LA PAIX DE VILLAFRANCA ET LA RÉVOLUTION ITALIENNE
Les victoires des armes françaises en Italie , avaient éveillé les jalousies et les craintes de l'Allemagne, que n'avaient pu apaiser ni rassurer les déclarations et les protestationsdiplomatiquesde l'empereurNapoléon. On mettait sur le pied de guerre les contingents fédéraux et d'importants corps de Prussiens prenaient position sur le Rhin. Cependant le régent de Prusse attendait que les alliés touchassent au Mincio pour leur imposer des conditions de paix. L'intention de l'armée franco-sarde n'était vraiment pas de s'arrêter devant le fameux quadrilatère, surtout après la grande bataille de Solferino; la proclamation de Napoléon à Milan, en date du 8 juin, exprimait des vues toutes différentes. Il aurait voulu franchir le Mincio; et, si Kla|)tka et Kossut avaientété pourvus par l'argent des alliés des moyens d'exciter en Hongrie le feu de l'insurrection, c'était |)Our seconder le plan convenu entre Na[)oléon et Victor-Emmanuel ; c'était aussi pour la même raison qu'une proclamation approuvée, disait-on, par l'Empereur, allait être adressée à la nation hongroise. Mais Napoléon ne voulait pas engager la France dans une guerre formidable avec l'Allemagne, que la Russie refusait détenir en échec; ensuite, vainqueur à Magenta et à Solferino, ce n'était pas de la
Prusse qu'il entendait recevoir les conditions de la paix. L'empereur d'Autriche, de son côté, abandonné dans le cours de la guerre par les Gouvernements d'Allemagne, malgré les vœux de la Confédération germanique en sa faveur, comprenait que les conditions dont la Prusse aurait l'initiative lui seraient plus onéreuses que celles qu'il pouvait attendre delà générosité de son adversaire. De cette situation résulta, sur la demande de l'Empereur des Français, l'armistice du 1" juillet, et l'entrevue deVillafranca où furent posées les bases générales d'une paix inattendue.
La cession faite par l'Autriche de la Lombardie à la France et par la France au Piémont, l'établissement d'une confédération italienne sous la présidence honoraire du Pape, la restauration des ducs de Toscane et de Modène; et la stipulation de réformes à accorder à la Vénélie, sous la condition de les étendre à Rome et à Naples, tels furent les articles posés dans celte entrevue. Un congrès des |)uissances aurait mis la dernière main à la réorganisalion de la Péninsule et raffermi sur ces bases une paix durable.
La nouvelle du traité de Villafranca réjouit les amis de l'ordre et fit brillera leurs yeux une ère de paix et de tranquillité. Ils crurent aisément ce qu'ils désiraient, et la chute du ministère Cavour qui suivit bientôt, les conlirma dans leur persuasion. En Sicile notamment, la plupart des autorités civiles et ecclésiastiques s'abandonnèrent à cettedouce illusion et n'eurent pas le moindre soupçon de l'horrible catastrophe dont nous sommes encore les témoins. Pour nous, au risque d'avoir l'airde prophétiser après coup, nous oserons dire que notre erreur n'alla pas si loin. La paix de Villafranca, eu égard à l'ébranlement communiqué à la péninsule et aux projets formés par la révolution, ne pouvait
que développer une insurrection plus impétueuse et préparer une guerre plus terrible. De fait, l'annonce de cette paix excita outre mesure et rendit furieux les fauteurs de la révolte; leur haine contre l'empereur Napoléon n'en devint que plus ardente et plus implacable. A Turin, l'on osa faire disparaître les portraits de ce souverain et y substituer ceux de Brutus et d'Orsini; à Gênes fut sifflé, assailli d'une grêle d'oranges pourries et couvert d'avanies de tout genre un acteur qui représentait sur la scène le personnage de Napoléon. Vlndipendente de Turin parut avec une bordure noire, en vsigne de deuil ; les journaux de Florence qui annonçaient la paix furent tous déchirés et brûlés; à Milan on fit d'abord passer pour controuvée la nouvelle de la paix de Villafraiica et, quand elle fut confirmée officiellement, plusieurs personnes en perdirent la tête. La police de Turin eut à saisir à Gênes jusqu'à 60 machines infernales que les sectes mazziniennes destinaient à l'empereur des Français.
