seront-elles domptées et muselées par le nouveau pouvoir central? Mais cela même fera que les réactions et les révolutions alterneront dans une série sanglante de funestes agitations; il y aura oppression et répression de la part du nouveau libéralisme piémontais; mais l'époque des révolutions ne sera point close. Et puis, avec quelles forces le Piémont remportera-t-il cette victoire sur l'indépendance des provinces italiennes? Avec les forces de la révolution? Voilà donc en plein triomphe, l'esprit subversif des sociétés secrètes, le voilà constitué en autorité et mis en état de poursuivre le travail destructeur qu'il avait projeté dans les conciliabules ténébreux de Mazzini. Ce ne sera certes pas la manière de donner la paix à l'Italie. Est-ce que le nouveau gouvernement voudra enchaîner, comme il s'en flatte, la révolution qui lui aura servi de moyen et d'instrument pour ses usur-

(Ij Dans le rapport lu par lui sur des papiers trouvés chez Maximilien Robespierre.

pations? Mais sans cette arme, son pouvoir sera réduit à rien et se verra brisé, comme le colosse de Nabuchodonosor, par la force des populations qui, de petite pierre qu'elle était d'abord, se lèvera comme un géant. D'ailleurs, le Piémont réussira-t-il à dompter le parti de la révolution qui a fait sa force jusqu'à présent? Pourra-t-il leur dire, comme Diieu à l'océan : « Tu briseras là tes flots écumeux? » Le parti de la révolution menacé d'annihilation se tournera contre ses dominateurs, les accablera de ses coups et les perdra dans l'ivresse de son triomphe. La démagogie alors serait intronisée en Italie sur les ruines amoncelées de l'édifice religieux et social, et les fureurs les plus épouvantables de 93 auraient leur tour dans ce malheureux pays. Dieu nous garde de vouloir prophétiser des catastrophes vers les quellesnous croyons cependantqueTItalies'achemine; nous Défaisons qu'exposer les résultats de notre raisonnement.

Or cet état de choses peut-il laisser l'Europe indifférente? La révolution triomphante sur toute la surface de l'Italie, ne promènera-t-elle pas sa torche incendiaireà travers l'Europe entière? N'ébranlera-t-elle pas tous les trônes légalement constitués; ne foulera-t-elle pas aux pieds toutes les lois et ne déchirera-t-elle pas tous les traités, pour faire place, suivant l'expression des sectaires, aux 'plus grands principes de la justice naturelle? La carte d'Europe déchirée, toute force ôtée aux conventions des princes et des congrès, aucun principe de légitimité reconnu, la souveraineté populaire mise en état de tout entreprendre, la paix sera-t-elle encore possible pour l'Europe? Ces principes sont ceux sur lesquels s'est bâtie l'unité centrale de l'Italie fusionnée; pourquoi ne verrait -on pas demain d'autres royau-

mes se fonder ainsi en Europe sur les mêmes principes, d'autres souverainetés s'élever, d'autres trônes se renverser et d'autres nations succéder aux anciennes? Voilà pourquoi un ferment d'agitation s'est répandu d'un bout de l'Europe à l'autre. Voilà ce qui prouve à l'évidence que François II à Gaëte ne défendait pas seulement sa cause, mais celle de. tous les souverains. L'Europe cependant refusa de lui porter secours, par crainte d'exciter une guerre générale ; mais en laissant les mauvais principes de la révolution se développer et prévaloir en Italie, elle a préparé la plus épouvantable conflagration pour tous les pays, elle a ouvert le champ libre aux tristes perspectives de l'état de guerre. Le principe de non-intervention, mis en faveur dans les circonstances actuelles, a été l'arme la plus puissante de la révolution, la destruction des garanties dues aux petits Etats dans le système général de l'Europe, le renversement de tous les principes de droit et de justice auxquels la force a été subordonnée. Ce principe a concédé de fait à la violence et au caprice un droit supérieur aux protocoles et aux conventions des grandes Puissances, le droit de tracer une nouvelle carte d'Europe. On nous donne ce principe comme le moyen le plus eflicace de prévenir la guerre; et quand le principe contraire eût pu l'étouffer dans son germe, ce principe pernicieux l'a rendue inextinguible et universelle. L'époque qui s'ouvre devant nous donnera raison à tout ce que nous disons par intime conviction ; mais elle fera peser les terribles conséquences d'un mauvais principe sur le cabinet d'Angleterre qui, après avoir empêché toute intervention propre à arrêter le cours de la révolution, et après l'avoir soutenue et protégée de tout son pouvoir, en a sanctionné les maximes, en reconnaissant le

premier la légitimité du nouveau royaume d'Italie (i); exemple suivi d'abord par les princes muzulmans.

(1) V. deux dép. de Lord Russell, l'une du 30 mars 1860 au marquis d'Azeglio, ministre de Sardaigne à la cour d'Angleterre et l'autre du l*"" avril k M. Hudson, ministre d'Angleterre a Turin, dépêches publiées parle Times.h Morning-Uerald^ etc. Lord J. Russell toutefois, dans une dép. du24 janv. 1861, qui devait être communiquée au comte Cavour, avait assuré qu'il attribuait peu d'importance au vote par suffrage universel de Naples, delà Sicile, de l'Ombrie et des Marches, et il déclarait qu'il se réservait d'examiner la question de la transformation politique de l'Italie en un seul royaume, quand le Parlement italien légitime réuni manifesterait, d'une manière solennelle, les vraies intentions du pays. (V. encore la dép. du comte Cavour au marquis d'Azeglio, en réponse à celle de Russell. Turin, 16 mars 1861, dép. publiée par le Tijnes du 22 avril.) Vraiment, nous ne savons pas comment John Russell, après avoir donné tant de poids au suffrage universel par ses nombreuses dépêches de 1859 et 1860, rétrogradait maintenant pour chercher un appui dans le vote du Parlement. Si le suffrage universel n'avait aucune valeur, le Parlement cavourien en avait moins encore, l'élection des députés de Turin ayant été le résultat des moyens mis en usage à l'époque du plébiscite. V. à l'appendice la protestation du comité de Sheffield contre l'acte injuste et illogique de Lord J. Russell, dont la dépêche citée se trouve aussi en partie à l'appendice.

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