Chapitre XVI
LES JESUITKS nE SICILE AU TEMPS DE LA REVOLUTION. — LEUR CAUSE DEVANT LE GOUVERNEMENT INSURRECTIONNEL. — LEUR EXIL.
La Compagnie de Jésus en Sicile, se trouvait au commencement de 1860 en pleine prospérité; elle nourrissait de plus en plus la douce espérance de voir élargir la sphère de son action religieuse et littéraire, surtout en faveur de la jeunesse sicilienne. Les collèges et les pensionnats des Jésuites avaient atteint tout leur développement et répondaient, on ne peut mieux, par l'application et la piété des élèves au zèle et au dévouement des Pères qui les dirigaient. D'autres collèges et d'autres pensionnats étaient sur le point de s'élever dans les grandes villes de la Sicile, pour être confiés à leurs soins. Le nombre des jeunes gens qui sollicitaient l'habit de la Compagnie devenait si grand qu'il eût nécessité pour cette année 1860, l'ouverture d'un second noviciat. Quant à l'estime dont jouissaient les Jésuites dans le pays, elle était à son comble, et la confiance qu'on avait dans leur ministère ne laissait rien à désirer, eu égard surtout au malheur des temps et à l'hostilité que rencontraient les maximes et les enseignements de l'Evangile. Aussi un grand nombre d'entre eux se flattèrent jusqu'aux approches de l'invasion de Garibaldi, qu'il serait difficile en ces
circonstances de déchaîner sur leurs têtes l'épouvantable orage qui se préparait.
Dès les premiers bruits de révolte qui se répandirent en Sicile, les Pères de la Compagnie, fidèles à leur vocation, n'épousèrent aucun parti et continuèrent à vaquer, comme de coutume, à leurs fonctions; celles-ci en effet sont indépendantes de telle ou telle forme de gouvernement et même la liberté les favorise, quand ce n'est pas un mot perfide dont le despotisme cherche à couvrir ses monstruosités. Ils comprenaient cependant que la révolution, ourdie au sein des sociétés secrètes, récelait en elle-même les éléments les plus irréligieux et ils ne pouvaient se dissimuler que les premiers coups portés le seraient contre leur ordre. Mais, fermes d'esprit et de cœur, ils n'abandonnèrent pas lâchement le poste que la Providence leur avait assigné, pas plus qu'ils ne se souillèrent par des adulations et des prostrations; et, lorsque la tempête éclata, elle les surprit occupés à leurs devoirs habituels.
Une fois Palerme en insurrection, il s'en était suivi, comme nous l'avons dit, une affreuse misère dans le peuple, l'état de siège augmentait de jour en jour la cherté des vivres; on manquait des choses les plus nécessaires à la vie ; le pain même était mal conditionné et d'un prix si exorbitant que les pauvres gens avaient peine à s'en procurer. C'est pourquoi les Jésuites qui, par ordre du gouvernement, avaient, avant la révolution, dû ouvrir deux fours dans leurs maisons, résolurent d'y faire fabriquer à leurs frais, pendant tout ce temps de disette, du pain de bonne qualité qui serait vendu à moitié du prix courant, afin qu'au moins les plus malheureux eussent du pain à manger. — On ne saurait imaginer la foule qui journellement se portait
à ces fours; c'est au point que la force publique dut intervenir pour empêcher (les désordres. Les Jésuites n'oublièrent pas non plus d'étendre leur main bienfaisante à d'honorables familles tombées alors dans le dénuement, et de les sauver de la honte et de la faim. Lorsque ensuite les bandes de pillards armés eurent saccagé et détruit grand nombre de maisons dans les campagnes de Palerme, ils mirent leurs maisons de campagne à la disposition de plusieurs centaines d'infortunés qui fuyaient devant l'incendie et la destruction. Garibaldi entré à Palerme et le bombardement de la ville commencé, il n'y avait pas de pauvre ou d'affamé, même dans les classes aisées, qui ne courût à leurs maisons et n'y trouvât j)itié et secours. Et comme le nombre de ceux qui les assiégeaient pour avoir du pain et des aumônes croissait démesurément, les Jésuites durent retrancher une part de leur ordinaire, et le firent volontiers. Les plus grands dangers ne les effrayèrent pas, quand il s'agissait de secourir leurs semblables. Au milieu des bombes et de la mitraille, il couraient sauver les religieuses des Sept-Anges