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SUITE DU PRÉCÉDENT. LES JÉSUITES DEVANT LA RÉVOLUTION ITALIENNE

Après l'époque de la guerre de Lombardie, la révolution italienne, soutenue et protégée par le gouvernement piémontais, marcha à pas de géant dans son travail de destruction contre le Souverain Pontife et contre TEglise.

De quels actes déplorables l'évêciue de Bergame ne fut-il pas l'objet sous les yeux mêmes des Français! Quelles impies et exécrables caricatures ne furent paspubliées àMilan, afin d'inspirer la haine la plus infernale de l'Eglise et de son chef! Quelles proclamations schismatiques n'y furent pas répandues pour la formation d'une église protestante qui aurait eu son centre dans la capitale de la Lombardie! Que de livres et que de journaux qui, semblables à des insectes vénéneux, se multiplièrent de jour en jour pour épuiser toute vie catholique dans cette malheureuse population soumise depuis peu à la domination subalpine! Mais reportons notre attention sur l'Italie centrale et particulièrement sur les Romagnes, où l'esprit de la révolution put développer tout son essor et répandre d'autant plus terriblement ses flammes incendiaires qu'elle entendait anéantir ici jusqu'au dernier vestige du gouvernement ecclésiastique.

Dès le commencement de la révolution, on mit en œuvre toutes les intrigues et tous les artifices pour faire pénétrer la propagande protestante dans ces nouvelles provinces et y détruire tout élément de catholicisme. Déjà au mois de février 1860, à Pise, à Florence, à Livourne, à Bologne, on avait ouvert en grande pompe et à grands frais quatorze écoles protestantes, afin que la jeunesse italienne y fût gâtée dans son germe et élevée dès le premier âge dans la haine de la Papauté et de l'Eglise. A la tète des universités, Cavour eut soin de placer des professeurs hostiles à l'unité catholique, en privant de leurs chaires ceux qui défendaient l'.enseignement de l'Eglise, et en novembre dernier, le même ministre fit honneur de la chaire de philosophie morale dans l'université de Bologne, au fameux Bonaventure Mazzarella, connu pour chef de l'église italienne libre. A Florence et dansd'autres villes principales du centre, plusieurs salles furent ouvertes à l'usage des ministres protestants, venus d'Angleterre, pour pouvoir y annoncer la bomie nouvelle des évangiles; et par la suite le nombre s'en accrut, à l'instar de ce qui avait déjà eu lieu à Turin, à Gènes, à Nice, à Casale, à Voghera, à Courmayeur, à Pignerole, à Chambéry et jusqu'à Milan. De toutes parts se répandirent des milliers de bibles altérées par Diodati (i) dans toutes les villes s'organisèrent des sociétés pour la propagation des principes du protestantisme {2); partout on souffla l'esprit de l'apostasie, et, si la révolution parvenait à courber le clergé sous le joug de sa violence, l'Italie entendrait sonner

fl) V. les corresp. publiées dans le Monde le 21 et le 22 Février ; le 15 mars elle 14 nov. 1860, cl reproduites par I'î/b/cj», la Gaz-etU de Lyonet le Messager du Midi. La bible de Diodati fut condamnée par le pape Grégoire XVI. — Encycl. du 8 mai 182o.

(2) V. une importante correspondance dans la Free-Press de Glascow du 1"" déc.

l'heure terrible de l'extermination de l'Eglise de Jésus- Christ.

Voilà pourquoi la révolution en Italie déclara la guerre principalement au clergé. La persécution contre les ministres de l'Evangile fut si féroce, surtout dans les Romagnes, où les ecclésiastiques se montrèrent les plus courageux, qu'ils durent presque tous émigrer, au point que dans plusieurs villes il n'y avait pas de prêtres pour célébrer la messe le dimanche. Ceux qui restèrent à leur poste furent brutalement insultés par les agents du Piémont et par les bandes garibaldiennes. Quelques-uns parurent dans les chemins^ publics ayant les menottes aux mains comme des assassins et furent traînés dans les prisons; d'autres furent chassés à coups de fouet vers la frontière; il y en eut enfin qui tombèrent sous les coups sacrilèges de l'assassinat. On eut la barbarie d'arrêter, parmi les rumeurs insultantes et le cliquetis des armes, le vicaire de l'archevêque de Bologne, dans la chambre voisine de celle où le saint prélat était à l'agonie. Que dirons-nous ensuite des propriétés de l'Eglise confisquées; des congrégations religieuses dispersées et bannies; des vierges licencieusement menacées de traitements semblables aux cruels scandales de Yerucchio?Que dirons-nous des évéques, archevêques et cardinaux outragés, dépouillés de leur patrimoine, mis en arrestation, exilés de leurs diocèses (i)? Et qu'on ne cherche pas à donner ces faits pour exceptionnels ; ils portent le caractère d'un système gouvernemental qui ne reculera dans cette voie impie qu'après avoir détruit tout sentiment catholique dans le cœur des Italiens. Que pouvaient donc espérer les évéques

(1) Il serait inutile de citer des corresp. et des docnraenls sur des faits publics et connus de tous. On peut eu voir la collection dans VArmonia de Turin.

