REMÈDE
L'Italie est vraiment sur le bord d'un abîme; mais bien mal avisé serait celui qui en voudrait rejeter toute la faute sur certaines formes de gouvernement; ce serait une erreur plus grande encore de s'imaginer que par le seul changement des institutions civiles et politiques, la Péninsule serait préservée d'une lamentable chute, redeviendrait grande et glorieuse, comme par le passé, et se retrouverait en pleine possession de sa force de pensée et de sa puissance d'action. La maladie qui ronge et dévore la nation italienne est invétérée et profonde; ni d'autres statuts politiques, ni de nouveaux codes législatifs ne pourraient la guérir; ce ne seraient là que de simples |)alliatifs réussissant à tromper cette pauvre malade sur la nature du mal qui la consume, mais non à améliorer son état. La racine de tous les maux de l'Italie, ce sont les sociétés secrètes, qui depuis plusd'un demi-siècle la travaillent horriblement. Les gouvernements d'Italie, comme ceux du reste de l'Europe, ne se sont jamais efficacement appliqués à l'extirpation de cette plante si fatale pour leurs Etats; tout occupés de l'amélioration de leurs finances, de l'industrie, du commerce, des travaux publics de leur pays, ils n'ont pas vu
les ravages effroyables que ces maudites sociétés préparaient à leurs peuples et à l'existence mênie de leurs trônes. Les sociétés secrètes sont parvenues, surtout en Italie, à organiser un nouvel Etat dansl'Etat et à saper plus d'un trône parsabase, avant qu'il sesoilcru seulement ébranlé ou menacé d'affaiblissement et de ruine. Les révolutions qui ont, pendant plus de 50 ans, déchiré et affligé l'Italie ont été l'œuvre et le fruit de leurs ténébreuses associations; et il faut leur attribuer les catastrophes que nous avons sous les yeux. Mazzini a pu dire en toute vérité : « Le mou- « vement italien est l'œuvre de notre parti; c'est notre « parti qui a fait avancer l'Italie et a forcé le cabinet sarde «à la suivre (i). » Vainement le Piémont a protesté dans ses circulaires que « l'Italie est aux Italiens et n'appartient « à aucune secte » : l'Italie est sous le joug des sectes ; le gouvernement de la révolution est le gouvernement des sectes; la force du nouveau royaume est dans l'appui des sectes, et ses dangers neproviennent que des mêmes sectes, toujours prêtes à abattre le dernier obstacle qui retarde le plein triomphe de la démagogie socialiste.
Mais ce qu'il nous importe le plus de signaler, c'est précisément la perversion profonde où ces sociétés plongent les esprits parla propagation de leurs détestables maximes. Les sociétés secrètes enchaînent leurs adeptes par les plus terribles serments prononcés sur le poignard ; aussi elles avancent toujours, jamais elles ne reculent; elles prennent des proportions de plus en plus gigantesques qui enveloppent dans leurs filets l'ancien et le nouveau monde. En-
(I) Lettre (le Mazzini du 7 janv, 1860 dans le Glascow-Herald et ailleurs. Mazzini y revendique pour son association l'honneur de tout ce qui est arrivé en Italie dans la période de 1859 et de 1860.
RÉVOLUT. DE SICILE. T. W. 16
suite, le lien établi entre les associations des divers Etats, l'union de leurs intérêts, la conspiration uniforme où les engagent le même but et les mêmes tendances, les ont rendues en ces dernières années plus redoutables et plus malfaisantes. L'activité qu'elles déploient, surtout depuis quinze ans, dans la Péninsule, est extraordinaire et a de (|uoi étonner; il n'y a pas de moyen dont elles ne se soient servies : l'avancement des sciences, la propagation de la culture, le perfectionnement des arts, la nouveauté des découvertes, le progrès de l'industrie, l'extension du commerce, les raffinements du luxe, et, en particulier, le journalisme et la presse; elles ont tout détourné et gâté au profit de leurs desseins, et au détriment de la société. Elles se se sont insinuées dans lecœur des jeunes gens pour souiller, dans sa plus belle Heur, l'innocence des mœurs (i); elles ont pénétré dans les collèges, pour distiller à travers l'enseignement, les maximes les plus pernicieuses; elles se se sont introduites dans les familles, pour corrompre l'éducation de la jeunesse; elles se sont mêlées dans les conversations et dans les conseils, pour y faire triompher leurs doctrines malsaines; il n'est pas d'association de bienfaisance publique, ou de secours mutuel, ou de littérature publique, ou de sciences, ou d'arts, il n'est pas de compagnie dramatique, pas de réunion, soit d'utilité, soit de plaisir, où elles n'essaient de mettre les mains pour tout mener à leur gré. Une longue pratique leur a merveilleusement appris tous les artifices de la séduction et de l'erreur. Par leur vie de mystère, par les travaux de démolition
(1) Charles-Albert disait un jour à une personne éminemment respectable, que partout où les Jésuites ouvraient un collège, les sociétés secrètes établissaient un comité pour séduire la jeunesse conliée aux soins des Pères. V. ui;e lettre du 29 déc. ihGO dans le Tablet du 12 janv. 18GI.
