CHAPITRE IV
Siège de Paris du 1" au 25 octobre. — L'esprit public à Paris. — Premières privations. — Les subsistances. — Première opposition au Gouvernement. — Les élections municipales. — Flourens à Belleville. — Manilestation du 5 octobre. — Départ de Gambetta. — Manifestation du 8 octobre. — M. Jules Favre. — Démission et départ de M. de Kératry. — La trouée possible. — Un mot de M. de Moltke. — Combat de Bagneux. — Mort de M. de Dampierre. — Sortie du 21 octobre (la Malmaison). — On pouvait vaincre. — Documents prussiens. — État de Paris — Nouvelle de la résistance de Chateauduu
Paris assiégé s'était bientôt plié à la nécessité de sa dure situation. Une ville de deux millions d'hommes, bloquée, réduite à ses propres ressources, offrait au monde un des spectacles les plus étonnants qu'il puisse être donné à l'histoire de rencontrer. La question capitale des subsistances préoccupait par-dessus tout les esprits attentifs. Dès le début, pour ainsi dire, les privations se firent sentir, et la viande de boucherie manqua. Rationnée à 100 grammes par personne, dès le commen-
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cément d'octobre, cette viande devait l'aire place bientôt à la viande de cheval, qu'on s'occupait déjà de saler, et à tous ces mets hétéroclites dont les Parisiens affamés devaient faire usage. Dès le 9 octobre, un poulet, la volaille étant une rareté absolue, valait au moins vingt-cinq francs. Les légumes, arrachés aux avant-postes par les maraudeurs et débités dans les rues, sur les trottoirs, s'enlevaient comme des choses précieuses. Les plus élégants faisaient leur marché, en passant, prenant ainsi des précautions contre les privations futures.
Cette question des subsistances ne laissait pas d'ailleurs que d'inquiéter un peu le public. Au début du siège, les journaux avancés avaient réclamé avec une certaine vivacité le réquisitionnement de toutes les matières comestibles et le rationnement. Cette mesure, juste en principe dans une cité soumise au siège, avait un inconvénient grave auquel ne songeaient pas les promoteurs du projet. Sans parler des difficultés que pouvait rencontrer le rationnement et les violations de droit privé, de domicile particulier qu'il devait entraîner, l'état moral de la population se serait ressenti bientôt de la mesure, et l'idée seule que toutes les denrées se trouvaient rationnées eût pu avoir une influence fatale sur l'esprit public. Qu'on se figure le trouble apporté dans Paris par cette nouvelle : « Chaque individu se trouve, dès à présent, à la portion congrue ! » et qu'on se demande s'il n'en eût pas résulté une certaine panique. J'avoue d'ailleurs que l'état des subsistances fut mal surveillé, au début du siège, et qu'on laissa gaspiller inutilement, et souvent criminellement gâcher, des provisions dont ou eût pïï tirer parti. Il y eut, faute impardonnable, abuo dans la consommation. On dépensa, dans le premier mois, ce qui pouvait assurer une prolongation, moins longue qu'on ne se l'imagine, mais cependant effective, delà résistance.
Les journaux opposés au gouvernement tiraient d'ailleurs un parti fort adroit de ce manque de décision ou
d'ordre. La Patrie en danger parlait avec exagération de fantastiques repas faits par des riches dans les restaurants à la mode, et G. Tridon s'écriait, commettant un terrible calembour et menaçant Paris d'une révolte populaire : « La faim justifie les moyens! » Au surplus, voici comment, à cette époque, M. Félix Pyat, dans le Combat, rêvait l'organisation de la ville assiégée : « Communauté de biens, communauté de vivres et de dangers ! » Que n'ajoutait-il plutôt communauté de sentiments et de patriotisme. Le langage de M. Pyat était d'autant plus saisissant, qu'il affectait de républicaniser un style de lettré imagé jusqu'à l'excès et la recherche : « Si nous voulons la République, disait-il, ayons des mœurs républicaines. Le danger nous nivelle ; la mort nous rapproche! Quel niveau que l'étranger! Donc, table commune sur la place publique pendant le combat. Tout ce que le voisin partagera, l'ennemi l'aura de moins. Communion comme aux catacombes, agapes comme à Sparte! Partageons les cartouches et le brouet! Fraternité d'armes, égalité de risques, égalité devant le Prussien!...
