‹ Histoire de la Révolution de 1870-71Chapitre 37 sur 59 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Le siège de Metz. — Le blocus commence dès le 19 août. — Dépêche de Mac-Mahon du 22 août. — Bazaine qui la reçoit demeure inactif. — Journée perdue le 26 août. — Attaque de Servigny et de Noisseville (31 août). — Retraite inexpliquée du 1er septembre. — Inaction continue du maréchal. — Négociations. — La mission de M. Régnier. — Le général Boyer part pour Versailles, puis pour l'Angleterre. — Affaire de Ladoncharaps. — L'armée affamée. — Son désespoir. — La capitulation.

Lorsque Paris apprit la nouvelle de la capitulation de Metz, son courroux fut d'autant plus grand que sa confiance avait été plus profonde. A l'heure oii Strasbourg était tombée, l'impression éprouvée n'avait été que de la douleur; la ville martyre paraissait depuis de longs jours condamnée. Metz, au contraire, semblait devoir résister et son armée paraissait pouvoir vaincre. Paris fut secoué par la colère en apprenant ce triste dénoûment. Mais s'il eût connu alors les véritables phases, bien ignorées à cette époque, de la capitulation de

Metz, Paris eût bien plus encore senti la rougeur lui monter au front et le courroux lui entrer au cœur.

Les Prussiens ne se vantent pas trop de leur campagne devant Metz. Ils ont raison. Ce nom ne marque pour eux une victoire que parce que l'homme qui commandait à Metz prit soin de la leur rendre plus facile et comme inévitable. Encore une fois la France avait compté en toute sincérité d'oubli et d'abandon sur le maréchal Bazaine. Elle avait mis en lui son absolue confiance. C'est lui pourtant qui, entre tous, fit, par sa conduite inexplicable ou plutôt trop explicable, avorter tous nos espoirs, et rendit, hélas ! inutiles tous les efforts d'un peuple qui comptait sur des héros et fatalement rencontrait des traîtres.

Nous nous attachons, dans le cours de ces récits, à être trop modéré et trop calme pour qu'on nous accuse de céder à la passion et de présenter les événements ou les hommes sous des couleurs trop noires. Nous nous vouons à la recherche de l'impartialité ; notre passion est celle du vrai et, partout où nous rencontrons une vérité inconnue, méconnue ou proscrite, nous nous efforçons de la mettre en lumière. Ainsi donc, on ne dira pas que nous accumulons à plaisir sur un homme la calomnie de la légende. Nous faisons, au contraire, le procès de la capitulation de Metz en tenant à la main les témoignages de l'histoire. Au surplus, depuis que ces pages ont vu le jour pour la première fois, un conseil de guerre a parlé et celui qui fut le maréchal Bazaine a été condamné àlapeinede mort avec dégradation militaire, pour n'avoir pas fait tout ce que lui prescrivaient le devoir et l'honneur. Nous aurions pu nous taire à demi devant l'expiation ; nous ne pouvons, devant le prisonnier fugitif, que laisser parler la conscience publique indignée.

Au lendemain de la gigantesque bataille du. 18 août, — qui eût pu devenir une victoire pour nous si le maréchal Bazaine eût, nous le répétons, protégé sa droite (corps

Canrobert) en mettant la garde en réserve derrière Saint-Privat-la-Montagne ou encore essayé de tomber, par sa gauche, sur les bagages des Prussiens qu'il mettait en désordre, — l'armée française avait pris position autour de Metz et s'était retirée sous la protection des forts, tandis que l'ennemi commençait cet investissement qui devait nous conduire à la capitulation.

A peine avions-nous dessiné ce mouvement de .-ecul, que les Prussiens s'occupaient à nous fermer les routes autour de Metz, coupant la voie ferrée de Thionville, le télégraphe de la route de Briey, détruisant les ponts de l'Orne, et enserrant la ville de Metz dans un cercle de positions difficiles à attaquer. Au nord, une partie de la plaine de Thionville était occupée par leurs troupes ; à l'est, toute la ligne de Vrémy à Ars-Laquenexy, en passant par les villages de Failly, Servigny, Noisseville ; au sud, ils tenaient Peltre et Ars-sur-Moselle ; à l'ouest, ils avaient pris les positions abandonnées par nous, Saint-Privat, Jussy, etc. C'en était fait : le blocus commençait, le blocus de cette ville inexpugnable, le blocus d'une armée qui venait de livrer les plus formidables batailles du siècle, et qui n'en ressentait qu'un plus âpre désir de continuer la lutte. Au début du siège, l'esprit de cette magnifique armée de Metz était en effet excellent. « Le soldat d'infanterie, dit le général Deligny ', avait conscience de la supériorité de son arme ; la cavalerie avait pris de l'ascendant sur celle de l'ennemi, qu'elle n'avait jamais hésité à aborder, et, si l'artillerie était inférieure à celle de l'ennemi sous le rapport du nombre des canons, de leur calibre et de la vitesse du tir, on savait déjà qu'en rapprochant les distances et en combattant de plus près, cette infériorité était notablement diminuée. » On pouvait donc tout tenter et tout espérer avec une telle armée, à la condition que le com-

1. Armée de Metz, par le général Deligny, commandant le 1" division d'infanterie delà gajde (voltigeurs).

Page 1