‹ Histoire de la révolution de 1860 en Sicile (volume 2)Chapitre 33 sur 36 · C. Cavolr · texte numérisé non relu

C. Cavolr

Réponse du baron Winspeare au comte Cavour.

Turin, 7 octobre I8JJ0.

« Excellence, « L'occupation du royaume des Deux-Siciles par les troupes piémonlaises, dont l'annonce m'est faite parla communication de votre Excellence, à la date d'hier, est un fait si ouvertement contraire aux bases de toute loi et de tout droit,qu'il semblerait à peu près inutile de s'arrêtera en démontrer l'illégalité.

« Les faits qui ont devancé cette invasion et les liens de pa-

rente et d'amitié, aussi anciens qu'intimes, qui existaient entre les deux couronnes, rendent celte occupation si extraordinaire et si nouvelle dans l'histoire des nations modernes, que l'esprit généreux du Roi, mon auguste maître, se refusait à la croire possible; et effectivement la protestation que le général Casella, son ministre des affaires étrangères, adressait le 16 septembre dernier, de Gaëte, à tous les représentants des puissances amies, laissait clairement apercevoir dans l'esprit du Roi, mon maître, la confiance que Sa Majesté sarde n'aurait jamais pu donner sa sanction aux actes d'usurpation accomplis sous l'égide de son royal nom, au sein de la capitale des Deux-Siciles. 11 est également superflu que je cherche à démontrer à Voire Excellence que cette protestation solennelle jointe à plusieurs proclamations de mon auguste souverain et aux efforts héroïques faits sous les murs de Capoue et de Gaëte, répondent incontestablement à l'étrange argument de l'abdication de fait de S. M., que j'ai été surpris de lire dans la communication susmentionnée de Votre Excellence.

« L'anarchie a triomphé dans les Etats de S. M. sicilienne, par l'effet d'une révolution sans frein, dont tout le monde, depuis son origine, depuis le premier moment, pressentait assez les désordres futurs, et à laquelle le Roi, mon maître, proposait depuis longtemps aussi, mais en vain, à S. M. le roi de Sardaigne, d'opposer, d'un commun accord, une digue infranchissable, afin qu'elle ne sortît point de son lit et ne mît pas en péril, par ses excès, la vraie liberté et l'indépendance de l'Italie.

« A cette heure fatale où un Etat qui compte 10 millions d'àmes défend, les armes à la main, les derniers restes de son autonomie historique, ce serait chose oiseuse de rechercher par qui cette révolution a été fortifiée au point de devenir colossale; et comment elle a pu parvenir à effectuer la plus grande partie des bouleversements qu'elle avait projetés. Cette Provi-

dence divine dont Votre Excellence a invoqué le très-saint nom, prononcera avant peu son arrêt lors du combat suprême ; mais (juel que soit cet arrêt définitif, la bénédiction du ciel ne descendra pas, bien certainement, sur ceux qui se disposent à violer les grands principes de l'ordre social et moral en se donnant comme les exécuteurs d'un mandat divin. La conscience publique, elle aussi, lorsque ne pèsera plus sur elle le joug tyrnnnique des passions politiques, saura fixer le véritablr caractère d'une enfro; rise usurpatrice, commencée par l'astuce et arcomplie par la violence.

« L'accueil courtois que m'a fait cette population généreuse et loyale, accueil dont le souvenir vivra toujours dans mon cœur, me défend de m'avancer davantage dans la critique sévère des actes du gouvernement de S. M. Sarde; mais Votre Excellence voudra bien comprendre qu'un pluslongséjouràTurin du représentant de S. M. sicilienne serait incompatible avec la dignitédeS. M. aussi bien qu'avec les coutumes internationales. « Voilà pourquoi, protestant solennellement contre l'occupation militaire sus-indiquée et contre toute usurpation des droits sacrés de S. M. le roi du royaume desDeux-Siciles, déjà entreprise ou en voie d'être tentée par le gouvernement de S. M. le roi de Sardaigne; réservant de plus, en même temps, au roi Frnnçois II, mon auguste maître, le libre exercice du pouvoir souverain qu'il a de s'opposer partons les moyens qu'il jugera le plus convenables, à ces agressions et usurpations injustes, comme aussi de faire les actes publics et solennels les plus utiles à la défense légitime de sa couronne royale; voilà pourquoi, dis-je, je me dispose à quitter cette résidence, aussitôt après avoir réglé quelques intérêts particuliers de S. M. relatifs à la succession de son auguste mère, de sainte mémoire.