BÉVOLCT. DE SICILE. T. 1. 6

de l'Italie centrale, quand se tournant vers les nouveaux maîtres de l'Etat, ils élevaient courageusement la voix contre la violation des droits de l'Eglise, la suppression des ordres religieux, la confiscation des biens ecclésiastiques, l'emprisonnement des prêtres, contre l'introduction du mariage civil, la propagation des plus mauvaises doctrines par le moyen d'une presse sans frein ni retenue; contre l'obscénité et l'impiété des peintures et des statues exposées à la vue du public, l'immoralité flagrante des pièces de théâtre, le mépris le plus effronté et le plus calomnieux des céréi^onies et des personnes sacrées (i)? C'étaient là les moyens par lesquels la révolution devait réaliser son plan de la destruction du catholicisme. « La persécution organisée contre « l'Eglise, dit le docteur Henri Léo, quoique protestant, ce s'est d'abord attaquée à ce qui regarde sa forme extérieure, ce c'est-à-dire la propriété ecclésiastique et le pouvoir tem- <c porel du Pape. Mais en réalité, les coups doivent porter ce atteinte à l'autorité spirituelle. Car dans le monde cathocc lique le Pape est vicaire de Jésus-Christ. C'est donc contre ce le royaume du Christ que les catholiques de nos jours se ce révoltent, quand ils s'insurgent contre le pouvoir du ce pontife romain » (2). Nous en avons d'ailleurs une preuve manifeste dans la guerre déclarée aujourd'hui contre la hiérarchie et l'autorité de l'Eglise. C'est pourquoi le mot d'ordre de la présente révolution a été : Guerre et mort aux prêtres! ec Les diables sont déchaînés, la vie du prêtre ne <c vaudra plus un sou. En cas d'intervention étrangère nous

(1) V. la uotil'ication de l'évî-que de Bologne du 29 août 1859; les Pastorales du même prélat et de l'évéque de Ferrara du 8 déc. J8j9; et le Mémorial adressé à Farini par les évOques de Modène, de Rcggio, etc.

(2) V. cet article du docteur Léo dans le Volksblatt de Halla reproduit dans le TflW^/ du 17 nov. 18G0.

« donnerons des preuves de notre vigueur et nous ouvri- « rons contre les prêtres une guerre d'extermination » (i). Ainsi parlaient les Garibaldiens elles Mazziniens, dans les Romagnes; telle était leur pensée de prédilection : massacrer tous les prêtres. Et si le massacre s'effectuait, la diplomatie sarde, procédant de la même manière que ces journaux qui ont excusé les affreux meurtriers du colonel Anviti, accepterait une semblable extrémité comme fait accompli et se contenterait de le déplorer avec hypocrisie (2).

Les choses ne pouvaient se passer différemment, puisqu'elles étaient conformes au programme de Garibaldi, l'actif représentant de la révolution italienne, l'exécuteur confidentiel des volontés de Mazzini et de Cavour. Garibaldi l'avait dit sans détour dans sa proclamation d'Octobre 1859, adressée aux Suisses du Pape, proclamation où, après les avoir excités à la désertion de la bannière déshonorée des prêtres, il terminait en disant : « Si les prêtres désirent « nous gouverner, comme ils y ont réussi dans les siècles « passés, je ne puis pas leur cacher qu'il se déchaînera contre « eux une guerre d'extermination, qui sera notre dernière res- « source » (0). 11 l'avait répété à Turin, dans ses allocutions de tribun, parlant au peuple sur la place Castello, et plus tard à Bologne, quand il s'écriait ; il faut triompher de la canaille des prêtres; mort aux prêtres (4) / Il avait prêché la même chose à ses amis publics et particuliers dans plusieurs

(1) V. la corresp. du Tahlel du 22 oct. 1839, p. 678.

(2) L'Ombrie et les Marches eurent à endurer les mêmes maux qui pesaient sur les Romagnes. Voyez les protestations des évêques dans le supplément au n° 293 du Journal de Rome.

(3) V. le Weekly Reyister du 28 oct. 1859 et le Tablet du 3 nov.

(4) V. YUnivers du 16 janv. 1860 et une correspondance de la Civiltà Cattolica dans les livraisons du même mois.

villes d'Italie. Et dans son infâme discours à la jeunesse de Pise et de Pavie, n'avait-il pas inculpé le clergé catholique des fautes les plus monstrueuses et ne l'avait-il pas signalé comme le pire des ennemis à la vengeance des Italiens? « Il y a, disait-il, un ennemi... le plus redou- « table... redoutable, parce qu'il a aisément prise sur les mas- « ses ignorantes des populations et qu'il les* domine parle « mensonge; redoutable, parce qu'il s'est couvert sacrilége- « ment du manteau de la religion, et qu'il se rit de vous, « du rire de Satan, tandis qu'il rampe autour de vous, ic comme une vipère quand elle veut mordre... Cet ennemi (c redoutable... si redoutable, ô jeunes gens, c'estle prêtre! « à peu d'exceptions près et sous quelque forme qu'il se prête sente à vous «(i)! Ce langage n'a rien qui doive nous étonner chez Garibaldi, l'ami de la première jeunesse de De Andreis (2), qui fut le compagnon inséparable du massacreur des prêtres, du principal membre de la ligue de sang, de l'infâme Zambianchi (5), chez Garibaldi, le carbonaro de 1834 (4), l'affilié le plus actif de la Jeune Italie (s), le général de la république mazzinienne de 1849.