elles conduire en lieu sûr; et, non contents de cela, ils voulurent sauver le plus possible de ce que contenait leur monastère déjà enveloppé par les flammes et menacé d'une immense cohuede voleurs. C'était un spectacle attendrissant que de voir s'employer à cette œuvre difficile , non-seulement les jeunes étudiants de la Compagnie , mais encore des Pères vénérables chargés d'années et d'infirmités. C'était merveille de les voir, parmi une grêle de balles et au milieu des flammes, emporter des chambres de ces pauvres sœurs celui-ci un matelas, celui-là du linge, un troisième les vases sacrés, un quatrième l'argenterie d'église; chacun, enfin, quelque
meuble de la maison, les voir, dis-je, avec ces fardeaux sur les épaules, traverser la voie publique, aller vite les déposer dans le couvent de Giusino ou ailleurs, et revenir en toute hâte recommencer le même sauvetage jusqu'à une heure avancée de la nuit. Et, comme si cela n'eût pas suffi, à peine l'armistice eut-il pris cours, que quelques-uns d'entre eux se dévouèrent à conduire dans une de leurs maisons de campagne, située à une demi-lieue de Palerme, ces religieuses [épouvantées qui avaient perdu leur asile, et celles du monastère de Giusino qui était en danger; ils hébergèrent ces pauvres filles et les pourvurent de leur mieux de tout ce qui leur était nécessaire, grâce au concours des Pères Capucins, dont la charité fut alors audessus de tout éloge. La même maison fut ouverte à toutes les familles de la ville qui y cherchèrent refuge et soutien dans la pénurie générale, et le nombre s'en éleva ces jourslà à loO. Qui aurait deviné alors que peu de jours après, les régénérateurs de la Sicile tonneraient, dans des phrases ampoulées, contre le froid et insensible égoïsme des Jésuites.
Mais ceux-ci ne bornèrent pas leur sollicitude à soulager des misères corporelles. Quand, le 14 avril, quelques rebelles pris les armes à la main, furent condamnés au dernier supplice, les Jésuites ne refusèrent pas de s'associer aux excellents Pères de S' Camille de Lellis pour donner , à ces malheureux, en d'aussi tristes extrémités, les secours et les consolations de la religion. Ce qui n'empêcha pas les journaux révolutionnaires, en louant avec raison les Pères de S' Camille, d'omettre à dessein les Jésuites, en qui pourtant les suppliciés avaient mis leur confiance. Lorsque ensuite le gouvernement de Gatibaldi les somma d'où-
vrir dans leurs maisons un hôpital pour les blessés, les Pères saisirent avec bonheur cette occasion pour être utiles aux âmes de tant de malheureux, qui avaient sacrifié leur vie en combattant pour une cause dont ils ignoraient le but suprême.
Néanmoins, et tandis qu'ils prodiguaient les actes de bienfaisance en faveur du prochain, les Jésuites étaient bien persuadés que la révolution, conduite par Garibaldi, ne les épargnerait point, malgré les démonstrations de respect que, soit bonté de cœur, soit raffinement dTiypocrisie, le parti insurrectionnel leur donnait encore. Avant même l'entrée de Garibaldi à Palerme, le comité central de cette ville avait déclaré leur existence incompatible avec le nouveau gouvernement de la maison de Savoie; sauf cependant cette réserve qu'en leur faisant annoncer secrètement la prochaine dispersion de leur ordre, il les avait gratifiés des promesses les plus splendides. Mais ce n'était là qu'un leurre, et les Jésuites savaient à quoi s'en tenir, ayant sous les yeux le récit de ce qui était arrivé à leurs frères de Lom hardie et des Romagnes. C'est pourquoi aussitôt la nouvelle du débarquement de Garibaldi à Marsala, leur Provincial, après avoir fait rendre à leurs familles respectives les jeunes élèves du pensionnat de Palerme, s'était soigneusement occupéà préparer ledépart de tous les étudiants de la Compagnie, pour les distribue^ dans les provinces étrangères, où ils pourraient continuer tranquillement leurs études. Malheureusement, par le concours de diverses circonstances, leur départ fut d'abord différé, puis tout à fait suspendu. Bientôt après, le Journal officiel delà révolution leur fit de ce projet inexécuté un chef d'accusation et n'hésita pas à le qualifier de crime de lèse-patrie. Les hypocrites!