« Avant mon départ, j'aurai l'honneur de présenter à Votre Excellence M. de Martini, lequel sera simplement chargé de lui remettre les communications que le gouvernement du Roi,

mon maîlre, pourrait être plus tard dans le cas d'adresser encore au gouvernement de S. M. Sarde.

« Que Votre Excellence, monsieur le comte, me permette de prendre congé d'elle, en la remerciant des procédés courtois qu'elle a bien voulu avoir toujours pour moi dans nos rapports personnels, et agréez, etc. « Baron Winspeare. »

in. Circulaire du général Casella, ministre des affaires étrangères.

« Gacto, le 12 novembre 1860.

« Excellence,

« Bien que la révolution des Deux-Siciles ait mené à bout avec une merveilleuse rapidité la ruine complète du royaume, que d'iniques et mystérieux artifices préparaient de longue main, la majesté du Roi, notre maître, n'a jamais cessé de lui résister, et dans cette œuvre non moins glorieuse qu'infortunée de résistance, il a été fait d'héroïques efforts de fermeté et d'énergie, qui resteront comme un monument éternel dans l'histoire.

« S. M. puisait sa force dans la conscience de deux devoirs profondément enracinés dans son âme royale, dont les nobles pensées s'inspirèrent plus que jamais à cette loi morale qui est la règle suprême des actions des hommes et surtout des princes.

« Ces devoirs sont :

« 1. L'obligation de conserver et de défendre la monarchie des Deux-Siciles, auguste héritage qui lui fut confié par ses ancêtres.

« 2. Le respect de ce lien fraternel qui devrait unir les monarques ensemble, à raison de la mission divine qui leur est commune et de la conformité de leurs intérêts.

a II n'est pas nécessaire de raisonner longuement de la première obligation qui incombait à Sa Majesté, ni de la manière dont elle fut accomplie.

a Tout gouvernement qui a des siècles d'existence, trouvant

:»a raison d'être en lui-même, dans les traditions historiques et dans les conditions des peuples, considère comme son premier devoir celui de se maintenir, de se défendre et de combattre quiconque en menace l'existence.

« Maintenant tout le monde sait comment l'armée, ayant été minée et décomposée, grâce aux funestes manœuvres de la révolution, la marine désertée et perdue, la trahison et l'indiscipline qui avaient pénétré jusque dans la Cour et dans le conseil, présageaient une catastroplu; imminente et une dissolution totale du royaume.

« Cependant, le roi N. S., résistant avec un héroïque courage aux vils conseils de ceux qui l'invitaient à une fuite honteuse, s'enfermait dans les premiers boulevards du royaume, et là, mettant en œuvre toute son activité et son attention, réussit en très peu de temps à réunir et à reconstruire une armée trèspeu nombreuse, mais d'une fidélité et d'une bravoure capables de pouvoir tenter de nouveau le sort des combats.

a Les glorieuses entreprises de cette poignée de braves sont connues de l'Europe entière, et même la presse menteuse et malveillante de la révolution ne sut ou n'osa pas les démentir.

« L'ennemi fut repoussé dans ses attaques et chassé de ses fortes positions; les princes royaux exposèrent leur vie aux plus grands dangers, sur les champs de bataille où se célébrèrent les victoires de leurs aïeux ; le Roi lui-même se signala le premier parmi les combattants, et vit tomber à ses côtés les martyrs qui s'immolaient pour la cause sacrée.

a La révolution en fut frappée et confuse, le peuple fidèle, qui souffrait impatiemment son joug tyrannique, commençait à s'agiter et tout annonçait le retour triomphal du roi légitime dans le sein de sa capitale; lorsqu'un autre souverain parjure et déloyal, à la tête d'une armée puissante, descendait tout à coup dans les Etats du Roi, afin d'apprendre à l'Europe que cette ré-

volution était son œuvre et qu'il ne voulait pas en perdrele fruit honteux.

« Il fallut bien alors renoncer à la première pensée de la guerre et se borner à la défensive, ne pouvant pas, avec une petite armée déjà fatiguée parles privations et les dangers soufferts, marcher en avant en laissant derrière elle un ennemi fort et discipliné qui venait l'attaquer.