qu'elles projettent, par les sacrifices mêmes qu'elles exigent, elles séduisent les imaginations ardentes et les cœurs généreux des jeunes gens (i). Elles excitent sous le toit du pauvre, les plus belles espérances de fortune meilleure et enlacent ainsile bas peuple dansleurs machinations. Elles se glissent de même dans les palais des nobles, dans les hôtels des négociants, des capitalistes, des gens de toute profession, et soufflant le feu de la convoitise sur les intérêts propres de chaque classe, de chaque famille, de chaque individu, elles tendent admirablement leurs pièges et enrôlent de nombreux prosélytes sous leur drapeau menteur. Elles ne s'en tiennent pas là: elles disséminent partout des espions et des traîtres, dans les grandes sociétés, dans les dicastères, dans les offices publics, dans les armées, dans les cabinetsmêmes des princes, et partout, au moyen de la flatterie, de la menace, de la séduction, du poignard, elles s'ouvrent un large chemin et grossissent le nombre de leurs adhérents. Or, leurs projets, qu'on le sache bien, ne tendent pas aux améliorations et aux réformes sociales, mais à la destruction de toute autorité; elles ne se proposent pas un changement de religion dans le sens protestant, mais l'abolition du christianisme lui-même. « Ce n'est pas le simple oubli de « Dieu, » disait le synode des évoques, rassemblé à Vienne en 1849, « ce n'est pas une simple négligence pour le de- « voir, née de l'enivrement des sens, ce n'est pas non plus « la stupide impiété dont le monde a toujours eu à souffrir, « qui s'est emparée des esprits de cette race d'hommes, mais c< une haine de Dieu réfléchie et raisonnée, une guerre ou-
(1) Le tribunal militaire, établi à Mantoue en 1849, découvrit, parmi les sociétés secrètes, des enfants de quinze ans à peine. Pour Rome, nous garantissons le fait.
c^ verte contre Dieu et son Christ (i). » Ces sociétés diaboliques s'étudièrent donc naturellement à allumer, dans toutes les parties de l'Italie et au dehors, la haine la plus acharnée contre la papauté. A cette fin, elles représentèrent le Pontife comme l'allié du plus féroce despotisme et l'auteur de la plus dégoûtante tyrannie. Partout, elles dépeignirent les prêtres comme les soutiens du plus affreux système d'oppression. Elles ne cessèrent pas, en conséquence, de dénoncer les plans de tyrannie ourdis au Vatican et les conspiralions de tout genre élaborées par le clergé dans toutes les provinces de l'Italie; leur but en cela était de justifier le vil esclavage et l'épouvantable oppression qu'elles lui préparaient, d'atténuer la douloureuse impression que produirait le divorce complet de l'Etat et de l'Eglise. C'est pourquoi elles chargèrent tous les jours de nouvelles et plus noires couleurs les fraudes, les usurpations, les spoliations, les abus, la prépondérance des ecclésiastiques, mirent en suspicion et en exécration leurs maximes, leurs enseignements, leurs vertus mêmes, et effrayèrent du titre de clérical, cVultramontain, de réactionjiaire, quiconque osait prendre leur défense.