En présence de cet état de choses, la révolution ne rabïitlit absolument rien de ses entreprises. Le nouveau ministère de Ratazzi était tout entier composé des amis et des complices de M. de Cavour; quant à celui-ci, il renonçait à son portefeuille pour pouvoir, libre d'engagement quelcoïKjue, colorer les desseins de la révolution, détruire les effets de la poIiti(jue française et préparer l'Italie à se passer, comme il le dit dans le dernier conseil présidé par lui avant sa démission, de Valliance de cette nation qui voulait imposer des choses contraires à la dignité du Piémont (1).
C'était assurément avant la campagne de Lombardie que
(1) V. la corresp. de Turin du 1 décemb. 1859 dans VUnion et du 3 décerab. dans VUniveis.
s'était formé le grand dessein de la révolution italienne (i). Garibaldi devenu le centre et le promoteur de la cause de l'émancipation et de la régénération de l'Italie, avait réussi à persuader les chefs des sociétés secrètes du besoin d'adopter la base du système politique de Cavour et de lui promettre assistance, afin que celui-ci jurât à son tour d'exécuter leurs projets et de leur accorder son appui. Garibaldi et les principaux membres des sociétés acceptèrent donc le concours de l'armée sarde et de l'armée française, pour la délivrance de l'Italie et pour la soumission de l'Italie à la Maison de Savoie; en revanche le comte de Cavour adopta les plans discutés et formulés par Garibaldi et par ses amis dans plusieurs séances (jui eurent lieu à Turin (2). Il avait été réglé dans ces entrevues que, pendant que l'armée française occuperait le Piémont et la Lombardie, les sociétés secrètes prendraient dans toutes les parties de la péninsule les rênes du gouvernement, dès l'instant même où les princes effrayés par la révolution quitteraient leurs propres Etats; que, s'ils résistaient à la force du mouvement populaire, 071 devait les amener à des actes qui les compromettraient aux yeux des populations, après quoi, l'on coopérerait de concert à leur renversement et à leur expulsion. Si l'annexion rencontrait (juclque difficulté, on proclamerait pour le moment la dictature de Victor-Emmanuel (0). Ces
(1) V. surtout la corresp. de Turin du 17 août t8o9 d;ins VUnion, corresp. insérée dans yUnivers i\n -2\ août. Nous pouvons attester la vérité de cette corresp. qui, indépe^.danimenl de sa conformité avec d'autres récits non publiés, nous est contirniée par les faits de la révolution de 1800.
(2) D'aprivs le même correspondant, les séances curent lieu rue de l'Archevcclié, n" 13.
(3) Outre les révélations du correspondant précité, ces instructions étaient connues dans toute la péiiinMile et l'on n'en faisait pas mystère. Les princes seuls n'y voyaient pas clair, trompés qu'ils étaieiil parleurs propres confidents.
résolutions et d'autres plus détaillées, mais ayant toutes pour fondement la fusion italienne sous le sceptre du roi de Piémont, furent entièrement acceptées par le comte de Cavour, et ce ministre qui avait l'air de se conformer à la politique de la France, s'étudiait d'accord avec la révolution à voiler le programme de Garibaldi. Dans ce but il créait Vassemhlée nationale (Tltalie (i) qu'il dirigeait en président occulte, tandis que Garibaldi en remplissait les fonctions et que la Farina, homme vendu à Cavour, faisait l'office de secrétaire. Cette société qui était composée de 94 membres, avait pour objet d'organiser et de développer l'insurrection italienne, d'expédier partout des agents secrets qui concerteraient le mouvement général dans les différentes villes, de leur fournir des secours en armes et en argent, de lancer dans toutes les directions des correspondances révolutionnaires et d'amener à son terme la fusion de tous les Etats de la péninsule. Par là, le ministère de Cavour, avec la coopération de Garibaldi et des sociétés secrètes, préparait dans tous les royaumes de l'Italie les mines souterraines de la révolution, tandis qu'au moyen d'hypocrites déclarations, il masquait aux yeux des cours étrangères ses sentiments et ses funestes intentions. H ne voulut rien entendre aux vives remontrances que d'importants personnages lui firent alors parvenir : assuré du puissant concours des sociétés secrètes et enivré du prochain accomplissement de tous ses rêves ambitieux, il marchait au terme désiré, incapable de reculer après les serments qu'il avait échangés naguère, incapable aussi de modifier son programme secret de poli-
(1) Corresp. de VVnion du 17 août et du 22 octob. 1859. — V. aussi l'ouvrage du colonel Pianciaiii: de irandamento délie cose in llalia. p. S6.
tique, dont partout l'es Mazziniens ou Garibaldiens poursuivaient eux-mêmes l'exécution.