Or, c'est bien à l'autorité spirituelle de l'Eglise, comme

(1) Cette proclamation fut publiée dans ]e Pungolo et transmise en date du 10 jauv. 1860, de Rome à YUnivers qui la reproduisit le 16.

(2)V. The Life of gênerai Garibaldi wrineuby Himself. Translated by Théodore Dwiglil. London 18o9. — Le 7 fév. 18i8, tandis que le souverain Ponlife prononça du haut des fenêtres du Quirinal ces paroles: u Grand Dieu, bénissez l'Italie, » De Andreis cria: « Alias le ministère des prêtres! Vive la république! » Et il fut arrêté.

(5) Zambianchi accompagna Garibaldi dans son expédition de Sicile; mais il s'en sépara pour teirler un mouvement sur les Etats Romains, où il fut défait le l"2juillet par les carabiniers pontificaux.

(i) Garibaldi nous apprend dans sa vie, qu'il émigra et fut frappé d'une sentence de mort.

(b) Cette affirmation fut prouvée par Ilennesy dans le parlement de Londres le 17 mai 1860. Au reste quelqu'un pourrait-il encore eu douter?

nous en avertit le docteur Léo, que ce parti impie a déclaré une guerre à outrance. c Le clergé,» disait Mazzini,« prêche, « comme nous, la fraternité, qu'il appelle chanté. Mais sa « hiérarchie et ses habitudes nous représentent le démon « de l'autorité, qui n'est autre que le despotisme... Essayez « d'insinuer dans l'Eglise l'esprit de l'égalité et tout pro- « gressera » (i). Le parti révolutionnaire appelle donc despotisme l'autorité spirituelle de l'Eglise, etconséquemment mère du despotisme, la papauté qui en est le principe et le soutien : la logique force dune les partisans de Mazzini de désigner la papauté aux baïonnettes et aux poignards des Italiens, comme un obstacle insurmontable à leur liberté et à leur indépendance. Les mots liberté et indépetukmce étant diamétralement contraires au </gs/?6>^is??Z(3 (autorité religieuse), ne signifient autre chose dans le sens de la révolution que l'affranchissement absolu de toute autorité spirituelle de VEgliseet du Pontife. Quand donc Mazzini, alors à Lugano, (c'était au commencement de 1860) exhortait la jeunesse italienne à prendre les armes et à courir sous la conduite de Garibaldi, en criant : « Rome, Rome est le mot d'ordre, » il proclamait la destruction du catholicisme en Italie. Le même mot d'ordre avait été proféré à Turin, sous le voile de l'imposture et du mensonge; et, tandis que Cavour, avec son hypocrite diplomatie, dirigeait au but convenu les forces de la révolution, rassemblée nationale de Turin, qui la représentait et la dirigeait manifestement, choisissait un chef qui avait juré de renouveler la propagande révolutionnaire dans la Péninsule, et de ne remettre l'épée au fourreau, qu'après avoir entièrement abattu l'autorité de

(1) Lettre cit. de 1846 de Paris.

l'Eglise (i). Gai'ibaldi était l'homme qu'il fallait pour cela; Garibaldi pouvait très-bien représenter le parti sarde et le parti mazzinien,dont l'accord était parfait relativement à la destruction de l'autorité pontificale {2). Et en effet, n'étaitce pas ce que d'Azeglio avait voulu dire, lorsque, parlant en qualité de commissaire de Victor-Emmanuel, il annonçait dans le manifeste adressé aux Bolonais, que « Dieu a « créé l'homme libre, en ce qui regarde les opinions tant « religieuses que politiques? » Ne reniait-il pas ainsi toute « autorité établie de Dieu sur la terre (3)?

Garibaldi, lui, avait dès longtemps renié cette autorité, ou peut-être ne l'avait-il jamais reconnue (4) ; en tout cas, il avait fait son possible, par les sociétés secrètes et par l'emploi de la force ouverte, poiir la déraciner complètement du cœur des hommes. En 1850, dans une conversation qu'il eut à New-York avec M. Dwight, il déclara quels étaient les principes et les maximes de la révolution italienne. Il dépeignit dans un langage coloré et énergique, nous dit M . D\vi ght, la cruau té de la papauté, ses tendances dégradantes, sa duplicité et son hypocrisie, son idolâtrie, son atrocité; il en esquissa l'histoire à grands traits, il en montra la condition désespérée, l'inévitable ruine (5) ///

Or, en 1859, il ne se montra pas différent de ce qu'il avait été en 1850. Dans sa fameuse proclamation aux jeunes gens de Pise et de Pavie, après avoir représenté le clergé

(1) V. la corresp. de Milan insérée dans le Tablet du 5 nov. i8o9.