Les Protestants les plus éclairés, M. Guizot entre autres, ont eu bien raison dédire que toutes les communions religieuses sont menacées de ruine et la société entière de destruction, quand on les attaque journellement avec cette fureur et qu'on ébranle ainsi les premiers principes de l'ordre et de la religion. Or, c'est ici la plaie sociale qui devient de plus en plus profonde et saignante, la plaie qui entame toutes les nations, de l'Océan à la mer Noire et du Tage jusqu'à l'Oural. L'Italie est sous l'empire des sociétés se-
(1) Lettre pastorale du 17 juin l8o9.
crêtes qui ont accompli la première période delà révolution et qui s'apprêtent à la couronner des plus effrayantes catastrophes. L'Italie a offert le spectacle de révolutions extraordinaires et rapides, telles qu'on en trouve rarement dans l'histoire ; mais loin d'en être surpris, nous devons juger par là de la force des sociétés secrètes et de leur puissante organisation destructive. Les populations italiennes entraînées par les séductions de tout genre, par la surprise, parla force, parla trahison, assisteraient stupéfaites aux triomphes des nouveaux dominateurs armés d'imposture, d'hypocrisie et de violence; mais il n'est pas croyable que la plus grande partie des Italiens soit dans les filets de ces [)erfides associations, ou en connaisse les mystères d'iniquité, ou en soit complice. Nous n'oserons pas proférer à charge de nos compatriotes la honteuse calomnie sortie naguère de la bouche de Garibaldi, qui écrivait à une société biblique d'Angleterre que les Italiens sont en majorité plus que protestants de fait (i). Que la calomnie retombe sur le calomniateur, qui prétendit se faire Tinterprête et l'organe des sentiments et des convictions de 22 millions d'Italiens. L'Italie est catholique et le sera, tant qu'il restera une pierre au palais du Vatican; les peuples de tout ce beau pays ne sont pas sortis des voies que leurs aïeux ont tracées, ils n'ont pas déposé le glorieux diadème que mit sur leurs fronts le pontificat et l'Eglise ; et si les ennemis de l'Eglise et du pontificat ont déjà commencé à en avoir des preuves manifestes, ils en auront de plus éclatantes encore.
(1) « La grande majorité du peuple, parmi nous, quoique n'étant pas protestante « (le nom, est très -protestante en fait. » Lettre au président d'une société biblique anglaise. Caprera, 17 fév. 1861. Les journaux d'Angleterre et de France ont publié cette lettre de Garibaldi.
La surprise, il est vrai, l'emploi de mille artifices et surtout la trahison ont humilié les gens de bien devant leurs ennemis; ils se sont abaissés, il est vrai, devant les propagateurs des nouveaux principes et se sont montrés d'une déplorable faiblesse; il est vrai que la théorie du poignard, proclamée avec tant de solennité par les chefs des sociétés secrètes (i), les a rendus presque toujours et partout muets et tremblants; il est vrai que-dans tout un parlement des provinces italiennes, pas un homme ne s'est trouvé qui osât, en face des membres présents, complices des sociétés secrètes, élever courageusement la voix pour la défense de la papauté et de l'Eglise; tandis qu'en France, il s'en est trouvé un grand nombre et qu'il n'a pas non plus manqué de ces hommes courageux en Angleterre, parmi les protestants euxmêmes; croirons-nous pour cela que les Italiens, qui ont vu d'un œil momentanément fasciné abattre des monarchies et des trônes, sous l'égide desquels s'abritait leur indépendance, assisteront immobiles au renversement des autels, à la démolition de tout l'édifice religieux et social? Non, il n'en sera pas ainsi et Tltalie se réveillera d'un incroyable assoupissement; un mouvement de salutaire réaction y gagne de proche en proche tous les cœurs honnêtes et généreux; la conscience publique commence à s'y soulever et à protester contre les impies attentats de la faction dominante. Et nous sommes heureux de pouvoir ajouter ici que ce mouvement italien s'est développé jusque dans les contrées et dans les villes que les sociétés secrètes avaient choisies pour bases de leurs opérations.
Oui, en Sicile, à Palerme, sur cette terre qui ne vit ja-
(1) Le même Mazzini en a fait Tapologie dans rJtalia e Popolo du 19 juin 18S6.