« Une série de retraites stratégiques, parmi lesquelles l'armée piémontaise ne peut pas compter une victoire décisive, telle fut dès ce moment la tactique des troupes royales, qui se virent en partie forcées à traverser les frontières pontificales et en partie à se resserrer sous les murs de Gaëte.

« Au moment où je vous écris, il ne reste plus au Roi que la seule forteresse de Gaëte et celle de Messine, derniers remparts de l'autonomie ^de ce royaume, remparts jadis si puissants et si beaux des Deux-Siciles.

« Ils seront défendus avec cette constance et cette bravoure qui sont les vertus propres à l'auguste dynastie des Bourbons. Mais comme la résistance des forteresses dépend nécessairement de mille circonstances diverses, qu'il n'est pas nécessaire d'énumérer, il est assez probable que cette défense ne pourra pas être aussi longue que les souverains d'Europe semblent le désirer.

« Et quand l'heure fatale et inévitable de la reddition sera venue, notre auguste souverain, au milieu des larmes de ses fidèles et avec cette résignation pleine de dignité, qui est un caractère distinctif de sa famille, descendra de son trône et se souviendra avec une juste et noble fierté de n'avoir failli à l'accomplissement d'aucun de ses devoirs.

« Il me reste encore à examiner si S. M., en payant généreusement la dette qui l'unissait aux autres souverains, en a reçu en échange ces secours etces bons offices qu'elle avait droit d'attendre; vous comprendrez que cette tâche sera aussi facile et concluante que la première.

« Depuis sept mois que la révolution triomphe dans le royaume, toujours plus ouvertement favorisi^e par un gouvernement pervers et parjure, le Roi, notre maître, n'a pu rien obtenir des souverains de l'Europe, auxquels il espérait que sa cause était chère, si ce n'est des expressions inefticaces d'affectueuse sympathie.

« Les graves périls d'une petite armée, les pressantes et dernières pénuries du trésor royal, les violations effrontées du droit des gens, l'ambition illimitée d'une révolution qui ne s'arrêtera jamais, tout enfin fut exposé aux yeux des grandes puissances de l'Europe, et à tout elles ne surent ou ne voulurent répondre que par des vœux ou des conseils.

« Ni les intérêts des dynasties, ni les dangers communs, ni les liens des anciennes amitiés etalliances ne furent capables de dissuader les cabinets européens de cet indilïérentisme politique dont ils ont fait preuve en assistant impassibles à îachute d'une monarchie séculaire.

« L'empereur des Français seul (et c'est pour nous un devoir de justice et de reconnaissance de l'avouer hautement), donna le généreux exemple d'une ferme volonté de renoncer à cet état d'universelle apathie. La loyale et monarchique Angleterre osa le lui reprocher amèrement, tandis que les autres cabinets se bornaient à le laisser se risquer seul dans la magnanime entreprise qu'il tentait.

« L'envoi de l'escadre française dans les eaux de Gaëte, et l'accueil fraternel, fait aux restes fidèles et valeureux des troupes royales, sur le territoire pontifical, par les soldais de la France, sont des faits qui resteront à jamais gravés dans le cœur du Roi, noire souverain, et qui dépassent de beaucoup les protestations d'amitié offertes à S. M. par le reste de l'Europe.

a Le Roi espérait, en dernier lieu, que la réunion de Varsovie amènerait à l'idée d'un Congrès européen, qui seul aurait pu mettre un terme aux violences brutales de la force qui renverse

et se moque de toutes les lois les plus sacrées et les plus anciennes: au nouveau principede la souveraineté populaire dont on fait un si étrange abus, il fallait donner en contre-poids l'antique droit public, qui est le fruit de la sagesse et de la morale des siècles, afin que de la discussion pacifique de ces principes opposés et de l'impartial examen de tous les prétextes naquît un ordre nouveau, concordant avec les principes et acceptable par les peuples rentrés dans la sagesse et la paix.