(2) Corresp. du Tablet du 22 oct. 1859.

(3) Ce sentiment fut exprimé par le Pontife dans une allocution qu'il prononça au sujet de l'invasion de ses Etats.

(i) On ne voit pas dans sa vie que le principe religieux ait eu aucune part ; il n'en lit jamais cas.

(:>) Voyez la Conclusioiuic l'ouvrage cit. de Dwight.

catholique en masse comme l'alsificateur de la doctrine du Christ, comme auteur de l'esclavage et de toute espèce de tyrannie; comme disposé à renouveler les auto-da-fé cnliaUCy comme coupable des tortures infligées à Galilée (!î!) etc., etc. il poursuivit en disant que c Victor-Emmanuel, anathéma- « tisé par le clergé, ne peut encore racheter l'Italie, parce « qu'au centre de cette Italie, au cœur même de cette Ita- « lie il y a un chancre appelé la papauté,Vimposture appelée « là papauté {i)! » Il ne s'exprima pas autrement sur les place& Je Turin ou de Bologne, quand il proclamait que l'Italie ne pourrait être libre, tant qu'elle ne se serait pas guérie de la gangrène de la papauté (2). Il faut donc entendre, dans la double signification de l'autorité spirituelle de l'Eglise et de son autorité temporelle, la déclaration de guerre qu'il a faite plus tard (mars 1860), à la papauté, au nom de la révolution italienne. Dans cette proclamation, il accumula tant de blasphèmes contre les choses saintes et contre l'autorité du Souverain Pontife, que le i¥oN<:/<? s'abstint de la reproduire en entier (0).

Après son invasion dans la Sicile et dans le royaume de iSaples, Garibaldi ne put cacher longtemps ses projets diaboliques, qui d'ailleurs se révélaient d'eux-mêmes dans les résolutions de son gouvernement (4). Plus d'une fois, en parlant au peuple napolitain, il s'efforça de lui persuader que le

(1) V. ceUe proclamation dans YUnivers du IGjanv. 4860 et dans le Tablct du 28 janv.

(2) Ceci a été confirmé par plusieurs correspondances, dont l'une se trouve dans la Civiltà Callolica du mois dejanv. 1860. C'a été d'ailleurs te langage ordinaire de Garibaldi.

(5) V. le Monde du 25 mars 1860. La proclamation se vendait à Milan depuis le la et fut publiée dans le Movimenlo.

(4) Nous en parlerons dans le cours de cet ouvrage.

Pape n'était point nécessaire à Vltalie (i). Mais le 1" novembre i860, il le fit plus solennellement, à roccasion de la remise des drapeaux nationaux au bataillon hongrois, qui stationnait sur la place du palais royal. « Le chancre, disait- « il, et la ruine de notre patrie, c'est l'ambition personnelle « qui aveugle le pape-roi et qui le pousse à arrêter le mouce vement national si noble, si spontané et si pur qu'on « n'en trouverait pas un seul à lui comparer dansl'histoire ce du monde {^). C'est le Pape qui retarde le mouvement de ce la complète délivrance de l'Italie ; c'est lui qui en fait l'ucc nique obstacle (5). » Jusque là, on pourrait dire que Garibaldi ne faisait allusion qu'au domaine temporel du Saint- Père; mais pourquoi ajoutait-il que le Pape-roi ne connaît pas le Christ; quil meut à sa propre religion, qu'il est pour les Italiens le génie du mal? Pourquoi, adressant la parole aux Hongrois, leur disait-il: ce Avant de combattre les ennece mis du dehors, vous avez à abattre ceux du dedans, à la ce tète desquels se trouve le Pape... votre ennemi capital est ce le Pape... le Pape qui opprime ses sujets; et qui est l'ence nemi de l'indépendance chrétienne n'est pas chrétien; il ce abjure les vrais principes du christianisme; il est l'antece christ (4)? » Est-ce que par hasard les Hongrois subissaient le joug du pouvoir temporel de la papauté, ou leur émanci|»ation dépendrait-elle de la perte que la papauté îerait de son gouvernement temjiorel? Garibaldi pouvait-il i-e révéler plus ouvertement? La délivrance dont parle ce fanatique, c'est Vapostasie de l'autorité catholique, dont les

(1) Times du 8 nov. 1860.

(-2) On ne trouvera pas, en effet, dans Tliistoire de mouvement comparable à celui-Iu en irréligion, en perfidie, en violation de tonte loi divine et humaine. (5) TmeSy 8 nov. cit.

( l) Times du 9 nov.