Oi
mais germer l'hérésie, qui combattit généreusement contre l'islamisme, sans se laisser gagner à aucun point d'une doctrine dont les maîtres lui firent supporter deux ans de domination; sur cette terre que les porte-voix des sociétés secrètes calomnièrent en la donnant pour la plus sympathique aux erreurs du protestantisme, le feu assoupi de la foi catholique se ranime, et ceux qui attisent et alimentent cette flamme sont les jeunes gens les plus ardents, lea plus généreux de l'université de Palerme; ce sont eux qui chassèrent avec mépris et avec toutes les marques d'un vif ressentiment, ces ministres de Satan que leur avaient dépêchés les sociétés secrètes pour la prédication du protestantisme; eux-mêmes qui déchirèrent et brûlèrent courageusement sur la voie publique, des estampes et des images de toute sorte, outrageantes pour le Pontife et pour l'Eglise; eux qui, firent impérieusement comprendre à leurs nouveauxconquérants d'aventure que la religion de l'île est lareligion catholique et que mal enprendrait àqui oserait la violer; eux qui, par leur courageux exemple, ravivèrent ces sentiments d'orthodoxie parmi toute la population, et ramenèrent le clergé plus confiant dans le champ de son action religieuse. Or, ce n'est pas seulement en Sicile que le sentiment catholique s'est relevé; mais dans l'Italie entière, et mêmedans les provinces piémontaises etdanslesRomagnes, qui ont été le plus grand foyer des sociétés secrètes. De là vient que tout à coup le comte de Cavour prit le masque de la'religion pour tromperl'ltalie et l'Europe catholique; etque la presse des sociétés secrètes reçut l'ordre de se proclamer sincèrement catholique!!!
Nous avons la ferme confiance que ce réveil religieux doit préserver l'Italie de sa ruine complète et repousser les
efforts monstrueux des sociétés secrètes pour la perdre.
Persuadons-nous une bonne fois que contre ces iniques associations, vraie gangrène de l'Europe moderne, il n y a pas d'autre remède que Faction du catholicisme. Que les princes en soient convaincus, que les peuples n'en doutent point : les baïonnettes et les canons détruiront de nombreuses armées, soumettront de puissants empires, porteront dans les rangs ennemis la terreur et la désolation; mais ne parviendront pas à exterminer ces sociétés pestiférées; elles sont puissantes sans faire voir leur puissance, elles meuvent et agitent tout sans montrer la main qui remue et agite, elles décrètent dans leurs conciliabules les destins des nations, et font sanctionner leurs décrets dans les cabinets et dans les parlements. La seule arme victorieuse contre elles, la seule arme qui puisse délivrer la société de ce honteux esclavage, c'est l'action catholique.
Nous croyons de plus, que sans l'esprit des associations catholiques, cette action ne serait pas d'une efticacité pratique pour le but qu'on se propose. Mazzini n'avait pas d'expressions plus puissantes pour ses partisans que celle-ci : ce Associez-vous, associez-vous. » Et il ajoutait que tout se résumait dans ce seul mot. Nous dirons la même chose aux populations catholiques d'Italie ; nous répétons la même chose au clergé catholique de qui dépendent principalement la conservation et le renouvellement de la foi la plus vive dans la Péninsule : « Associez-vous. » Dans les grandes associations catholiques les timides deviendront courageux, les lâches intrépides; les associations catholiques feront le salut de la jeunesse, la portion choisie du troupeau; elles en développeront les nobles sentiments, en l'excitant à la défense de la foi et de l'ordre public ; elles ne la laisseront pas
devenir le facile butin des mauvaises sociétés; elles fermeront le chemin à la diffusion et au progrès des sectes, réprimeront leur audace et briseront des armes réputées invincibles; elles feront sentiraux adhérents de Mazzini qu'ils ne sont que la fraction du peuple la plus criminelle étant la plus ténébreuse, la plus faible étant la plus intéressée à se cacher; les peuples comprendront que la force est pour eux, parce qu'ils ont avec eux la conscience, avec eux la justice et le grand jour; ils s'habitueront ainsi à mépriser leurs ennemis et à les combattre au besoin avec courage et constance.