i( Donc même chance, même poudre, même paye, c'est dû. J'ajoute : même uniforme; car ce bon militarisme tue tout ce qui n'est pas livrée.
« Et si l'on joint à ça, pour les mobiles, un peu flâneurs, après le repas en commun, une instruction civique, le pain de vie révolutionnaire donné par nos meilleurs clubistes, les électrisant, les enflammant, leur donnant des leçons de 92, l'exemple et le souffle des pères, développant leurs instincts, expliquant leurs droits, changeant leur courage physique §n courage moral, leur apprenant pour quelle grande cause ils vont vaincre ou mourir!... Alors, je réponds du succès.
« Oui, si nous faisons cela comme l'ont fait nos pères, pour l'amour de la patrie; si nous sommes tous de vrais, de dignes républicains ; si Paris est pour nous une foi comme la Mecque pour le Turc ; si nous n'avons ainsi
qu'un cœur, qu'un vœu, qu'une force pour le défendre, nous vaincrons, je le jure. Glamart sera le cimetière du roi Troppmann, et Paris fera pleurer Berlin! * »
Il y avait d'ailleurs dans ces paroles une ardeur confiante qui allait droit au cœur de la foule et l'électrisait en entretenant ses illusions patriotiques les plus chères. En revanche, d'autres affectaient déjà de soupçonner et d'accuser les hommes qui dirigeaient les affaires de Paris. Tantôt, l'inventeur de quelque engin destiné à anéantir les Prussiens en deux heures se plaignait, par la voie des journaux, que la commission eût refusé son infaillible moyen ; tantôt quelque personnage bien informé dénonçait l'existence, dans quelque coin de Paris, de dix mille chassepots oubliés par le gouvernement. Les chassepots n'existaient point, mais la nouvelle faisait son chemin et irritait les esprits crédules. On se laisse prendre, lorsqu'on est malheureux, à tout ce qui semble devoir faire bientôt cesser ce malheur.
On ne saurait mieux se rendre compte de l'esprit qui animait une grande partie de la population de Paris qu'en lisant le procès-verbal d'une démarche faite auprès du gouvernement par ce qu'on appelait le Comité central républicain des vingt arrondissements de Paris. Ce Comité, composé de délégués qui s'étaient pour la plapart donné un mandat à eux-mêmes, commence à fonctionner dès les premiers jours du siège, et nous allons le retrouver plus d'une fois mêlé aux événements qui vont suivre et les faisant naître souvent.
Ce procès-verbal explicite nous dispensera de formuler le programme du Comité.
COMITÉ CENTRAL RÉPUBLICArN DBS VINGT ARRONDISSEMENTS DE PARIS.
Les délégués des vingt Comités d'arrondissement de Paris se sont réunis aujourd'hui, 20 septembre 1870, au
1 Le Combat,
nombre de deux cent trente, à la salle de l'Alcazar. Le bureau, sous la présidence du citoyen Lefrançais, a vérifié les pouvoirs de ces délégués.
Ils ont été reconnus réguliers, après une discussion à laquelle ont pris part les citoyens Longuet, Vallès, Ranvier, Grenier, Vertut, Leverdays, Chemalé, etc.; les résolutions suivantes, proposées par le citoyen Chassin, ont été adoptées, à l'unanimité pour les quatre premières, et à la majorité des voix pour la dernière.
L La République ne peut pas traiter avec l'ennemi qui occupe le territoire.
IL Paris est résolu à s'ensevelir sous ses ruines plutôt que de se rendre.