Us décidaient dans leurs ténébreux conciliabules de prendre les Jésuites pour point de mire de leurs coups les plus funestes, et ceux-ci étaient coupables d'avoir voulu y soustraire leurs jeunes gens, quand tout leur faisait un devoir impérieux de les sauver et de les protéger!
Cependant Garibaldi, du moment où il avait touché la terre de Sicile, avait pensé à purger l'île entière des Jésuites. Aussi depuis Calatafimi même, outre qu'il avait remis en vigueur les décrets de 1848, il ordonna par un décret spécial l'exécution de la loi du o août qui incorporait à l'Etat les biens des Jésuiteset simultanémentceux des Liguoriens. 11 n'ordonnait pas cependant leur dispersion, conformément aux articles de ce décret, parce qu'il voulait porter contre eux une sentence plus cruelle encore. S'étant rendu maître de Palerme, ses subalternes commencèrent à les soumettre aux plus violentes vexations. Sans parler des façons d'agir rudes et grossières dont usèrent envers eux les inspecteurs Piémontais qui régissaient l'hôpital des blessés dans leur maison, il ne manqua pas de gens, même parmi les membres du nouveau gouvernement, qui prirent à lâche d'aflliger leur cœur et d'aigrir leurs souffrances. Il n'y avait pas de jour où les supérieurs ne reçussent d'office l'ordre, tantôt de préparer des logements, dont ils ne disposaient pas, tantôt d'apprêter des lits, des matelas et du linge qu'ils n'avaient pas; tantôt de dresser la table pour une bande d'assassins qui devaient dévorer le pain destiné aux pauvres. Ces injonctions, qu'on eût dit souvent écrites par des écoliers élevés d'un bond au pouvoir administratif, étaient signifiées aux Jésuites du ton de commandement le plus acerbe et accompagnées quelquefois d'outrages révoltants.
De pareils ordres, en se multipliant chaque jour, devenaient chaque jour plus difficiles à exécuter, surtout depuis que les Pères et les étudiants du collège s'étaient réunis dans la maison professe qui, tout endommagée qu'elle était par les bombes, était plus éloignée du lieu principal du combat. Mais les raisons, les plus incontestables et les preuves de fait ne valaient rien pour persuader le gouvernement de la révolution de ne pas exiger l'impossible ; et les Jésuites n'en recueillaient que des injures et de mauvais traitements qu'il leur fallait souffrir avec patience.
Par là le gouvernement garibaldien entendait les forcer à abandonner leurs maisons de guerre lasse, afin de pouvoir les frapper ainsi à la sourdine sans se compromettre aux yeux du peuple, qui professait pour eux une très-grande estime. Trompé sur les effets de cette tactique contre les Jésuites, le même gouvernement fit publier dans le Journal officiel le décret signé par le dictateur à Calatafimi, s'empara des fonds de la Compagnie, séquestra les biens qu'elle possédait, mit les scellés sur ses bibliothèques, sur son musée et sur son cabinet de physique, et alla jusqu'à empêcher quelques Pères de retourner dans les chambres qu'ils occupaient au collège. Les Jésuites comprirent alors clairement que leur suppression était imminente; ils demandèrent donc aux représentants du gouvernement, que, si les décrets de Calatafimi relativementà l'occupation de leurs biens et de leur collège signifiaient leur dispersion totale, on leur accordât le temps convenable pour prendre des mesures en conséquence, et qu'en outre on usât envers eux des égards mentionnés dans la loi de 1848. Cette demande n'obtint aucune réponse. Le gouvernement de la révolution avait décidé d'expulser les Jésuites de l'île; mais il n'osait
leur donner le coup de grâce, sans avoir préparé les sentiments de la population. Les agents du parti se mirent donc à exciter contre eux la colère du peuple ; pour y réussir, on s'efforça de ternir leur réputation, on les calomnia de la façon la plus violente, on les représenta à la multitude comme les égoïstes les plus cruels, comme les violateurs du secret des consciences, comme les soutiens les plus acharnés des Bourbons, comme les ennemis par excellence du gouvernement libéral qui devait s'inaugurer dans l'île, comme les membres d'une secte qui n'avait d'autre but que de disséminer les chaînes de la tyrannie. La populace ignorante avalait à pleine bouche les instructions de ces nouveaux docteurs d'hypocrisie et de mensonge, et les répétait, en s'émerveillant de ce qu'enfin la révolution eût fait briller à ses regards un tel rayon de lumière et Veut initiée à des choses inconnues. Dès lors, le bas peuple commença à suspecter les Jésuites, sans cependant les croire aussi monstrueux qu'on les leur dépeignait.