Hongrois auraient à s'affranchir par l'extermination de leur clergé et parle renversement du Siège apostolique. Tel est le but forme! et définitif de ce condottiere de la révolution italienne et de tous les adeptes de la Jeune Italie, qui rongent maintenant et déchirent jusqu'aux entrailles la malheureuse péninsule. En veut-on une preuve encore plus manifeste et plus récente? On la trouvera dans la lettre suivante écrite parGaribaMi à un Irlandais, qui s'était ap|)liqué à défendre la majorité de la nation irlandaise contre les quelques centaines de ses compatriotes enrôlés sous les drapeaux de Lamoricière, Cette lettre, exposant merveilleusement le dernier but de la révolution italienne, nous la consignerons ici tout entière (i).

Cadrera, 10 nosciiibrc 1860.

« Qui a jamais pu croireque vos concitoyens n'aient pas « été trompés, quand ils servaient la cause du Pape sous « Lamoricière? Tout le monde sait en Italie quel lourd farce deau accable votre nation comme la nôtre. La papauté, « ce ijroduit d" ignorayice et de /)■««//<?, s'appesantit sur les « puissants par l'hypocrisie et sur les pauvres par tous les « maux qui accomjtagnent la j)auvreté, par le décourage- « ment, par la dégradation, par le besoin.

« L'Angleterre devint grande et heureuse, quand elle re- « trancha du milieu d'elle cq chancre funeste. Rome cessa « d'être grande, s'abaissa progressivement et aujourd'hui « encore croupit dans cette sentine d'impureté, parce « qu'il a plu au Tout-Puissant de visiter la reine du monde « par ce fléau. Nous prenons en pitié les quelques égarés « d'Irlande, d'Italie ou d'ailleurs; mais nous savons positi-

(1) Cette leUre fut publiée dans le Tablet pi la traduisit fidèlement le J5 déc. 1860, p. 800.

« vendent que des millions de cœurs dans votre patrie et en « tout pays, battent à l'unisson des nôtres pour la liberté « des nations. Nous n'ignorons point que si 400 jeunes « gens se sont laissés persuader par erreur de prendre du « service sous le plus méprisable des gouvernements, ils « n'ont pas emporté l'adhésion de la brave et généreuse « nation irlandaise, avec laquelle nous sommes attachés ce par des liens de fraternité, ayant les mêmes malheurs à ce endurer et le même ennemi à combattre.

« Mais le temps n'est pas loin où ce peuple donnera le ce dernier coup aux bourreaux et aux tyrans. Dans ce comcc bat solennel, non-seulement nous déciderons de notre ce existence nationale; mais nous inaugurerons le réveil ce des nations qui sont sœurs de la nôtre. Alors les Italiens, ce en compagnie des Hongrois, des Anglais et des autres ce frères, verront avec joie et reconnaissance les Irlandais ce conduits par vous au banquet sacré. »

Agréez, etc.

G. Garibaxdi.

Le malheur de l'Irlande, d'après Garibaldi, vient donc de ce qu'elle est catholique; l'Angleterre ne commença à être grande qu'en renonçant à la catholicité, comme Rome ]ierdit sa grandeur pour se ;;r/j;rt//5er, quand elle devint le Siège du catholicisme. La nouvelle guerre d'Italie tend au renversement de la papauté et par conséquent du catholicisme, afin de ramener l'Italie à sa grandeur et de relever avec elle de leur avilissement les nations courbées sous le joug de l'autorité de l'Eglise. Ce sont là les doctrines du chef actif de la révolution italienne et c'est là le nœud de tous les mystères de la secte la i)lus perfide qui fut jamais.

Quelle hardiesse n'a-t-il donc pas fallu aux journaux cavouriens el au Siècle, entre autres, pour déclamer contre ceux qui signalent dans le mouvement actuel de l'Italie une guerre à outrance contre le principe catholique; ou bien, nous i)rennent-ils pour des enfants en voulant nous faire croire à la possibilité du catholicisme sans pape et sans Eglise?

Au fait, Garibaldi, dans l'une et l'autre de ses allocutions aux Hongrois et au peuple napolitain , se glorifia d'être chrétien elbon chrétien; mais il n'osa jamais s'appeler catholique, ne l'ayant jamais été. Pour chrétien, il croit l'être, en vénérant la religion du Christ; mais quelle religion et quel Christ? Ecoutez: « Le Christ vint en ce monde pour « affranchir l'humanité de l'esclavage pour lequel Dieu ne « l'avait pas créée » (i). Voilà le Christ de Garibaldi et de la Jeune Italie. Non, ce Christ garibaldien n'est pas J.-C, le Verbe de Dieu fait chair, qui vint racheter les hommes de l'esclavage du péché et de l'enfer, qui vint déclarer la guerre aux passions désordonnées et rebelles de l'homme, qui vint prêcher le respect et la soumission à l'autorité établie, qui ordonna de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, qui inculqua obéissance et respect même au pouvoir sacerdotal des Scribes et des Pharisiens, quoiqu'il eût défendu d'imiter leurs œuvres. Le Christ de Garibaldi et de la Jeune Italie n'a pas à ramener l'humanité dans les voies de l'ordre et de la justice ; son rôle est d'affranchir les hommes de toute autorité divine et humaine : voilà à quoi revient en dernière analyse et en quoi se résume le caractère et la mission de ce personnage idéal ; voilà leur seule rédemption, le reste n'est qu'un nuage lé-

(1) Times, 8 nov. cit.

ger qui se dissipe au premier rayon de la lumière du progrès.

