‹ Histoire de la révolution de 1860 en Sicile (volume 2)Chapitre 32 sur 36 · APPENDICES · texte numérisé non relu

APPENDICES

i%.ppeiicliee au Ctisipitre ^X.III.

Circulaire de M, Thouvenel sur l'entrevue de Chambéry.

Paris, le 18 octobre 1860.

« M.... Vous aurez certainement remarqué la persistance avec laquelle certains journaux étrangers, en rapportant des paroles attribuées à M. le général Gialdini, cherchent à faire croire que l'invasion des Etats Romains avait été le résultat d'une entente établie à Chambéry, entre l'Empereur et les envoyés du roi Victor-Emmanuel. Sa Majesté a daigné m'autoriser à vous dire exactement ce qui s'est passé, et à vous mettre ainsi en mesure d'opposer sans affectation la vérité à la calomnie. M. Farini, qui était accompagné du général Gialdini, a exposé à l'Empereur, après avoir rempli sa mission de courtoisie, la situation tout à la fois embarrassante et périlleuse dans laquelle le triomphe de la révolution personnifiée en quelque sorte dans Garibaldi, menaçait de placer le gouvernement de S. M. Sarde. Le roi de Naples, à cette époque, n'avait tenté aucune résistance ; Garibaldi allait poursuivre librement sa route à travers les Etats Romains, en soulevant les populations, et, cette dernière étape franchie^ il deviendrait totalement impossible de prévenir une attaque contre la Vénétie.

« Le Cabinet de Turin ne voyait qu'un moyen de conjurer une pareille éventualité : c'était, aussitôt que l'approche de Garibaldi aurait provoqué des troubles dans les Marches et l'Ombrie, d'y entrer pour y rétablir l'ordre, sans toucher à l'autorité du Pape; de livrer, s'il le fallait, une bataille à la révolution sur le territoire napolitain, et de déférer immédiatement à un congrès le soin de fixer les destinées de l'Italie. Sa Majesté, tout en déplorant que la tolérance ou la faiblesse du gouvernement sarde eût laissé les choses arriver à ce point, ne désapprouva pas sa résolution d'y mettre un terme; mais en se plaçant dans cette hypothèse, l'Empereur supposait que la chute de la monarchie napolitaine serait complète, qu'une insurrection éclaterait dans les Etats Romains, que la souveraineté du Saint-Père serait préservée et que l'on remettrait à l'Europe le droit de statuer sur l'organisation définitive de la Péninsule. Le simple énoncé de ce programme, mis en regard de celui que le Cabinet de Turin exécute, suffit pour démontrer que la responsabilité ne saurait en appartenir qu'au roi Victor-Emmanuel et à ses conseillers, et que la malveillance ou des calculs intéressés peuvent seuls essayer d'y impliquer celle de l'Empereur. »

Signé : Thouvenel.

i%ppeiiclîce au Chapitre XXIV.

Protestation adressée au roi de Sar daigne, par le R. P. BeckXy supérieur général de la Compagnie de Jésus.

« Sire,

«c Le supérieur général de la Compagnie de Jésus recourt respectueusement aux pieds du trône de Voire Majesté pour obtenir justice et réparation des torts graves que son ordre a soufferts en Italie depuis quelque temps; et si ses demandes sont vaines, pour protester du moins publiquement contre ces injustices.

« Dès les premières agitations italiennes qui eurent lieu à la fin de 4847 et au commencement de 4848, toutes les maisons et tous les collèges que la Compagnie de Jésus possédait dans les Etats sardes, soit dans l'île, soit en terre ferme, furent supprimés, ses biens confisqués, et ses membres ignominieusement dispersés.

« Pour donner quelque ombre de légalité à ces actes d'injustice, on publia un décret postérieur qui supprimait ladite Compagnie, en confisquait les biens et imposait à ses membres diverses obligations gratuitement vexatoires.

« Ce décret fut rendu sans que Charles-Albert, l'auguste père de Votre Majesté, en eût connaissance, et même contre ses intentions ; car pendant tout le temps de son règne, le roi se montra toujours favorable à notre Ordre; et dès que la tempête éclata, il engagea les Pères à rester fermes ; voyant même les craintes de quelques-uns, il se plaignit aux supérieurs de ce qu'ils n'avaient pas assez de confiance dans la loyauté de sa

parole ou dans la volonté qu'il avait de les protéger. Bien que ce décret ne pût avoir une force rétroactive, il fut néanmoins invoqué pour légitimer l'acte de notre spoliation, il fut maintenu et mis en pleine vigueur par le gouvernement qui, depuis lors, préside aux destinées du royaume.

