Chapitre XXVIII
WAMFESTE ET ENTRÉE DES PIÉMONTAlS DANS LE ROYAUME DE NAPLES. ^— BATAILLES SUR LE GARIGLIANO. — CIRCULAIRES ET NOTES DU GOUVER- NEMENT DE FRANÇOIS II.
Le roi de Piémont n'avait pas voulu attendre la décision des Chambres législatives, avant de se mettre en possession des provinces conquises. Dès le l*"' octobre, il avait quitté sa capitale pour visiter l'Ombrie et les' Marches. A Ancône, il reçut la députation que lui envoyait Garibaldi et, le 9 du même mois, il adressa aux peuples de l'Italie méridionale un manifeste dans lequel il exposait les raisons de sa politique. Il rappelait d'abord dans quelles tristes conditions il avait reçu la couronne de Sardaigne, après l'abdication de Charles-Albert et il montraitensuitedansquelétat de liberté, de splendeur et de religion (! !) il avait amené le royaume dont ilavait hérité. Il disait quele Piémont avait commencé à ])rendre part aux grandes affaires de l'Europe et avait été représenté soit en Crimée, soit aux conférences de Paris; et il exprimait la reconnaissance dont il était pénétré envers son magnanime allié, l'empereur des Français, dont l'appui avait délivré l'Italie de l'influence de l'Autriche. H expliquait ensuite par quelles voies, après la paix de Villafranca, les provinces de l'Italie centrale en étaient venues à se réunir au Piémont et comment de telles annexions préparaient la fusion de toute l'Italie en un seul royaume. Il
mentionnait lesconseils donnés et lesoffres faites au Grand- Diic, au roi de Na|)les et au Souverain-Pontife, pour la conservation de leurs trônes. ïl parlait des expéditions de Garibaldi, le vaillant guerrier, dévoué à V Italie et à sa personne y et déclarait ouvertement n'avoir pu ni voulu les empêcher. II se justifiait de s'être mis à la tête du mouvement italien, de peur que le parti d'un fanatisme ambitieux ne prévalût en Italie et par déférence aux vœux des Italiens qui tenaient les regards tournés vers lui : s'il avait envahi les Marches et rOmbrie, c'était pour disperser ce ramassis de gens de tout pays et de toute langue qui s'y étaient réunis. Il proclamait ensuite qu'il ne permettrait pasquel'Italiedevînt le refugede sectes cosmopolites;\\ annonçait que ses troupes s'avançaient parmi les peuples de l'Italie méridionale, pour faire respecter leur volonté dans le suffrage universel; il terminait en disant qu'il avait toujours accompli les devoirs de roi et d'italien et fermé dans la Péninsule l'ère des révolutions (i).
Cependant, le même jour, 9 octobre, l'armée piémontaise entrait dans les domaines royaux de Naples {2), non pas pour assurerla liberté des votants, mais pour empêcherle mouvementd'un peuple qui se soulevait contre les pièges de la révolution et jurait d'en secouer la tyrannie; elle y entrait pour arracher au prince légitime les trois dernières provinces qui restaient sous son autorité et pour en finir, par la trahison, avec les forces qui devaient abattre la révolution; elle y entrait en alliée de la révolution même, disposée à en soutenir les entreprises, à en assurer le succès. Cependant, l'ambassadeur de François II, était resté jusqu'au 6 octobre
(1)^V. ce manifeste dans les pièces de l'appendice de ce chap. Certains journaux ont prétendu que cette harangue avait été rédigée k St-Cloud. (2) Dépêche d'Ancône du 9 oct. 18G0.