‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 10 sur 152 · LITRE PREMER (1S55). M · texte numérisé non relu

LITRE PREMER (1S55). M

ments de la plupart des députés, lorsqu'il rqn^seotà Philippe II; déjà très-peu agréable aux Flamands, comme la digne effigie de Charles-Quint, lorsqu'il exprima Tassurance que ce priuce serait ^e digne imitateur des divines et héroïques vertus de son père ; lorsque surtout il déclara que les états te trouvaient « si mer- K veilleusément doué de Dieu et de la nature, que, s'ils avaient « la liberté du choix , ce serait encore sur lui qu^ils jetteraient « les yeux, puisqu'ils ne pourraient trouver au monde^n prince •c si parfait e\ si accompli. » Jacques Macs termina cet emphatique discours eo demandant à l'empereur la oontinuati<Mi de sa bienveiilaiioe pour les Pays-Bas et en fiaisant dés vœux pour l'heo* reux succès du voyage qu'il allait entreprendre. Les états verraient néanmoins avec, plaisir, ajoutait^il , qu'il remit ce voyage à une saison plus propice, afin de ne pas s'exposer aux dangers de la traversée pendant l'hiver '.

Les états généraux ayant donné leur assentinient à la propos sition qui leur était sotmiise de la part de Charles-Quint, celui-ci se leva pour investir le prince d'Espagne de la souveraineté des Pays-Bas. Philippe se jeta aux genoux de son père et voulut lui baiser la main. Mais Charles le serra dans ses bras et lui dit en eq>agnol 3 a Mon cher fils, je vous donne, cède et transporté tous « mes pays de par deçà , comme je les possède, avec toutes les (c amendes, profits et émoluments qui en dépendent. Je vous re- M commande la religion catholique et la justice. » Philippe répondit dans la même langue : « Sire, vous m'imposez une très-grande « charge. Néanmoins; j'ai toujours été obéissant à Votre Majesté, •c et je me soumettrai encore à sa volonté, en acceptant les pays tt qu'elle me cède. Je supplie Votre Majesté de vouloir les se- « courir et de les avoir en bonne recommandation. » Dans ce moment solennel , telle était l'émotion de l'empereur qu'il se

' Analectes belgiques, p. 94-97.

tourna vers les états et leur dit : « Hesseigneuro, vous ûe devez « être émerveillés si» vieux et débile de toUâ mes membres, tel « que je suis, et aussi f)Our l'amitié, je verse quelques larmes ' . ^

Uq secrétaire donna ensuite lecture dés lettres patentes de ii^esh sion de la souveraineté des dix^-sept proviiiees des Pays-Bas et de la Pranche*Gora1é de Boulogne ^ ces iettr» fMNrtaieitt la date du 915 octobi^e et relataient la remontrance fiute aûK états généraux, ainsi que le coosentemeiit donné par ëtix *.

Le nouveau souverain, qui étsat retourné à sa piatte, s'adres^ sant, pour, la première fois, aut états, leur dit, suisse Jèver de son siège : « Messieurs, bien que j'entende ktiisonotafatanent lé 41 tangage français^ je ne l'ai pas encore assez prompt pwur pou* «. voir vous parler en cette langoiev Vous ientendres ce que l'évèque « d!Arras vousdira de ma part '. »

L'évèque d'Ârras était le fils de l'ancien H principal ministre de €hfiries^Quint ; lui-même avait déjà été employé par l'empereur dans les. plus grandes aflEaires, et il était destiné à devenir, sobs te nom de cardinal de Granvelle, tin d^s instruments les plus célèbres du nouveau règne. Il commença par déclarer que Philippe n'acceptait la souveraineté des Pay^BaK que sur le.aom<*maodement formel de son père. Le roi, ajoiitaii son interprète, prend l'engagement d'employer tout ce qu'il a de force et de puissance à la bonne administration et à la défense de ces provinces, et il espère que, de leur o6té» les Belges le serviront loyalement. Il demeurera parmi eux aussi longtemps que les besoins du pays l'exigeront, '^ il y reviendra aussi souvent que sa présence sera jugée nécessaire. » Le roi, continua Granvelle, veillera avec une M attention spéciale au maintien de la religion catholique, vous

' OacsarD, V Abdication, etc., p. 37-39. ' Anakctes helgiques, p. 402 et suiv.

' Gachaad, VAbdicfUionf p. 40.