« En dehors de la mise en pratique de cette grande idée, il n'y aura jamais de paix pour l'Europe. Tout système qui se limiterait à vaincre l'obstacle matériel aux intérêts présents, ouvrira le chemin à la révolution, qui se propose le renversement successif de tous les trônes, puisqu'on se détacherait de cette grande unité de principe qui fait la sauvegarde des couronnes et la garantie de la paix et de la prospérité des peuples. Ces principes admis, V. Exe. sentira aisément de quelle douleur devra être oppressé notre auguste souverain, si un tel dessein reste nul par le fait des puissances, qui considèrent avant tout leurs rancunes particulières et des questions d'une importance secondaire, au lieu des grands principes de l'ordre universel et de la sécurité des trônes.

« En conséquence, au nom du Roi, je vous charge d'être le propagateur de l'idée que je vous expose auprès du cabinet près lequel vous êtes accrédité, et si elle n'est pas acceptée comme nous l'entendons, de demander formellement au ministre des affaires étrangères les intentions de son gouvernement relativement à la crise dernière et imminente de la monarchie.

« D'après cet ordre souverain, vous donnerez copie et lecture de la présente dépêche au même ministre, et vous aurez soin de me faire connaître le résultat de cette communication; le roi réglera en cons(k]uence sa ligne de conduite pour l'avenir.

« Signé : Casella. »

Appendice au Cliapître XXIIIL,

Protestation du roi de Naples contre le vote d'annexion des DeuX'Sieiles.

« Gaéte, 8 novembre 1860.

o Monsieur,

« Tous les journaux ont porté à votre connaissance que, concurremment avec l'injustifiable invasion des troupes sardes sur le territoire du royaume, le gouvernement révolutionnaire de Naples a décrété un plébiscite d'après lequel le peuple, réuni en comices, devait voter, par le suffrage universel, l'absorption de la monarchie, la déchéance de la dynastie qui règne depuis plus d'un siècle et la translation de la couronne au roi de Sardaigne.

« En Sicile, où la révolution avait décidé la convocation d'un Parlement, pour résoudre cette question, la mesure a été révoquée, et, conformément aux instructions données de Naples, le même plébiscite a été décrété avec cette même formule:

« Le peuple veut l'Italie une, indivisible, avec Victor-Emmanuel, roi constitutionnel, et ses légitimes descendants.

« Le plébiscite a été voté, et le résultat a été tel que les circonstances devaient le donner. Le peuple entier a paru accepter sans discussion, sans obstacle et sans divergence d'opinions, un changement aussi radical de ses destinées. A peine, pour rendre plus vraisemblable cette comédie révolutionnaire, a-t-on fait figurer un nombre insignifiant de votes négatifs.

« Bien que les circonstances, qui ont précédé et accompagné cet acte étrange, ne puissent permettre aucune erreur sur le manque absolu de sincérité de ce vote, c'est par la volonté de S. M. le Roi que je m'adresse à vous, pour vous inviter à protes-

ter en son nom royal contre cette nouvelle usurpation de ses droits, et pour expliquer au cabinet, près lequel vous êtes accrédité, les raisons qui, aux yeux de tous les gouvernements, rendent illégitime et nulle la susdite décision.

« Qu'un peuple, quand le trône est vacant, puisse choisir une nouvelle dynastie, qu'il puisse établir les conditions de son futur gouvernement, que la forme qui doit le régir soit soumise au suffrage universel, cela se peut faire sans offenser les droits de personne etsans mettre en péril la tranquillité de l'Europe. Mais, quand il s'agit d'un peuple travaillé par la révolution, livré à une multitude d'aventuriers qui le subjuguent et ne reconnaissent d'autre loi pour leur domination effrénée que la dictature la plus absolue; quand, cela ne suffisant pas, le souverain qui demande la couronne, entre sur le territoire avec une puissante armée, et, quand le Roi légitime occupe encore une partie de son royaume, il y a là une violation qui ne se peut justifier par la volonté populaire, attendu qu'elle est imposée par la violence et la révolution au dedans, et par la force des armes étrangères.

« En acceptant même pour un moment, dans toute son extension, la doctrine delà souveraineté nationale, et en admettant qu'il fût permis à un peuple de changer non-seulement la forme de son gouvernement et d'expulser son souverain; mais encore d'altérer, par un acte de sa volonté, les circonscriptions territoriales de l'Europe, la première condition, au moins, pour la légalité d'un tel acte, serait que la volonté populaire fût libre.

