II
Cependant la révolution demanda des réformes. Nous avons fait voir au ch. vu de ce livre, quelles avaient été les intentions des Carbonari et de Mazzini lui-même en provoquant aux réformes administratives dans les Etats du Pape; ils n'acheminaient le gouvernement dans cette voie que pour le détruire. Le comte de Rayneval, dans son célèbre rapport, avait consciencieusement médité sur les conditions des sociétés secrètes et avait parfaitement vu, qu'au fond, le carbonarisme qui continue à faire des adeptes, est une association où le poignard est en honneur et dont le but est le renversement de tout ordre social. Les Mazziniens, continuait notre auteur, forment une autre classe plus nombreuse, qui n'a d'autres desseins que la république universelle, l'unité de l'Italie et la guerre contre l'Autriche.
Que pouvaient donc se proposer ces hommes d'iniquité en demandant des réformes? L'amiral Lyons lui-même ne put le dissimuler et cette vérité (dont la diplomatie contraire au S. Siège n'a jamais voulu avoir l'intelligence), ressort de plusieurs passages de ses dépêches, à savoir: que les ennemis du gouvernement pontifical ne demandaient pas des réformes pour autre chose que pour ruiner son autorité (i). Malgré cela, Pie IX, en montant sur le trône, avait inauguré la voie des réformes pour son Etat et pour ceux de l'Italie, bien avant qu'aucune des Puissances songeât à les lui demander; il alla jusqu'à ouvrir un Parlement à Rome; mais quels en furent les résultats? L'assassinat de Rossi, son premier ministre, qui avait consacré tous ses soins à consolider la nouvelle forme représentative; une horrible insurrection contre le Pontife, sa fuite à Gaète, la constituante romaine, le décret de déchéance du Pape, les meurtres, les profanations et les sacrilèges les plus odieux. L'assemblée républicaine de Fi'ance, émue par les voix éloquentes de M. de Montalembert et d'autres nobles personnages, rétablit le Pape libre et souverain dans la possession de ses Etats (2); il pouvait certes abandonner la voie des réformes bienfaisantes et des améliorations de son administration civile, après la triste expérience qu'il venait d'en faire. « Or, » dit M. le comte de Rayneval, « nous devons lui ren- « dre la justice d'avouer, qu'en dépit du résultat malheureux « de ses tentatives de réforme, il n'a jamais abandonné ses « projets d'améliorations et n'a jamais cessé de chercher « les moyens de les mettre en pratique. » Avant même
(1, Lyons-Despatches. pp. 7. 9, 20, 2i, 29.
(4) Pie IX et la France en 18 i9 et en 1859, dans le Correspondant du mois d'octobre l8o9.
d'être parti de Naples et pour tenir compte des conseils reçus à Gaëte de la part des Puissances catholiques (i). « Nous devons, » dit le comte de Rayneval, a lui rendre la c< justice d'avouer qu'en dépit du résultat malheureux de ce ses tentatives de réforme, il n'a jamais abandonné ses « projets d'amélioration et n'a jamais cessé de chercher « les moyens de les mettre en pratique. » 11 instituait un conseil d'Etat, auquel il attribuait le pouvoir d'interpréter et d'élaborer les lois, ainsi que de donner librement son avis sur les affaires publiques; il créait ensuite un conseil composé des députés des provinces, dans le but de soumettre à leur examen le budget de l'Etat et de les consulter pour tout ce qui regardait la gestion des finances. Dans la même pensée d'amélioration, pour chaque province, il formait un conseil, tout composé de laïques, ayant mission de juger de tout ce qui serait favorable à la prospérité du pays. 11 constituait en même temps l'autonomie communale dans une large extension, réformait les lois administratives, préparait un nouveau code, ordonnait la publication des statistiques criminelles (2), et aurait certainement poussé plus loin les réformes projetées ou commencées, sans les manœuvres et les artifices pervers que lui opposaient ses plus implacables ennemis. Cet argument, qui atteste indirectement les droits de l'Eglise et la mauvaise foi de ses adversaires, a été porté à la dernière évidence, surtout par Mgr Dupanloup, par M. de Falloux et par le comte de Montalembert. Ils ont démontré qu'en même temps qu'on demandait hypocritement des réformes au Saint-Père, on soulevait exprès des obstacles qui rendaient
(I) via dépèche citée .lu cardinal Aiitonelli, '20 fév. 1861, à Mgr Meglia k l>aiis . (:2) V. les décrets concernant ces institutions, Nartli, op. c.