‹ Histoire de la Révolution de février 1848Chapitre 11 sur 43 · LIBERTÉ , EGALITE , FRATERNITE · texte numérisé non relu

LIBERTÉ , EGALITE , FRATERNITE

«Le Gouvernement provisoire, convaincu que la grandeur d'âme » est la suprême politique, et que chaque révolution opérée par le » peuple français doit au monde la consécration d'une vérité philoso- » phique de plus;

» Considérant qu'il n'y a pas de plus sublime principe que l'inviola- » bilité de la vie humaine ;

» Considérant que, dans les mémorables journées où nous sommes, » le Gouvernement provisoire a constaté avec orgueil que pas un cri » de vengeance ou de mort n'est sorti de la bouche du peuple ;

» Déclare :

» Que dans sa pensée la peine de mort est abolie en matière poli— » tique, et qu'il présentera ce vœu à la ratification définitive de l'As- » semblée nationale.

» Le Gouvernement provisoire a une si ferme conviction de la vérité » qu'il proclame au nom du peuple français, que si les hommes cou-

» pablos qui viennent de faire couler le sang de la France, étaient dans » les mains du peuple, il y aurait a ses yeux un châtiment plus e\em- » plaire à les dégrader qu'à les frapper. »

Enfin, une proclamation émanée du conseil, annonça, en ces termes, aux habitants de Paris que le Gouvernement provisoire inaugurerait le lendemain l'avènement de la République:

« Demain dimanche, 27 février, ù deux heures, MM. Arago, Dupont » (de l'Eure), Albert, ouvrier, Armand Marrast, Ferdinand Flocon, » Lamartine, Marie, Louis Blanc, Crémieux, Ledru-Rollin, Garnier- » Pages, membres du Gouvernement provisoire de la République » française, partiront de l'Hôtel de ville pour se rendre à la colonne » de Juillet, où sera inaugurée, devant la garde nationale et le peuple, » fraternellement unis, la grande date de la liberté reconquise. »

Puis, des milliers de voix, s 'échappant de toutes les croisées de l'Hôtel de ville, crièrent au peuple assemblé sur la place de Grève, que le Gouvernement provisoire allait descendre une seconde fois, pour présenter une grande mesure à sa ratification. En effet, tous les membres du conseil, confusément entourés et suivis d'un nombreux cortège, s'avancèrent sur le perron. Après une formidable acclamation, la foule fit un religi ;ux silence, et Lamartine, s'avançant vers la balustrade, un papier à la main, s'exprima ainsi :

« Citoyens ! le Gouvernement provisoire de la République vient » prendre le peuple à témoin de sa reconnaissance pour ce magnifique » concours national qui vient accepter nos nouvelles institutions.

»Le Gouvernement provisoire de la République n'a que d'heureuses » nouvelles à annoncer au peuple assemblé.

» La royauté est abolie.

» La République est proclamée.

» Le peuple exercera ses droits politiques.

» Des ateliers de travail nationaux sont ouverts pour les ouvriers » sans salaire.

» L'armée se réorganise. La garde nationale s'unit indissolublement » avec le peuple pour fonder promptement l'ordre, de la même main » qui vient de conquérir la liberté.

» Enfin , citoyens, le Gouvernement provisoire a voulu vous ap- » porter lui-même le dernier des décrets qu'il vient de délibérer et do » signer dans cette mémorable séance, l'abolition de la peine de mort » en matière politique.

» C'est le plus beau décret, citoyens, qui soit jamais sorti de la » bouche d'un peuple le lendemain de sa victoire.

» C'est le caractère de la nation française qui échappe en un cri spon- » tané de l'àuie de son gouvernement. Nous vous l'apportons, je vais » vous le lire. 11 n'y a pas de plus digne hommage au peuple que le » spectacle de sa propre magnanimité. »

L elonnement et l'admiration se disputaient le peuple. Quelques groupes manifestèrent une minute d'hésitation, mais bientôt de frénétiques applaudissements éclatèrent de toute part, et le Gouvernement provisoire rentra sous les voûtes de l'Hôtel de ville, respecté, incontesté et obéi.

Sauf quelques rumeurs isolées, il n'y avait plus de place dans les cœurs que pour l'enthousiasme, la joie et l'espérance.

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