SpoU, Campagyie de la Moselle
nîstration militaire atteignit là le comble (l*une criminelle impéritic. « Voici, écrit M. Gh. Fay, quelle était exactement, le 16 au matin, la situation en vivres des 2" et 6^ corps : le premier attendait les rations que l'intendant devait envoyer de Metz, et il n'avait pas une journée complète de biscuit, pour le 17, rien autre chose que du riz ; pas d'avoine depuis le 14 pour le régiment de cavalerie de la brigade Lapasset (le 3^ lanciers, qui avait dû charger deux fois). Au 6^ torps, l'intendant peut à peine donner un jour de biscuit; il n'avait ni viande, ni café, ni sucre, ni sel, ni riz ! » Et nous sommes en France, et nous sommes à sept kilomètres d'une ville comme Metz, oii, écrit Bazaine à l'empereur, l'établissement pyrotechnique na pas les moyens nécessaires pour confectionner les cartouches.
Quel incroyable oubli de toute précaution, et quel renversement de toute espérance! Et voilà ce que le gouvernement impérial avait fait de la France : une machine sans ressort, en proie au désordre, détraquée et poudreuse, incapable de servir.
Le maréchal battit donc en retraite. L'armée était stupéfaite et navrée. Elle savait que du côté de Pont-à- Mousson des renforts arrivaient à l'ennemi, et elle ne concevait point qu'on ne les attaquât pas dans leur marche. Battre en retraite après la journée du 16 lui paraissait une de ces impossibilités inexplicables que l'humeur française est immédiatement portée à appeler du nom de trahison. Lorsqu'il se dit timhi, le soldat n'entend pas toujours signifier qu'il est vendu, mais seulement qu'il est mal commandé. Et certes c'était le cas de cette vaillante armée de la Moselle. « De direction générale, aucune, dit le général Deligny ; de mouvements coordonnés, aucun; de but précis, aucun! »
En attendant, on battait en retraite. Ordre fut donné, le 17, à nos soldats, de se fortifier dans leurs positions. Bazaine, qui pouvait attaquer le 17 au matin, prévoyait, le 17 au soir, une redoutable attaque des Prussiens. Le
nombre des troupes allemandes, sans cesse grossi par l'arrivée des corps en marche, s'élevait dans la soirée du 17 à 200.000 hommes.
Du 14 au 18, Bazaine avait laissé s'accomplir la con centration formidable des troupes ennemies. L'armée allait payer cher l'inactivité singulière de son chef.
La ligne de bataille des Français, le 18 août au matin, avait l'énorme défaut d'être beaucoup trop étendue. Notre gauche, formée par le 2" corps (Frossard), partait du village de Rozérielles, s' étendant jusqu'au Point -du- Jour, et ayant devant elle le 7'' corps prussien, à demi blotti dans les bois de Vaux, derrière les forges d'Arssur-Moselle. Le centre, formé par les 3" et 4^ corps, s'appuyait sur les fermes de Moscou, Leipzick et la Folie, jusqu'à Montigny-la-Grande. Le corps Canrobert (6^ corps) formait la droite, vers Amanvillers. C'était sur lui qu'allaient porter tous les efforts de l'armée ennemie. A Gravelotte, le 18, comme à Rézonville, le 16, les Prussiens eurent pour tactique de tourner l'armée en enfonçant notre droite. Mais, cette fois, malheureusement, le poids écrasant de leur nombre devait remporter. Au surplus, comment Bazaine opposait-il à la masse ennemie un front de bataille aussi étendu? Pourquoi, par quelle incroyable aberration ou par quel calcul laissait-il la garde impériale derrière Lessy, abritée par le fort de Plappeville, et si loin du champ de bataille? Enfin, comment lui, chef d'armée, ne se trouvait-il pas sur le lieu de l'action? Autant de questions accusatrices auxquelles, malgré son mémoire justificatif, il n"a pas encore répondu.