Avant le commencement des hostilités contre l'Autriche, Vassembîée nationale avait communiqué aux agents de la révolution certaines instructions signées par Garibaldi, vice-président, et par La Farina, secrétaire de cette société. Elles étaient formulées dans les articles suivants, que publia la Gazette de Cologne et ensuite tous les journaux de France et d'Angleterre.
« Art. 1 et 2. Aussitôt les hostilités commencées entre « le Piémont et l'Autriche, vous vous insurgerez au cri de: <c Italie et Victor-Emmanuel ! A bas les Autrichiens !
(■< Art. 3, Si dans votre ville l'insurrection n'est pas pos- « sible, les jeunes gens en état de porter les armes devront « se rendre dans la province la plus proche où l'insurrec- « tion aura été couronnée de succès ou sera sur le point de « l'être. Vous choisirez cependant de préférence les villes o les plus voisines du Piémont.
« Art. 4. Les adhérents à la société ne doivent pas être « les preniiers à faire feu sur les soldats italiens ou hon- « grois; ils doivent au contraire user de tous les moyens « pour les gagner à la cause nationale, et accueillir, comme « frères, ceux qui consentiront à déserter.
« Art. 5. Une cour martiale sera établie en permanence « pour juger dans les 24 heures les individus coupables « d'actes contraires à la cause nationale. »
Pendant la guerre contre l'Autriche, Vassembîée nationale, instrument de M. de Cavour, fomenta, excita et accomplit la révolution de l'Italie centrale, y compris le soulèvement de Pérouse (i). Cette société en effet expédia les armes et
(1) Pianriani, 1. c.
les munitions de guerre aux corps de rebelles rassemblés dans la direction de Bologne, de Pérouse, de Forli et de Faënza. Et ce furent ces bandes révolutionnaires qui, par leur présence menaçante, déterminèrent les Autrichiens à abandonner les Romagnes considérées comme neutres, et qui, aussitôt après leur départ, tirent éclater l'insurrection dans ces provinces. Or, n'était-ce pas le ministère de Cavour, qui par le moyen de ses agents de Vassemblée 7iationale atïermit les insurgés, les soutint, les poussa à ravir au Saint-Père ses possessions (i)? Dans les rangs de ces corps francs qui obéissaient au comte de Cavour et de ses agents, il y avait fort peu de Piomagnols; cela n'empêchait pas les journaux de Turin, organes du ministère, d'avancer que les populations de ces contrées s'étaient levées en masse contre le gouvernement du Pape (2). Ce fut ensuite le même M. de Cavour qui, immédiatement après la révolte de l'Italie centrale, envoya ses représentants dans les capitales des provinces rebelles : d'Azeglio à Bologne, Palieri à Parme, Farini à Modène, Buoncompagni à Florence. Ce fut lui qui s'opposa par tous les moyens h ce que le Souverain-Pontife comprimât l'insurrection; il avait fait expédier par Buoncompagni 400 fusils à Pérouse, tandis que le général Schmidt marchait pour l'occuper militairement; et n'ayant pas réussi de cette manière à préserver Pérouse de l'occupation, il ameutait tous ses journaux contre les horreurs imaginaires commises par les troupes pontiticales. Hypocrite! (:.) Plus tard, il envoyait, avec
(l)V. à ce propos l'authentique et important document publié parle Tablet Au 1*' octob. 1859.
(2)Corresp du Times du mois de novemb. 1859.
(3) C'est le cri qui échappe, malgré lui, au colonel Pianciani dans l'endroit de son livre où il passe en revue ces viles impostures.
d'Azeglio à Bologne deux régiments de bersaglieri, suivis de nombreuses bandes de volontaires, afin de repousser les troupes pontificales qui se disposaient à ramener dans le devoir la capitale des Romagnes (i). Ces actes, entièrement contraires aux lois internationales et à tout principe de droiture et de justice, s'accomplissaient, tandis que le gouvernement d'où ils émanaient, usant de la fourberie la plus éhontée et la plus pervr>rse, envoyait des messagers au Saint-Père, pour lui affirmer (ju'il n'avait rien à craindre de Ja guerre de l'indépendance italienne.