Le gouvernement de Garibaldi reculait encore devant un décret d'exil formel et authentique. Il en avait toutefois soumis le projet à ses ministres, et, nonobstant l'opposition de (juelques-uns, entraîné surtout par l'influence de Crispi, il avait approuvé la résolution. — Mais on la tenait encore secrète, et l'on poursuivait contre les Jésuites, d'une manière de plus en plus solennelle , le même système de vexations au moyen desquelles on pensait les réduire à demander l'exil comme une grâce. Du reste, afin de prévenir tout mouvement populaire en leur faveur, on répandit le bruit que tous les partisans des Jésuites seraient réputés ■ sorci et confondus avec la masse des sbires. Celte menace était effrayante alors pour les honnêtes gens qui avaient
sous les yeux l'affreux massacre des employés de la police. Quand on eût ainsi terrifié une partie de la population et trompé l'autre, en calomniant les Jésuites, le 12 juin, à 2 heures après minuit, une escouade d'hommes armés et des gardes de la questure, sous la conduite d'un des principaux membres de celle-ci, se présentèrent à la porte de la maison professe de Palerme et, la trouvant fermée, comme de coutume, l'enfoncèrent sans délai; puis, ils se répandirent dans les corridors en réveillant du bruit de leurs pas et du cliquetis de leurs armes, les religieux qui demandaient au repos les forces corporelles dont ils avaient besoin pour supporter leurs épreuves. Le chef de cette bande se fit conduire au Provincial, lui demanda les passeports, qui lui furent remis, et déclara tous les Jésuites du couvent en état d'arrestation. On plaça des sentinelles à tous les angles des corridors, au bas de tous les escaliers, à toutes les portes de la communauté et de l'Eglise; et l'on interdit aux religieux de sortir de leurs chambres, pour quelque raison que ce fût; on leur défendit pareillement de se mettre aux fenêtres et de communiquer l'un avec l'autre. Tels étaient, disait-on, les ordres reçus. Ainsi se passa cette journée entière. Le soir, un des Pères, ayant obtenu des gardes, moyennant 370 francs, la liberté de ses mouvements, se présenta le lendemain à la questure pour demander la délivrance de ses frères emprisonnés sans aucun motif. Tous les questeurs s'excusèrent sur leur ignorance du fait qui était connu de tout Palerme et au delà ; et lui accordèrent, pour chaque Jésuite, la permission de s'en retourner dans sa propre famille. Mais, tandis que ces religieux se disposaient à quitter leur maison, et comme déjà quelques-uns d'entre eux, plus expéditifs, s'étaient arrachés aux
mains des assassins qui les gardaient, un nouvel arrêté replongeait les Jésuites de Palerme dans la condition des jours précédents; des vexations de tout genre recommencèrent à être exercées contre eux par les voleurs qui les dépouillaient en même temps de tout ce qu'ils avaient. A peine leur permit-on ce jour-là et les deux suivants de prendre quelque nourriture, non pas toutefois avant que leurs gardiens fussent saccagé le réfectoire et dévoré le repas destiné aux Pères, pour emporter ensuite la vaisselle et les couverts.