« A dater de la guerre d'Italie, qui a eu lieu Tannée dernière jusqu'aujourd'hui, la Compagnie a perdu dans la Lombardie trois maisons et collèges ; dans le duché de Modène, six; dans les Etats pontificnux, onze; dans le royaume deNaples, dix-nr-uf; dans,la Sicile quinze. Partout la Compagnie a été littéralement dépouillée de tous ses biens, meubles et immeubles. Ses membres ont été au nombre de 4,500 environ, chassés des établissements et des villes; ils ont été conduits à main armée, comme des malfaiteurs, de pays en pays, jetés dans les prisons publiques, maltraités et outragés d'une manière atroce ; on est allé jusqu'à les empêcher de chercher un asile au sein de quelque famille pieuse, et dans beaucoup de localités on n'a eu aucun égard ni au poids des années, ni aux infirmités, ni à la faiblesse.

« Tous ces actes ont été consommés sans que l'on eût à reprocher à ceux qui en ont été victimes aucun fait coupable devant la loi, sans forme judiciaire, et sans laisser aucun moyen de justification ; enfin on a procédé de la manière la plus despotique et la plus sauvage.

<i Si de tels actes eussent été accomplis dans une émeute populaire, par une populace aveugle et furieuse, nous devrions peut-être les supporter en silence ; mais comme on a voulu légitimer ces actes par les lois sardes, comme les gouvernements provisoires établis dans les Etats de Modène et ceux du Saint-Siège, et le dictateur des Deux-Siciles lui-même se sont appuyés de l'autorité du gouvernement sarde; comme, enfin, pour donner de la force à ses .iniques décrets et légitimer leur inique exécution, on a invoqué et l'on invoque encore le nom de Votre Majesté, il ne m'est pas permis de demeurer spectateur silencieux d'une si grande injustice, et, dans ma qualité

suprême de l'Ordre, je me vois rigoureusement obligé de demander justice et satisfaction, et de protester devant Dieu et devant les hommes, afin que la résignation de la douceur et de la patience religieuses, ne semble pas dégénérer en une faiblesse que Ton pourrait interpréter, ou comme un aveu de culpabilité, ou comme un abandon de nos devoirs.

a Je proteste donc solennellement et dans la forme que je crois la meilleure, contre la suppression de nos maisons et collèges, contre les proscriptions, les exils, les prisons, contre les violences et les outrages qu'on a fait souffrir à mes frères en religion.

« Je proteste devant tous les catholiques, au nom des droits delà sainte Eglise sacrilégement violés.

« Je proteste au nom des bienfaiteurs et des fondateurs de nos maisons et collèges, dont la volonté et les intentions expresses, en fondant ces œuvres pies, dans l'intérêt des morts et des vivants, se trouvent privées de leur effet.

« Je proteste au nom du droit de propriété, méprisé et foulé aux pieds par la force brutale.

« Je proteste au nom du droit de citoyen et de l'inviolabilité des personnes, dont nul ne peut être dépouillé sans accusation, sans procédure, sans jugement.

« Je proteste au nom des droits de l'humanité, si honteusement outragée en la personne de tant de vieillards infirmes, faibles, chassés de leur paisible asile, privés de toute assistance, jetés sur la voie publique, sans moyen d'existence.

« Si je ne puis malheureusement donner à mes religieux aucun autre secours, ils verront du moins par cette démarche que leur père commun ne reste pas indifférent à leur triste position.

« J'adresse cette protestation à la conscience de Votre Majesté. Je la dépose sur la tombe de Charles-Emmanuel IV, illustre prédécesseur de Votre Majesté, qui, il y a quarante-cinq ans, descendit volontairement du trône qu'occupe aujourd'hui

Votre Majesté pour venir mourir parmi nous, vêtu de l'habit, lié par les vœux de la Compagnie de Jésus, et professant dans notre noviciat de Rome, où reposent aujourd'hui ses cendres bénites, ce genre de vie que le gouvernement de Votre Majesté blâme et poursuit de ses haines calomnieuses et acharnées.

« Le souvenir des bontés que l'illustre maison de Savoie a constamment témoignées, dans les temps passés, à la Compagnie de Jésus, et le caractère sublime dont Votre Majesté est revêtue, me doimont droit d'espérer que mes suppliquts et mes protestations ne resteront pas sans effet.