Pourtant le traité de Villafranca venait élever un mur de division entre la |iolitique légale de la France et celle de la révolution, apj)uyée et mise en jeu jtar le comte de Cavour. Il aurait été en effet très-difficile au rusé ministre de tromper plus longtemps l'Europe sur ses desseins réels et de paraître respecter le traité de Villafranca lorsqu'il s'efforcerait en secret d'en ruiner les bases. De là pour le comte la nécessité absolue de se retirer du ministère; mais sa démission devenait le moyen le plus efficace et le plus opportun pour exciter le mouvement révolutionnaire en Italie et pour frustrer la diplomatie du succès de ses démarches.
Des montagnes de la Suisse, où il avait transporté ses loisirs, il continua de tenir en main et de faire jouer les fils de cette trame funeste; en même tem|)sFarini, son principal confident, faisait exécuter dans l'Italie centrale les volontés du ministre, et Garibaldi, Tinstrument actif de la révolution, allait dans les Romagnes prêter force et secours à la propagande et renverser ce qui restait de trônes encore debout.
(1) V. la protestation du pape publiée le 1:2 juillet 1859.
Ainsi, malgré le traité de Villafranca, la révolution italienne faisait son chemin: et les deux politiques de la France et du Piémont commencèrent à suivre une double direction coniraire: Ralazzi (|ui avait pris la place de Cavour, n'osait incliner vers le programme français lorsque Cavour et Garibaldi, à la tête du mouvement italien, poussaient les choses dans un tout autre sens et disposaient de toutes les forces de la révolution. Quant au roi Victor-Emmanuel, alléché d'un côté par un avenir d'apparences extrêmement flatteuses pour la maison de Savoie, ei menacé de l'autre côté du poignard des nouveaux Brutus, 'i craignait de s'opj)Oser aux projets dont il devait bénéficier. Cependant, comme à raison des entraves dont l'enchaînait la politi(iue française, il ne pouvait rompre les négociations de Zurich ni violer les articles signés à Villafranca , il se rabattait sur des tergiversations diplomatiques et laissait, en attendant, la révolution gagner de plus en plus. Durant tout ce laps de temps, en effet, les agents piémontais dans les quatre Etats de l'Italie centrale s'employèrent, grâce aux promesses et aux menaces habilement distribuées, à former le parti de l'annexion et à préparer les votes. Les Gouvernements de Rome et d'Autriche affirmèrent hautement d'a- ,voir entre les mains des pièces démontrant à l'évidence que la révolution des Légations et des Duchés était due entièrement au Piémont qui, après l'avoir fait naître et grandir, s'efforçait de la conduire au terme final des annexions. Callenga écrivait, le 25 avril, au Times, qu'à l'exception d'une centaine de personnes, le peuple toscan ne comprenait pas môme pour(|uoi on proclamerait un nouveau prince ni pourquoi l'on déposerait le Grand-Duc. Le comte Reiset, prince PoniatONVski, le même qui fut envoyé par Napoléon à Flo-
rence pour négocier la restauration des Ducs, déclara solennellement à Paris que rien ne serait facile, comme le retour des Ducs, si l'on parvenait à éloigner les agents piémontais et à paralyser leur influence. Mais la chose fut impossible, parce que le comte de Cavour s'y opposait avec son Assemblée Nationale et que les agents n'obéissaient qu'à lui ou à ses délégués (i).
A mesure cependant que M. de Cavour, avec le parti de la révolution, se dégageait de l'influence de la France et de sa politique de Villafranca, il se rapprochait du gouvernement britannique et se plaçait sous ce nouveau patronage. Certes le ministère Palmerslon-Russel, avait vu d'un mauvais œil la France, par son intervention victorieuse en Italie contre l'empire Autrichien, acquérir une si grande influence sur la péninsule et en régler les destinées; aussi ne manquat-il pas l'occasion du traité de Villafranca pour désarçonner le rival (jui avait répandu en faveur de l'Italie le sang de 50,000 hommes, et pour mettre le j)ied dans les étriers de cette pauvre Italie, destinée à porter toujours un maître et à servir toujours ou victorieuse ou vaincue. Sir James Hudson, ambassadeur d'Angleterre à Turin, accepta sans réserve le programme de Garibaldi et de Cavour, et il mit tant de zèle à en poursuivre l'accomplissement, que le Times ne put 's'empêcher de lui attribuer, après M. de Cavour, Vheureuse réussite du mouvement italien (2). Le ministère libéral Palmerston-Russel, qui avait déclaré ne pas avoir un schelling ni un homme à dépenser
(1) Corresp. deVUnion du I''"- décemb. 18o9 ; ou dans VUnivers du 5 déccrab.
