Chapitre XIH
LA VILLE DE PALERME ET LE GÉNÉRAL LANZA. — DÉFAITES DES REBELLES. — ENTRÉE DE GARIBALDI A PALERME.
Du jour OÙ se répandit la nouvelle du débarquement de Garibaldi à Marsala, l'aspect de la ville de Palerme devint de plus en plus menaçant. Bien que depuis cette date jusqu'à l'entrée de Garibaldi, on n'y eût fait aucune de ces grandes démonstrations qui avaient eu lieu les jours précédents, la situation des choses empirait de plus en plus par l'attitude fière et mutinée de la iiopulation : la révolution était consommée de pensée et de sentiment, et si elle n'avait pas encore éclaté en insurrection patente, c'était le résultat d'une forte compression qui ne pouvait toujours durer.
La misère occasionnée par l'interruption du trafic et du commerce, accroissait sans mesure l'irritation de la multitude; de là une recrudescence d'insultes et d'outrages envers la police et la garnison, qui à leur tour méditaient vengeance contre les injustes provocations du peuple. Telles avaient été les souffrances, les fatigues, les privations, les perplexités et les épreuves des agents de police et des soldats en ces jours de violence, qu'ils étaient devenus comme des spectres; ils suffoquaient d'une rage intérieure contre les auteurs de la révolte et ils ne respiraient dans
l'impétuosité du ressentiment que meurtres, pillage et ruines. D'ailleurs ils n'en faisaient point mystère au milieu de l'épouvante générale qui régnait alors; ils disaient ouvertement qu'ils détruiraient Palerme, avant de l'abandonner, et lui feraient payer cher tout ce qu'ils y avaient enduré de peines et de douleurs; les discours des officiers plus raisonnables et plus humains n'apaisaient pas leur sauvage irritation; la vengeance seule occupait leurs pensées; c'était la vengeance seule qu'appelaient leurs désirs.
D'autre part le comité insurrectionnel, pour raffermir les esprits des habitants et retremper le courage de la multitude, faisait courir le bruit que Garibaldi viendrait bientôt à Palerme avec des millions de guerriers; que de se montrer seulement il exterminerait les ennemis et que, sans coup férir, il entrerait dans Palerme en triomphateur. Ce comité, qui était aloi^ composé des citoyens les plus considérés et les plus influents de la viMe, sous la présidence de M. Casimir Pisani, devenait chaque jour plus actif dans l'organisation de la révolte. S'étant mis en relation intime avec Garibaldi, qui marchait sur Palerme, il ordonnait, au nom du dictateur, que personne n'osât courir aux armes avant son entrée à Palerme; mais qu'en attendant l'on eût soin de tourmenter la police et la trou[)e au moyen de démonstrations partielles. L'agitation et l'épouvante allaient donc croissant et dans la même mesure s'augmentait la désolation de la ville. Plusieurs fuyaient à la cami)agne; plusieurs au contraire se retiraient de la campagne dans la ville; chacun, suivant ses ressources, faisait chez soi des approvisionnements pour plusieurs mois, dans la crainte que Palerme ne vint à manquer de vivres.
En ces conjonctures, le prince Castelcicala et le général
Salzano avaient pris les mesures les plus opportunes pour repousser un assaut du dehors, autant que pour réprimer au dedans l'insurrection populaire. Ils avaient fait murer plusieurs portes de la ville et pourvoir d'artillerie et de défenseurs celles qui étaient le plus exposées à une attaque: dans les principales rues ils avaient établi un cordon militaire et disposé de fortes patrouilles dans les endroits les plus dangereux; enfin ils avaient poussé des avant-postes bien avant dans les campagnes de Palerme pour surveiller les mouvements des bandes et les mettre en déroute. Le général Salzano disposait alors à Palerme et dans son district d'une garnison de 25,000 hommes, d'une excellente artillerie et de provisions de toute nature : nous n'en pensons pas moins que son matériel de guerre était plus incomplet qu'il n'aurait fallu pour opérer un coup décisif contre un ennemi plein d'audace; cependant les moyens de défense que possédait Salzano auraient pu sauver Palerme de l'invasion de Garibaldi et de ses funestes conséquences. Mais l'arrivée du général Lanza et le rappel du prince Castelcicala applanirent les voies à la chute de la place et au triomphe de l'expédition piémontaise.