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u gouvernera en tonte éqtiîté, vousdéfèndra seloB la jastîee, vcfm « conservera vos immunités, vos vieilles lois, vos privilèges, vos M coutumes, «fin qve vous soyez unis et capables de résister à « l'ennemi qui ne cesse de porter envie à votre prospérité; Enfin « il se montrera constamtnent bon prince à votre égard, comiiié « vous, suivant rassuranceque vous en avez donnée à Tempereur, K vous vous montrerez bons sujefts ■ . »

Après GrairveUe, la reine Marie, avec l'autorisiatfon de Tempe* reur, prit à son toar la parole ^. Cette princesse éminente annonça aux états ^éràux qu'elle se démeUatt du gouvernement des Pays-Bas après avw exercé ces diCBciies fonctions pendant vingtcinq ans ; que i'emperéur et le roi, accueillant enfin ses sollicita- (poDs réitérées, lui avaient accordé le repos nécessaire à son âge ; et qu'elle avait résolu de partir pour l'Espagne avec son frère. Les étsts devaient être convaincus, disait la neioe, qu'elle avait employé dansi'adminîstration du pays tout le zèle, le dévouement et le savoir qui étaient en ette. Aussi sûppliait-dle Tempereur, le roi et les députés d'avoir pour agréables les services qu'elle leur avait rendus en qualité de gouvernante. Elle remerciait ensuite les députés du loyal concours qu'ils lui avaient prêté, et les assurait que, partout oii elleserdit , ils trou\'eraient toujours en elle la même affection pourleur patrie, qui était aussi la sienne ^ Pendant le discours de sa sœur, Tempereur avait témoigné son approbation par ses gestes et Texpression de son visage. Lorsque la reine eut fini de parler, Cbarles^Quint se tourna vers elle et la remercia, avec tendresse, des longs et fidèles services qu'elle lui avait rendus 4.

Toutefois Tempereur avait été très-vivement affecté de ladéter-

' Analectes, p. 97-99. Voy. aussi Pontus Heutbrus, fol. 677.

' Analectes, p 99-Î02.

' Elle était née à Bruxelles le 43 septembre 1605.

* Gaghuid, ÏAbdicaHon, etc., p. 44.

â8 LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.

mination prise par la reine douairière de Hongrie, dont l'intelligence virile, l'énergie et Thabileté lui avaient été d'un si grand secours depuis qu'il lui avait confié le gouvernement des Pays- Bas en 4 531 . Aussi la reine jugeart-elle nécessaire de motiver sa résolution. C'est ce qu'elle ava^it fait, deux mois auparavant, par un mémoire justificatif adressé à son frère. Elle lui rappelait qu'elle n'avait d'abord accepté le gouvernement des Pays-Bas que pour peu de temps, et qu'elle n'avait cessé de demander un successeur parce qu'elle se, sentait alors. débile de corps (à cause d'un continuel tremblement de cœur) et trop faible aussi d'enten* dément pour continuer une telle charge..> Voulant montrer que sa résolution était, inébranlable, elle avait fait en présence de son frère le vœu à Dieu de ne pas conserver des fonctions trop pénibles pour une femme; et l'exécutioQ d^ ce vœu n'avait été qu'ajournée, lorsque Tempereur lui eut commandé de conserver le gouvernement pendant la guerre contre le duc de Glèves. La reine rappelait ensuite qu'ayant renouvelé ses instances à Âugs-» bourg, en 4550, l'empereur lui avait promis formellement d'ac* cueillir sa deinande lorsque son fils serait revenu dans les Pays- Bas. Elle réclamait maintenant l'exécution de cette promesse ; elle suppliait son frère, prince si juste et si catholique, de considérer la faute qu'elle commettrait envers Dieu si eUe différait encore d'exécuter le vœu qu'elle avait fait. N'eât-elle pas même fait ce vœu, elle ne. serait pas moins obligée envers Dieu de renoncer, à sa charge, puisqu'elle connaissait son insuffisance. L'empereur lui montrait d'ailleurs l'exemple qu'elle devait suivre, puisque, malgré ses éminentes qualités, il voulait lui-même renoncer à ses couronnes. « Comment donc moi, disait-elle, serai-je assez téméraire pour me croire capable de diriger même un petit État, d'autant plus que, comme femme, je suis impropre aux principaux actes du gouvernement ? J'ai trop d'expérience pour ne pas reconnaître qu'il est impossible à une femme d'exercer