(iî) Vuici les paroles du 7 i/Hcs dans son n" du 15 noverab. 1860 Next and only nextto couiit Cavour \ve belicve ihat sir Janios liuJ&on deserves Ihc crédit of haviijg direclcd liie great Ilaliaii movenient to its présent wonderful and unexpected success.
pour la cause delaPéninsule,seprononçaaIorssi passionnément en faveur de la révolution de l'Italie et de son entière émancipation, que le Times, après avoir vainement essayé d'échapper à cet aveu, se vit enfin obligé d'en convenir (i). 11 y consacra lui-même tant d'efforts et de persévérance que, suivant les propres expressions de ce journal, les combattants eux-mêmes avaient moins fait pour l'indépendance italienne (2). La France, liée par un traité solennel en face de l'Autriche et de toute l'Europe, ne put se déclarer diplomatiquement favorable à la révolution et à ses idées; stimulée pourtant par le ministère anglais, elle prit le parti de ne point s'opposer au mouvement de la Sardaigneet de se mettre d'accord avec l'Angleterre sur la solutionà donner à la question italienne. Par là le gouvernement se voyait en quelque façon dépossédé de son influence qui passait aux mains de l'Angleterre, dont les hommes d'Etat s'appliquaientà profiter d'une situation devenue équivoque pour la France (5). Garibaldi alla jusqu'à direque l'Angleterre était la seule puissance amie et alliée jie l'Italie. Tel est le point de vue sous lequel il faut considérer la note du 9 septembre, insérée par l'Empereur Napoléon au Mowïf^Mr, notequi déclarait hautement que la mission de la France par rapport à l'Italie avait pris fin. La politique de la France voyant ses desseins trompés et les manœuvres de ses agents rendues stériles, et voyant en outre le gouvernement britannique devenu maître du terrain de la révolution italienne, le lui abandonnait pour ne pas perdre son alliance, pas plus
(1) Whatever parliality we may uaturally feel for oiir owii Government we caîi scarcely deny thaï ils conduct in Uaiy lias been strongly tingetl with al ieast the appcarance of very decided parlisanship. rimes 8 décemb. 1860.
(-2) With a pertinacily nolexceeded by Ihc combatants tliemselves, 1. c.
(3) Corresp, de rt/nwHdu22 oclob. 1839.
qu'elle ne voulait se compromettre d'autre part avec les puissances du Nord. La révolution interpréta la déclaration officielle comme un abandon de la politique de Villafranca et comme une permission absolue de marcher en avant dans son travail de destruction. Les journaux révolutionnaires annoncèrent bruyamment que désormais les entraves de la di|)lomatie française étaient rompues; ils se réjouirent du principe de non-intervention que l'Angleterre avait fait accepter par la France, principe nouveau en vertu duquel l'insurrection italienne ne se trouvait pas seulement rassurée du côté de toute puissance étrangère, mais du côté même du roi deNaples à qui était imposé l'article de la neutralité, dont le Piémont était dispensé de fctit, au mépris des droits de la justice, de la religion et de Thiimanité. Les traités qui se concluaient alors à Zurich n'étaient plus qu'une barrière élevée contre l'Autriche; l'acceptation et la signature du roi de Sardaigne et de ses plénipotentiaires servaientàcouvrir auxyeux desaveugles les atteintes portées à la liberté et à lavéritableindépendancedes Etats, sans mettre un frein au parti de la révolution et sans en arrêter les ravages. Victor-Emmanuel oubliant les promesses de Villafranca, et ne prenant conseil que, comme il le dit, de sa conscience^ acceptait l'offre qu'une députation de l'Italie centrale venait lui faire des Duchés et des Légations; la seule réserve mise par le roi de Sardaigne à son acceptation ii\.-à'\{ qu il s'emploierait à obtenir le consentement de r Europe. Cet acte inaugurait l'époque des annexions qui étaient un des principaux points de la transformation à laquelle aspiraient les Unitaires de la Péninsule.