L'hypocrisie s'est elle-même démasquée et le plus monstrueux rationalisme a montré son visage hors des mystères et des enveloppes d'une secte aussi cruelle que trompeuse. Ricciardi, l'ami des pensées et des sentiments de Garibaldi, celui dont le nom figurait à côté du sien au bas des manifestes adressés aux Napolitains (i), Ricciardi, le secrétaire de V Association Unitaire, qui avait reçu iu dictateur tant de marques d'affection par l'organe de Mazzini le directeur de l'association (2), Ricciardi avait, depuis 1848, dans la proclamation rapportée ci-dessus, mis en évidence cette doctrine et ces vues : « La plante fatale du christianisme, ditce il, naquit en Judée. Cette erreur, qui s'enracina parmi les ce hommes, parvint au faîte de sa grandeur par la vitalité ce qu'elle puisa dans des flots de sang répandus à son occc casion. Mais une ère nouvelle commencera pour les ce hommes, l'ère glorieuse, d'une rédemption Men différente ce de celle du Christ » (3). Nous venons de mettre dans les mains du lecteur la clef de tous les secrets de la secte; nous venons de lui exposer le but qui dans les instructions communiquées aux sociétés secrètes d'Italie était proposé à la grande révolution (4), et la fin suprême que Mazzini avait voulu à tout prix tenir cachée.

II ne s'agit plus de nos jours de fonder en Italie un Etat séparé de l'Egh'se, un protestantisme social, une église

(1) 11 le dit lui-même dans la lettre du 8 mai insérée dans le Siècle, journal bien digne de la conimunicution

(2) V. l'adresse de V Association mômeii Garibaldi. — Times au 18oct. 1860.

(3) Proclamation aux Honiains déjacilée.

(4) V. a la tin de ce volume le document public dans l'ouvrage cité de Crélincau Joly.

luthérienne et évangélique; il s'agit de la destruction totale du christianisme, pour édifier la société sur les bases de l'incrédulité et de l'égoïsme qui adore la raison divinisée.

Ayant maintenant sous les yeux la vraie physionomie de la révolution italienne, il nous est facile de comprendre la cause des applaudissements ridicules et des non moins ridicules apothéoses que la presse protestante a prodiguées à Garibaldi, à de Cavour et à tout le parti, soi-disant Italien. On comprend pourquoi le Piémont est représenté comme VEtat-modèle et pourquoi l'époque de la révolution actuelle est qualifiée d'époque glorieuse et héroïque, digne, entre toutes, des éloges de tous les peuples et de tous les âges; pourquoi la presse protestante ne s'est jamais attaquée au roi de Naples, sans mêler à ses insultes des traits empoisonnés contre le catholicisme et sans blâmer l'hospitalité donnée à Gaète au Saint-Pontife, Pie IX, ainsi que le dévouement dont cette cour a toujours donné tant de preuves à la cause de la papauté; pourquoi la révolution des Etats des Bourbons a été si fort prônée, encouragée, défendue par la presse et par ladiplomatiedel'Angleterre protestante.

« La révolution des Deux-Siciles, disait l'année der- « nière, au sein du Parlement de Londres, l'éloquent Ma- « guire, reçoit de si vifs encouragements de la part de « l'Angleterre, parce que le gouvernement du roi de Naples « est un gouvernement catholique » (i). La révolution italienne actuelle est aux yeux des protestants l'aurore de plus beaux jours pour cette contrée enveloppée de ténèbres, où cesseront bientôt les fraudes des prêtres et les ténèbres spiri-

(1) V. l'éloquent discours de Maguire dans la séance de la Chambre des Communes du 17 mai 1860.

luelles (i). C'est pourquoi un jiarti dont la plus douce ambition serait d'abolir toute doctrine catholique, le parti Wigh, démentant son histoire de tant de siècles, qui nous le représente toujours comme antilibéml, s'est mis aujourd'hui à soutenir la cause de la liberté et de l'indépendance Italienne. A ses yeux, en effet, il s'agit d'abattre les gouvernements catholiques et de délivrer l'Italie et le monde des langes de l'autorité papale. Et pourtant, les hommes qui réussiraient à enlever à l'Italie la papauté, comme le remarque M. Bowyer, deviendraient l'objet de l'exécration de la majeure, partie des Italiens, pour avoir dépouillé la nation de la plus belle de ses gloires, pour lui avoir arraché toute sa force morale et pour avoir enlevé à Rome sa vitalité et -son existence (2). Bien plus, la ruine du pontificat en Italie y serait la ruine du Christianisme et marquerait un pas décisif dans la propagation du plus grossier rationalisme. Voilà les tendances que la révolution Italienne a mises en parfaite évidence.