Nous ne voulons [)as nous arrêter ici à décrire l'organisation pratique qui conviendrait à de telles associations, et les lois ou règlements qui devraient les établir et les propager dans les grands centres de l'Italie, où elles se ramifieraient partout comme les branches d'un même arbre prolecteur. Il nous suffira d'avoir posé le principe et de rappeler aux Italiens que les modernes Francs-maçons, qui furent dans le siècle dernier si funestes à la société et à l'Eglise, avaient emprunté leurs lois et leur organisation à la fameuse société Aq^ Franchi Mur atori eu moyen-âge, qui, fondée en Italie, contribua si puissamment à la propagation du culte catholique dans l'Europe entière et fut favorisée de tant d'insignes privilèges de la part des empereurs et des Papes. Nous ajouterons, si les méchants ont réussi, malgré la volonté des pouvoirs civil et religieux, à former des sociétés capables de tenir la balance des cabinets, de dominer la presse, de commander à l'opinion publique, comment les bons catholiques d'Italie ne pourraient-ils pas la même chose en faveur de la société et de l'Eglise? Associez-vous pour le bien, avec le même zèle que
d'autres pour la cause de l'iniquité, et vous trouverez certainement des moyens propres à faire de nouveau triompher dans la Péninsule le principe de l'ordre, de la justice et de la foi.
Il faudrait pourtant aux associations catholiques joindre la vraie culture et la bonne éducation de la jeunesse italienne ; l'éducation, voilà la principale cause par laquelle fleurissent ou déclinent les Etats. Le glorieux avenir de notre belle patrie dépendra de la jeunesse qu'elle produit; si l'esprit et le cœur de nos jeunes gens n'y sont pas de bonne heure formés avec soin et avec mesure aux besoins des temps et des pays, s'ils ne reçoivent pas de bonne heure la semence de la discipline catholique, il est impossible que l'Italie se promette restauration et grandeur. C'a été une audacieuse calomnie, lancée par les ennemis de l'Italie, d'avoir prétendu que la papauté et l'Eglise sont contraires ou peu favorables à la culture intellectuelle et aux lumineux enseignements de la science; la science est de nos jours plus que jamais nécessaire à la défense du principe catholique, elle est nécessaire à acheminer les contrées italiennes dans les voies de la véritable grandeur; elle est nécessaire pour frapper à mort les impostures éhontées et les folles doctrines dont se font un appui la malignité et l'ignorance des sociétés secrètes, lesquelles pour science principale, ont le poignard, pires en cela que les affiliés véhémiques de l'Allemagne (i). Qu'on ouvre aux
tl) l.es Yelim-gerichte surgirent au X1V« siècle en Allemagne comme une juridiction subsidiaire dans les causes civiles et criminelles. Quand le juge ordinaire refusait l'action de la justice. Us la faisaient eux, prompte et sûre, en poignardant le coupable sur le lieu du délit. Leurs excès devinrent effrayants. Maximilien et €harles V tentèrent vainement de les détruire: en 1648, ils se transformèrent €ii
ÙiQ —
jeunes gens le champ des belles lettres; qu'on les initie aux progrès scientifiques de notre siècle : les sciences et les lettres éclaireront leur raison et en feront des penseurs, non des charlatans ou des utopistes poursuivant les rêves chimériques d'une imagination déréglée. Mais, entre toutes les sciences, qu'on n'aille pas oublier celle de la religion; et qu'à cet égard on ne s'en tienne pas simplement à un catéchisme élémentaire appris dès le bas âge et oublié peut-être dans l'âge adulte : la religion constitue pour la raison la science la plus sublime; elle nous éclaire et nous guide dans l'étude des autres branches de nos connaissances qui, en définitive, ne doivent être que le développement de la synthèse de l'idée religieuse. Que les sciences soient donc coordonnées de telle sorte qu'au sommet de leur pyramide le jeune homme instruit voie la religion divine, maîtresse de tout savoir humain, émanation de la sagesse incréée, rayon impérissable qui brille à nos regards, au sein des ténèbres du monde. Des lettres et des sciences il ne faut point séparer l'étude de l'histoire, qui a été malheureusement oubliée en Italie, ou traitée avec une extrême légèreté, ou présentée aux jeunes gens par des mains perfides et par des lèvres mensongères. Ils trouveront dans les monuments historiques les vraies gloires de leur patrie gravées en lettres indélébiles et lumineuses, et, avant même que leur esprit ait touché aux cimes de la science, ils auront compris que la papauté et l'Eglise ont toujours présidé à la grandeur et à l'éclat de la Péninsule, qu'elles se sont toujours montrées les plus
sociétés secrètes; il en restait encore en 18H, malgré les efforts de Napoléon i^f, dans la Weslphalie. V. Giraud. Mémoire du 23 cet. 1849, à rinstitut de France.
fermes soutiens de la vraie liberté, les plus généreux gardiens de l'indépendance nationale; et, à cette lumière, leurs cœurs s'inspireront des plus nobles sentiments.