III. La levée en masse sera immédiatement décrétée dans Paris et dans les départements, ainsi que la réquisition générale de tout ce qui peut être utilisé pour la défense du pays et la subsistance de ses défenseurs.
IV. La remise immédiate entre les mains de la Commune de Paris de la police municipale. En conséquence, suppression de la Préfecture de police.
V. L'élection rapide des membres de la Commune. Cette Commune se composera d'un membre à raison de dix mille habitants.
Il est arrêté que les résolutions ci-dessus seront portées par voie d'affichage à la connaissance de la population de Paris, et seront en même temps notifiées au gouvernement provisoire par une commission composée de vingt délégués choisis dans les arrondissements de Paris.
Il est encore arrêté par l'assemblée que chaque citoyen devra veiller en armes au maintien des affiches.
Les délégués se sont présentés à l'Hôtel-de- Ville. Reçus par le citoyen Jules Ferry, représentant le gouvernement provisoire, ils llii ont donné lecture des résolutions prises, et l'ont interpellé sur les trois points suivants :
I. Le gouvernement provisoire a t-il ou non l'intention de traiter avec la Prusse, ainsi que l'indiquent et la
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circulaire de Jules Fa\ re, du 19 septembre, et un article de l'Elecleur libre, du 21, portant pour titre l'Armistice. A cette question, le citoyen Ferry a donné, tant en son nom qu'en celui du gouvernement, sa parole d'honneur que le gouvernement ne traiterait à aucun prix avec la Prusse, et qu'à la seule énergie de Paris serait confiée la mission de sauver la patrie et la République. — Le citoyen Ferry a ajouté que le gouvernement désavouait absolument l'article de V Electeur libre.
II. Le gouvernement provisoire accédera- t-il à la volonté populaire de supprimer la Préfecture de police et de remettre à la Commune de Paris le soin d'organiser la police?
Le citoyen Ferry a répondu qu'il ne pensait pas que le gouvernement eût le pouvoir de faire cette suppression, mais que d'ailleurs la municipalité de Paris, une fois constituée, agirait comme elle croirait devoir le faire.
III. Enfin, en ce qui concerne l'élection de la Commune de Paris, le citoyen Ferry a répondu qu'il ne pensait pas que les élections pussent être faites avant le 28. Quant au nombre de membres qui la devront composer, il pourra être augmenté, mais en conservant la répartition égale entre les arrondissements, sans tenir compte de la proportionnalité de leurs habitants.
En présence des observations du citoyen Ferry, relatives à l'élection de la Commune de Paris, les délégués ont jugé qu'ils pouvaient lui concéder ce point, surtout après la réponse si nette, si précise qu'ils avaient reçue quant à l'intention du gouvernement de poursuivre, la guerre à outrance.
En foi de quoi, les délégués ont signé le présent procès-verbal.
MM. BESLAY, CAMÉLINAT, CH.-L. CHASSIN, E. CHATE- LAIN, A. CLARIS, COR>ÎU, E. DUPAS, E. DUVAL, JOHANNARD, P. LANJALLEY, G. LEFRANÇAIS, LON' GUET, L. MICHEL, MOLLIN, G. PAGNERRE, J.-B. PEIi- RIN, G. RANVIER, E. ROY, TOUSSAINT, VERTUT.
Nous avons vu, au lendemain de la publication du rapport de M. Jules Favre, que le décret de M. Gambetta, en reculant indéfiniment la date des élections pour l'Assemblée constituante et des élections municipales, répondait par une fin de non-recevoir à des réclamation? pareilles qui se renouvelaient presque chaque jour M. Gambetta semblait accepter par là l'espèce de lutte qui ne pouvait manquer d'éclater entre la démocratie radicale et le gouvernement de l'Hôtel-de- Ville.