Cela étant, l'on comprend sans peine, pour quels motifs l'Ordre des Jésuites est devenu le point de mire des fureurs de la révolution. Les Jésuites, qui avaient été dans le siècle précédent victime des sectes franc-maçonniques, avaient connu et signalé dès sa naissance, la nature fatale du mouvement que la société secrète organisait en Italie, mouvement redoutable qui prenait chaque jour de nouvelles forces, qui pénétrait dans tous les rangs, s'infiltrait au sein des masses et préparait les plus terribles catastrophes. Si le

(1) Ainsi p;iila ;\I. Waller Biioliaiian en sa (|ualité de président, aux membres du comité de Glascow pour les secours ii Garibaldi. Voyez son discours dans le Times du24déc. 18G0.

(2) V. la belle correspondance de Bowyer dans le Table! du 25 fév. 1850.

mouvement italien avait marché dans les voies de l'ordre et que, se fortifiant de l'opinion publique, il se fût contenté d'aspirer à des réformes politiques et nationales de la part des princes de la Péninsule, les Jésuites d'Italie, loin de s'y opposer, se seraient réjouis des avantages généraux et auraient dit, avec le comte de Montalembert, qu'un gouvernement vérito.blement libre est favorable aux progrès de la religion. Le grand et saint pontife Pie IX, enflammé d'un amour sincère pour l'Italie et désireux de contribuer à son bien-être temporel et spirituel, s'était mis, depuis 1847, à la tête du mouvement réformateur de la Péninsule et s'était appliqué à le sanctifier par l'union des maximes évangéliques. Après cette malheureuse époque, il avait maintefois déclaré qu'il n'était en rien contraire aux vraies améliorations de ses Etats. Mais le mouvement italien, commencé et dirigé parles sectes les plus perverses, était de sa nature insurrectionnel, irréligieux, subversif de la papauté et de l'Eglise, destructeur de tout principe, non-seulement catholique, mais social ; il avait tous les caractères d'un mouvement communiste.

Les Jésuites pouvaient-ils, eux qui l'avaient connu dès son berceau et suivi dans toutes les phases de son développement, pouvaient-ils, dis-je, l'approuver, le favoriser, le répandre, l'encourager? Ils n'avaient jamais combattu la vraie liberté de l'Italie; ils déploraient que des factions impies rendissent cette liberté chaque jour plus suspecte aux honnêtes gens. Mais, lorsque le mouvement d'Italie, en proclamant la /27>e?'^e, apportait la tyrannie; qu'en annonçant la réfjénération, il semait Y anarchie et le désordre, que tout en appelant à son aide les lois éternelles de la justice, il les foulait aux pieds, qu'en promettant de restaurer les vrais

principes du christianisme défigurés par les enne?nis de l'Italie, il traînait dans la boue l'Eglise et la papauté, qu'en émancipant la raison, il la livrait aux erreurs les plus monstrueuses, les Jésuites devaient, par esprit même de patriotisme, joindre leurs efforts à ceux du Souverain Pontife, pour comprimer un semblable mouvement et en prévenir les funestes conséquences. La Civilta cattolica, sans être l'organe autorisé de la Compagnie de Jésus, était rédigée par quelques Pères Jésuites et soutenait vigoureusement la réaction catholique. Ensuite, les membres de cette même Compagnie employaient quantité de livres, d'opuscules, de publications de tout genre, de discours et de conférences publiques à l'unique intention d'arrêter dans son cours le flot d'impiété qui s'avançait furieux contre l'Eglise de Jésus- Christ.

En outre, dans les collèges, dans les écoles, dans les congrégations spirituelles, les Jésuites travaillaient activement à inculquer à la jeunesse et aux masses les vrais principes de l'enseignement catholique. En un mot, la Compagnie de Jésus en Italie était une barrière aux desseins de la révolution. Ces infernales sociétés d'insurrections avaient tenté de prendre des Jésuites dans leurs filets; mais tous leurs expédients ne leur avaient pas gagné un seul des enfants d'Ignace (i).

Elles s'aperçurent donc de bonne heure qu'elles auraient à les combattre comme un obstacle qui, bon gré malgré elles, se trouverait toujours en travers de leur chemin.

Mazzini, dans sa proclamation de 1848, avait appelé les

(1) V. à la fin de ce volume, l'injporlant document inséré dans l'appendice du ciiapitre vni.

Jésuites « l'obstacle le plus formidable à leurs desseins; » et il en avait lui-même donné la raison dans sa lettre de i846 que nous avons plusieurs fois citée. Après y avoir dit que la hiérarchie et les habitudes du clergé signifient autorité et despotisme, après avoir exhorté les^iensà propager l'égalité dans l'Eglise, il ajoute : « La puissance cléricale <f est personnifiée dans les Jésuites. La haine de ce nom est « déjà un grand levier pour les socialistes; servez-vous « en. » Il voulait dire par là que le corps le plus prompt, le plus habile, le plus indomptable dans la défense du catholicisme, c'étaient les Jésuites ; et que pour ce motif, les Jésuites opposaient à la société Vohstade le plus formidable. Cette dernière expression du porte-drapeau de la révolution Italienne serait fort ridicule, entendue dans le sens des réformes politiques ou de runification de l'Italie; Mazzini comprenait certainement que l'obstacle le plus formidable à pareils projets serait plutôt les baïonnettes autrichiennes et la diplomatie de l'Europe.

