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loin de leurs collègues. Accouru ou plus fort de la tempête, le ministre de l'intérieur avait fait d'inutiles tentatives pour traverser la foule, et aller partager les dangers de ses amis. Ses instances et ses luttes musculaires avaient échoué contre le nombre, et il avait dû attendre longtemps, dans la loge du concierge du palais, la possibilité de se frayer un passage.
Enfin, la sécurité était à peu près rétablie, mais la tempête qui s'éteignait disait assez que le moment était venu d'occuper les imaginations par des mesures décisives, et de donner à la République son véritable caractère.
La discussion s'engagea d'abord sur ce drapeau rouge, objet de tant de transes et d'agitations. Il trouva un défenseur énergique dans Louis Blanc qui, sans insister précisément sur l'adoption d'une couleur cousidérée, à tort, comme un appel aux passions farouches, s'y attachait néanmoins comme à l'étendard de l'unité. Puisqu'il n'y a plus de rois, disait-il, pourquoi conserver plus longtemps les couleurs de la royauté? Les signes extérieurs sont, pour le peuple, d'une plus grande importance qu'on ne le croit. D'ailleurs, le drapeau rouge n'était-il pas le drapeau des Gaulois, l'étendard sous lequel nos pères luttaient contre Home et, jusqu'à Jeanne d'Arc, contre les Anglais.
A ces considérations historiques, Lamartine opposa des arguments puisés dans les nécessités et dans les préjugés du moment. Selon lui, renoncer au drapeau tricolore, que les phalanges de la première République avaient si glorieusement promené dans le monde, c'était déchirer en quelque sorte les plus grandes pages de notre histoire, et fournir aux ennemis acharnés de la République un prétexte de dire que sa couleur de prédilection était celle du sang.
C'était là, en etfet, une grave considération ; le conseil le comprit et se rallia unanimement à l'opinion de Lamartine.
Cependant, tout en conservant le drapeau tricolore, on s'arrêta, sans autre débat, à l'idée d'une innovation dans la disposition actuelle des couleurs, et le conseil décréta la mesure suivante :
« Au NOM DU PEUPLE FRANÇAIS,
» Le Gouvernement provisoire déclare (pie le drapeau national est » le drapeau tricolore, dont les couleurs seront rétablies dans l'ordre » qu'avait adopté la République française. Sur ce drapeau sont inscrits » ces mots : République française, Liberté, Égalité, Fraternité, trois
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» mots qui expliquent Je sens le plus lïloruln des doctrines démocrati- » ques dont ce drapeau est le symbole, en même temps que sescou- » leurs en continuent les traditions.
» Comme signe de ralliement, et comme souvenir de reconnaissance » pour le dernier acte de la révolution populaire, les membres du Gou- » vernement provisoire et les outres autorités porteront lo rosette » rouge, laquelle sera placée aussi à la hampe du drapeau (II). »
Une autre proclamation de la même date portait :
« Citoyens de Paris, le coq gaulois et les trois couleurs étaient nos » signes vénérés quand nous fondâmes la République en Franco. Ils » furent adoptes par les glorieuses journées de juillet. Ne songe» pas, » citoyens, à les supprimer ou à les modifier; vous répudieriez les plus » belles pages de voire histoire, votre gloire immortelle, votre courage » qui s'est fait connaître sur tous les points du globe. Conservez donc » le coq gaulois et les trois couleurs; le Gouvernement provisoire le » demande à votre patriotisme. »
Dès ce moment, les membres du Gouvernement provisoire se montrèrent tous avec une rosette rouge ottachée à leur boutonnière, et cette couleur flotta quelque jours encore sur le vieux drapeau de 1789.
Ensuite, le conseil aborda et discuta rapidement une série de mesures de la plus haute gravité, et qui, dons des circonstances ordinaires, auraient exigé des années d'étude et de méditation. Chacun demandait à son cœur et à son intelligence, l'inspiration d'une grande réforme à accomplir, d'une grande injustice à réparer, d'une grande vérité à proclamer, d'un grand acte à offrir au peuple comme la sanctification de sa victoire et la consécration de ses droits. C'était en quelque sorte le travail des générations et la sagesse des siècles, se dégageant dos controverses de la théorie, et passant en quelques minutes dans le domaine des faits accomplis. Toutes les grandes questions de politique, de gouvernement démocratique, d'économie sociale, de philanthropie, d'humanité, de rapports internationaux, de solidarité fraternelle entre les peuples, de paix, de guerre, etc., furent successivement attaquées et discutées dans cette séance, saus soulever do trop ardentes contradictions. Plusieurs de ces discussions se foi roulèrent à l'instant même en décrets ou en proclamations qui, imprimées à quelques pas de la salle du conseil, étaient répandues à profusion dans le peuple.
La spontanéité et la préoision des travaux du Gouvernement provisoire dans cette fin de journée et après tant d'agitations terribles, feront