Dans l'espace de ces trois jours, les Pères qui avaient réussi à s'échapper, faisaient les démarches les plus actives pour obtenir la liberté des autres Jésuites qui, du reste, n'étaient accusés d'aucun crime; mais c'était sans résultat. Enfin, le quatrième jour, le ministère de Crispi, qui avait été l'auteur de tout, annonça au père Romano, le décret d'exil irrévocable porté contre tous les Jésuites de Sicile. Puis, sous la promesse formelle qu'après avoir fait les consignations voulues, ils pourraient bientôt quitter l'île, ils obtinrent l'autorisation de sortir de la maison professe. Ensuite, en les menaçant d'incarcération, on exigea d'eux des notes où fussent indiqués les noms, l'âge, la patrie, le grade de tous les Jésuites de Sicile. Le 28 eut lieu la consignation légale entre les mains d'une commission dont faisaient partie trois excellents citoyens, savoir MM. Nicolas Musmeri, Michel Santi et Farina ; après quoi, les Jésuites en aussi grand nombre qu'il leur fut possible, s'embarquèrent avec le Provincial sur un bâtiment de guerre français qui les transporta gratis jusqu'à Naples, d'où ils se rendirent sur r//e;ww5 àCivita-Vecchia, pour passer delà à Rome. — D'autres expéditions de jeunes scholasliques, de pères
et de frères coadjuteurs avaient précédé le père Provincial dans la capitale du catholicisme, pour se disséminer ensuite sur tous les points du monde civilisé, comme d'éloquents monuments du despotisme d'une révolution immorale et impie. Certes, les étrangers eurent raison des'étonner qu'un gouvernement qui surgissait pour abolir les vexations du gouvernement bourbonnien,qui déclamait contre les arrestations arbitraires, les condamnations sans jugement, les persécutions sans délit, les spoliations par injustice, les exils par vengeance; qu'un gouvernement qui portait l'étendard de la liberté civile, politique et religieuse et proclamait le règne du droit et de la vérité sous le roi galanthomme, inaugurât son régime ultra-libéral en violant à la fois contre les Jésuites, les lois de la justice, de la religion et de l'humanité, et après les avoir dépouillés de tout ce qu'ils possédaient en meubles ou en immeubles, osât les arracher à leurs familles, les proscrire du sol natal, les obligeât à un voyage long et difficile sans les pourvoir d'aucune ressource, les condamnât à vivre d'aumônes en terre étrangère ou à périr de misère, n'ayant préalablement été ni accusés ni défendus, n'ayant subi aucune formalité de procédure devant un tribunal quelconque. On ne sera pas moins surpris de penser qu'il ne fût tenu comptenide l'âge, ni du mérite, ni des infirmités qu'un grand nombre avaient puisées dans leurs fatigues excessives, ni de la condition de leurs familles, ni de la généreuse bienfaisance qu'ils avaient pratiquée au temps delà révolution de Palerme; leur expulsion s'effectua avec un acharnement de rage qu'il serait impossible de comprendre sans tenir pour certain ce que nous avons dit au VHP chapitre de ce livre. Mais des actesdecette nature nous confirment toujours davantage dans
la persuasion du caractère tyrannique et oppressif de la
révolution italienne.
Cependant, pour couvrir la malice de ses intentions et
voiler d'hypocrisie la criante injustice de cette mesure, le
gouvernement de Garibaldi et de Crispi eut recours à des
lieux communs qui ne pourraient faire illusion qu'à des esprits insensés ou aveuglés par le mal. Qu'on lise en effet, le décret d'exil qui, sous la date du 17 juin 1860, fut publié dans le journal uificiel de Palerme, du 22 juin.
ce Le dictateur,
« Considérant que les Jésuites et les Liguoriens, pendant « la malheureuse période de l'occupation bourbonienne, ont « été les soutiens les plus actifs du despotisme ;
« En vertu des pouvoirs à lui conférés, décrète :
« Les Congrégations de réguliers actuellement existantes « en Sicile sous les diff"érents noms de Compagnie et Maice sons de Jésus et du Saint-Rédempteur sont dissoutes. « Les individus qui en font partie sont bannis du territoire « de l'île.
« Leurs propriétés restent incorporées aux domaines de « l'Etat. »
Garibaldi.
Crispi.
Le mystère d'iniquité se produisait au grand jour. La vraie raison de l'exil fulminé contre les membres delà Compagnie de Jésus en Sicile, celle qui fit prévaloir dans le conseil le plan d'expulsion déjà résolu avant par Garibaldi et par Crispi, fut précisément, comme l'a déclaré un des auteurs de la révolution, le désir cl" éloigner lohstaclele plus 'puissant à la propagation du protestantisme en Italie. C'est pour cela
qu'on leur adjoignit pour compagnons d'exil les enfants de S. Liguori, qui, fidèles à leur ministère de missionnaires du peuple, auraient continué, par la prédication zélée des vérités éternelles et par la sainteté de leur vie, d'élever une forte digue contre le torrent de l'erreur et de maintenir partout vivante la flamme du catholicisme.
La publication du décret ne contenta pas encore la rage antijésuitique qui fermentait dans le cœur des révolutionnaires. Le chapitre suivant en donnera un nouvel aperçu.