La trahison, comme nous l'avons dit, avait été inspirée par Cavour et par les sociétés secrètes, à un grand nombre d'officiers des troupes royales de Naples; la trahison, œuvre de plusieurs années, devait tout faciliter aux Garibaldiens; la trahison devait faire disparaître, comme par un coup de baguette et sans combat, une armée de 150,000 hommes; la trahison, accompagnée des plus vils artifices de séduction, d'imposture et d'hypocrisie, devait être l'arme la plus terrible de la révolution ; la trahison devait faire de Garibaldi un demi-dieu pour les journalistes révolutionnai-
res et pour le peuple ignorant; mais, da moment où ce jeu perfide cessa sur les bords du Volturne, cette divinité de chair et d*os tomba de son piédestal.
Le général Lanza avait été, après la paix de Villafranca, envoyé en Sicile pour inspecter les forteresses du littoral 1 de l'île; mais l'inspection qu'il en fit contribua peu ou point à l'armement des forts, qui étaient dégarnis de bonne artil- J lerie : les canons de gros calibre qui furent expédiés avec " une extrême lenteur dans quelques places de Sicile, demeurèrent plusieurs mois sans affût à l'intérieur des forts; nous ignorons s'ils furent jamais montés avant la révolution. Les réparations nécessaires aux forteresses et les nouveaux ouvrages à y construire, après une série de rapports et de discussions, ne furent point exécutés. Nous n'en rejetons pas toute la faute sur Lanza, parce que la trahison avait de nombreuses ramifications dans les conseils militaires du royaume, où l'on ne décidait que les entreprises ruineuses pour le trésor au profit de quelques individus, tandis qu'on écartait celles qui auraient dû être la défense et le soutien de la monarchie.
La révolution de Sicile commencée, on fit croire à la cour de Naples que le prince Castelcicala n'était pas l'homme qu'il fallait pour tenir les rênes du gouvernement dans des temps si difficiles; que le général Salzano ne devait pas non plus être investi du commandement militaire de toute l'Ile; qu'il était urgent de les remplacer tous deux par un personnage doué de plus d'autorité que Salzano et de plus d'activité que le prince de Castelcicala. Or le personnage choisi pour servir de ferme appui à la monarchie des Bourbons fut le général Lanza. Chargé d'une aussi importante mission, il fut mandé vers le milieu de mai en
Sicile, d'où l'on rappela le prince de Castelcicala, qui avait donné des preuves manifestes d'une fidélité inaltérable à son souverain, et qui ne laissait pas le moindre doute sur sa ferme volonté de combattre à tout prix la révolution.
Débarqué le 18 mai à Palerme, Lanza publia une proclamation dans laquelle il annonça au peuple, conformément à ce que le roi François II avait décrété le 15 du même mois: 1 " Sa nomination à la lieutenance générale de l'île, avec le titre de commissaire extraordinaire et les pouvoirs de Yaltei' ego (plénipotentiaire). 2*" L'assurance que l'exercice de son autorité durerait jusqu'à ce que l'ordre public fût rétabli, époque à laquelle Sa Majesté enverrait à Palerme un prince de la famille royale, en qualité de lieutenant général de l'île. 3" Une amnistie complète pour tous les rebelles qui se seraient soumis aux autorités locales.
Celte proclamation fut accueillie froidement par le peuple et tournée en dérision par les chefs de la révolte, qui avaient déclaré que rien ne les contenterait sans la déchéance des Bourbons et l'annexion de la Sicile à la maison de Savoie.
Le nouveau commandant en chef des forces de Palerme adopta un plan bien différent de celui de Castelcicala et de Salzano, un plan évidemment destiné à faciliter un coup de main à l'expédition de Garibaldi. En effet, Lanza concentra à Monreale, ville située à 4 milles de Palerme, quelques bataillons de chasseurs, le meilleur corps de l'armée, sous le commandement du vaillant Bosco; il y ajouta les bataillons bavarois, et garnit tellement d'artillerie et de redoutes cette ville déjà très-forte par sa situation, que le tout ensemble en fit une place inexpugnable. De cette façon Palerme restait fermé à l'ouest-sud-ouest et les positions
de l'ennemi au Parco, ville (listante de 7 milles, se trouvaient sérieusement menacées.
