O. Lecoute, La Guerre franco-aUemcmde
2. « On suppose qu'il a nourri l'espoir pendant quelque temps de se mettre à la tête de ce pays. Nous nous bornerons à citer un fait qui dépeint l'homme... Lorsque, par des intrigues de toute sorte, il eut réussi à se marier avec la fille d'une des plus riches familles du pays, mais qui appartenait aux ennemis les plus décidés du
et l'armée s'en remettaient à Bazaine de les venger de Frœscliwiller et de Forbach.
Ce petit gros homme souriant, qui se montrait en paletot à l'hôtel de l'Europe, dans les derniers jours de juillet, et qui allait et venait les mains dans les poches, sans façon, et comme un tacticien sûr de lui-même, semblait fait, au surplus, pour inspirer la confiance. Le caractère de cette physionomie, c'est le flegme, non pas le sang-froid un peu roide de l'Anglais, mais l'indifférence légèrement gouailleuse du Français. Bazaine, on le devine au premier coup d'ceil, ne s'émeut de rien. Il ira au feu avec cette sorte de bonhomie qu'il affecte, sans se soucier de risquer une balle ; il demeurera, par la même raison, éloigné du champ de bataille et couché sur un divan, tandis que ses soldats meurent, sans se soucier de faire son devoir. Alourdi par le bien-être, indifférent aux cris poignants de la patrie, Bazaine est bien le type de ces généraux sceptiques qui, n'ayant jamais eu au cœur que le sentiment égoïste de l'avancement, ne savent ni se dévouer pour une cause compromise, ni se battre pour l'honneur lorsqu'une cause est perdue.
Le général Deligny, qui commandait à Metz la f" di- . vision de l'infanterie de la garde (voltigeurs), a publié sur l'armée de Metz une brochure qui constitue contre le commandant en chef un véritable acte d'accusation 2 : « Nous n'hésitons pas à dire, écrit le général
nouvel empire, l'empereur Maximilieu voulut lui faire don, comme cadeau de noces, du magnifique palais de Buena-Vista, meublé nouvellement pour le général Forey. Bazaine refusa, mais donna à entendre au général Almonte, qui apportait l'acte de donation, que sa femme pourrait bien l'accepter. L'empereur agréa cette proposition, et la maréchale devint propriétaire du château vraiment royal. Que lit son mari ? Il le loua de sa femme, et la municipalité de la ville de Mexico dut payer, jusqu'au dernier jour de l'occupation, un loyer de 60,000 fr. » (0. F. Leconte, La Guerre franco-allemande, page 21.)
2. Aillée de Metz, par le général Deligny (Munster et Berlin, 1870).
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Deligny à la première page de son travail, que la tâche qui incombait au maréchal dépassait de beaucoup ses moyens et ses forces, et qu'il n'était à sa hauteur, ni par son activité physique, ni par ses talents, ni par son énergie morale. Pour une aussi grande mission, il eût fallu mettre en jeu tous les ressorts d'une grande âme, toute l'énergie d'un grand caractère ; il eût fallu des éclairs de génie peut-être. Le maréchal, lui, n'appela à son aide qu'une somnolence égoïste, une sorte d'indifférence pour les intérêts généraux, un petit esprit et de petits moyens. »
Quant à l'armée, c'était cette magnifique armée française, trop peu nombreuse, sans doute, mais formée de tout ce qui restait en France d'énergiques et solides soldats. Mal commandée, elle allait livrer à l'armée la mieux commandée du monde des combats gigantesques où elle disputa plus d'une fois et arracha la victoire à l'ennemi. Bien commandée, elle était capable d'accomplir des prodiges pareils à ceux de ses aînées. Avec cent mille hommes d'excellentes troupes, un général doit savoir vaincre. Nous verrons que Bazaine pouvait le faire, et le pays est en droit de lui demander compte à la fois de sa mollesse pendant ces prenùers combats, et surtout de ses intrigues politiques, plus tard, durant le blocus. Nous ne nous occuperons, dans ce chapitre, que des fautes militaires.
Le général Steinmetz était arrivé devant Metz le 13. Le quartier général du roi était à Herny, et les troupes de Frédéric -Charles occupaient Pont - à - Mousson , tandis que l'autre armée prussienne,- celle qui, sous les ordres du Prince royal, poursuivait Mac-Mahon, entrait à Nancy.
Le décret qui nommait le maréchal Bazaine commandant en chef de l'armée du Rhin est daté du 10 août. Mais, p^r suite de nouvelles difficultés intérieures, Bazaine n'en prit le commandement que le 1^. Le maréchal n'empêcha donc pas l'armée d'opérer, dès le 10,
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son mouvement de retraite. « Il était, dit M. Mézières \ gêné pour l'exécution de ses ordres par la présence et les velléités personnelles de l'empereur. » Le mouvement ne comiixençait donc que le 14, et ce jour-là, un dimanche, nos interminables convois, selon l'expression d'un officier supérieur, traversaient la Moselle. Chaque soldat pliait sous le poids des bagages. Les impedimenta alourdissaient la marche, cette marche qu'il fallait accélérer à tout prix, et M. Gh. Fay compare avec raison cette armée tramant ainsi ses fardeaux et ses bagages à l'armée de Darius. Le temps est loin où l'on pouvait écrire que « les armées allemandes sont celles de toute l'Europe qui entraînent le plus de bagages, de femmes, d'embarras de bouches inutiles -. » C'est aux armées françaises qu'il faudrait aujourd'hui adresser ce reproche et faire toucher du doigt ce vice capital qui nous a coûté si cher.
A midi, l'empereur partait, quittait la préfecture, passant, escorté par les cent-gardes et un escadron de guides, devant la foule « triste et silencieuse •■*. » L'armée, vers quatre heures de l'après-midi, avait déjà traversé la Moselle, et la garde et le 3" corps se préparaient à se mettre en marche, lorsque l'ennemi, sortant tout à coup du bois de Colombey, accueillit nos avant-postes par un feu de mousqueterie et de mitraille. Ce furent les troupes du général Grenier que les Prussiens attaquèrent d'abord ; bientôt repoussé, il revint à la charge, tandis que Ladmirault, pour maintenir la division Grenier, lance sur des hauteurs deux divisions de son corps d'armée soutenues par la réserve de son artillerie. La division de Cissey met sacs à terre, grimpe au pas de course la hauteur de Saint-Julien, et prend la place de la division Grenier.