Dès le matin du 18, notre armée, établie sur la ligne culminante des hauteurs qui forment comme un long plateau devant lequel se déroulent les deux routes qui vont à Verdun, Tune par Conflans, l'autre par Mars-la- Tour, avec le village de Gravelotte comme point d'intersection, nos soldats voyaient défiler à l'œil nu, au-dessus de Gravelotte. des masses de troupes prussiennes
qui traversaient la route de Verdun et semblaient disparaître dans les bois. « Tout le monde, dit un témoin, officiers, soldats, voit ce mouvement; mais dans l'étatmajor personne ne bouge, et ce sont des officiers qui vont prévenir les généraux ! On fait distribuer quelques instants après des outils, et nos soldats font rapidement trois lignes de tranchées-abris. » Cette fois, Lebœuf et Frossard, l'organisateur de la défaite et le vaincu de Forbach, utilisent leurs connaissances spéciales. En peu de temps, les positions pour les canons et les mitrailleuses sont indiquées, et nos fantassins, postés dans les bois du vallon, attendent l'ennemi, prêts à le recevoir par le feu de leurs chassepots.
Vers midi, l'attaque se dessine sur la droite, puis, tout à coup, vers Saint-Hubert et le Point-du-Jour, nos soldats voient descendre de Gravelotte des masses noires d'infanterie prussienne. L'artillerie française envoie d'abord ses obus dans ces tas mouvants de chair humaine, puis, l'ennemi avançant toujours, les mitrailleuses entrent en ligne, et le carnage est épouvantable. Les mitrailleuses font feu par-dessus la tête de nos fantassins, dont la mousqueterie s'unit à leurs décharges incessantes. L'artillerie prussienne riposte avec sa vigueur et sa précision habituelles, et alors s'engage le long des lignes d'Amanvillers une des plus terribles et des plus sanglantes batailles du siècle.
Tandis que, sur notre droite, nos soldats tenaient en échec le T corps prussien et que le Mont-Saint-Quentin envoyait ses obus jusqu'à Ars oîi se massaient les réserves ennemies, notre droite résistait aux attaques furieuses du V corps établi dans les bois de la Gusse ; mais les Allemands, durant toute cette journée, par une manœuvre audacieuse mais imprudente aussi, et qui eût pu leur coûter cher, déplaçaient la plus grande partie de leurs forces pour les jeter sur le corps de Canrobert. C'est ainsi que le 10*= corps partait de Mars-la-Tour pour se rendre avec la garde royale, partie de Doncourt jusqu'à Saint-
Ail, et, de là, attaquer Sainte-Marie-aux-Chéues, notre extrême droite, tandis que le 12" corps (Saxons) contournait le champ de bataille pour prendre à revers Saint- Privat-la-Montagne, oii l'ennemi venait se briser contre nos tirailleurs, — et déborder par là notre droite. Conçoit-on qu'on ait laissé exécuter cette marche de l'ennemi sans l'inquiéter? Il fallait ou mettre la garde en réserve à Saint-Privat et Amanvillers ou la jeter par Gravelotte sur cette armée en mouvement qu'elle eût coupée et certainement battue. Et cette douloureuse journée devenait une victoire peut-être décisive. Mais non, Bazaine demeurait inactif avec cette garde, ces soldats d'élite inutilisés. Et lorsque, vers cinq heures, l'aile droite des Prussiens commençait à se replier et se retirait sur Gravelotte, poursuivie par nous, le corps saxon ayant achevé son excentrique mouvement tournant, débouchait sur le 6" corps qui venait de refouler la garde royale, et 60.000 hommes de troupes fraîches se ruaient, avec des hurrahs, sur nos soldats harassés. Il faut lire dans la relation du grand état-major allemand quels efforts durent tenter les Prussiens pour nous enlever Saint- Privat. La garde royale avait été si bien repoussée, un de ses bataillons perdant tous ses officiers^ que — les Prussiens l'avouent eux-mêmes — Yélan était rompu et leur situation fort critique. « On devait s'attendre, con- « tinue le récit de l'état-major allemand, avoir l'ennemi » (les Français) prononcer un vigoureux retour offensif « et culbuter sur Sainte-Marie les lignes sans consistance « de l'assaillant. Mais, chose singulière, rien de semblable « ne se produisait. » Cet étonnement de l'ennemi, traduit par l'expression chose singulière, est bien fait pour nous donner l'idée de l'incurie, du manque d'énergie du commandant en chef. Les Allemands, dont \&?, compagnies fondaient à vue d'œil sous le feu meurtrier des ckassepots*,
i. 6e livraison de la Guerre Franco-Allemande (Berlin), Siegfried Mittler, libi'aire de la covur.