Mais, dans le royaume desDeux-Siciles, on n'a pas même conservé le moindre semblant de liberté. Excepté quelques mouvements en Sicile, produits par l'étranger et par ses provocations croissantes, et déjà, de l'aveu même des révolutionnaires, presque entièrement apaisés, le royaume entier était parfaitement tranquille, quand Garibaldi débarqua avec la bannière de Sardaigne. Ses aventuriers, peu nombreux, grossis continuellement par les expéditions parties du Piémont, devinrent bientôt une

véritable armée, où figuraient des aventuriers de toutes les nations.

« La forme de gouvernement qu'ils établirent en Sicile ne fut point la liberté, mais la dictature, c'est-à-dire, l'institution qui confisque sans exception tous les droits d'un peuple pour les concentrer aux mains du gouvernement. Et quand les événements militaires, dont le secret sera un jour connu de l'Europe, eurent permis à l'armée révolutionnaire de traverser le Phare, de dominer les Calabres et d'occuper enfin la capitale du royaume, le gouvernement créé sur le continent fut la dictature, etGaribaldi fut proclamé dictateur des Deux-Siciles.

c< On commença alors à voir un singulier spectacle. Aucune loi n'était respectée : finances, administration, sentences judiciaires, droits de l'Eglise dans ses rapports avec l'Etat, tout fut bouleversé à plusieurs reprises et avec des contradictions sans nombre, d'où le peuple pouvait conclure qu'il n'y a ni droits, ni lois au-dessus de la dictature.

t Néanmoins, tout cela ne semblait pas suffisant pour assurer le succès de la révolution. La Sardaigne, qui avait essayé jusqu'alors de cacher sa puissante action, se détermine tout d'un coupa assumer, avec une audace impudente, la direction du mouvement. L'amiral sarde s'empara de la flotte napolitaine et débarqua des troupes, de l'artillerie et des munitions, pour combattre l'armée du Roi et contraindre de plus en plus la volonté des peuples.

« Celte entreprise ne suffit pas encore à donner ces peuples au roi de Sardaigne, et pendant qu'on s'occupait du plébiscite, ce souverain, à la tête de ses troupes régulières, vint en personne réclamer, sous l'empire des baïonnettes, les votes des pacifiques habitants du royaume et jeter sonépée dans la balance du scrutin.

« A la vue de ces faits publics et décisifs, personne certainement n'osera dire qu'on a laissé au peuple la liberté de manifester son opinion ; on ne pourra pas même prétendre que l'ar-

lifice révolutionnaire a au moins sauvé les apparences. Pour ouvrir les yeux aux plus aveugles sur le degré de liberté que le gouvernement révolutionnaire avait résolu d'accorder au scrutin, le dictateur Garibaldi, par décret du 15 du mois dernier, c'est-à-dire six jours avant la convocation des comices, allant au-devant de la volonté populaire et décidant lui-même au nom du peuple, avait décrété solennellement, en vertu de son autorité dictatoriale, que « les Deux-Siciles font partie intégrante de l'Italie une et indivisible, sous le roi constitutionnel Victor-Emmanuel et ses descendants. » Tels sont les termes du décret de Sant-Angelo qui précéda de six jours la votation.

« C'est sous de tels auspices et sans garantie d'aucune sorte, que le peuple a été appelé à voter.

« Et pour qu'aucune circonstance, si minime qu'elle fût, ne manquât à la démonstration de la contrainte qui était exercée, les électeurs furent tenus de déposer leur bulletin publiquement, en présence des autorités révolutionnaires et de la garde nationale, dans des urnes séparées, afin qu'ils pussent voir clairement, par une telle accumulation de violence, qu'ils avaient à braver tout ensemble la révolution intérieure et l'oppression étrangère.

« Tel se présente au monde le résultat du plébiscite. Pas un homme de bonne foi ne pourra accepter un instant que ce plébiscite soit l'expression sincère de la volonté nationale.

« En vous communiquant ces considérations, que je vous prie de faire valoir près du gouvernement de..., mon devoir est d'ajouter que S. M. le Roi, n'a vu dans le scrutin du 21 octobre qu'un acte nouveau de violence, commis par la force étrangère contre son peuple, estimant qu'un tel acte ne pourra jamais invalider les droits de sa couronne ni détruire l'indépendance et l'autonomie du royaume des Deux-Siciles.

« Vous êtes autorisé à donner lecture et à laisser copie de cette dépêche au ministre des affaires étrangères. Casella.

.ppendice au Chapitre XXX.

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