‹ Histoire de la Révolution de 1870-71Chapitre 20 sur 59 · FRANÇAIS · texte numérisé non relu

FRANÇAIS

Le peuple a devancé la Chambre, qui hésitait. Pour sauver la Patrie en danger, il a demandé la République.

Il a mis ses représentants, non au pouvoir, mais au péril.

La République a vaincu l'invasion en 1792; la Répubhque est proclamée.

La Révolution est faite au nom du droit, du salut public.

Citoyens, veillez sur la Cité qui vous est confiée; demain vous serez, avec l'armée, les vengeurs de la Patrie!

EMMANUEL ARAGO, CRÉMIEUX, DORIAN, JULES FAVRE, JULES FERRY, GUYOT-MONTPAYROUX, LÉON GAMEETTA, G.ARNIER-PAGÈS , IVL^GNIX, ORDINAIRE, A. TACHARD, E. FELLETAN, ERNEST PICAKD, JULES SIMON.

Citoyens de Paris I

La République est proclamée.

Un Gouvernement a été nommé d'acclamation .

Il se compose des citoyens :

Emmanuel Arago, Crémieux, Jules Favre, Jules Ferry, Gambetta, Garnier-Pagès, Glais-Bizoin, Pelletan, Picard, Rochefort, Jules Simon, représentants de Paris.

Le général Trochu est chargé des pleins pouvoirs militaires pour la défense nationale.

Il est appelé à la présidence du Gouvernement.

Le Gouvernement invite les citoyens au calme; le peuple n'oubliera pas qu'il est en face de l'ennemi.

Le Gouvernement est, avant tout, un Gouvernement de défense nationale.

le Gouvernement de la Défense nationale,

EMM. ARAGO, CRÉMIEUX, FERRY, GAMBETTA, GLAIS- BIZOIN, GARNIER-PAGÈS, PELLETAN, PICARD, RO- CHEFORT SIMON, général trochu.

Le gouvernement de la Défense nationale composait en même temps sou ministère comme il suit :

Ministre des affaires étrangères, Jules Favre. Ministre de l'intérieur, Gambetta. Ministre de la guerre, le général Le.Flô. Ministre de la marine, amiral Fourichon. Ministre de la justice, Crémieux. Ministre des finances, Ernest Picard. Ministre de l'instruction publique et des cultes, Jules Simon; Ministre des travaux publics, Dorian. Ministre de l'agriculture et du commerce, Magnin. Le miiiistre de la présidence du Conseil d'Etat était supprimé. M. Steenaekers était nommé directeur des télégraphes ; M. Rampont, directeur des postes.

Paris connaissait bien la plupart des hommes qui se trouvaient maintenant à sa tête, mais il ne leur témoignait pas à tous ni la même alfection, ni la même estime. La popularité du général Trochu était alors extrême, et les dernières séances de la Chambre avaient mis au premier rang dans la faveur publique M. Jules Favre et M. Gambetta. On voyaitavecplaisirM. Dorian, homme pratique et ferme, appelé au ministère des travaux publics ; et M. Jules Simon, qui incarnait en lui la doctrine salutaire de l'instruction gratuite et obligatoire, était, par avance, le ministre désigné de l'instruction publique sous un gouvernement libre. M. Magnin paraissait bien placé au ministère de l'agriculture et du commerce, et le nom du vieux et honnête général Le Flô au ministère de la guerre, était bien accueilli. Nous nous en rapportons ici aux impressions de ces premières heures. Mais déjà même le nom de M. Ernest Picard n'était pas vu sans défiance. On savait que, dans les derniers temps de l'empire, M. Picard s'était mis à la tête de cette indécise nuance de la gauche, qui s'appelait la gauche ouverte. On l'avait vu, aux dernières élections, nommé à la fois à Paris et à Montpellier, hésiter dans l'option nécessaire et politique pour la province, et regretter de laisser à un rival ou même à un successeur la circonscription parisienne. A coup sûr, lorsque le peuple de Paris ressentit

quelque défiance envers le gouvernement nouveau, il commença par se défier de M. Picard. En outre M. Glais- Bizoin, M. Crémieux, M. Garnier-Pagès lui paraissaient bien un peu vieux. Était-ce là cette réserve de la France nouvelle, enfiévrée de jeunesse et de patriotisme, et à qui la fortune devait sourire ?

Le gouvernement de la Défense nationale se trouvait, au surplus, dès la première heure de son existence, dans une situation singulière. Gouvernement parisien, il avait contre lui les politiques de la province, qui n'allaient point manquer de lui reprocher son origine et de crier à la dictature de la capitale. Gouvernement républicain, il avait, par un destin assez injuste, contre lui les républicains inassermentés ou exilés, résolument campés dans leur 7ïon possumus démocratique, et qui, plus illustres que les hommes du 4 septembre, plus autorisés par leur passé, leurs malheurs ou leur gloire, reprochaient à leur tour aux gouvernants de l'Hôtel-de- Ville de gouverner la France en vertu du serment prêté à l'empire. Et ce sophisme avait une certaine et fausse apparence de vérité qui, aux yeux de la population, pouvait, à un moment donné, enlever quelque peu de prestige au gouvernement de la Défense nationale.

Reconnaissons-le, d'ailleurs, à ce moment toutes ces défiances, ouces reproches, ou ces aigreurs n'existaient encore qu'à l'état latent, et chacun comprenait qu'il fallait, en apparence du moins, se grouper autour du nouveau pouvoir.

Le gouvernement de la Défense avait choisi pour président le général Trochu ; pour vice-président M. Jules Favre; pour secrétaire M. Jules Ferry. A titre de secrétaires adjoints, il appelait en même temps à lui, pour l'aider dans ses travaux, disait le Journal officiel, M. André Lavertujon et F. Hérold ; puis, deux jours après, M. Dréo d'abord et Emile Durier. M. Clément Laurier était nommé directeur général du personnel et du cabinet au ministère de l'intérieur.^

Dans ce gouvernement, composé des élus de Paris, un seul nom manquait : celui de l'homme qui avait, en remportant par le scrutin une éclatante victoire sur Emile Ollivier, porté un des coups les plus sûrs à l'empire, le nom à demi oublié déjà de ce tribun qui avait enthousiasmé le peuple de Paris en lui parlant d'honneur, le nom de Désiré Bancel. A cette heure, Bancel agonisait dans son pays de la Drôme, au logis maternel ; et cette République tant désirée, il ne la saluait que d'un regard mourant.

Le premier soin du gouvernement fut de s'appuyer sur ces deux forces \itales du pays : l'armée et la garde nationale, forces qu'on croyait alors et pour jamais unies.

La proclamation à Vai^iée réclamait l'union, la proclamation à la garde nationale demandait l'ordi'e et le dévoue' ment.

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