Le foyer du mécontentement, c'était alors ce quartier de Paris que la bourgeoisie parisienne appelait avec un certain effroi et une certaine colère Belleville. A vrai dire, Belleville n'est pas plus qu'un autre lieu de Paris l'endroit factieux, comme on l'a dit, le Mont-Aventin où se cantonne habituellement l'émeute. C'est plutôt la partie de Ménilmontant, qui confine à Belleville, qui paraîtrait la plus exaltée. Les bataillons qui attaquaient l'Hôtel-de- Ville au 22 janvier 1871 étaient, au surplus, des bataillons de Montrouge ; ceux qui commencèrent la résistance à la veille du 18 mars étaient des bataillons de Montmartre ^ Au commencement du mois d'octobre, l'arrondissement de Belleville, administré par M. Braleret, était en quelque sorte commandé militairement par Gustave Flourens, élu chef du 63" bataillon, et qui, en outre, avait près de six mille citoyens sous ses ordres. Flourens, belliqueux, aimant naïvement à commander, avait réclamé pour lui un titre spécial. Ne voulant pas nommer de colonels dans la garde nationale, M. Trodiu avait alors donné à Flourens le titre de major de rempart. Dans son livre, Paris livré, Flourens appelle ce
1. Je trouve, à l'honneur des habitants de Belleville, un renseignement curieux dans le tome X du journal érudit le Collectionneur. On a vendu naguère une pièce historique curieuse, imprimée sur parchemin (3 pages in-fol., 1790), en faveur du bataillon de Belleville, pour avoir sauvé le Trésor et la Caisse de la ville de Paris, le 5 octobre 1789. Cette pièce porte les signatures autographes de Bailly, maire de Paris, de Dejoly, etc. Elle a été vendue 25 francs.
grade une vaine et pitoyable dénomination. Il en porta cependant les cinq galons, même après que les événements l'eurent contraint à donner sa démission.
Tout d'abord, l'abnégation patriotique de Flourens avait été digne de tout éloge. Condamné à la déportation par l'empire, arrêté à Gex au moment où, sous un faux nom, il cherchait à rentrer en France, emprisonné, pris pour un maraudeur, pis que cela, pour un voleur, Flourens avait bientôt fait connaître son nom au juge d'instruction, lorsque celui-ci lui avait appris la proclamation de la République à Paris. Adressant une dépêche télégraphique à M. Henri Rochefort, Flourens était accouru. A la tête de ses bataillons, on l'avait vu, dans les premiers jours du siège, étouffant sous le sable l'incendie de pétrole allumé par accident aux Ruttes-C'haumont. Il avait, un des premiers, recommandé la concorde, l'oubli de toute rivalité politique en face de l'étranger. Tout à l'armement de son bataillon, il avait établi dans Relleville des ateliers de couture oii les femmes confectionnaient les vareuses de leurs époux et de leurs fils. On pouvait croire que Flourens ne mettrait plus son énergie qu'à une seule cause, celle de la défense, et n'écouterait pas, lui qui portait un jour un toast à la génération nouvelle, les rancunes des politiques d'autrefois.
Mais ce qui distinguait Flourens, c'était aussi l'impatience. Dès que ses bataillons lurent armés, il voulut les lancer en avant. « Le sang, dit-il, nous bouillait dans les veines, la terre nous brûlait sous les pieds ^ » D'instinct, il comprenait que Paris ne devait pas être passif, mais actif dans une occurrence aussi tragique. Seulement le. bouillonnement même de son sang l'empêchait de se rendre un compte exact de la situation. Rien n'était perdu encore, et, jusqu'alors, on pouvait croire que le gouverneur de Paris ne se souciait point de livrer un
1 Paris livré, p. 108.
combat avec la garde nationale, ne voulant utiliser cette force qu'à coup sûr et qu'après qu'elle serait suffisamment exercée. M. Trochu n'avait-il pas, dans une réunion de députés, quelques jours avant le 4 septembre, déclaré que toute armée de secours lui manquant, il ne comptait plus que sur la garde nationale?