« Mais si la voix de tant de droits foulés aux pieds n'était pas écoutée par les tribunaux de la terre, j'en appellerais alors à ce tribunal suprême et redoutable d'un Dieu saint, juste et tout-puissant, devant lequel l'innocence opprimée sera infailliblement réhabilitée par le Juge éternel. Roi des rois et Maître des dominateurs. C'est dans les mains de ce Dieu que je remets notre cause tout entière ; et, pleinement rassuré pour ce qui nous regarde, je le supplie d'inspirer à Voire Majesté et aux hommes qui la conseillent des sentiments de justice et d'équité envers tant d'innocents, mes enfants, injustement persécutés et opprimés.

« Et toutefois, mes religieux et moi, nous nous consolerons d'avoir été trouvés dignes de souffrir quelque chose pour le nom de Jésus, avec le témoignage que nous rend notre conscience, de n'avoir donné motif à cette recrudescence des anciennes haines, si ce n'est d'avoir prêché la croix de Jésus-Christ, le respect et l'obéissance à la sainte Eglise et à son chef le Souverain Pontife, la soumission et la fidélité aux princes et à toutes les autorités établies par Dieu.

« De Votre Majesté, le très-humble serviteur,

« PtEiiRE Beckx, « Sup. gén. delà Compagnie de Jésus.

ce Rome, 24 octobre 1860. »

i^ppeodice au Cliapitre ^X^VIII.

I. Manifeste adressé par le roi de Turin aux peuples de l'Italie méridionale,

« Dans ce moment solennel pour l'histoire nationale et pour les destinées des Italiens, je m'adresse à vous, peuples de l'Italie méridionale qui, après avoir, en mon nom, changé votre état de choses, m'envoyez vos députations, composées d'hommes pris dans tous les rangs, de citoyens, de magistrats, de députés aux conseils municipaux, pour me demander le rétablissement de la liberté parmi vous, et votre union à mon royaume.

« Je veux vous faire connaître quelle est la pensée qui me guide, et quelle conscience j'ai des devoirs qui incombent à celui que la Providence a mis à la tête de l'Italie.

« Je suis monté sur le trône après de grands désastres. 3Ion père m'a donné un bel exemple, en renonçant à la couronne pour sauver sa propre dignité et la liberté de ses peuples. Charles-Albert tomba les armes à la main et mourut en exil. Sa mort a lié de plus en plus les destinées de ma famille à celle du peuple italien, qui, depuis tant de siècles, a laissé sur toutes les terres étrangères, les cendres de ses exilés, pour la revendication de l'héritage de chacune des nations que Dieu a placées entre les mêmes limites et unies entre elles par un même langage.

« J'ai suivi cet exemple, et le souvenir de mon père fut toujours mon étoile tutélaire.

« Entre la couronne et la parole donnée le choix pour moi n'était pas douteux.

« J'ai raffermi la liberté dans des temps peu favorables à la liberté, et j'ai voulu, en agissant ainsi, qu'elle jetât de profondes racines dans les mœurs des peuples ; je n'ai pas hésité à le faire parce que c'était une chose agréable à la nation. Et dans la liberté donnée au Piémont, l'héritage que mon auguste père a fait pressentir à tous les Italiens a été religieusement respecté.

« Par la liberté dans la représentation, par rinstructiori du peuple, par les grands travaux publics, par la liberté de l'industrie et du commerce, j'ai cherché à accroître le bien-être de mon peuple.

« Je veux qu'on respecte la religion catholique, tout en laissant à chacun la liberté de conscience, et que l'autorité civile résiste ouvertement à cette faction obstinée et provocatrice qui se pose comme la seule amie et tutrice des trônes, mais qui entend au nom de Dieu commander aux rois, et interposer entre le prince et le peuple la barrière de son intolérance passionnée.

« Ce mode de gouvernement ne pouvait rester sans effet sur le reste de l'Italie. La concorde entre le prince et le peuple dans le fait de l'indépendance nationale, la liberté civile et politique, la liberté de la tribune et de la presse, l'armée qui vient de faire revivre les traditions militaires de l'Italie sous le drapeau tricolore, feront du Piémont le porte-étendard et le bras de l'Italie.

« La force de mon gouvernement n'est pas le résultat d'une politique occulte, mais de l'influence des idées et de l'opinion publique.

« Ainsi j'ai pu maintenir, dans la partie du peuple italien réunie sous mon sceptre, la pensée d'une hégémonie nationale, d'où devait naître, pour les provinces divisées, une union semblable, les préparant à former une seule nation.