mirent, au contraire, à profit notre inaction. Une batterie foudroyante, subitement démasquée à Saint-Ail, ouvrait bientôt les rangs des soldats de Canrobert, et la garde royale et le 10" corps prussien se précipitaient vers la plaie béante faite dans cette masse humaine, tandis que les Saxons la prenaient à revers. C'était le moment terrible de la journée. Vainqueurs à gauche, peu entamés au centre, la bataille était à nous si cette suprême attaque était repoussée. Elle l'eût été si la garde, accourue de Plappeville, eût donné ce soir-là! Chacun au surplus redouble d'âpre acharnement. Un bataillon du 28* de ligne se laisse anéantir presque jusqu'au dernier homme dans le fossé qui lui sert de retranchement. Canrobert combat en soldat l'épée à la main ^ , au premier rang, disant : En avant ! à ses soldats qui n'ont pas besoin de son encouragement. Il résiste deux heures, peudant deux heures avec 20.000 hommes décimés, il dispute cette terre trempée de sang à plus de 80.000 ennemis. Il faut que M. de Moltke tire, à son tour, l'épée du fourreau et lance les Poméraniens à l'assaut des hauteurs que l'artillerie enfile vainement de ses obus. Nos soldats résistent toujours. Mais à la nuit tombante, le lugubre cri, le hurlement joyeux des Allemands couronnant le plateau retentit sur ce champ de bataille, et nos soldats aperçoivent, redescendant vers Metz, le 6'' corps écrasé qui se replie en désordre. L'artillerie de la garde accourue, arrête l'élan des ennemis et les foudroie pendant que la division des grenadiers de la garde essaie, mais trop tard, de reprendre Saint-Privat et Sainte-Marie-aux-Chênes. Il est nuit. Tous ces petits villages embrasés, ces fermes incendiées projettent sur le champ de bataille leurs sinistres lueurs. Notre déroute est complète sur la droite, et pourtant les Allemands ne se risquent à bivaquer
l, Ferrirand Delaunay, Histoire de la campagne de France, tomeie', p. 292.
que jusqu'à Amamillers, contenus encore par le corps Ladmirault qui se replie en combattant, tandis que deux corps d'armée, le 3^ et le 2% demeurent, pendant la lugubre nuit qui suit cette journée de carnage, maîtres de leurs positions, devant Gravelotte.
Ces deux corps ne se retirèrent que le lendemain matin où ils allèrent camper dans les vignes, derrière les forts de Plappeville et de Saint-Quentin.
Nos soldats s'étaient battus héroïquement, non pas en désespérés, mais au contraire en hommes qui espèrent la victoire. Et, pour la leur assurer, le commandement seul manqua. Eh quoi! à l'heure où le roi de Prusse, ce vieillard, restait, pendant tout le jour, assis sur une planche posée sur deux barils, et buvant de temps à autre un peu de vin ; sur ce champ de bataille où il put voir la plus grande partie de son régiment privilégié, le régiment de la reine de Prusse, couché à terre par nos coups ; à cette heure même, le maréchal Bazaine, calme, indifférent, demeurait paisiblement entre les deux forts de Plappeville et de Saint-Quentin, à plusieurs kilomètres du combat ! Peut-être trouvait-il qu'il avait assez exposé le chef de l'armée dans la journée du 16. Toujours est-il qu'il n'assistait pas à la bataille, et lorsque le général Changarnier, à la tribune de l'Assemblée nationale, a voulu risquer une plaidoirie en faveur du maréchal, il a, au contraire, prononcé un véritable acte d'accusation en disant que Bazaine n'avait pas eu la bonne fortune de se trouver sur un champ de bataille où plus de cent mille de ses soldats combattirent et où tombèrent 11.000 hommes de son armée.