Lanza avait placé un autre corps de troupes près des quartiers des Quatre-Vents, hors de la ville, au nord-ouest; le reste de l'armée était divisé entre le palais royal, Castellamare et le palais des Finances. La force principale de l'armée royale occupait donc la ligne du nord au sud-ouest, et l'espace qui s'étf:ul de là jusqu'à la mer, que gardait la Hotte royale, était presque entièrement à découvert; car à la porte de Termini (celle par où les insurrections ont toujours reçu le plus de renforts), il n'y avait qu'une compagnie et deux pièces d'artillerie non couvertes; quelques compagnies avaient bien été postées dans le couvent de S'-Antonin, mais en dehors de toute position stratégicjue; de cette façon l'ennemi battu à gauche par les troupes de Monreale, pouvait tenter sans peine un mouvement de flanc et descendre sur Palerme sans rencontrer d'obstacle. II ne manqua pas de gens qui aperçurent dès lors la malice des dispositions que prenait Lanza, et plusieurs disaient ouvertement qu'il avait laissé l'entrée libre à Garibaldi. Ajoutons que, sous prétexte de ne pas fournir au peuple des motifs d'irritation, il ordonna au général de fermer tous les corps de garde que le directeur Maniscalco avait ouverts pour la police dans les quartiers les plus dangereux de la ville, et exigea que toutes les forces de la police se réunissent dans l'établissement de l'université de Palerme. En somme, la capitale demeura livrée à elle-même et libre de se soulever au premier signal. Ce fut alors que le directeur Maniscalco se retira, abandonnant le timon d'une barque qui naviguait sur les écueils de la perfidie et courait à une perte indubitable.
Pendant que l'on prenait ces mesures à Palerme, Garibaldi se montrait à Borgetto et dans les alentours de Monreale : de nouveaux volontaires lui étaient arrivés par de nouveaux débarquements pratiqués sur divers points de l'île, ainsi que des armes, des munitions et de l'argent; de nouvelles bandes s'étaient encore formées dans ce pays fécond en hommes rompus à tout désordre : les vaisseaux sardes ne laissaient pas, comme on le pense bien, de leur fournir, pendant la nuit, des armes et des provisions. Garibaldi se croyait donc désormais en état de prendre l'offensive et de se jeter, en manœuvrant par surprise, dans la ville de Palerme. Mais Garibaldi ignorait que Bosco ne s'était point vendu au parti sarde et mazzinien; et qu'il était d'une noblesse de caractère et d'une générosité à ne pas abaisser son drapeau devant une poignée de flibustiers, aidés de bandes indisciplinées. Bosco, en effet, assaillit les rebelles sur les hauteurs de San-Martino, les battit deux fois avec un grand carnage, les poursuivit jusqu'à Partinico, en leur tuant beaucoup de monde, entre autres Rosolino Pilo, envoyé par Mazzini pour soutenir la révolution d'avril. Ayant occupé les positions les plus importantes, celte même colonne se prépara à frapper un coup décisif contre le corps principal de l'expédition de Garibaldi. Celui-ci, dans la matinée du 21, concentra au Parco toutes ses forces et fit mine de menacer Monreale, comme s'il voulait s'ouvrir par là un chemin vers la capitale. Mais les troupep royales de Bosco attaquèrent, le 24, ces bandes d'insurgés, les mirent en déroute et les battirent d'une manière si effrayante, que, du propre aveu des Piémontais, Garibaldi ne s'était jamais montré aussi abattu. Les pertes de l'expédition furent cette fois lamentables, leur artillerie fut tota-
lenient perdue, leurs positions du Parce toutes occupées par les royaux, leurs bandes dispersées pour la plupart et le corps principal serré de près par Bosco, dans la direction de Corleone. Ce combat semblait décisif, et il l'eût été sans la trahison du général en chef. La nouvelle de cette défaite répandue à Palerme, fut un coup de foudre pour les partisans de la révolution ; ils s'attachèrent à la démentir, dans l'intérieur del'îîe par le moyen de leurs agents, et en d hors par les journaux menteurs de Turin. Le journal de Naples publiait en date du 27 mai : « que les bandes de Garibaldi « avaient été entièrementdéfaites » et c'était la vérité. Plusieurs hommes du contingent sicilien, retournés chez eux après la bataille du Parco, affirmaient sans détour que tout était perdu ; un assez grand nombre d'émigrés et même de Piémontais,qui s'étaient enfuis dans la confusion générale, cherchèrentà Marsala et ailleurs lesmoyens de s'embarquer pour Malte: quant aux soutiens de la révolte dans l'intérieur de l'île, ils pâlissaient d'eff'roi, et, déposant leur air superbe et menaçant, ils changeaient de ton et de langage. Répétonsle encore une fois : C'en était fait de Garibaldi et de son expédition, si le général Lanza avait mis un corps d'observation dans la direction du village des Abati et de Misilmeli, s'il y avait au moins placé des avant-postes ou qu'il eût muré, sinon fortifié, les portes de la partie méridionale de Palerme.