L'Italie s'est montrée à la hauteur de ma pensée, lorsqu'elle a vu envoyer mes soldats dans les champs de la Crimée à côté des soldats des deux grandes puissances occidentales. J'ai voulu

acquérir à l'Italie le droit de prendre part aux actes concernant les intérêts de l'Europe.

« Au congrès de Paris, mes envoyés purent faire entendre pour la première fois vos cris de douleur à l'Europe; et il fut démontré que la prépondérance de l'Autriche en Italie était nuisible à l'équilibre européen; on vit quels dangers elle faisait courir à l'indépendance et à la liberté du Piémont, si le reste de l'Italie n'était pas affranchi des influences étrangères.

« Mon magnanime allié, l'empereur Napoléon III, comprit que la cause italienne était digne de la grande nation à laquelle il commande, et les nouveaux destins de notre patrie furent inaugurés par une juste guerre. Les soldats italiens combattirent vaillamment à côté des légions invincibles de la France. Les volontaires envoyés de toutes les provinces et par toutes les familles italiennes, sous la bannière de la croix de Savoie, montrèrent que toute l'Italie m'avait investi du droit de parler et de combattre en son nom.

Des raisons d'Etat ont mis ftn à la guerre, mais non à ses effets, qui se développent par l'inflexible logique des événements et des peuples.

a Si j'eusse eu cette ambition que l'on prête à ma famille et qui consiste à ne rien faire qu'à raison des temps, je me serais contenté de l'acquisition de la Lombardie; mais j'avais versé le sang précieux de mes soldats, non pour moi, mais pour l'Italie.

« J'avais appelé les Italiens aux armes; quelques provinces italiennes avaient changé leur gouvernement pour concourir à la guerre de l'indépendance que leurs souverains repoussaient. Depuis la paix de Villafranca, ces provinces ont demandé ma protection contre la restauration de leurs anciens gouvernements. Si les faits qui ont eu lieu dans l'Italie centrale étaient la conséquence de la guerre à laquelle nous avons invité les peuples, si le système de l'intervention étrangère devait être pour toujours abandonné en Italie, je devais reconnaître à ces

peuples, le droit de manifester librement et légalement leurs vœux.

« J'ai retiré mon gouvernement: ils s'en sont donné un régulier; j'ai retiré mes troupes: ils ont organisé des forces régulières; et, protégés par la concorde et par toutes les vertus civiles, ils sont arrivés à un tel degré de force et de réputation, qu'ils ne pourraient plus être vaincus que par des armes étrangères.

c( Grâce au bon sens des peuples de l'Italie centrale, l'idée monarchique fut affermie d'une manière stable, et la monarchie a modéré moralement le pacifique mouvement populaire. Ainsi l'Italie agrandi dans l'estime des nations civilisées, et il a été démontré à l'Europe que les Italiens étaient aptes à se gouverner eux-mêmes.

« Acceptant l'annexion, je savais à quelles difficultés européennes j'allais me heurter, mais je ne pouvais manquer à la parole donnée aux Italiens dans les proclamations de la guerre. Que ceux qui m'accusent d'imprudence en Europe, me jugent avec un esprit calme; que serait devenue, que deviendrait l'Italie le jour où la monarchie serait impuissante à satisfaire le besoin de la reconstitution nationale?

« Pour les annexions, le mouvement national, s'il n'a pas changé en substance, a pris des formes nouvelles; en acceptant du droit populaire ces nobles et belles provinces, je devais loyalement reconnaître l'application de ce principe; il ne m'était pas permis de la mesurer dans la proportion de mes affections et de mes intérêts particuliers. En vertu de ce principe, j'ai fait pour le bien de l'Italie le sacrifice qui coûtait le plus à mon cœur, en renonçant à deux nobles provinces du royaume de mes aïeux.

« J'ai toujours donné aux princes italiens qui ont voulu être mes ennemis, des conseils sincères, résolu, s'ils étaient vains, à aller au-devant du danger que leur aveuglement faisait courir aux trônes et à ratifier la volonté de l'Italie.

« J'avais en vain offert l'alliance au grand-duc avant la guerre. J'avais offert au Souverain- Pontife, dans lequel je vénère le chef de la religion de mes aïeux et de mes peuples, je lui avais offert, après la paix conclue, d'assumer le vicariat pourl'Ombrie et les Marches.