Flourens, ne voulant pas attendre, était décidé à som mer le gouvernement d'agir. Dans la soirée du 4 octobre, il fut décidé, entre ses officiers et lui, que les cinq bataillons iraient, en armes, réclamer au gouvernement les dix mille chassepots laissés inutiles dans les magasins de l'État, la levée en masse, la sortie immédiate contre les Prussiens en nombre suffisant pour vaincre, les élections municipales, le réquisitionneraent et le rationnement de toutes les subsistances. Flourens avait averti lui-même, le matin, le gouvernement qu'il se présenterait ainsi devant lui. Les bataillons se rangèrent sur la place de Grève, tandis que les officiers montaient à l'Hôtel-de- Ville oiï Trochu, Gambetta, Dorian, Garnier- Pagès, Pelletan, Jules Ferry et Etienne Arago les attendaient. Aux réclamations de Flourens, M. Dorian répondit, en homme de science pratique, que les chassepots mis en réserve étaient destinés aux soldats ou à la mobile, et devaient remplacer les armes qui se perdent ou se brisent; que, pour en fabriquer d'autres, il fallait de l'acier, et qu'on n'avait plus d'acier ; que pour appuyer des sorties, il fallait des canons, et qu'on en fabriquait ; puis le général Trochu appelant Flourens : Monsieur le major, lui reprocha paternellement — l'expression est de Flourens, — d'avoir abandonné le rempart. Flourens répondit en donnant sa démission, et ses officiers, parmi lesquels était M. Cyrille, la donnèrent après lui. « Eh bien, alors, moi aussi, répond M. Trochu, je donne ma démission. » Gambetta essaie de prouver que l'ajournement des élections municipales était une mesure rendue nécessaire par l'état de siège. Flourens maintenait sa démission. « Si le sang coule ce soir dans Paris, s'écria
M. Jules Ferry, on dira que c'est vous qui l'avez fait couler? » N'écoutant rien, pâle, résolu, Flourens sortit froidement de l'Hôtel-de- Ville, et quand il parut, l'épée nue à la main, devant ses bataillons dont la musique, sur la place, jouait la Marseillaise, une acclamation retentit qui arracha ce mot à Millière, présent à cette journée : — « Allons, foule, applaudis, fais wn roi de Paris, donne-toi un dictateur! »
Flourens raconte qu'il emporta de son entretien avec les gouvernants de l'Hôtel-de -Ville, cette persuasion « qu'il faudrait, pour sauver Paris, en venir aux mains avec ces gens-là. » La manifestation du 5 n'eut d'ailleurs aucun effet sur la population, qui n'était pas encore exa~ cerb-ée et croyait fermement à un homme, ce qui était un tort, et à une idée généreuse, ce qui était juste. L'homme, c'était le général Trochu, dont le plan, disaiton, devait certainement sauver la France. L'idée, c'est que toute discorde était criminelle devant l'ennemi. La confiance dans le chef fut ébranlée avant la fin du siège, mais la soumission à l'idée de concorde anima jusqu'à la fin les cœurs des citoyens. Comme pour répondre à la manifestation de Flourens et de ses soldats, M. Gambetta faisait afficher d'ailleurs, dès le lendemain, cette courte et rassurante dépêche qui, malgré sa forme, produisit une vive et favorable impression.
« La province se lève et se met en mouvement.
« Les départements s'organisent.
« Tous les hommes valides accourent au cri de : Ni un pouce de terrain, ni une pierre de nos fo?'teresses, ius d l'ennemi! guerre à outrance.
« Signé Glais-bizoin.