ces fonctions dans la paix et encore moins dans la guerre. Le gouvernement des Pays - Bas est le plus difficile ; car il faut entretenir des relations continuelles avec tous les ordres de TÉtat pour gagner les bonnes grâces tant dé la noblesse que des corn-' munes, ce pays n'étant ni une monarchie absolue, ni une oligar^ chie, ni une véritable république. Or, ce sont des devoirs pénibles pour une femme, principalement si elle est veuve, car la femme, quelle que soit sa qualité, n'est jamafe crainte ui respec* tée comme l'homme. Bien que je porte une grande affection au roi, votre fils, il serait également diir pour une perà)nne comme moi, après avoir servi Votre Majesté jusqu'au bout, dé recom'mencermon apprentissage. Une femme de cinquante ans doit, apite en avoir servi plus de vingt-quatre, se contenter pour lé reste de sa vie d'un Dieu et d'un maître. » La reine signalait ensuite les mœurs de la nouvelle génération, avec laquelle elle ne voudrait ni ne pourrait s'accommoder ; Taffaiblissement du res* pect envers Dieu et envers le princeVie petit nombre d*hommes dévoués, enfin cette anarchie qui se itoanifestait, non-séulement dans les Pays-Bas, mais presque partout. Cet état de dioses i'aCBigeait et l'irritait au point, disait^elle, qu'elle ne voulait pas même vivre, comme personne privée, avec de telles gens ; elle déclarait, en outre, que le soin des affaires lui était maintenant si antipathique qu'elle aimerait mieux gagner sa vie que de continuer ses fonctions. Elle finissait en demandant à Tempereur TBiitùrisation de se retirer en Espagne, comme personne privée, avec 16 reine douairière dé France, sa sœuf '. Malgré ses précautions oratoires, Marie de Hongrie laissait clairement entendre, dans cette lettre, que si elle avait sacrifié son repos pour servir son frèfe, elle n'était nullement disposée à recommencer cette vie laborieuse sous un prince dont elle connaissait le caractère despotique.

* Papiers d'État du cardinal de GranveUe, t. IV, p. 469 et suiv.

nouveau souverain, semble le phisen faveur ; Charles avait vanté à son fils rbabileté de ce ministre et Philippe avait reconnu en faii ce penchant pour les idées nioharchiques qu'il associait dans sa pensée à (a prédominance du cathoHdsme. Ce fut aussi , après s'être: concerté avec son père, que Philippe admit dans le conseil d'État des Pays-Bas le comte d'Egmont, le prince dX)range, le marquis de Berghes, le comte de Boussu, le seigneur de Glàyon et Simon Renard, ancien lieutenant général au bailliage d^Amont en.Bdui^gnë, puis ambassadeur en Angleterre oîiil avait n^cié le mariage du prince d'Espagne avec Marie Todor. Mais le jour, mdroe où le cbnsreit dIÊtat éstinsIfifUé, la jalousie des nobles contre révéquo^'Arnaé commence à se^ révéler. Lé 48 novembre, tous les bonseitlers, tant nouveaux qu'anciens, à l'exèeption dû prince dérange, retourné à l'armée, prêtèrent serment. A cette occa* sion, quelques signes de mécontentement se manifestèrent parmi les nouveaux élus ; on ne les avait admis au conseil, disaient-ils, que pour la forme et afin de faire retomber sur eux les ressentiments du peuple, bien qu'ils ne dussent prendre part qu'aux affiiires' générales ; or, ils soutehaîent que rien ne devait se traiter dans le conseil sans eux et qu'aucune résoluiion ne devait être prisé relativement aux Pays-Bas, par le roi ou son lieutenant, que d'après leur avis *.

Gharles-Quint, cependant, allait achever le sacrifice de sa puissance. Le 19^ janvier 4566, dans la niéme salle oh U avait re*. nonce à' la souveraineté des Pays-Bas, il se déponilla en faveur de son fils des royaumes, des provinces et des lies qui lui appartenaient encore taht dans Tancien que dans le nouveau monde : les royaumes de Castille, d'Aragon, de Léon, de Grenade, de Sardaigne et de Sicile, en Europe; en Afrique, les lies Canaries, |Tunis

* Lettré de révèque d'Arras à Marie de Hongrie, du .46 novembre 4S$6. Documente toforigti^^, t. X (Archives du royaume).

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