« 11 était manifeste que ces provinces, contenues par le seul concours de mercenaires étrangers, si elles n'obtenaient pas la garantie du gouvernement civil que je proposais, en seraient tôt ou tard venues à la révolution.

« Je ne rappellerai pas les conseils donnés pendant plusieurs années au roi Ferdinand de Naples par les puissances. Les jugements qui, dans le congrès de Paris, ont été portés sur son gouvernement, préparaient naturellement les peuples à le changer, si les plaintes de l'opinion publique et les démarches de la diplomatie demeuraient stériles.

« J'ai fait offrir l'alliance à son jeune successeur pour la guerre de l'indépendance, et là encore j'ai trouvé les esprits rebelles à toute affection italienne et les intelligences aveuglées par la passion.

« C'était chose toute naturelle que les événements survenus dans l'Italie septentrionale et centrale soulevassent plus ou moins les esprits dans l'Italie méridionale.

« La chute du gouvernement de Naples a confirmé ce que mon cœur savait, combien est nécessaire aux rois l'amour, aux gouvernements l'estime des peuples. Dans les Deux- Siciles le nouveau régime s'est inauguré en mon nom. Mais quelques actes ont donné lieu de craindre que cette politique représentée par mon nom , ne fût pas bien interprétée ; toute l'Italie a craint qu'à l'ombre d'une glorieuse popularité, d'une antique probité, ne se renouât une faction, prête à sacrifier le prochain triomphe national aux chimères de son ambitieux fanatisme.

« Tous les Italiens se sont adressés à moi pour que je conju-

hÉVOLl T. DE SICILE. T. II. i^

rasse ce danger. Il était de mon devoir de le faire, parce que» dans l'état actuel des choses, ce ne serait pas de la sagesse, mais de la faiblesse et de l'imprudence que de ne pas prendre d'une main ferme la direction du mouvement national, dont je suis responsable devant l'Europe.

J'ai fait entrer mes soldats dans les Marches et dans l'Ombrie en dispersant ce ramassis de gens de tous les pays et de toutes les langues qui s'y était réuni, nouvelle et étrange formed'intervention étrangère, et la pire de toutes.

« J'ai proclamé l'Italie des Italiens et je ne permettrai jamais que l'Italie devienne le nid des sectes cosmopolites, qui s'y donnent rendez-vous pour y tramer les plans ou de la réaction ou de la démagogie universelle.

« Peuples de l'Italie méridionale, mes troupes s'avancent parmi vous pour raffermir l'ordre : Je ne viens pas vous imposer ma volonté, je viens faire respecter la vôtre.

« Vous pourrez librement la manifester : la Providence, qui protège lescauses justes, vous inspirera le vote que vous aurez à déposer dans l'urne du scrutin.

« Quelle que soit la gravité des événements, j'attends sans trouble le jugement de l'Europe civilisée et celui de l'histoire, parce que j'ai la conscience de remplir mes devoirs de roi et d'Italien.

« En Europe ma politique ne sera peut-être pas inutile pour réconcilier le progrès des peuples avec la stabilité des monarchies.

« En Italie, je sais que je ferme l'ère des révolutions.

« Donné à AncOne, le 9 octobre 1860.

« Victor -Emmanuel « Farini. »

lï. Lettre du comte de Cavour au baron Wmspeare.

Turin, 6 octobre I8G0.

« Monsieur le Baron,

« Les événements qui ont eu lieu à Naples durant ces derniers mois ont déjà déterminé le gouvernement du Roi à y envoyer des bâtiments pour la protection des sujets sardes. Depuis lors, la situation n'a fait qu'empirer. François II aaban- «lonné sa capitale, et de la sorte, aux yeux de la population, il a abdiqué son trône. La guerre civile qui sévit dans les Etats napolitains, et l'absence de gouvernement régulier, mettent en grand danger les principes sur lesquels repose l'ordre social.

.< Dans ces conjonctures, les citoyens et les autorités du royaume de Naples ont fait parvenir à S. M. le roi Victor-Emmanuel des adresses revêtues de nombreuses signatures, et implorant l'aide du souverain auquel la Providence a confié la tâche de pacifier l'Italie et de la reconstituer.

« Par suite des devoirs que lui impose celte mission, le roi, mon auguste maître, a ordonné d'envoyer à Naples un corps d'armée. Cette mesure qui mettra fin à un état de choses qui pourrait dégénérer en anarchie, préservera l'Italie et l'Europe de grands malheurs, arrêtera l'effusion du sang. »

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