‹ Histoire de la révolution de 1860 en SicileChapitre 12 sur 25 · IG · texte numérisé non relu

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Ce sentiment d'ordre public se révéla principalement dans la villa de Catane. Catane et toute la province de ce nom se trouvaient alors dans un état plus florissant qu'aucune autre partie de l'île. Le roi Ferdinand leur avait accordé la libre irrigation du Simeto, source féconde de richesse pour le pays. A son tour, François 11 leur avait donné de nouvelles facilités pour l'irrigation du Simeto; il leur avait assigné de nouveaux fonds pour la construction du port ; il avait érigé à Catane un tribunal de commerce, institué une caisse d'escompte et fait de l'évêclié de cette ville un archevêché. Heureux de ces bienfaits, les habitants de Catane, dans la prospérité de leur riche pays, ne se souciaient pas de mouvements politiques qui auraient épuisé leur provinceet l'auraient réduite à la misère. C'est pour- (|uoi, lorsque certains personnages tristement fameux par leurs assassinats et leurs brigandages de 1848, essayèrent de se mettre à la tète de la populace et de la soulever contre les troupes royales, les bons habitants de Catane s'opposèrent vigoureusement à leurs desseins et, par leur autorité retinrent le peuple dans le devoir; puis, quand ils se virent à bout d'efforts et de patience, pour rompre les filets de ces assassins qui ne respiraient que sang et rapine, ils les signalèrent aux autorités civiles et militaires. Ces méchants mis en arrestation, la ville demeura entièrement tranquille; les paysans retournèrent à leurs travaux et le peuple à sa besogne journalière. Cependant, le roi François ayant connu, par le prince Fitalia, intendant, et par le général Clary, commandant de cette place, la conduite exemplaire des habitants de Catane, n'eut pas seulement à cœur de leur adresser des louanges et des remercîments, mais il leur fit de nouvelles concessions rédigées en onze articles.

Il décréta l'achèvement du port de cette ville aux frais du trésor royal, qui devaient être considérables; le prélèvement immédiat sur les impôts des sommes nécessaires pour la construction du nouveau théâtre et d'une villa, sommes et dépenses qui seraient remboursées peu à peu par la commune; la fondation à Catane d'une banque publique et d'un nouveau tribunal criminel; l'augmentation du nombre des conseillers et des officiers de l'intendance; l'autonomie et rindépendance de l'administration de Calane, etc. En même temps, le généreux monarque envoyait une adresse aux chefs-lieux de districts de cette province, afin de les engager à lui signaler sans retard les faveurs dont ils avaient besoin, promettant de les satisfaire. Ainsi s'affermissait de plus en plus dans la province de Catane la résolution de ne rien tenter contre la dynastie des Bourbons; le commerce y redoubla d'activité, la confiance publique y redevint générale, et, entre autres avantages, le collège Cutelli put se rej)eupler des nombreux élèves qu'il avait vus se disperser tout à coup dans les jours d'agitation populaire.

La province de Messine, quoique plus ardente pour la cause de la révolution, ne tenta aucun mouvement à cette occasion. Si on en excepte l'assassinat que des scélérats commirent par trahison sur deux sentinelles royales, il ne se passa là rien qui troublât l'ordre public. Après ce fait atroce, que les journaux italiens et étrangers dénaturèrent beaucoup, sur les faux rapports des passagers du Méandre, quebiues mesures de précaution, prises par le général delà place, empêchèrent la reproduction de pareils attentats destinés à exciter le sentiment de la révolte.

En conséquence, tout bien considéré, nous pouvons affirmer que depuis le 4 avril, l'ordre public fut réellement

l'établi clans la Sicile tout entière, et que de nouvelles insurrections n'y auraient pas eu plus de succès, sans l'appoint donné à la révolution par le débarquement des Piéniontais. L'amiral sarde, dans sa dépêche d'alors au ministère de Turin, ne put dissimuler que la tranquillité eût recommencé de régner en Sicile, et s'il en exceptait Marsala, {qui de fait était l'endroit le plus tranquille), c'était pour fournira Lord Russell un prétexte d'envoyer sur ce point quatre vaisseaux de guerre et pour indiquer à son gouvernement le lieu où il devrait diriger Garibaldi. Néanmoins, il ne plaisait pas à M. de Cavour d'annoncer au parlement de Turin la ré|)ression de l'insurrection sicilienne. Interrogé le lo avril à la Chambre des Députés, sur cette question, il répondit avec une diplomatie nuageuse que pareille discussion lui semblait inutile et dangereuse; il ajoutait que le gouvernement napolitain était fort préoccupé de l'intérieur de ses États et concluait par ces mots : « Nos vc compatriotes continuent la lutte (i). « Cette façon de parler du comte de Cavour est expressive, malgré ses réticences; elle nous fait comprendre quels ferments de révolte étaient partis de Turin vers la Sicile, quels encouragements les insurgés continuaient d'en recevoir, et quel accord le parti cavourien avait conclu avec le parti mazzinien, dans l'intention surtout de soulever la Sicile.

Tout le mois d'avril se passa sans nouveaux troubles pour l'Ile, non pas que le parti révolutionnaire se fût endormi, mais parce qu'il comprenait que sans appui du dehors et avec les seules forces du peuple, il lui était impossible de faire aboutir aucune tentative. Toutefois, pour maintenir dans une inquiète agitation la police et la popu-

(I) Parlement de Turin, 15 avril 1860.