Garibaldi, même avant l'attaque du Parco, avait formé pour lui un corps de plus de 800 hommes, ])armi lesquels ses volontaires du Piémont et les deux colonnes du chevalier Santanna d'Âlcamo et du chevalier Coppola de Montedi-Trapani : son dessein était de se jeter à l'improviste sur Palerme, pendant que la troupe de Bosco serait occupée à
combattre les bandes du Parco ; la déroute de celles-ci ne le fit pas changer de résolution ; ayant laissé Orsini et le reste de ses bandes battre en retraite vers Corleone, pour attirer les royaux de ce côté, il se sépara secrètement avec ses 800 hommes de son armée en désordre que poursuivait Bosco, et prit la route de Marinco : de là tournant sur la droite, il marcha pendant la nuit du 25, dans la direction de Misilmeli. Arrivé là à minuit, il s'y arrêta jusqu'au soir du 20, veille de la Pentecôte, pour faire reposer ses troupes; puis, au milieu des ténèbres, il disposa la marche sans en indiquer le terme; il ordonna toutefois de s'avancer dans le plus rigoureux silence et de ne pas même allumer des cigares en chemin. Il évita les routes battues et fréquentées, traversa les champs, et dès 5 heures du matin, parvint à l'improviste sous les murs de Palerme et en força l'entrée par la porte de Termini. Les quelques soldats qui gardaient cette porte avec deux pièces d'artillerie, résistèrent de leur mieux à une attaque inopinée ; mais débordés par le nombre et par l'élan de cette bande, ils se retirèrent dans la direction du Palais Royal. Un escadron de cavalerie commandé par Colonna, fut envoyé aussitôt par Lanza pour simulerune résistance quelconque à l'entréedes flibustiers; mais Colonna, à peine arrivé avec son escadron à certaine distance des baïonnettes des Garibaldiens et sans avoir tiré un seul coup de fusil, revint en arrière aussi vite et même plus vite qu'il n'était venu. Après quoi, aucun obstacle n'arrêta plus Garibaldi, qui, déployant une bannière au bruit d'acclamations séditieuses, entra dans la capitale et courut €n vainqueur jusqu'au centre de Palerme, où il établit son quartier-général.
En présence de cette simple exposition des faits dont les
Palermitains furent spectateurs, nos lecteurs ne pourront s'empêcher de sourire, en relisant les correspondances mensongères de plusieurs journaux anglais, piémontais et français, qui nous parlèrent, dans ce temps, de grandes victoires remportées par les Garibaldiens sous les murs de la capitale, de charges à mitraille par lesquelles Orsini, qui ne se trouvait pas là, avec une artillerie déjà tombée entre les mains des Napolitains, fit tourner bride à la cavalerie royale; de monceaux de cadavres qui jonchaient le sol, de l'obstination du combat, etc.. toutes choses plus dignes du roman que de l'histoire, mais à l'aide desquelles on voulut faire paraître gigantesque la valeur de Garibaldi, et frapper de stupeur l'imagination des peuples. Par malheur, nous avons vu que ces impostures de charlatans réussirent si bien que non-seulement le bas peuple, mais les diplomates et les législateurs s'y sont laissé prendre en grand nombre... Omnes humana patimur.