Cependant le savoir et la pleine culture de l'esprit nesufliront pas pour préparer à l'Italie une génération de jeunes gens dignes d'elle et capables de l'illustrer. Il est vrai que les études, empêchant la jeunesse de s'amollir dans l'oisiveté, de s'efféminer dans les plaisirs, de s'hébéter dans les habitudes vulgaires ou ignominieuses, l'accoutumant en même temps aux méditations sérieuses d'une retraite occupée et lui apprenant à goûter les charmes du génie et de la gloire, seront d'un puissant secours pour les moraliser et les bien conduire; les études cependant ne sont pas tout, et l'application des jeunes gens aux connaissances sérieuses doit être accompagnée et même précédée des soins les plus directs et les plus attentifs à l'éducation du cœur. Qu'on sème donc dans ces âmes tendres et impressionnables les vertus chrétiennes les plus choisies; elles sont le plus bel ornement de l'homme et du citoyen; qu'on les amène ainsi par degrés dans les sentiers de la foi pratique, au seuil de la maturité; qu'on leur inspire de hautes pensées et des sentiments éloignés de toute bassesse, inaccessibles à la honte et à l'esclavage des passions, trop nobles pour s'asservir aux exemples des méchants, ou pour sacrifier aux flatteries et aux attraits du monde ; qu'on les habitue à l'esprit de l'abnégation personnelle; cet esprit chrétien les rendra dociles aux aspirations de l'âme, en lutte avec de misérables instincts, forts contre les assauts dangereux, familiers aux privations, indomptables à la fatigue, maîtres d'eux-mêmes, supérieurs aux adversités, généreux en face de la mort. Mais il importe surtout de ne pas oublier qu'un
des éléments les plus essentiels de l'éducation de nos jeunes gens, c'est de pénétrer de plus en plus leurs cœurs du sentiment catholique, sentiment chevelaresque, s'il en fut jamais, sentiment qui fit les croisés et fait encore des martyrs. Oui, c'est là ce que demande notre époque revenue, à certains égards, aux conditions de l'Europe du xn*' siècle et menacée d'une invasion d'incrédulité et de paganisme, non moins redoutable que les musulmans d'un autre âge. Il laut former des chrétiens détrempe forte et robuste, comme nos ancêtres, d'esprit héroïque, comme Tétait le leur, prêts à lutter et à périr comme eux dans la défense de l'Eglise et de la civilisation chrétienne. Une société qui possédera la nouvelle génération que nous venons de décrire, pourra mépriser ses ennemis, les adversaires de Dieu et de l'homme, elle pourra sans crainte affronter tous les assauts. L'avenir de l'Italie, répétons-le en finissant, dépend de sa jeunesse, élevée sous l'influence du catholicisme et imbue de la forte sève qui découle de la croix. Ah! puissent ces principes entrer bien avant dans le cœur des Italiens, puissent les jeunes gens qui débordent de vie et frémissent au nom de la liberté, en être enveloppés, et y respirer, comme dans une divine atmosphère; puissent-ils savoir qu'il n'y a pas de liberté sous le joug des sociétés secrètes, qui avilissent le cœur dans les voluptés des sens, qui oppriment la raison par la tyrannie de leurs plans, et qui tiennent le poignard toujours levé dans les mains de leurs hommes d'action et d'assassinat! Jeunes gens de l'Italie, ne l'oubliez pas, ils étaient libres, les braves qui combattaient à Legnano, mais ils combattaient pour la liberté de l'Italie et de l'Eglise, mais ils marchaient serrés au char où l'étendard de la croix figurait la sublimité et l'indépendance de la foi
qu'ils professaient. Nous ne saurions trop le répéter, la grandeur et les gloires de la patrie italienne sont entièrement liées au pontificat et à l'Eglise et, hors du pontificat et de l'Eglise, Tltalie ne trouvera que la honte et l'esclavage.