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lation, le comité secret de Palerme publiait, par le moyen d'une presse clandestine, des bulletins, des avis et des instructions qui se distribuaient |)ubiiquement dans la capitale, qui s'expédiaient dans l'intérieur de l'île et s'adressaient, pour comble d'audace, jusqu'aux représentants de l'autorité. Ces factums ajournaient toute démonstration armée au moment où débarquerait Garibaldi ; indiquaient l'arrivée prochaine du général comme devant être le signal d'un soulèvement universel; im|)0saient qnehjuefois des démonstrations partielles et tacites; ordonnaient à tout le monde de porter des vêtements de deuil, le jour de l'exécution des 13 insurgés; tantôt, grâce aux meneurs et à leurs ordres, il se trouvait des bannières tricolores sur divers points de la ville, ou entre les mains d'enfants (jui les i)romenaient le long des rues ; tantôt on semait de fausses alarmes et des terreurs inusitées parmi la population, en faisant éclater des pétards et des bombes au milieu de la nuit; en un mot, on s'efforçait d'agiter les habitants de Palerme et d'eff'rayer les autorités. — Le commerce allait s'affaiblissant chaque jour; une panique involontaire gagnait peu à peu tout le monde; les écoles et les collèges re^laient fermés; les magasins, et un petit nombre seulement, n'ouvraient que pendant quelques heures; pour la voie publique, elle ressemblait, surtout dans la soirée, à une caverne de voleurs. — Vers la fin d'avril et au commencement de mai, les démonstrations publiques se renouvelèrent au mépris des ordres donnés par la police. Ces démonstrations étaient le plus souvent capricieuses et bizarres, destinées seulement à mettre en évidence le pouvoir que le comité secret révolutionnaire exerçait sur la poj)ulation. Une fois on ordonnait, de par une autorité invisible, que personne ne se mon-

trât tel jour déterminé dans la rue de Tolède, ou dans une autre des principales rues de la cité : et ce jour-là on ne voyait dans la rue prohibée, que des soldats et des agents de police, personne n'osant contrevenir aux ordres secrets; le soin de les faire exécuter était confié à certaines personnes députées à cet effet, le plus souventde jeunes personnes fanatisées qui notaient quiconque oserait braver l'interdiction.D'autres foisc'était un ordretoutcontraireràTheuredite, de tous les points de la ville des flots de population affluaient vers la rue ou sur la place désignée. Ces rassemblements furent d'abord pacifiques et semblables à des promenades solennelles; peu à peu elles prirent un caractère menaçant et unaspect séditieux; on criait:ccVive l'Italie! Vive Victor-Emmanuel! etc. » Le gouvernement de Sicile essaya d'abord de disperser ces rassemblements par la seule présence de la police et des troupes; mais quand la foule commença à résister à l'injonction de se séparer, à charger d'insultes la police et la troupe, à les menacer de violences ouvertes, il fallut eujployer la force. Quel(|ues démonstrations trop bruyantes, dont les meneurs répondirent par l'outrage à l'ordre de se retirer, donnèrent lieu à des charges qui firent des victimes parmi le peuple. Oncria naturellement à la barbarie du gouvernement ; on décrivit sous des couleurs de rhétorique larmoyante, les scènes de deuil et de carnage, auxquelles s'étaient livrés les ministres des Bourbons, et ces déclamations ne tardèrent pas à s'étaler dans les feuilles étrangères, faisant écho au parti révolutionnaire de Sicile.

Pareilles démonstrations ne firent que croître en nombre et en force à mesure que s'approchait le moment de l'expédition deGaribaldi; et elles continuèrent de plus belle, jusqu'à ce que celui-ci fut aux portes de Palerme. Les officiers de marine piémontais qui se trouvaient en rade, ne

laissaient pas de les encourager par leur présence. C'est dans ce but qu'ils se montraient souvent dans la rue de Tolède et dans les autres rues principales de la ville où on leur jetait, de plus d'une fenêtre, des fleurs et des bouquets tricolores. Ils applaudissaient ensuite sans aucune réserve, et aussi bien en public qu'en particulier, aux agitateurs de la population, et les encourageaient par la promesse des puissants renforts que leur donnerait le Piémont. Et ce n'était pas seulement à Palerme que se produisait la marine sarde; elle apparaissait en même temps à Syracuse, à Calane, à Messine et sur tout le littoral de l'île avec l'intention d'organiser et de fomenter la révolte. On vit aussi à cette époque des agents du Piémont voyager dans l'ile, sous un déguisement (|ui leur permettait d'épier et de connaître à fond les conditions du pays, ainsi que les moyens de s'assurer les sym[)athies des habitants.

Tout cela ne faisait qu'exciter la vigilance du gouvernement sicilien. Soupçonnant que Garibaldi mettrait pied sur le rivage en inconnu, il avait fait distribuer son portrait à tous les chefs de police du pays; il avait de plus promis une large récompense à qui l'arrêterait. Les bâtiments de la flotte napolitaine avaient été en outre disposés en croisière autourde l'île et surtout du côté du canal de Malte, d'où l'on croyait devoir attendre un débarquement; quelques compagnies d'armes avaient été postées sur les bords de la mer, dans les lieux les plus suspects et les plus isolés. Le gouvernement croyait ainsi avoir mis la Sicile en sûreté contre la menace de toute bandedeflibustiers, qui auraient pu tenter une descente; et les choses ne seraient pas allées autrement, si les trahisons de l'intérieur et les machinations du dehors n'avaient conspiré à rendre inutiles toutes les mesures de précaution.

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