L'entrée de Garibaldi à Palerme était le signal convenu de l'insurrection du peuple, A peine eut-il pénétré par la porte de Termini, que les cloches de Monte-Santo l'annoncèrent à toutes volées, et qu'aussitôt on entendit résonner toutes les autres cloches de la ville, frappées à coups de marteau, à défaut des battants qui avaient été enlevés. A ce bruit qu'on n'avait plus entendu depuis deux mois, tous les points de la capitale retentirent d'acclamations, et de toutes parts on courut aux armes, quoiqu'elles fussent devenues assez rares, après toutes les perquisitions de la police. Dans tous les sens partaient des coups de fusil et surgissaient des hommes armés rejoignant en auxiliaires le cor[)S de Garibaldi. En présence de ces rumeurs, de ces mouvements et de ces menaces de mort, les troupes qui
avaient leur quartier à la place Bologna et dans le collège des Jésuites, se retirèrent, conformément aux ordres reçus, dans le Palais-Royal, et avec eux les agents de police qui purent les rejoindre en partant de l'Université royale où ils étaient rassemblés. Ainsi, en un instant le peuple fut maître de toute la ville, excepté le Palais-Royal, le palais des Finances et la citadelle.
Cependant Garibaldi s'établissait dans le Palais prétorial qui se trouve au milieu de Palerrae; il y réunissait les chefs de la municipalité, confirmait Crispi dans la charge de secrétaire d'Etat qui lui avait été conférée à Salemi, lui confiait, ainsi qu'aux membres du comité de Palerme, le gouvernement provisoire de la ville; puis il y proclamait et y faisait accepter sa dictature au nom de Victor-Emmanuel. Il haranguait ensuite le peuple du balcon du Palais des Sénateurs; il vantait le courage et la constance des habitants de Palerme, il enflammait leur enthousiasme et les exhortait à de nouveaux sacrifices pour la liberté. 11 s'appliquait d'ailleurs à organiser une sorte de milice citoyenne pour la défense de la ville et, par de nouvelles allocutions, il excitait ceux qui en faisaient partie à chasser l'ennemi des lieux qu'il occupait encore ; il leur mettait devant les yeux l'exemple de ses volontaires et les pressait de suivre les mêmes traces. Les bandes dispersées dans les campagnes du Parco et de la Plaine des Grecs arrivaient peu à peu et il s'en formait de nouvelles pour menacer les troupes du côté des Colli et des quartiers des Quatre-Vents. Néanmoins le nombre des envahisseurs armés, surtout ce jour-là et le jour suivant, était si petit qu'une armée de 25,000 hommes eût pu aisément les envelopper et les njettre en déroute. Toute la force de Garibaldi consistait dans les 800 hommes
avec lesquels il était entré à Palerme, sans artillerie et sans grandes munitions : des groupes de citoyens armés de quelques fusils de chasse, de couteaux et de bâtons n'auraient certainem'ent pas soutenu un feu de pelotons. Si, en ce moment, des bataillons avaient marché du palais royal et de la citadelle pour occuper le palais des sénateurs, la révolution aurait été étouffée dans son germe et Garibaldi aurait trouvé son tombeau à Palerme. Mais le général Lanza n'avait pas la volonté de combattre la révolution; c'est pourquoi, docile aux instructions de V Assemblée Nationale de Turin, il adoptait les moyens qui devaient le plus compromettrele monarque trahi et le rendre odieux aux Siciliens. Il commandait le bombardement de Palerme et donnait de fait toute licence aux troupes aigries qui n'aspiraient dans leur haine féroce qu'à saccager et à piller. Vainement, le général Salzano s'opposa-t-il à la cruelle et inopportune résolution du commandant, et vainement, dans l'impossibilité de vaincre un pareil entêtement, avait-il brisé son épée contre un mur; le drapeau rouge fut hissé sur le palais royal en signe de destruction et d'extermination.