En outre, et comme toujours, les munitions manquèrent. L'artillerie dut battre en retraite, n'ayant plus de projectiles. Dès quatre heures de l'après-midi, les fourgons étaient vides. Et pourtant, cette armée si mal commandée, si mal organisée, arrachait à son vainqueur cet aveu qui peut passer pp ur un amer titre de gloire : « Pas un trophée, pas r/Ci. canon démonté ne restèrent
« entre nos mains.... Plus de 40.000 morts ou blesses « prouvent l'acharnement de ce combat, qui dura neuf « heures et dans lequel la vaillance des Allemands ne « triompha qu'à grand'peine de l'opiniâtre résistance des « Français ^ »
Ce fut. à propos de cette bataille glorieuse mais funeste, et qui eût pu tourner à la défaite de l'ennemi, que M. de Palikao, ministre de la guerre, annonça au Corps législatif français, aux représentants de la nation que « trois corps d armée qui s'étaient réunis contre le maréchal Bazaine avaient été, d'après des renseignements dignes de foi, rejetés dans les carrières de Jaumont. »
Et les très-hienî très-bien! des députés précédaient la crédulité du pays qui prêtait une foi absolue aux absurdes romans imaginés sur ces carrières de Jaumont. 30.000 hommes y pourrissaient en même temps. On avait jeté des tombereaux de chaux sur leurs corps et, chose effroyable, on entendait encore, disait-on, des gémissements douloureux sous cette couche blanche. Cette fable des carrières de Jaumont, accréditée par la presse anglaise, aurait été, dit-on, payée par le ministère à un correspondant britannique tout dévoué à la cause bonapartiste - .
Le lendemain de la bataille de Gravelotte, Bazaine écrivait à Mac-Manon « qu'il comptait toujours opérer son mouvement de retraite par Montmédy. » (Voy. les Papiers des Tuileries.) Mais, en même temps, il parlait de Pinves-
1. La Guen'e autour de Metz, par un général prussien, (Cassel, 1871.,
2. On a fait tant de bruit de celte affaire des carrières de Jaumont, que je crois devoir donner ici une partie du travail spécial [lublié sur ce sujet par M. Wachter, dans le journal le Soir du 19 septembre 1871. Ce doit être en effet la vérité. Les carrières de Jauniout existent, mais elles sont situées assez loin en arrière des positions françaises. On ne s'est même pas battu de ce côté. C'est prés delà ferme Saint-Hubert, à la gauche de notre armée, que se trouvent, près de 1.'' route, les carrières du Caveau. Sur ce point cul lieu un combat meurtrier pour les Allemands, dont l'avant-gardc, reçue par nos chassepots, se replia tout d'abord en désordre. Ici, je laisse parler l'écrivain du Soir:
tissement de Metz dans une dépêche à l'empereur (20 août). Le 22, il télégraphiait au ministre de la guerre : « L'ennemi grossit toujours et paraît commencer à nous investir. » Il occupait, en effet, la voie ferrée reliant Metz à Thionville, interceptait la route de Paris, coupait les fils du télégraphe sur la route de Briey et détruisait les ponts de l'Orne, affluent de la Moselle. Ainsi le blocus commençait. Bazaine pouvait encore le rompre, mais il attendait, paraît-il, le secours de Mac-Mahon.
De cette sorte, vers la fin du mois d'août, la position des armées ennemies était celle-ci :
Bazaine, rejeté sous Metz, n'ayant pas su hâter sa marche le 14 et le 15 août, ou profiter de la journée du IG, se trouvait forcé de livrer un gigantesque combat pour rompre le cercle de fer qui l'étreignait ,
Frédéric-Charles investissait étroitement la place de Metz dont il n'osait faire le siège, et préférait le blocus à l'assaut des ouvrages armés.
« En apercevant la déroute de ses troupes, le général Zastrow eut la malencontreuse idée d'envoyer par la route impériale trois batteries de la réserve du 7^ corps d'armée escortées par le 4<' régiment de uhlans, afin de protéger ses soldats débandés. Peu d'instants après, hommes et chevaux, échappés à un carnage effroyable, se repliaient pêle-mêle par la gorge étroite formée par la route à la hauteur de la ferme de Saint-Hubert. La terreur des fuyards était encore augmentée par le feu de nos tirailleurs embusqués dans le bois des Génivaux.
« Tous ceux que leur mauvaise chance fit s'engager dans le défilé à peine large de vingt mètres, compris entre le bois et les carrières du Caveau, furent ou fauchés par la mitraille ou précipités dans le gouffre. Il a dû se passer là des scènes terribles dont il ne reste plus que des témoignages muets et cependant très-concluants. Les carrières sont entourées de tombes, les numéros des régiments, inscrits sur les croix, nidiquent que le 8^ corps de Goeben a essayé de soutenir son voisin le 7^; car, parmi les morts, figurent un grand nombre des officiers du 60" d'infanterie et du S" bataillon de chasseurs, qui font partie des 29e et SQc brigades.