Mais les nouveaux ennemis de la papauté et de l'Eglise savaient bien que l'Ordre des Jésuites avait été fondé dans le but de préparer à la papauté et à l'Eglise un corps d'hommes exclusivement consacrés à la défense de cette cause; ils savaient qu'au temps de la réforme protestante ce furent les Jésuites qui avaient préparé en Allemagne la grande réaction catholique et, qu'en se répandant des trois capitales, Vienne, Cologne et Mayence, ils avaient de mille manières entravé les progrès du Luthéranisme et l'avaient investi sur le terrain même qu'il occupait. Ils n'ignoraient pas ce qu'avaient écrit des Jésuites, en ces derniers temps, des protestants eux-mêmes qui, en parlant de cette époque, n'ont pas craint d'affirmer que c'est dans l'ordre des Jésuites

que l'esprit du catholicisme parut alors concentré, comme Vêtait dans leurs efforts la grande réaction de VEglise catholique contre la réforme; qu'ils agissaient comme auraient pu faire des croisés de la papauté contre la réforme protestante, et qu'avec eux l'Europe Romaine semblait intervenir dans VEurope Germanique; que leur courage était intrépide, leur constance à l'épreuve des privations, des souffrances, des maladies, des épidémies, des prisons, des tortures, du dernier supplice i\). Or l'œuvre actuelle des sociétés secrètes ne différant p;;s beaucoup des vues de l'Allemagne tt de l'Angleterre au XYI siècle, on ne lut pas longtemps a comprendre qu'il fallait commencer par abattre cet obstacle, pour avoir le champ libre et en éloigner les adversaires les plus obstinés, les plus exercés à la lutte. Un des personnages remarquables de la révolution de Sicile (dont nous devons taire le nom) parlait ainsi à un des Pères de cette

(1)V. Raiike. flist. of the popes, p. 1. Book lifth c. I!, III, IV. etc. La revue d'Edimbourg a publié sur les Jésuites un article qui a été traduit en français dans la Revue Britannique sous le titre: Lespremiers Jésuites. Nous reproduirons ici quelques passages de cet article :

« Toutes les pages des annales Européennes, durant grand nombre de générations, « témoignent de la véhémence, de la discipline parfaite, du courage intrépide, de <( l'abnégation, de l'oubli des liens les plus chers à l'homme privé, du profond et « opiniâtre dévouement à atteindre le but proposé, de la prudence infinie dans l'emt< ploi des moyens, qui distinguèrent les Jésuites dans la lutte pour leur Eglise. « L'esprit catholique s'était concentré dans le sein de l'Ordre de Jésus, et son his- « toire est l'hi toire de la grande réaction catholique. Cette société s'empara de la (j direction de toutes les institutions qui agissent le plus puissan)nient dans l'esprit,

« la chaire, la presse, le confessional, les académies La littérature et les scien-

« ces, compagnes jusque-là de l'incrédulité et de l'hérésie, se montrèrent les alliées

« de la foi orthodoxe — S'inquiétant peu des Océans et des déserts, de la faim,

« de la peste, des espions et des lois pénales, des prisons et des tourments, des gi- « bets et des haches, les Jésuites apparurent sous toutes les formes, dans tous les a pays; écoliers, médecins, marchands, serviteurs, on les vit à la cour hostile de « Suède, dans les vieux châteaux du comté de Chcster, au milieu des campagnes de « Connaugt; ils disputaient, instruisaient, consolaient, attirant à eux les cœurs de « la jeunesse, ranimant le courage des timides, et portant le crucifix aux lèvres des « agonisants. » Livraison de uov. 1842.

province : « J'ai été un des plus grands ennemis des Jé- « suites; j'ai poussé de tout mon pouvoir à leur expulsion « de la terre Sicilienne et j'ai blâmé le ministère d'avoir été « lent à porter ce coup. Ne croyez pas cependant que nous « chassions les Jésuites, parce qu'ils sont ennemis de la « liberté et amis des Bourbons... Ces bruits sont mis en « circulation pour exciter contre eux la colère du peuple. « Nous n'en sommes pas moins persuadés que leur institut « s'accommode aisément de la liberté, qu'ils se prêtent à « toute ("orme de gouvernement, constitutionnel en Relgi- « que et républicain aux Etats-Unis. Mais ils sont à nos « yeux l'appui le plus fort et de la secte catholique et des « impostures des doctrines de VEglise; pourrions-nous donc, « sans nous défaire des Jésuites, nous affranchir de l'Eglise « et de ses impostures? »

Cette déclaration ne manquait pas de netteté et de précision. Cependant l'exposé des faits de la révolution de 1860 ne nous édifiera pas moins à cet égard. Nous nous persuaderons de plus en plus que le but final et secret de la révolution d'Italie est de détruire le catholicisme dans toute la péninsule, ainsi que dans la Sicile, et que la dispersion et l'exil des Jésuites en fut l'inévitable conséquence.

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