« Pour copie conforme :
« Le ministre de l'intérieur^ « LÉON GAMBETTA. '
« Paris, midi et demi, 6 octobre 1870 1. » 1 . Le Journal Officiel contenait, en même temp?,, une note rela-
• Cette dépêche montrait à Paris la province sous un jour favorable, éloigné de la réalité. Nous aurons à décrire plus tard le désarroi ou plutôt l'inaction qui régnait alors en France, grâce à l'administration sénile de la délégation de Tours. Le gouvernement de Paris résolut d'adjoindre à MM. Crémieux, Glais-Bizoin et à l'amiral Fourichon un élément de patriotisme plus viril, et M. Gambetta monta dans le panier du ballon VArmand- Barbès, disant en souriant : « C'est peut-être mon avantdernier panier ! » Il partit, laissant Paris au moment d'une crise intérieure que son patriotisme eût pu calmer ; et certains de ses adversaires, entre autres Delescluze, ne virent dans ce départ que ce qu'ils appelaient une échappatoire du fin Génois. La vérité est que, malgré les nouvelles rassurantes données par la délégation de Tours, qui parlait de deux armées de 80.000 hommes en marche sur Paris, de la situation excellente de Bazaine à Metz, du magnifique équipement de nos soldats et des ressources de notre artillerie, il était temps qu'un homme vigoureux et jeune donnât à la défense nationale en province une impulsion qu'elle n'avait pas. Il faut regretter que M. Gambetta n'ait point quitté Paris dès le 7 ou le 8 septembre, organisant incontinent la guerre défensive. La France y eût gagné un mois, dontles heures valaient des semaines, le mois oîi l'agglomération des forces allemandes devant nos citadelles assiégées empêchait M. de Moltke de faire, avec les troupes considérables dont il disposa plus tard, la campagne de France.
M. Gambetta, remplacé au ministère de l'intérieur parM. JulesFavre, chargé de l'intérim, emportait, au nom du gouvernement de la Défense nationale, une proclamation aux Français , proclamation patriotique, à
tive à ces manifestations, qui ont le tort grave « de donner a la cité ■parisï&nne des apparences de séditioii aussi contraires à la réalité que favorables aux desseins deVennemi », et il ajoutait nettement que Je telles manifestations ?2e devaient plus avoir lieu.
laquelle il ajouta le tableau éloquent, mais un peu exagéré, de Paris, qu'il présentait comme un vaisseau immense, armé et garni de défenseurs jusqu'aux hunes ^ Ce tableau à la Barère dut au surplus agir sur l'imagination du peuple de France, et stimuler le patriotisme de la nation.
A peine M. Gambetta était-il parti, que les manifestations continuaient. Elles ne réussissaient jamais et n'aboutissaient même pas toujours. M. Blanqui, élu chef d'un bataillon de la garde nationale de Montmartre» après le 4 septembre, essayait d'organiser, le 7 octobre, une nouvelle manifestation contre l'Hôtel-de-Ville, échouait dans sa tentative, et, soumis ensuite à la réélection, ne parvenait pas à être confirmé dans son grade par le suffrage de ses soldats ^.
Peu après, le commandant Sapia, du 146"= bataillon, distribuait des cartouches à ses hommes, et les engageait à son tour à marcher sur l'Hôtel-de- Ville. Les gardes nationaux eux-mêmes l'arrêtaient et le conduisaient à Tétat-major delà place. M. Sapia, dont le nom reviendra sous notre plume à l'occasion du 22 janvier, fut acquitté par le conseil de guerre chargé de le juger.
C'était le 8 octobre que le commandant Sapia faisait appel à la guerre ci\ile. Ce jour-là était la date choisie par les opposants pour organiser contre le gouvernement une manifestation imposante. Le Journal Officiel du 7 octobre ayant, par une note assez ferme, déclaré qu'en présence des sommations reçues et des menaces, il était de sa dignité et de son devoir d'ajourner jusqu'à la levée de l'état de siège les élections municipales, une affiche du Comité central des vingt arrondissements de Paris avait, en réponse à cette note, été placardée sur tous les murs de la ville, réclamant énergiquement la Commune de Paris. C'est sur ce mot mal interprété,