(( Le fond des carrières n'a plus sa couleur terreuse ordinaire ; il est d'un beau vert, et les habitants m'ont dit que ces gazons recouvraient les fosses des chevaux qu'ils ont été chargés d'y enterrer. Les dimensions des tumuli donnent à penser que le chiffre des chevaux précipités dans les carrières peut être de trente à quarante ; celui des
En Alsace, Strasbourg neutralisait la division badoise, qui bombardait sans pitié la malheureuse ville.
Mac-Mahon remontait vers l'Ardenne, voulant tomber sur les dernères de Farmée de Frédéric-Charles, et donner la main à Bazaine après avoir troué les lignes d'investissement ; mais il allait se heurter contre l'armce du roi, tandis que l'armée du Prince royal, arrivée à Chàlons, repartait aussitôt, suivant Mac-Mahon de près et 'edoublant d'activité strictement réglée.
Sans entrer dans d'autres explications topographiques ou géographiques, nous croyons qu'on peut se rendre un compte exact de la situation respective des Allemands et des Français.
Pour nous, la situation n'était point désespérée, quoique compromise, si Mac-Mahon, fondant brusquement sur l'ennemi, ne s'attardait pas en chemin, et si Bazaine
hommes doit être plus considérable;, mais la plupart ont dû amortir leur chute en s'accrochant aux anfractuosités des roches, qui présentent beaucoup de parties molles.
« L'imagination populaire se plaît à exagérer les pertes essuyées par l'ennemi dans les premières batailles de la campagne, cependant elles étaient assez importantes pour que le gouvernement de Berlin se crût autorisé à les dissimuler. En feuilletant le Militair-Wochenhlatt, je trouve, dans son numéro du 19 août 1871, que les pertes officiellement constatées à la bataille de Saint Privât ou de Gravelotte sont de 310 officiers tués, dont 271 Prussiens, 17 Saxons, 22 Hessois, et de 3.905 hommes, dont 3.356 Prussiens, 200 Saxons et 159 Hessois. Le chiffre des blessés est, en rase campagne, au moins cinq fois plus considérable que celui des hommes tués raide; on peut donc conclure des renseignements officiels qu'à la batailla de Gravelotte, les Allemands ont eu 25.000 hommes hors de combat.
« C'est aux abords de la ferme de Saint-Hubert et sur la gauche de la route de Briej% entre Saint-Privat et Sainte-Marie-aux-Chênes, que les tombes sont de beaucoup les plus nombreuses et les plus rapprochées ; on peut donc se faire une idée du massacre qui a eu lieu sur le premier de ces points dont la surface ne dépasse guère celle de la place de la Concorde. La ferme Saint-Hubert et les carrières du Caveau étant situées sur la grande route, les paysans ont vaguement parlé de carrières près desquelles avaient péri un grand nombre d'hommes ; le lendemain, un de ces individus qui parlent de tout sans rien savoir aura cité les carrières de Jaumont, et c'est ainsi qu'est née cette fable que les Parisiens ont crue, parce qu'elle leur donnait une bonne nouvelle et flattait leur amour-propre. »
faisait, autour de Metz,^ craquer les lignes ennemies par un effort puissant et résolu.
Mais Mac-Mahon avait cet obstacle traîné à sa suite, Tempereur, et Bazaine, n'ayant pas su tirer parti de l'armée à Gravelotteet àRézonville, avait déjà pris cette attitude molle, indécise, funeste, dont l'histoire lui demande un terrible compte.
Mais, je le répète, à l'heure dont nous parlons, au moment de ces marches des armées ennemies, à la veille de Mouzon, de Carignan et de Sedan, la France espérait encore. Elle espérait toujours. Elle comptait sur Bazaine. Elle comptait sur Mac-Mahon. Et elle écoutait, certaine, hélas ! que du côté de Metz et du côté de l'Ardenne lui viendrait bientôt un écho de victoire.
La déception devait être d'autant plus terrible, d'autant plus atroce et cuisante que l'illusion 4tait forte et moins raisonnée. Mais les nations flagellées, comme les malheureux et les pauvres, ont besoin de mirages, d'illusion et d'espoir. Le rêve (et cela console) leur fait oublier la réalité. Mais ce sont des rêves que nations et individus payent cher, comme tous les mensonges.